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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 12 août 2021 15 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Emily Loizeau : "Le musique permet de montrer la lumière"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Défensif 5 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:51OuverteRéponse directe

    Que recherchez-vous au Pays de Galles pour cet enregistrement ?

  • 1:35OuverteRéponse directe

    John Parrish, qui a réalisé l'album, travaille avec PJ Harvey. Pouvez-vous le situer ?

  • 2:08OuverteRéponse directe

    Produire vous-même cet album en indépendant, qu'est-ce que ça change ?

  • 3:01OuverteRéponse directe

    Expliquez-nous le choix du titre Icare pour cet album.

  • 7:57RelanceRéponse directe

    Vous dites vous méfier de la chanson engagée. Comment trouvez-vous l'équilibre ?

  • 9:52OuverteRéponse directe

    La musique est-elle une façon de mettre en mouvement les émotions ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:09InvitéFait
    « C'est une chanson un peu cachée de ce disque qui est pour moi la chanson un peu clé. »
  • 3:21InvitéFait
    « C'est un tableau qui m'avait vraiment frappée quand j'avais vu à Bruxelles. Ça s'appelle la chute d'Icare. »
  • 3:57InvitéFait
    « Et que ça devenait quelque part la phase positive de la pièce, I Care en anglais. »
  • 11:01InvitéFait
    « Bon, déjà, c'est l'intouchable, c'est le sacré pour moi. »
  • 11:28InvitéFait
    « Il ne veut pas du tout être un chanteur engagé, il n'a jamais voulu l'être. »

Temps de parole

  • Invité54 %
  • Présentateur37 %
  • Locuteur non identifié9 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Danser sur un volcan, c'est le titre d'une chanson, mais peut-être aussi le sentiment qui habite tout le nouvel album de notre invité, qui nous parle d'un monde secoué, où l'on n'entend plus suffisamment les oiseaux chanter, et où l'on a parfois du mal à respirer. Bonjour Émilie Loiseau. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Culture. Merci à vous. Icar, c'est le nom de ce cinquième album studio qui paraîtra le 17 septembre. Avant cela, vous serez demain soir, vendredi 13 août, en concert à Dinard, dans le cadre de Dinard Opening, première rencontre musicale franco-britannique, puisque vous êtes Émilie Loiseau, britannique par votre mère, française par votre père.

Il y a de l'anglais et du français sur ce nouvel album qui a été précisément enregistré en Angleterre. Que recherche-le ? Au Pays de Galles, pardon. Et pourquoi être allée enregistrer justement là-bas pour la première fois ?

0:58
Invité

Ça faisait un petit moment que j'avais envie de faire ça, et puis ça ne s'est pas présenté, et je n'avais pas envie de le faire pour le faire. Je voulais avoir envie de travailler avec quelqu'un. Et John Parrish était dans ma tête depuis un petit moment, mais c'est pareil, j'attendais le disque, les chansons qui correspondaient à cette aventure-là. Et puis c'est venu, et ça a été étrange, parce qu'on ne savait pas si on allait réussir à passer la frontière, puisqu'on était en pleine période Covid compliquée l'été dernier. Et donc ça a été une quatorzaine. On a réussi à y aller, mais c'était une quatorzaine en studio et une quatorzaine musicale.

1:31
Présentateur

Voilà, mais il y a le pire contexte pour une quatorzaine. Alors John Parrish que vous évoquez, c'est lui qui a réalisé effectivement cet album, et pour le situer un peu, il travaille notamment avec PJ Harvey, c'est ça ?

1:42
Invité

C'est ça. Et bon, c'est un musicien que j'adore, que je respecte énormément, pour aussi tous les disques de PJ Harvey, d'Aldis Harding, pour son travail à lui. Puis il se trouve que certains de mes musiciens travaillent avec lui sur des projets musicaux, donc tout ça s'est fait de manière très simple et très amicale et presque familiale. C'était vraiment une très très belle aventure, un très très beau moment suspendu.

2:08
Présentateur

C'est aussi pour la première fois un album que vous produisez vous-même en indépendante. Ça, qu'est-ce que ça change ?

2:16
Invité

Beaucoup de choses. Je nourrissais l'envie de me réapproprier un peu les choses et de prendre les rênes de toute la chaîne de la production d'un disque. Et puis, voilà, j'ai passé ce cap. Et c'est pour moi une manière à la fois plus éthique. J'ai la sensation de pouvoir contrôler ce que je veux faire. Non pas que j'ai eu quelques contrôles que ce soit. J'ai vraiment pu faire tout le travail que je voulais, la musique que je voulais, avec les labels avec lesquels j'ai collaboré. Mais voilà, là, il y avait une démarche nouvelle de se réinventer, d'indépendance. Et ça comptait beaucoup pour moi. J'ai pu construire l'équipe que je voulais. Donc, c'est une belle aventure.

3:01
Présentateur

Et donc, ce titre, Icare, que l'on peut lire de deux manières. Expliquez-nous le choix du titre de cet album, Émilie Loiseau.

3:09
Invité

Alors, c'est une chanson un peu cachée de ce disque qui est pour moi la chanson un peu clé. Presque la morale comme une morale de fable, sans que ce soit moralisateur, qui fait référence au mythe, évidemment. Et particulièrement au tableau de Bruegel ou sur la chute d'Icare. C'est un tableau qui m'avait vraiment frappée quand j'avais vu à Bruxelles. Ça s'appelle la chute d'Icare. Et on passe beaucoup de temps à trouver où est Icare. Et il est dans un coin du tableau en train de se noyer. Et le reste du tableau est vraiment ce paysage ensoleillé. Un paysan qui laboure son champ. Un autre qui rêve en regardant le ciel.

Tout le monde regarde partout, sauf sur le drame qui est en train de se jouer. Et je le trouvais très symbolique de ce qu'on traverse en ce moment. Et puis je me suis rendue compte quand je cherchais quel est le bon titre pour ce disque, en pensant à Icare, qu'il suffisait de séparer les deux premières lettres. Et que ça devenait quelque part la phase positive de la pièce, I Care en anglais. Et cette notion d'empathie et de prendre soin. Face à la tragédie d'Icare, il y a aussi cette lumière-là de l'attention qu'on donne aux choses.

4:17
Présentateur

Et on va écouter le premier extrait sorti. C'est le titre renversé. Renversé extrait de votre nouvel album à paraître en septembre, Émilie Loiseau. Alors nous l'entendons ici. C'est un album très contemporain dans l'époque avec tout ce qu'elle peut avoir d'angoissant. Vous disiez l'enregistrement, c'était une quatorzaine. L'écriture, c'était pendant le premier confinement. Ça a démarré avant et puis d'un seul coup, ce confinement est arrivé. Oui, c'était assez étrange. Alors il y a cet aspect-là qu'on retrouve tout au long de l'album où l'insouciance n'est plus vraiment possible. Et en même temps, vous dites vous-même, vous méfiez de la chanson engagée, de la chanteuse engagée.

Vous dites qu'il n'y a rien de pire qu'une mauvaise chanson engagée. Comment trouvez-vous justement l'équilibre ?

8:02
Invité

En fait, je ne vois pas ce disque comme un disque de chansons engagées. Je le vois comme un journal de bord, un peu d'une période compliquée qu'on vit depuis plus que deux ans à vrai dire. Ça fait même des décennies qu'on voit des choses arriver. Mais depuis quatre ans, depuis les attentats de Charlie, depuis le Bataclan, depuis ces corps d'enfants échoués sur nos réfugiés sur nos plages, les soulèvements des jeunesses pour le climat, Black Lives Matter, enfin tout ça, on est chamboulés, on a été abîmés. Ce confinement nous a tenu éloignés les uns des autres. On a eu l'impression de vivre quelque chose de complètement surréel.

Et je suis partie de tout ça avec, évidemment, le besoin d'en parler, le besoin d'en dire quelque chose, de parler de ces émotions-là. Et puis l'envie aussi, le choix aussi, effectivement, éthique d'en parler, politique d'en parler. Mais plus comme si je suis traversée par ces émotions, moi, dans mon intimité, dans ma sensibilité, je parie que l'âme que je suis traverse la même chose que toutes les autres. Et c'est à ces âmes-là que j'ai envie de parler parce que je crois que c'est peut-être notre seul devoir en tant qu'artiste.

On ne peut pas renverser les tables et changer l'état des choses, mais par contre, on peut aller raconter des histoires et aller chercher ce qui met les autres en vibration et ce qui les bouleverse aussi. Et peut-être à cet endroit-là changer un tout petit peu les lignes.

9:39
Présentateur

Oui, voilà, en dire quelque chose, en faire quelque chose aussi, parce que le risque, évidemment, c'est la paralysie. Quand on voit en vie tout ce que vous avez cité, le risque, c'est d'être tellement sidéré qu'on est cloué sur place avec juste sa colère et son dépit. Oui, et donc, justement, est-ce que pour vous, la musique, c'est aussi une façon de mettre ça en mouvement ou quoi ?

9:56
Invité

De mettre ça en mouvement, de rester vivant et de chercher la lumière. C'est ce que je dis dans cette chanson et j'ai fait une petite révérence à mon amie Dominica dans cette chanson qui est l'homme que j'enferme dans un puits, un moment avec qui on cherche la beauté et la lumière. C'est ça aussi. C'est un moment où tout est encore possible, tout est encore à faire, tout est à inventer, en fait. Et moi, ce que je ressens très fort, et j'ai deux enfants qui ont 7 et 10 ans, et ce que j'ai envie de leur dire, c'est que c'est merveilleux, en fait.

Effectivement, il y a toute cette noirceur, mais c'est merveilleux de se dire qu'on peut tout réinventer pour quelque chose de mieux, de plus humain et de plus durable. Et je crois que c'est cette joie-là de l'inventivité qu'il faut qu'on aille chercher et à laquelle il faut s'accrocher, parce qu'effectivement, sinon, c'est absolument morbide.

10:47
Présentateur

Et il y a une autre, enfin une autre, il y a le monde comme il est, qui vous inspire, mais donc musicalement, la grande figure derrière cet album, si j'ai bien compris, c'est Bob Dylan, c'est ça ? Qu'est-ce qu'il représente pour vous ? Qu'est-ce qu'il a de si inspirant ?

11:01
Invité

Bon, déjà, c'est l'intouchable, c'est le sacré pour moi. J'ai grandi avec ses chansons et elles ne m'ont jamais quittée, parce qu'il y a d'abord et avant tout une dimension poétique et humaine qui me touche profondément, musicale, sa manière de raconter les histoires, les mots qu'il utilise. Et puis, il y a cette fulgurance qu'il a eue et que lui nomme comme une fulgurance.

Il ne veut pas du tout être un chanteur engagé, il n'a jamais voulu l'être et il a toujours dit qu'il avait été traversé par quelque chose, qu'il avait eu ce regard sur le monde à un moment donné et qu'il se trouve que ce regard a bougé le regard des gens et les a soulevés et leur a parlé et que ce n'est plus son rôle maintenant, parce qu'il était à cette place à ce moment donné et que c'est aux autres de s'emparer de ça. Moi, cette parole-là, elle est très inspirante pour moi.

Ensuite, ce que je me suis essayé de faire un peu en secret, parce que ce qui me touche là-dedans, c'est le caractère extrêmement personnel et intime du regard d'un jeune homme sur ce qui l'entoure, qui ne cherche pas à donner de leçons, qui simplement à un moment donné est rattrapé par une colère, une insolence, une émotion qui le rend subversif. Et j'ai eu envie, parce que j'avais envie de rentrer dans un langage, dans comment faire quelque chose de cet ordre, et en français, et évidemment toute proportion gardée.

Je suis allée m'essayer à traduire ses chansons et m'amuser à ça comme je ferais des gammes, pour essayer de rentrer dans son langage, comment être à la fois poétique, onirique et politique. Et voilà, c'était des choses complètement inavouables, évidemment. Et puis finalement, il y a une adaptation qui est restée et qui est sur ce disque. Donc voilà, c'est vrai que c'est une figure qui est restée à mes côtés tout le long de l'écriture.

12:59
Présentateur

C'est l'adaptation Girl from the North Country que vous avez traduite et adaptée. Alors en attendant la sortie de l'album, on écoute un petit peu de l'original de Bob Dylan.

13:10
Locuteur non identifié

Sous-titrage Société Radio-Canada Bob Dylan, Girl from the North Country que vous reprenez en français.

14:24
Présentateur

Dans votre album apparaître le 17 septembre, Émilie Loiseau, le concert de demain à Dinard, et donc le début d'une longue, longue série, puisque vous serez en tournée ensuite à partir de septembre. Impatience, on imagine, de porter ces nouvelles chansons sur scène ?

14:40
Invité

Oui, impatience et puis trac un peu. C'est vraiment une avant-première, on vient juste avec la musique, la scénographie, c'est la première fois qu'on joue dans les gens. Il y a une émotion à l'idée de retrouver les gens aussi très fortes, et de jouer ces chansons, de partager tout ça.

14:57
Présentateur

Et ensuite donc tourner jusqu'au mois de mai pour ce qui est prévu, en tout cas pour le moment, le disque c'est le 17 septembre. Merci beaucoup Émilie Loiseau. Merci à vous. Merci d'être venue sur France Culture ce matin.