MÉLENCHON - «LA “JUNGLE” DE CALAIS EST LE PROBLÈME DE LA FRANCE ENTIÈRE»
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Chapitres
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« La jungle n’est pas un problème de Calais. La jungle, c’est le problème de la France entière. »
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« Une ville a poussé ! Que l’on dise qu’il s’agit de 6 000 personnes ou de 10 000, en France, c’est une ville. »
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« Il a fallu d’abord qu’ils acceptent sans le dire l’argent du Royaume-Uni pour construire un mur. »
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« Il y a 1000 gamins là bas, qui n’ont pas d’adulte référent. »
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« 3000 sont morts dans la Méditerranée. »
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« Il faut punir les trafics humains. »
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« On m’a dit qu’il fallait courir après les clandestins, alors j’ai dit : « bah bon courage pour capturer 400 000 clandestins ». »
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« Ce sont des milliers de gens qui passent de cette manière-là. »
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Calais est un problème qui n’a pas lieu à Calais. La jungle n’est pas un problème de Calais. La jungle, c’est le problème de la France entière.
C’est le visage de la patrie qui se donne à voir là-bas ! Ce n’est pas le problème de Calais Et voilà ces étranges médecins, ceux-là même qui ont créé cette situation, qui viennent vous expliquer comment ils vont y remédier. Ce sont les médecins de Molière.
D’où vient-il que quelqu’un qui vous a cassé bras et jambes vient vous dire comment il va vous soigner ? Alors le premier arrive, celui-là il a signé les accords du Touquet. Ça ne l’a pas gêné de signer !
Il ne s’en rendait pas compte, quand il signait, de ce qu’il était en train de faire ? Non, il ne s’en rendait pas compte. L’Anglais devait bien rigoler en disant : « Bah ça y est.
On s’est trouvé un garde frontière : c'est un Français ! Il va nous les garder à Calais ». À Calais !
Il y en a quelques-uns, ici, qui doivent aussi avoir la mémoire historique, peut-être pas jusqu’aux Gaulois, mais au moins jusqu’à Henry IV qui a repris la ville… aux Anglais. Quand même, c’est quelque chose de le faire à Calais ! Donc, celui-là a créé le statut de garde-barrière.
Et l’autre, qu’est-ce qu’il a fait ? Le suivant ? C’est pas difficile à trouver quand même, participez un peu !
Rien ! Ah c’est pas si dur ! Qu’est-ce qu’il a fait ?
Rien, comme d’habitude. Il a attendu que ça se règle. Je ne sais pas comment, lui non plus savait pas.
Mais il s’était dit : « Oh pfff… ça va le faire ». C’est comme pour sa candidature. Résultat, mesdames et messieurs - est-ce qu’on se rend bien compte du résultat ? - Une ville a poussé !
Que l’on dise qu’il s’agit de 6 000 personnes ou de 10 000, en France, c’est une ville. Une petite ville, mais une ville ! 10 000 personnes !
Ils ont laissé s’empiler 10 000 personnes n’importe où avant de se réveiller et de se mettre à réagir ! Et de réfléchir à ce qu’on pourrait faire. Il a fallu d’abord qu’ils acceptent sans le dire l’argent du Royaume-Uni pour construire un mur.
Un mur ! Nous qui avons fait de telles célébrations sur la fin du mur de Berlin, à partir de quoi commençaient la joie et le bonheur pour tout le monde. Et bien nous sommes en train d’en construire banalement, comme tant d’autres pays - les États-Unis d’Amérique et quelques autres - en construisent chaque fois qu’il y a un problème.
Un mur ! Pour empêcher les gens de passer, pour les séparer d’entre eux. Alors que faut-il faire ?
Parce que c’est toujours ce qu’on me dit, en me brandissant un micro qu’on me colle au milieu de la figure. Que faire ? Et bien c’est très simple, figurez-vous.
Très simple ! Il y a là des gens qui veulent aller en Angleterre. Depuis le premier jour, je le dis : ils veulent aller en Angleterre, qu’ils y aillent !
Mais enfin ! Mais enfin, s’ils n’y vont pas, alors qu’ils veulent y aller, les mêmes qui me parlent de liberté de circulation devraient s’en soucier. Si vous ne les laissez pas y aller, alors ils ne peuvent pas déposer en France une demande de réfugié politique ou quelque demande que ce soit.
Car il suffirait qu’ils les déposent en France pour qu’ils ne puissent plus aller en Angleterre. Par conséquent, la raison commande de les laisser passer. La deuxième chose : que fait-on de ceux qui resteraient, qui ne veulent pas aller en Angleterre ?
Et bien on fait la seule chose qui soit humainement supportable et compatible avec notre propre dignité. Nous devons les répartir entre nous ! Point final.
Nous devons les répartir ! On ne va pas créer je ne sais combien de camps de cette nature. Mais s’il y en a 100 ici, 200 là-bas et bien nous pourrons dans chaque département faire face au problème d'une manière responsable et organisée.
Je ne dis pas que nous dirons à la Terre entière « Venez chez nous », ce n’est pas ça le sujet. Le sujet est de faire cesser cette honte et de faire reposer sur les habitants d’un seul secteur une charge qui devrait revenir à la patrie toute entière. Parce que ces gens n’en peuvent plus localement et que si vous vous bouchez les yeux et que vous ne voulez pas le voir, alors vous créez vous-mêmes les conditions de l’incendie et de la haine entre les gens.
Donc il faut régler le problème. Et maintenant, je termine là-dessus. Il y a 1000 gamins là bas, qui n’ont pas d’adulte référent.
Voilà, 1000 enfants, 1000 jeunes pour qui la seule image qu’ils auront eu de la patrie des Français, ce sera la bouillasse et la jungle de Calais ! Honte sur nous tous d’avoir supporté ça tant de jours ! C’est une honte d’avoir laissé faire ça !
Maintenant, il va faut aller chercher ces 1000 mômes, aller les chercher à l’intérieur de la jungle, s’en occuper, les soigner, les habiller, les ramener à leurs parents en Angleterre. Et sinon s’en occuper ! C’est une honte de laisser faire ça !
Écoutez-moi, si un jour ou l’autre… Si un jour ou l’autre votre coeur se fermait, si vous disiez : « Mais on ne peut pas Monsieur Mélenchon », je ne sais pas, toutes ces théories que j’entends… « ça va faire un appel d’air ». Vous imaginez l’appel d’air ? Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ?
Il y a 200 000 personnes qui viennent de sortir d’Alep bombardée. Pensez à vous-mêmes ! On vous bombarderait à cet instant, quelle force vous empêcherait de partir et d'emmener vos enfants ?
Aucune force ne le pourrait ! Vous partiriez ! Vos pères et vos mères sont partis, vous autres d'ici, quand nous avons subit la débâcle.
Tout le monde est parti sur les routes ! C’était nous qui fuyions à l’époque ! Alors où croyez-vous que vont aller ces gens ?
Vous espérez que les Libanais veuillent bien les ramasser en route avant, vous espérez que les Turcs veuillent bien les stocker parce que vous ne voudriez pas les voir ? On ne se tirera pas des problèmes politiques par des pirouettes ou en se cachant les yeux ! Par conséquent, si l’on veut parler dans le long terme, je redis quelle est ma position, ne serait-ce que pour échapper à certaines caricatures grotesques qui m’ont été attribuées.
Premier temps, il faut permettre aux gens de rester chez eux. Il faut donc en finir avec la théorie raciste d’après laquelle les gens partiraient pour pouvoir profiter de nous. Ils partent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement que de partir.
Il faut s’en souvenir. Et moi, qui appartient à la tradition internationaliste, comme beaucoup d’entre vous, j’en suis sûr, dans cette salle, je vous rappelle ce que disent nos amis des syndicats et des organisations progressistes de la Terre entière. Que disent-ils ?
L’exil est une catastrophe pour ces pays. Ceux qui s’exilent sont souvent parmi les plus courageux, souvent parmi les plus instruits. Leur instruction a coûté à leur pays et tout ce savoir-faire s'en va, part au hasard des routes.
Des milliers de familles qui ne savent où sont passés leurs enfants. 3000 sont morts dans la Méditerranée. Pensez !
Mettez des noms, mettez des visages sur les chiffres. Pensez que ce pourrait être le vôtre. Votre fils, votre petit-fils, votre petite-fille abandonnés au hasard de cette cruauté.
N’oubliez jamais ça, les gens : si nous faisons taire notre coeur, nous ne penserons jamais correctement, nous ne penserons jamais lucidement, nous ne trouverons pas les bonne solutions. La guerre est la première raison pour laquelle les gens s’en vont. Et la guerre, c’est nous qui la créons !
Et pas pour des raisons de religion : pour des gazoducs, des oléoducs, parce que nous avons des alliés, des gens qui nous payent pour faire tel ou tel travail ! Voilà la vérité ! Il faut donc interrompre les cause de départ.
Deuxièmement, il faut punir les trafics humains. Ne me dites pas que les gens que vous voyez sur des barcasses se sont mis à chercher une barque quand ils sont arrivés au bord de l’eau. C'est donc qu’il y a des trafics organisés.
Ce sont des milliers de gens qui passent de cette manière-là. Pour qu’on organise le transfert de milliers de gens, c’est toute une activité. On ne peut pas l’interrompre ?
Bien sûr que si ! On ne veut pas l’interrompre, c’est une autre paire de manches. Et quand les gens sont là, prenez le problème par le bout que vous voulez : vous ne pouvez pas faire autrement que de les accueillir correctement, y compris pour qu’ils retournent chez eux quand ils en auront envie.
Vous ne pouvez pas ! Si on pouvait, peut-être qu’on pourrait en parler, mais on ne peut pas ! Essayons tous de mettre de la raison dans les situations passionnelles qu’on ne maîtrise plus.
Imaginez un instant que vous preniez l’argument de ceux qui s’opposent à ce que je suis en train de dire. On dirait : « Nous n’en voulons pas ». Fort bien, que faisons nous ? « Nous les prenons tous ».
Très bien, on sait où les capturer. Ceux-là au moins on sait où ils sont : la jungle de Calais. Mais il y en a d’autres.
On m’a dit qu’il fallait courir après les clandestins, alors j’ai dit : « bah bon courage pour capturer 400 000 clandestins, puisque vous dites qu’il y en a 400 000 ». Certains disent 800 000. Et après, quoi ?
On les ramène où, s’il-vous-plaît ? Où allez-vous ramener ceux qui ont fui la Syrie ? Où ?
Répondez à cette question au lieu de nous jeter à la figure des arguments qui n’en sont point ! Vous qui avez créé ce désastre ! Vous qui n’avez rien d’autre à faire que d’aboyer et de proposer des « solutions » qui n’en sont pas !
Où voulez-vous les ramener, ceux qui arrivent de Syrie ? À qui on les donne ? À Bachar El-Assad ?
À Daesh ? À qui ? À personne, vous le savez aussi bien que moi !
Par conséquent cette « solution » n’existe pas et n’en est pas une ! C’est donc vers celle que je viens d’énoncer qu’il faut se tourner avec ardeur, courage et maintenant ! Parce que si nous donnons les moyens à la Syrie d’organiser cette chose incroyable qu’est, premièrement, la paix et, deuxièmement, des élections, vous verrez que les réfugiés syriens retourneront chez eux pour reconstruire leur pays.
Car les Syriens forment un grand peuple, éduqué, cultivé, qui avait un magnifique pays, superbement organisé, superbement vivant. Ce ne sont pas ces cohues qu’hélas le malheur a créées. Ces gens sont nos semblables.
Et nous autres, notre tâche dans l’Histoire, quoi qu’il arrive, c’est que nous continuerons à témoigner de la similitude des êtres humains et de leur égalité en droits les uns par rapport aux autres même quand c’est difficile à faire respecter. *** Applaudissements ***
Jean-Luc Mélenchon