Marie-Amélie Le Fur : "La révolution paralympique est en marche" mais les coupes budgétaires sont "inquiétantes"
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Elle en est où, cette révolution ?
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Vous n'êtes pas tombé de haut en un an ?
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Mais est-ce qu'elles mettent de l'argent ? Parce que s'il n'y a pas d'argent, on ne peut pas développer des structures
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Fausse promesse, donc ?
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C'est qui ces acteurs, par exemple ?
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Il faut l'ouvrir surtout aux femmes
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Tony Estanguet promettait à l'époque une révolution paralympique qui nous modifierait en profondeur et pour toujours. »
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« Les budgets, ils sont en baisse, rien qu'au niveau national. 100 millions rabotés sur le budget de cette année. »
- 2:57Invité politiqueChiffre
« Et pour l'an prochain, c'est une baisse de 18% qui envisageait. C'est énorme. »
- 3:37Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron jurait à l'époque que tous les moyens affectés au sport, seraient maintenus jusqu'à la fin de son quinquennat. »
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« Nous avions, à Paris 2024, 35% de femmes dans la délégation française. »
- 6:53PrésentateurChiffre
« seuls 16% des médailles de la délégation française sont des médailles apportées par des femmes. »
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Il est 6h20. Il y a un an, la plupart des Français découvraient le cécifoot, le rugby fauteuil, la boccia ou le goalball. C'était le début des Jeux paralympiques de Paris. Aujourd'hui, quel héritage pour le parasport ? Le soufflet est-il retombé ? Avec nous pour en parler, Marie-Amélie Le Fur. Bonjour. Bonjour. Vous êtes la présidente du Comité paralympique et sportif français, triple championne paralympique d'athlétisme. Ça, c'était avant Paris. C'était les JO précédents, les Jeux paralympiques précédents. Le patron des Jeux de Paris, Tony Estanguet, promettait à l'époque une révolution paralympique qui nous modifierait en profondeur et pour toujours.
Elle en est où, cette révolution ? Cette révolution, elle est en marche. En tout cas, nous, la dynamique qui a été très porteuse en amont des Jeux paralympiques durant les Jeux paralympiques, elle se poursuit un an derrière les Jeux. C'est une dynamique de transition, une dynamique d'ouverture du champ des possibles. Ces Jeux de Paris 2024, ils ont permis assez durablement d'installer la place du sport dans le parcours de vie des personnes en ce handicap. Mais cette révolution, elle va se construire sur le temps long. Parce qu'on partait de loin, parce que les freins sont encore notables, parce qu'on a aussi un rapport dans la société française au handicap qui reste compliqué.
Donc, je pense que grâce aux Jeux de Paris 2024, on a obtenu une grande visibilité, une reconnaissance des athlètes paralympiques comme des athlètes de haut niveau. On a commencé à avoir une vraie évolution sur la structuration de l'offre. Mais il faut continuer cette dynamique.
Alors, je vous sens très, très, très optimiste par rapport au discours des athlètes des Jeux paralympiques et même aussi des structures des clubs de sport aujourd'hui en France. Je vais en citer deux. Michael Jérémias, un immense champion de parrain tennis. Il est couvert de médailles et de trophées. Alors, lui, il dit qu'il ne reste rien de ces Jeux. Il parle même de trahison. Et il y a aussi le président d'un des clubs d'escrime en France, d'un des plus grands clubs d'escrime, le Masque de Fer à Lyon. Il s'appelle Stéphane Jacob. Il y a une section handisport depuis 15 ans dans son club. Alors, lui, il dit « Je suis furieux de la façon dont les politiques ont utilisé le handicap.
Ils ont fait des promesses. » Mais tout ce qu'ils ont réussi à créer, ce sont des déceptions. Vous, vous n'êtes pas tombé de haut en un an ?
Non, on n'est pas tombé de haut. Effectivement, il y a eu certaines déceptions sur la considération du sport, sur le budget du sport. Mais encore une fois, la dynamique de transition, de compréhension de l'importance du sport dans le parcours de vie, toute la dynamique... Ça veut dire quoi, ça ? On l'a vu, en fait, à l'échelle des collectivités, la façon de penser la politique publique du sport. Il y a quelques années, elle intégrait très, très peu la question du handicap. Il y avait peu de dynamique. Il y avait peu de compréhension des acteurs. Il y avait peu d'accompagnement vers ces acteurs-là.
Et grâce aux Jeux de Paris 2024, ces collectivités, elles ont compris, elles accompagnent mieux les structures.
Mais est-ce qu'elles mettent de l'argent ? Parce que s'il n'y a pas d'argent, on ne peut pas développer des structures, on ne peut pas adapter les trottoirs, acheter des fauteuils pour les sportifs qui font, je ne sais pas, du rugby-fauteuil, du tennis-fauteuil. Il faut bien de l'argent pour ça. Il faut de l'argent, mais... Les budgets, ils sont en baisse, rien qu'au niveau national. 100 millions rabotés sur le budget de cette année. Et pour l'an prochain, c'est une baisse de 18% qui envisageait. C'est énorme.
Il y a deux sujets à séparer. Il y a celui du budget. Et vous le dites très justement, la multiplicité, effectivement, des coûts budgétaires que nous avons connus au niveau du budget des sports est problématique. Il est terriblement inquiétant, notamment dans la perspective de cette feuille de route budgétaire de 2026. Si la feuille de route se confirme, c'est vraiment tout un secteur, le secteur du sport, le secteur du parasport, qui va être mis à mal avec la double peine. C'est-à-dire une baisse du budget de l'État, mais aussi une baisse du budget des collectivités. Et on sait que les collectivités sont le premier financeur du sport et le parasport ne sera pas épargné.
Donc ça, c'est la photographie, effectivement, côté budgétaire.
Je fais juste une petite parenthèse qu'Emmanuel Macron jurait à l'époque que tous les moyens affectés au sport, seraient maintenus jusqu'à la fin de son quinquennat. Fausse promesse, donc ?
En tout cas, la feuille de route 2025, ça a été effectivement une baisse initiale du budget à hauteur de 8%, derrière une coûte budgétaire à hauteur de 300 millions, qui font que ça a un effet véritablement délétère sur l'accès au sport, sur le développement de la pratique sportive, sur le financement des équipements. Après, il y a une dynamique. Et ça, c'est important. Et je veux vraiment y revenir, parce que grâce aux Jeux de Paris 2024, il y a quand même eu une compréhension, une connaissance de cette sémantique du parasport. Il y a 4 ou 5 ans, personne ne connaissait le parasport. Maintenant, effectivement, tout le monde s'insurge qu'il n'est pas suffisamment développé.
Rien que ça, c'est déjà une évolution. Par contre, et vous le disiez très justement dans la façon dont vous posiez votre question, il y a énormément de freins qui sont encore existants. La question de l'accessibilité du bâti, la question de l'accessibilité financière, la question de l'ouverture du champ des possibles. Et donc, on a besoin que cette transition, elle se continue, qu'elle perdure. Et ça va nécessiter de garder, engager un grand nombre d'acteurs. Parce qu'en fait, il faut concevoir l'accès à la pratique sportive comme un long continuum qui commence par la prise de conscience de la personne handicap, qui se termine le jour où elle a trouvé un club de proximité, où elle s'y rend.
Et sur ce long continuum, vous pouvez avoir une grande diversité de freins qui appartiennent à de nombreux acteurs. Et donc, notre responsabilité, nous, au niveau du comité paralympique, c'est d'animer ces acteurs, c'est de porter des projets concrets avec eux. C'est qui ces acteurs, par exemple ? C'est les départements, bien évidemment l'ensemble des collectivités. Ça va être les associations aussi qui vont être en relation avec les personnes en ce handicap. Ça va être le corps médical, ça va être l'éducation nationale.
Parce qu'on a besoin aussi, dès le plus jeune âge, de faire en sorte que nos jeunes, qui sont désormais, pour certains, scolarisés en milieu ordinaire, qu'ils ne soient pas exclus du temps sportif, du temps de l'EPS. Parce que souvent, les enfants en situation de handicap sont dispensés de sport. Encore trop souvent, effectivement. Pas forcément par le fait du professeur de sport, mais souvent par l'impulsion d'un chef d'établissement, par une crainte médicale, par une impulsion parentale. Donc on a besoin aussi de continuer à rassurer. Et un enjeu essentiel, je pense que c'est la formation et la sensibilisation de tous ces acteurs.
Nous, on a, depuis un peu plus de deux ans maintenant, lancé un grand programme de formation et de sensibilisation des clubs. Donc au travers du programme Club Inclusif, notre ambition, c'est vraiment que les clubs dans les territoires se sentent en capacité d'accueillir une personne en ce handicap. Mais derrière, il y a aussi un enjeu de formation des professeurs d'EPS, du corps médical, pour qu'eux aussi, ils incitent beaucoup plus à la pratique sportive des personnes en situation de handicap.
Marie-Amélie Le Fur, vous avez beaucoup répété cette formule à ouvrir le champ des possibles. Il faut l'ouvrir surtout aux femmes. Dans le handisport, c'est vraiment le point faible.
En tout cas, c'est un des points faibles majeurs. Et je vais le dire, et là, je prends ma vision vraiment très haut niveau. C'est aussi une des perspectives essentielles si on veut collectivement réussir cette ambition de Los Angeles et que nous puissions être dans le top 5 des nations paralympiques. Nous avions, à Paris 2024, 35% de femmes dans la délégation française. C'est trop peu. Et surtout, une faible compétitivité de ces parasportifs puisque seuls 16% des médailles de la délégation française sont des médailles apportées par des femmes.
Donc, on a besoin d'avoir une vraie feuille de route avec les fédérations, avec le ministère, avec l'ensemble des parties prenantes pour, dans la perspective de 2028, de 2030, arriver à féminiser ce mouvement parasportif.
Merci Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique et sportif français. Vous étiez l'invité du 5-7.