En Inde, Emmanuel Macron veut créer "des ponts vers le Sud global", selon Sylvia Malinbaum
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Chapitres
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Questions et réponses
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Que va chercher Emmanuel Macron en Inde ?
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Le partenariat peut-il être gagnant-gagnant avec ce pays de plus d'un milliard d'habitants, cinquième puissance mondiale ?
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Le président français s'y trouve pour trois jours, un voyage aux enjeux économiques et géopolitiques.
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L'Inde continue d'acheter du pétrole russe malgré les sanctions occidentales. On peut faire du business avec l'ami de Poutine ?
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Est-ce qu'on sait si au moins le sujet va être abordé ?
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Ou si on met tout sous le tapis parce que l'argent n'a pas d'odeur ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« sur les quatre dernières années, à 36% de l'importation d'armement indienne sont d'origine russe. »
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« depuis 2022, l'Inde a importé massivement du pétrole russe, qu'elle a raffiné et qu'elle a ensuite exporté en partie d'ailleurs en Europe. »
- 2:20InvitéFait
« il y a eu des pressions américaines très fortes. Donald Trump a sanctionné en mettant des droits de douane de 25% ses achats de pétrole russe. »
- 2:30InvitéFait
« le pétrole qui arrive en Europe d'origine russe et qui transite par ce qu'on appelle les pays tiers, et notamment l'Inde, subit des sanctions. »
- 3:26InvitéChiffre
« aujourd'hui, il y a 700 entreprises françaises qui sont présentes en Inde. »
- 3:55InvitéChiffre
« les exportations françaises vers l'Inde sont assez minces. C'est pour moitié de l'aéronautique. »
- 4:27InvitéChiffre
« ça va être à peu près 70 événements répartis sur l'année. »
- 6:01InvitéFait
« c'est de bâtir vraiment dans cette relation France-Inde, un agenda international. »
Temps de parole
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6h21, que va chercher Emmanuel Macron en Inde ? Le partenariat peut-il être gagnant-gagnant avec ce pays de plus d'un milliard d'habitants, cinquième puissance mondiale ? Le président français s'y trouve pour trois jours, un voyage aux enjeux économiques et géopolitiques. Bonjour Sylvia Malimbaume. Bonjour. Vous êtes chercheuse, responsable de la recherche sur l'Inde et l'Asie du Sud à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. Vous avez vous-même vécu en Inde. Alors il y a deux mois, le Premier ministre indien Narendra Modi déroulait le tapis rouge à Vladimir Poutine. L'Inde qui continue d'acheter du pétrole russe malgré les sanctions occidentales.
L'Inde qui refuse de condamner l'invasion russe en Ukraine. On peut faire du business avec l'ami de Poutine ?
Alors ce qu'on peut dire déjà, c'est que ce partenariat France-Inde, il est assez ancien. Il n'est pas récent. Et tous les présidents de la Ve République, je dirais depuis François Mitterrand, ont cherché à renforcer ce partenariat avec l'Inde. Et de même pour le partenariat avec la Russie, c'est un partenariat là aussi qui est historique. C'est des relations qui sont anciennes sur le plan politique, sur le plan militaire. La Russie reste aujourd'hui effectivement le premier fournisseur d'armement de l'Inde. Même s'il y a une vraie volonté côté indien de diversifier ces armements.
Mais qui reste sur les derniers chiffres, sur les quatre dernières années, à 36% de l'importation d'armement indienne sont d'origine russe. Donc c'est effectivement un sujet, c'est un sujet de vigilance. Mais je dirais qu'en dépit de cette relation, de cette proximité entre l'Inde et la Russie, effectivement le partenariat avec la France continue de son côté à se renforcer. Est-ce qu'on sait si au moins le sujet va être abordé ?
Ou si on met tout sous le tapis parce que l'argent n'a pas d'odeur ?
Alors je pense que ce qui est effectivement apprécié par les Indiens, c'est que la France se monte assez discrète sur ce sujet. Il y a en tout cas une volonté d'être relativement compréhensif et de respecter ce qu'on appelle le multi-alignement indien. C'est cette volonté d'aller parler à différents partenaires, y compris la Russie. Pour autant, je pense que le dialogue sur le sujet est quand même nécessaire. Et je pense qu'il va y avoir effectivement, le sujet doit être abordé, notamment sur l'Ukraine. Puisque aujourd'hui, on sait que l'Inde n'a pas condamné l'agression russe en Ukraine. Et puis, vous l'avez mentionné, il y a quand même cette question maintenant du pétrole.
Alors, on sait que depuis 2022, l'Inde a importé massivement du pétrole russe, qu'elle a raffiné et qu'elle a ensuite exporté en partie d'ailleurs en Europe. Ses flux quand même commencent à baisser depuis quelques mois. D'abord parce qu'il y a eu des pressions américaines très fortes. Donald Trump a sanctionné en mettant des droits de douane de 25% ses achats de pétrole russe. Et puis désormais, il y a aussi des sanctions européennes qui s'appliquent. C'est-à-dire que le pétrole qui arrive en Europe d'origine russe et qui transite par ce qu'on appelle les pays tiers, et notamment l'Inde, subit des sanctions.
Donc là aussi, à un moment, il y a un dialogue qui va être nécessaire, à minima pour coopérer autour de ces sanctions européennes.
Alors, ce voyage, revenons-y, le voyage d'Emmanuel Macron en Inde. Son but affiché, c'est d'approfondir les liens commerciaux entre les deux pays. Quels sont-ils aujourd'hui ?
Alors, pour reprendre l'image qui est utilisée par notre ambassadeur Adélie, finalement, cette relation France-Inde, c'est un peu l'image de l'extraterrestre. C'est-à-dire qu'il y a une tête qui est très grosse, et il y a un corps qui est plus petit. Tête très grosse, parce qu'on a une relation stratégique, avec des dimensions militaires, défense, et un partenariat politique de haut niveau très solide. Mais le corps, c'est-à-dire les autres champs de coopération, et notamment économique, les échanges culturels, etc., est beaucoup plus petit, est beaucoup plus mince. Et donc, un des objectifs, effectivement, ça va être de renforcer cette coopération économique.
Aujourd'hui, il y a 700 entreprises françaises qui sont présentes en Inde. Combien d'Indiennes en France ? Assez peu, assez peu. Et d'ailleurs, c'est une des dimensions qu'on voudrait inverser. On aimerait qu'effectivement, il y ait davantage d'investisseurs indiens qui viennent investir en France. Aujourd'hui, le pays de prédilection pour investir en Europe pour les Indiens, c'est plutôt l'Allemagne. Mais effectivement, on voudrait aussi rééquilibrer cette relation. Les exportations françaises vers l'Inde sont assez minces. C'est pour moitié de l'aéronautique, qui aujourd'hui, effectivement, est un marché assez prometteur sur l'Inde.
Et d'ailleurs, il va y avoir, lors de cette visite d'Emmanuel Macron, un certain nombre de séquences économiques pour essayer de stimuler ces relations. Et je crois que, notamment, il sera en Inde avec une trentaine d'entreprises, de chefs d'entreprise français.
Et il y a notamment aussi toute une dimension sur les nouvelles technologies, l'intelligence artificielle, avec 2026 qui doit être une année de l'innovation Inde-France. Ça consiste en quoi ?
Alors ça, c'est une grande initiative qui, effectivement, est portée, notamment par l'ambassade de France. Donc ça va être à peu près 70 événements répartis sur l'année. Alors, notamment des événements en Inde, il y en aura peut-être quelques-uns en France, pour valoriser un certain nombre d'initiatives, dont certaines sont déjà existantes, notamment sur le plan culturel, sur le plan économique, et montrer qu'effectivement, notre relation, encore une fois, ne se limite pas, ne se cantonne pas au tout militaire et à ses grands contrats d'armement.
Et notamment les 114 avions rafales, possiblement, voilà, un nouvel accord qui va être signé. L'Inde est avancée en la matière plus fort que nous sur tout ce qui est technologie du futur ?
Alors aujourd'hui, elle essaye en tout cas de développer un certain nombre de technologies. Le grand objectif de l'Inde, c'est de s'industrialiser, et y compris effectivement dans des secteurs à forte intensité technologique. Mais pour ce faire, elle a besoin précisément de partenaires, et c'est pour ça qu'elle se tourne vers l'Europe et vers la France, pour essayer d'acquérir un certain nombre de technologies. Donc ça, c'est le grand défi de l'Inde pour les prochaines années.
Et ça repose effectivement cette question de la Russie, compte tenu de cette proximité, jusqu'où, Français et Européens, on peut aller en matière de transfert de technologies, avec ce risque quand même de fuite technologique qui peut aussi se poser.
Alors ce voyage, on l'a rapidement évoqué, un volet diplomatique évidemment. Pourquoi l'Inde est un partenaire géopolitiquement important pour la France ?
Alors je disais, la relation france-Inde, elle est ancienne, elle est assez singulière, mais c'est vrai que dans le contexte actuel, elle prend une résonance, elle trouve un écho un peu particulier. Et l'objectif aujourd'hui d'Emmanuel Macron, pour reprendre ses mots de janvier devant la conférence des ambassadeurs, c'est de bâtir vraiment dans cette relation France-Inde, un agenda international, puisque cette année, l'Inde va avoir la présidence des BRICS, et nous Français, nous avons la présidence du G7. Exactement. Donc c'est d'utiliser aussi ce partenariat politique particulier pour en faire aussi un pont vers ces grands pays du Sud global, ces grands émergents.
Et pour échapper à la confrontation Chine-États-Unis ? Exactement. Et c'est d'ailleurs l'exemple de l'IA, du sommet de l'IA, c'est ce qu'on cherche à faire en montrant qu'il y a une autre voie alternative qui est possible face effectivement aux entreprises américaines et chinoises, qui est de travailler sur des principes, sur une coalition d'acteurs qui refusent ce duopole. Et donc ça, c'est une idée assez forte, je pense, de la visite qui va aussi être mise en avant.
Merci beaucoup pour votre éclairage, Sylvia Malimbaume, responsable de la recherche sur l'Inde et l'Asie du Sud, à l'IFRI, l'Institut français des relations internationales. Sous-titrage Société Radio-Canada