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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 9 juillet 2019 8 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesJusticeInstitutions & élections

L'UNION EUROPÉENNE N'EST PAS CORROMPUE, ELLE EST LA CORRUPTION

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Chapitres

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Sur ce coup, j’espère qu’on est tous d’accord. Personne ne va se dresser sur ses ergots et se féliciter que Christine Lagarde, une Française, prenne la tête de la Banque Centrale Européenne ? On ne va pas non plus se trémousser sur du Beyoncé parce que Christine Lagarde est la première femme qui pourra avoir sa signature sur nos billets.

On va laisser tout ce baratin à d’autres… Comme ceci, Ou ceci. Nous, on va mettre les pieds dans le plat. Et si la nomination à la BCE de l’actuelle directrice générale du Fonds Monétaire International, ministre de l’Agriculture puis des Finances sous Nicolas Sarkozy, était un moment de vérité, une sorte de révélateur ?

Parce que, tout de même, tous les portraits laudateurs de Christine Lagarde ne parviendront pas à faire oublier une affaire : l’affaire Tapie. Un long feuilleton qui a opposé, dès 1995, le Crédit Lyonnais, alors banque publique, puis l’Etat, au célèbre homme d’affaires des années Mitterrand. En gros, Tapie accusait le Crédit Lyonnais d’avoir organisé sa faillite pour racheter une de ses entreprises, Adidas, et la revendre assez vite avec une grosse plus-value.

Après avoir piétiné plus d’une décennie, les choses se débloquent brusquement dans cette affaire compliquée. L’affaire traîne jusqu’à l’arrivée en 2007 de Nicolas Sarkozy dont Bernard Tapie a soutenu la candidature. Nommée ministre de l’économie, Christine Lagarde confit le règlement du litige à un tribunal arbitral privé comme la loi le lui permet sous certaines conditions.

Trois arbitres sont désignés. En juillet 2008, ils condamnent l’administrateur public du Crédit Lyonnais à verser à Bernard Tapie 403 millions d’euros dont 285 millions d’indemnités. Plusieurs questions se posent : pourquoi un arbitrage privé alors que des fonds publics étaient en jeu ?

Pourquoi Christine Lagarde n’a-t-elle pas dénoncé les arbitres qu’elle savait favorables à Bernard Tapie ? Pourquoi n’a-t-elle pas exercé de recours contre leur arbitrage controversé alors qu’elle en avait la possibilité ? Enfin, Christine Lagarde a-t-elle agi seule ou a-t-elle reçu des ordres ?

En clair, les juges se demandent si le Président Sarkozy n’a pas monnayé le soutien de l’homme d’affaires à sa campagne. Tout ce qu’ils savent pour l’instant c’est que les deux hommes se sont rencontrés plusieurs fois avant et plus de dix fois après son élection. Christine Lagarde finira accusée de “complicité de faux” et de “complicité de détournements de fonds”, puis sera condamnée, sans grande conséquence, pour “négligence”.

Au-delà des soupçons de corruption, cette affaire Lagarde-Tapie est le symbole de l’assujettissement de l’intérêt public aux intérêts privés, de l’affaiblissement des Etats au profit des oligarques de tout poil. Quand on regarde les choses comme ça, le “transfert” de Christine Lagarde d’un gouvernement “pro-business” comme celui de Sarkozy, au Fonds Monétaire International apparaît comme tout à fait logique. Car le rôle structurel du Fonds Monétaire International est de réduire le périmètre des Etats, quitte à appauvrir les peuples, et de créer des écosystèmes idéaux pour les entreprises, surtout pour les multinationales.

À la tête du FMI, Christine Lagarde a fait le job et a su, par exemple, se montrer inflexible face à un peuple grec qui s’appauvrissait jour après jour. Souvenons-nous. Les propos de Christine Lagarde suscitent l’indignation des Grecs.

La directrice du FMI les a invités à prendre leur destin en main en payant leurs impôts. Interrogée par le quotidien britannique The Guardian sur ce qu’elle éprouvait à l’égard de la population grecque, elle a répondu qu’elle pensait davantage aux enfants démunis d’Afrique. De nombreux Grecs sont remontés et choqués par de tels propos.

C’est 2000 à 3000 personnes qui se sont suicidées, quelles fautes ont-elles commises ? Demande cet homme. Au début j’avais une retraite de 1780 euros, maintenant je gagne 1220, dit ce retraité.

Que dois-je dire à mon fils qui est handicapé ? Que je suis le cobaye des expériences de madame Lagarde ? Madame Lagarde doit venir voir les gens, pas les hommes politiques comme ça elle pourra voir si on a faim, comment on travaille et ce que l’on a payé à l’État, dit cette autre retraitée.

Il est évident que l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, ancienne avocate d’affaires au sein du cabinet américain Baker & McKenzie, ne viendra pas à la BCE pour appliquer une politique monétaire favorable aux intérêts des petites gens. Mais il faut tout de même noter quelque chose, les institutions européennes ne s’encombrent pas de critères moraux pour recruter celles et ceux qui sont censés les incarner. Quand Jean-Claude Juncker, qui en est aujourd’hui le président sortant, est choisi pour prendre la tête de la Commission européenne, il est déjà ministre des Finances du grand duché de Luxembourg depuis 20 ans.

Dans les milieux informés, tout le monde sait déjà que le business model de ce minuscule Etat est construit autour de l’évasion fiscale. Quand les Luxembourg Leaks, qui dévoilent au grand public ce scandale structurel, sortent en 2014, qu’est-ce qui se passe ? Eh ben, rien.

Juncker ne démissionne pas, alors que sa responsabilité personnelle dans le pillage fiscal de pays membres de l’Union européenne est engagée. Christine Lagarde peut également se décomplexer en regardant le pedigree de son prédécesseur à la BCE, l’Italien Mario Draghi, qui est tout aussi ambigu que le sien. Mario Draghi, diplômé d’économie du MIT, après avoir siégé dans divers conseils d’administration de banques, fut de 2002 à 2006 vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs avant de devenir gouverneur de la banque d’Italie.

Un poste clé au sein de la banque américaine qui a notamment cette mission : vendre les produits financiers “swap” permettant de dissimuler une partie des dettes souveraines des États. Une manoeuvre qui a permis de maquiller les comptes grecs. Moyennant 300 millions de dollars, la banque aurait aidé le pays à entrer dans la zone euro.

Clairement, Draghi le président de la BCE a participé à punir la Grèce pour avoir magouillé en suivant les trucs et astuces filés par Goldman Sachs, dont Draghi le banquier d’affaires était le vice-président pour l’Europe. J’entends déjà d’ici des voix naïves et indignées. "Ah, mais ils le font exprès ou quoi ?" Et j’ai envie de leur répondre : “Mais oui !

Ils font exprès. A un tel niveau de récurrence, on ne peut plus parler de hasard. Il y a quelque chose de systémique”.

En France et en Europe, les institutions ne doivent plus être regardées telles qu’on les projette dans notre imaginaire plein de croyances saines, mais telles qu’elles existent vraiment. Telles qu’elles fonctionnent et dysfonctionnent sous nos yeux. Bien entendu, je me retiens de ne pas prononcer cette phrase de Juan Branco, qui est susceptible de vous faire ajouter à la longue liste des “conspirationnistes”.

Et pourtant, elle sied parfaitement à ces circonstances récurrentes. Ils ne sont pas corrompus, Ils sont la corruption.