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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 20 novembre 2025 8 min

Narcotrafic : "un point de bascule" atteint en France ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

On a déjà franchi ce cap. C'est pas absurde de parler de narcoterrorisme, même si c'est assez délicat. - C.Roux: C'est un assassinat qui a saisi tout le pays et la classe politique.

Une bascule, pour le ministre de l'Intérieur. E.Macron, qui a fait de la lutte contre le narcotrafic une de ses priorités, a convoqué les ministres en charge du dossier à l'Elysée.

En Conseil des ministres, il a dénoncé les consommateurs, qu'il a qualifiés de "bourgeois de centre-ville qui financent le narcotrafic". - Une semaine plus tard, toujours des fleurs sur le trottoir, où 2 motards ont abattu un homme de 20 ans totalement extérieur au trafic en plein après-midi jeudi dernier, dans le 4e arrondissement de Marseille, juste en face du conseil départemental. - C'est bien triste pour la ville dans laquelle je suis née et que j'aime.

Tous les Marseillais pensent la même chose que moi, mais on est terrorisés. - Un meurtre prémédité, politique. La victime, M.Kessaci, 20 ans.

Le frère d'A.Kessaci, militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcobanditisme. Il avait déjà perdu un autre frère en 2020, victime d'un narchomicide.

Pour la 1re fois depuis le drame, A.Kessaci prend la parole en plein deuil sous la forme d'une tribune dans "Le Monde". Des mots durs et courageux au lendemain d'une réunion à l'Elysée sur le trafic de drogue.

A sa sortie, le ministre de l'Intérieur soulignait le caractère inédit de ce meurtre. - L.Nunez: C'était manifestement un crime d'intimidation.

D'ailleurs, plusieurs personnes autour de la table ont évoqué le fait qu'il y avait ici un point de bascule. - Le soir même, depuis Berlin, E.Macron, qui demande d'amplifier la lutte contre le narcotrafic, lançait un appel aux consommateurs. - E.Macron: Acheter de la cocaïne ou du cannabis, ça n'est pas simplement un plaisir qu'on peut s'offrir.

Il est déjà interdit. C'est de fait être complice et donner du financement à des réseaux de criminalité organisée. - Un combat qui, pour l'Elysée, devrait adopter la même approche que la lutte contre le terrorisme.

Une volonté partagée par F.Hollande. - F.Hollande: Je pense que la question du narcotrafic est aussi grave que la question du terrorisme.

Je pose mes mots. J'ai été le président qui a lutté contre le terrorisme. Le narcotrafic à l'échelle internationale, les sommes en jeu, les mafias, les procédés utilisés, les enfants qui sont hélas tués ou qui deviennent des assassins, ça s'apparente à du terrorisme. - Alors que faire pour que la France ne devienne pas un narco-Etat?

Comme un aveu d'impuissance et après l'échec des différentes opérations Place nette, le maire de Marseille lance un appel. - B.Payan: Les chefs de la mafia ne sont pas à Marseille.

Les narcoterroristes ne sont pas en France, à Marseille. Il nous faut des relations internationales apaisées, des moyens de police judiciaire, de la police scientifique. - Des chefs de réseau exilés pour beaucoup aux Emirats arabes unis.

Une situation à laquelle le garde des Sceaux dit vouloir mettre fin, comme il l'indique sur X. Concentrer les moyens sur la lutte contre le trafic de drogues dures, quitte à relâcher la pression sur le cannabis...

Position soutenue par F.Ruffin dans un contexte où les moyens sont limités. - F.Ruffin: Là où on ne peut plus agir parce que c'est devenu une consommation massive, oui, je suis favorable à ce qu'on légalise ça et qu'on se concentre à fond sur le tsunami blanc. - En 2025, près de 70 t de cocaïne ont été interceptées en France.

Un chiffre supérieur aux saisies déjà record de l'an dernier. - C.Roux: Question. - D.Delseny: Les infos qu'on a récupérées et qu'on a publiées il y a très peu de temps avant l'émission...

On ne sait pas officiellement. Il n'y a pas eu d'interpellation ni de garde à vue. En revanche, depuis août, il y a des menaces très précises qui pèsent sur A.Kessaci.

La police est intervenue auprès de lui à la fin de l'été pour lui demander de quitter Marseille, d'être placé sous protection policière parce que c'était des menaces réelles et qu'elles provenaient probablement de l'état-major de la DZ Mafia, cette organisation dont on parle depuis plusieurs mois. La piste privilégiée de l'enquête, c'est que si la DZ Mafia souhaitait s'en prendre à A.Kessaci et qu'il était protégé depuis août et plus à Marseille physiquement, on peut imaginer qu'ils ont changé de cible.

Ils se sont attaqués à son frère, qui était plus vulnérable. C'est la piste privilégiée. C'est la piste principale, la plus logique.

Maintenant, on n'a pas mis la main sur les tueurs. - C.Roux: La DZ Mafia porte bien son nom.

C'est une mafia? On doit bien choisir nos mots. On a évoqué la question du terrorisme.

Est-ce que ce sont des fonctionnements mafieux? - F.Ploquin: Le mot "mafia" est très connoté.

En Italie, ce sont des organisations pyramidales. Il y a 4 ou 5 mafias italiennes séculaires. Cette DZ Mafia n'a pas l'historique de ces mafias.

On utilise le mot parce que ça nous arrange et que ça caractérise bien ce groupe criminel organisé, avec des relais qui cherchent à conquérir en permanence de nouveaux territoires, qui est à la pointe de l'innovation la plus terrible sur Marseille depuis 2 ou 3 ans, qui est aux manettes et qui est derrière tout ce qui nous frappe. - D.Delseny: Et bien au-delà de Marseille. - F.Ploquin: Elle est partie de Marseille avec une volonté un peu hégémonique sur le territoire, celle d'ouvrir des franchises un peu partout.

Un jour, on les retrouvera peut-être en Colombie. - D.Delseny: Ils y sont déjà. - F.Ploquin: Il y a un véritable expansionnisme, une volonté de contrôler tout.

Ils se sont installés en faisant le ménage. Ca a commencé par une guerre terrible qui a fait 25 ou 30 morts. - D.Delseny: Plus de 40. - F.Ploquin: Pour éliminer la bande qui les dérangeait sur le terrain.

On peut aujourd'hui parler de mafia. - A.Fourmigué: La DZ Mafia partage avec les mafias italiennes des points communs.

C'est une organisation secrète, peut-être un peu moins hiérarchisée, mais ça se structure de manière sérieuse avec des codes, des rites, un sentiment d'appartenance, des rites d'initiation, des punitions, comme dans les mafias italiennes. Elle se caractérise aussi par un enracinement local, au plus profond des territoires. C'est le cas à Marseille comme dans d'autres endroits, avec une appropriation de l'espace public, une mise sous coupe réglée des habitants, des intimidations et même de la terreur.

C'est pas très nouveau dans certains quartiers. Elle se caractérise aussi par le fait qu'elle est multi-activités. Elle ne fait pas que du stup.

Ces gros groupes de narcotrafiquants donnent aussi dans le proxénétisme, le blanchiment, le racket, les extorsions... - F.Ploquin: Les enlèvements.