Christelle Minard, députée "Droite Républicaine" d'Eure-et-Loir | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Elle ne devait pas devenir députée, juste restée suppléante. Mais quand il l'a fallu, elle a répondu présent, par fidélité et par devoir. Mon invitée siège dans le groupe de la Droite républicaine à l'Assemblée.
Générique --- -Bonjour, Christelle Minard. -Bonjour. Le 7 juillet 2025, votre vie d'élue locale a basculé.
Ce jour-là, votre ami, Olivier Marleix, celui dont vous étiez aussi la suppléante depuis 13 ans, s'est donné la mort. On va regarder un des hommages qui lui a été rendu à l'Assemblée. -Ce drame nous a rappelé aussi qu'il y a, dans tout être humain, des fragilités, même lorsque ces fragilités, ces failles, sont celles d'hommes qui paraissent inflexibles.
Et je crois que beaucoup d'entre nous, hier et ce matin, se sont dit que ces failles et ces fragilités, il ne fallait pas les laisser sans réponse. -Il a trouvé les mots justes pour vous, François Bayrou, ce jour-là ? -Oui, je pense que derrière un homme ou une femme, il y a effectivement de grandes fragilités, des sensibilités, souvent cachées. -Olivier Marleix, ce n'était pas n'importe qui à l'Assemblée.
Il a présidé votre groupe pendant deux ans. Mais vous, vous connaissiez mieux l'autre Olivier Marleix, l'élu local, on va dire. Qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne de lui aujourd'hui ? -Olivier, c'était vraiment un élu engagé, un élu de proximité.
Il était l'avocat de ceux qui n'en ont pas. Il avait...
Il disait : "Je suis la seule relation de ceux qui n'en ont pas." C'est une belle phrase. -Oui.
C'est pour ça que je parle de l'avocat, parce qu'il a été un avocat pour des concitoyens de notre circonscription. Il était quelqu'un de très, très humain, avec un engagement fort et sincère, vraiment d'une grande humanité, c'est ce qu'on peut retenir de lui, toujours dans le sens de l'intérêt général. Je pense que peut-être même au point de s'oublier. -On imagine souvent qu'être suppléant, c'est un peu un titre honorifique, qu'on n'a rien de concret à faire.
Sauf que ce n'était pas votre cas avec Olivier Marleix. Quel était votre rôle à ses côtés ? Vous étiez un peu ses yeux et ses oreilles sur le terrain quand lui était à Paris ?
C'était ça un peu l'idée ? Vous faisiez remonter les infos ? -J'étais là où il ne pouvait pas être, effectivement.
Quand il était à Paris, il n'hésitait pas à m'appeler et à me dire : "Est-ce que tu peux me suppléer ? Est-ce que tu peux me remplacer là ?" Quand il avait un doute ou... parfois il avait besoin de se rassurer sur des décisions qu'il allait devoir prendre, il n'hésitait pas à me passer un petit coup de fil en me disant : "Qu'est-ce que tu en penses ?
Tu ferais comment ?" Et puis, dans les campagnes, il me disait toujours : "T'es mon petit porte-bonheur." -C'est mignon, ça, comme phrase.
Mais pourquoi il disait ça ? -Je pense que j'ai toujours été sa suppléante. Il m'a choisie, rechoisie.
On a fait quatre campagnes tous les deux, et j'étais, peut-être, plutôt celle qui pouvait le rassurer dans la conduite, peut-être, des campagnes, cette capacité aussi que j'ai, je pense, à aller vers les autres, d'être reconnue localement, et donc on était très, très complémentaires, très complémentaires. -La suite pour vous. Tout est allé très vite parce que je crois que le jour même, vous avez reçu un coup de fil à la fois de l'Assemblée et de la préfecture pour vous dire : "Maintenant c'est vous la députée." Et vous expliquez : "Je ne voulais pas être députée, j'ai accepté par devoir pour Olivier, pour sa famille, pour notre territoire." Pourquoi est-ce que vous y êtes allée à reculons comme ça ?
Ça ne vous faisait pas rêver de devenir députée ? -Non, ça ne m'a jamais fait rêver d'être députée. Olivier le savait.
Comment vous dire ? C'était presque même un petit engagement qu'on avait. J'acceptais de continuer à être sa suppléante, mais je lui avais toujours dit : "Olivier, je ne veux pas être députée." Pourquoi ?
Parce que j'étais très attachée à mon mandat de maire. -Mais pour vous, ça n'allait pas de soi de le remplacer, entre guillemets ? -Pas du tout.
Je suis une femme de dossier. L'exercice d'être sur le devant de la scène, etc., ce n'est pas mon truc.
Donc, je...
Bon, voilà. J'aurais accepté dans ces conditions. La dernière fois, je lui avais dit : "Tu sais, Olivier, il faudrait peut-être penser à avoir un autre suppléant." En me disant : "Un jour, Olivier va devenir ministre." Olivier, c'était un homme d'État.
Il avait une envergure nationale. Il l'a montré. J'avais plutôt peur qu'il devienne ministre.
Il m'avait dit : "On a commencé ensemble, on terminera ensemble." Et c'est évidemment une phrase qui trotte souvent dans la tête. Évidemment, ce jour du 7 juillet, d'abord, je ne pouvais pas y croire.
J'ai été dans le déni toute la journée. Il a fallu même que je rappelle le préfet qui m'avait déjà appelé pour me le dire. Je le savais depuis le midi, enfin, depuis l'après-midi, mais j'étais dans le déni.
Le déni. -Alors, on va évoquer vos débuts à l'Assemblée, mais avant cela, j'aimerais qu'on évoque votre vie d'avant. Une vie qui était loin des dorures de la République, qui était même plutôt les pieds dans la terre, puisque vous étiez agricultrice.
Mais alors là, c'est un peu comme député, c'est par devoir, en quelque sorte, que vous êtes devenue agricultrice ? -Oui, mes parents étaient agriculteurs. Nous sommes deux filles.
Il n'y avait pas de garçons à la maison. Et bon, vous savez, quand aujourd'hui, dans le milieu agricole, il y a toujours ce souci de la transmission et... -De l'exploitation. -De l'exploitation. -Donc, papa...
J'étais le garçon qu'il n'avait pas eu, je pense. Alors, par devoir, oui. Par attachement aussi, puisque je suis très attachée à ma famille, à ce que mes parents avaient construit durement.
Et donc, j'ai repris, effectivement, l'exploitation familiale. Mais là aussi, c'est un peu comme avec Olivier, il y avait un peu un deal dans le sens où je souhaitais être enseignante. -C'est ce que j'allais dire.
Votre vrai rêve, c'était d'être enseignante. Et vous l'avez exaucé, ce rêve. Vous avez fini par l'exaucer. -J'ai fini par l'exaucer.
J'ai du coup fait une formation agricole. J'ai fait une double licence des sciences de l'éducation et puis administration économie et sociale, qui m'a permis d'enseigner au lycée agricole de Nermont, à Châteaudun, et de pouvoir...
être enseignante auprès de jeunes plutôt dans des parcours... en difficulté scolaire, quatrième, troisième technologique, et puis des BEP sur le volet de l'économie. -En parallèle, il y a la politique qui s'est invitée dans votre vie.
Alors, dès 1995, vous êtes devenue conseillère municipale dans votre village de l'époque. -A Marboué. -Ensuite, vous avez déménagé à Tremblay-les-Villages et là, vous êtes devenue première adjointe du maire.
Comment vous avez fait pour assumer vos mandats de maire, je crois que vous avez aussi été vice-présidente du département, tout en gérant une ferme ? -Alors, tout ça c'est possible parce qu'on est bien entouré. Et mon mari a pris, si je puis dire, le relais, dans le sens où aujourd'hui c'est lui qui exploite, qui gère la ferme. -Il avait sa propre exploitation ? -Il a sa propre exploitation à Tremblay-les-Villages et je suis agricultrice à Marboué, donc dans le sud... -Il gère les deux à la fois. -Dans le sud du département, sur une autre circonscription.
Mon mari gère les deux à la fois parce qu'on est aussi bien entouré et on a des salariés sur l'exploitation. Je fais encore les salaires des salariés. Effectivement, aujourd'hui, s'ils n'étaient pas là, si nous n'étions pas entourés, je pense que ce serait un exercice qui n'est pas réalisable. -On va évoquer à présent vos premiers pas à l'Assemblée.
Quand vous êtes arrivé à l'Assemblée, les nouveaux députés, ils avaient été élus en 2024, soit un an avant. Donc, ils avaient eu le temps de se roder, d'apprendre un peu ce que c'est que d'être député. Vous, vous avez dû monter dans un train en marche.
Vous expliquez qu'il y a un député en particulier qui vous a aidé à ce moment-là, c'est Philippe Vigier. Pourquoi ? Parce qu'en fait, il ne fait pas partie de votre parti politique. -Il ne fait pas partie de notre groupe, mais Philippe, c'est un ami, puisqu'il aide la circonscription où je suis agricultrice.
Philippe m'a fait mes premières piqures quand j'étais petite, parce qu'il a un laboratoire pharmaceutique à Châteaudun. Philippe, mes parents ont toujours soutenu Philippe Vigier. C'est un ami de toujours. -Il vous a vraiment aidé dans vos premiers pas ? -C'est celui qui m'a accompagnée le premier jour du mois de juillet.
Il y a consacré sa journée où il a fait toutes les démarches avec moi. Et au mois de septembre, il a été là aussi pour m'accueillir dans ces premiers pas. C'était plutôt assez réconfortant pour moi d'avoir un repère, quelqu'un que je connaissais. -En devenant députée, vous avez aussi découvert un monde qui toujours tendre.
Le journal Libération raconte que quand vous avez dit à votre groupe que vous vouliez voter en faveur du budget de la Sécurité sociale, Laurent Wauquiez vous a répondu : "Olivier n'aurait pas voté comme ça." Est-ce que vous lui en avez voulu d'être allée sur ce terrain-là pour vous convaincre de changer de vote ? -On s'en est expliqué.
Je suis quelqu'un qui n'est pas rancunière, déjà. Ça, c'est une de mes qualités. Effectivement, je suis quelqu'un qui a des convictions.
Et donc, c'était important pour moi de voter le PLFSS, pour les raisons que j'ai exposées, et notamment, même si tout ne me convenait pas dans ce budget, je pense que le budget parfait n'existait pas. J'étais opposée à la suspension de la réforme des retraites, donc ça pesait aussi dans ma décision. -Vous avez mûrement réfléchi votre choix, mais la décision était prise ? -Mais ma décision était prise parce que Olivier s'était battu pour la reconstruction de l'hôpital de Dreux.
Il avait obtenu de l'État un soutien financier à hauteur de 140 millions. Et il y a des enjeux pour cet hôpital, notamment de sécurité. Donc, pour moi, je ne me voyais pas aller solliciter l'État et sa ministre dans ce projet de reconstruction qui est en cours de travail et de dire : "Je n'ai pas voté les crédits qui vont avec." Donc j'ai voté en mon âme et conscience et je l'ai expliqué, aussi, à mes électeurs, je l'ai expliqué à Laurent Wauquiez qui a fini par comprendre le sens de mon vote. -On va conclure notre émission à présent avec notre petit quiz.
Je vais vous proposer des phrases et vous allez devoir les compléter. "Je n'imaginais pas qu'à l'Assemblée..." -Je n'imaginais pas une Assemblée, même si vous pouvez le voir à la télévision, aussi perturbée, aussi agitée, dans l'irrespect. -"Avec les autres députés agriculteurs, on a en commun..." -La passion de notre métier, la compréhension des sujets agricoles avec les grands enjeux que nous avons, notamment en ce moment. -C'est sur ce domaine-là où vous vous sentez le plus utile aujourd'hui en tant que députée ? -C'est un domaine sur lequel je me sens à l'aise. "Aux prochaines législatives..." Que ferez-vous ? -Écoutez, je me poserai la question l'année prochaine, quand l'échéance se présentera à moi, en fonction de mon parcours ici, à l'Assemblée, la manière dont je suis capable de le conduire.
Et si je me sens utile au territoire et à l'Assemblée, je renouvellerai mon mandat. -Merci beaucoup d'être venue ici. -Merci à vous.
Générique
Christelle Minard