Santé au travail : "Il y a des secteurs d'activité où il reste encore beaucoup à faire", estime un médecin du travail
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« Il y a encore des secteurs d'activité où il reste encore beaucoup à faire. »
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« Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat ? Est-ce que les métiers de la santé sont particulièrement exposés, particulièrement à risque ? »
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Bonsoir à toutes et à tous, comment nous sentons-nous, comment nous portons-nous sur notre lieu de travail ? La question est régulièrement sur la table et notamment aujourd'hui en cette journée mondiale pour la santé et la sécurité au travail. Bonsoir Clément Duré. Bonsoir. Vous êtes médecin du travail, responsable du service de pathologie professionnelle de l'hôpital Raymond Poincaré de Garches. Quel est votre retour d'expérience ? Est-ce qu'aujourd'hui les Français sont en meilleure santé au travail qu'avant ?
Alors je dirais que c'est assez variable et hétérogène en fonction des secteurs d'activité et des métiers bien sûr. Il y a eu des avancées flagrantes et vraiment massives sur certaines conditions de travail, notamment par exemple dans les usines, les mines, l'agriculture. Et il y a encore des secteurs d'activité où il reste encore beaucoup à faire.
Et notamment ?
Et notamment. On a, si vous voulez, une variété de risques. Les risques physiques sont bien connus. On va parler aujourd'hui des TMS.
Des troubles musculosquelétiques. Exactement. Effectivement.
Qui sont le risque professionnel le plus indemnisé aujourd'hui, mais qui reste encore bien connu et pour autant encore beaucoup de choses à faire. Après on a d'autres risques, comme les risques chimiques, les risques psychologiques, les risques biologiques. Et chacun a un degré, je dirais, de maturité variable en fonction du secteur d'activité et de l'ancienneté des métiers aussi.
Alors justement, la CGT aujourd'hui organise des rassemblements devant les hôpitaux à Nantes, à Angers, à Paris, au Mans, pour rendre visibles les métiers de la santé qui sont, selon le syndicat, particulièrement pénibles et accidentogènes. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat ? Est-ce que les métiers de la santé sont particulièrement exposés, particulièrement à risque ?
Oui, tout à fait, puisqu'on va combiner les risques. On va avoir une exposition physique assez importante. On estime qu'une aide soignante fait à peu près 20 heures de manutention par semaine sur un temps plein. Donc c'est l'équivalent pour nous au niveau de risque physique. Puis on va conditionner aussi, additionner des risques biologiques, l'exposition au sang et aux maladies, les expositions psychosociales, bien sûr, ça en parle beaucoup. Et quand vous cumulez les risques, vous entraînez forcément plus d'absence, plus de maladies, plus de souffrances.
Est-ce qu'il y a d'autres métiers particulièrement à risque ?
Oui, l'ensemble des métiers peuvent être considérés comme un risque, en fonction, bien sûr, du risque attendu. On va avoir tous les métiers, finalement, peu qualifiés, qui vont combiner des actions, le lien avec le public, l'organisation de travail, le travail de nuit et les risques physiques, par exemple, vont cocher plusieurs cases et donc avec un risque afférent. D'autres métiers sont plus spécifiques, un seul risque, par exemple, le psychosocial, mais beaucoup plus intense. Ça va être très variable et c'est toute l'importance de bien connaître le risque pour bien le prévenir.
Est-ce qu'il y a des métiers en particulier auxquels vous pensez ?
Oui, par exemple, vous allez avoir des métiers qui sont sujets au contact avec le public, donc on a un contact permanent avec les gens et parfois des gens en grande souffrance. Donc, les métiers de l'aide sociale, par exemple, qui vont avoir une fibre émotionnelle très développée. D'autres métiers de la sécurité qui sont en rapport avec la violence toute la journée. D'autres métiers où on est plutôt en rapport avec des choses plus positives. Tout ça, c'est très variable et ça implique de bien connaître les métiers et pour ça, de bien évaluer les risques. Et c'est toute la dimension aussi de cette journée.
Alors, la première maladie professionnelle reconnue, vous l'avez dit, c'est les troubles musculosquelettiques. Et vous le savez, c'était un critère de pénibilité qui permettait d'accumuler des points, de partir à la retraite plus tôt. Un critère qui a été enlevé. Les syndicats voudraient le réintroduire. Ça fait partie des sujets du conclave sur les retraites qui a lieu en ce moment. Est-ce qu'ils ont raison d'insister, les syndicats, sur ce point, à votre avis ?
Ce qui est important, et je pense que la question des retraites sous-jacentes, c'est vraiment d'adapter peut-être un modèle législatif global à des spécificités de métier et de risque. Et effectivement, la prise en compte du risque physique devrait, en tout cas médicalement, devrait être prise en compte dans l'impact que ça a sur le vieillissement individuel et donc son accès à la retraite.
Et le patronat, lui, dans le cadre toujours de ce conclave, pose pour l'introduction d'une visite médicale obligatoire à mi-carrière. Est-ce que c'est une piste intéressante aussi ?
Oui, tout à fait, puisqu'on a en France un gros retard sur la prévention et la détection précoce des affections de santé générale, pas forcément liées au travail, mais qu'on peut et qu'on découvre souvent à l'occasion d'une visite de santé au travail.
Et ce n'est pas obligatoire aujourd'hui ?
Alors, la mi-carrière est en train de rentrer dans l'obligation. La visite périodique, elle, est obligatoire pour tous les salariés, mais tous ceux qui ne sont pas salariés ne sont pas couverts par la médecine du travail. Et cet enjeu, c'est de favoriser justement la détection sur des visites un peu plus longues, des visites de dépistage où on pourra faire aussi des examens paracliniques. Et l'idée étant à la fois d'informer sur les risques professionnels, de repérer des expositions antérieures avec peut-être des examens à faire et aussi de faire du dépistage global en santé publique, puisqu'on sait qu'à mi- à peu près vers 45 ans, on a beaucoup de pathologies qui commencent à émerger.
Et vous avez l'impression qu'aujourd'hui, ça fait partie des sujets, la santé au travail, de santé publique qui commence à émerger ?
Oui, on sent que ça commence à émerger, mais qu'on part de très loin. On a une certaine image dégradée aussi dans la population générale des médecins du travail pour des aspects historiques. Et l'idée est de reconquérir ce terrain-là pour aller sur plus un engagement de la population envers son médecin du travail, tous les intérêts qu'il peut donner aussi pour eux, notamment sur cet aspect global. Le médecin du travail a l'intérêt d'être le seul médecin à accéder au travail et aussi à faire des visites préventives, ce qui n'est pas le cas pour la médecine du travail.
Oui, c'est particulièrement important. Vous êtes aussi le directeur médical de Licaire, entreprise de l'économie sociale et solidaire, qui est spécialisée dans la détection des burn-out. Donc les burn-out, pour vous, c'est un peu le tabou, l'éléphant dans la pièce ?
Oui, l'éléphant dans la pièce, puisqu'il grossit de plus en plus. Il peut concerner toutes les équipes et c'est là qu'on va avoir vraiment cette notion un peu de découverte d'un poteau rose, alors que finalement c'était vraiment...
On en parle tout le temps quand même.
On en parle tout le temps et à la fois on le connaît assez mal, en tout cas on le définit encore assez mal. C'est devenu un sujet un peu social, donc ça peut aussi être galvaudé à certaines occasions, qu'on en parle de trop, c'est-à-dire qu'on va attribuer le burn-out à des choses qui n'en sont pas. Et pour autant, il y a une spécificité intéressante et tous les acteurs auraient intérêt à qu'on le prenne bien en charge, l'individu lui-même pour limiter sa souffrance. Le collectif, pour ne pas avoir à subir son absence et les coûts afférents. Et l'entreprise, puisque les personnes touchées par le burn-out sont les personnes les plus productives et les plus engagées.
Et donc tout le collectif, et bien sûr santé publique, auraient intérêt.
Et donc ce que vous dites, Clément Duré, c'est qu'il y a une façon de détecter le burn-out et que ça permet de faire notamment des économies pour la sécurité sociale.
Oui, tout à fait. Tous les acteurs ont à y gagner. On peut le détecter en croisant un certain nombre d'informations médicales, d'expositions, professionnelles. Et ensuite, le prendre en charge précocement, c'est le plus efficace et le moins coûteux en termes de santé et de souffrance pour la personne et en termes économiques.
Et ce serait un outil qui pourrait être généralisé à toutes les entreprises, sachant que la Cour des comptes a préconisé un 20 milliards d'économies sur l'assurance maladie à dégager d'ici 2029. Merci beaucoup Clément Duré, responsable du service de pathologie professionnelle de l'hôpital Raymond Poincaré de Garche. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.