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InterviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 23 août 2025 20 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleTravail & emploiÉconomie & entreprises

Municipales 2026 : élus et citoyens, un lien abîmé ?

Au micro : Céline AsselotSource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:21OuverteRéponse directe

    Y a-t-il une crise de l'engagement ? Le lien entre les élus et les citoyens est-il abîmé ?

  • 1:06OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui vous a poussé à cette décision de démission ?

  • 1:35RelanceRéponse directe

    C'est le contexte, c'est pas tant la charge de votre mandat en fait qui était en cause ?

  • 3:23OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait sévère que dresse Maricot du statut du maire aujourd'hui ?

  • 3:46RelanceRéponse directe

    Vous dites bénévolat, mais c'est rémunéré, en fait, la fonction de maire ?

  • 4:24OuverteRéponse directe

    Mais vous êtes resté au conseil municipal, en revanche ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 5:58PrésentateurChiffre
    « Je rappelle près de 2200 démissions de maires depuis ce mandat. »
  • 6:05PrésentateurChiffre
    « C'est deux fois plus que le mandat précédent. »
  • 8:00PrésentateurChiffre
    « Je rappelle que près d'un maire sur deux, aujourd'hui, en France, a une activité professionnelle en parallèle. »
  • 13:48PrésentateurChiffre
    « Je rappelle quand même qu'en France, c'est 90% des communes de moins de 3500 habitants représentent seulement 30% de la population. »
  • 14:20PrésentateurChiffre
    « on aura presque un million de citoyens français présents sur les listes électorales, signe de leur engagement dans la vie de leur commune. »
  • 1:48Invité politiqueFait
    « Vous travaillez à McDo, vous gagnez plus votre vie quoi, vous avez moins d'emmerdes. »
  • 1:49Invité politiqueChiffre
    « moi je suis travailleuse indépendante, à haut revenu, j'ai divisé mes revenus par 10 quand je suis devenu maire. »
  • 1:56Invité politiqueFait
    « Alors je pensais travailler à mi-temps, je me suis rendu compte c'était pas un mi-temps, c'était pas un plein-temps, c'était plus qu'un plein-temps, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. »
  • 2:40Invité politiqueFait
    « Le manque de moyens aussi, c'est de plus en plus compliqué, il faut de l'ingénierie, on ne peut pas se la payer. »
  • 3:52InvitéFait
    « Elle est très très mal indemnisée. »
  • 3:58InvitéFait
    « Quand on dit à nos concitoyens qu'on a 1200, 1300, 1400 euros par mois, ils tombent de l'armoire parce que pour eux, c'est un statut. »
  • 5:45PrésentateurFait
    « C'est-à-dire, à la fois un phénomène au cours de ce mandat, depuis 2020, cette vague de démissions qui n'a jamais été aussi importante dans l'histoire que l'on peut documenter de la vie municipale. »
  • 7:30PrésentateurChiffre
    « C'est qu'un tiers des démissions sont liées à des tensions au sein du conseil municipal. »
  • 16:55InvitéFait
    « et au moment du mouvement des gilets jaunes ça a été énormément abordé dans les débats les gens voulaient de la traçabilité les gens voulaient savoir qu'est-ce qu'on fait de leur impôt »

Temps de parole

  • Présentateur32 %
  • Invité27 %
  • Invité politique23 %
  • Présentateur 217 %

1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Présentateur

France Inter, Céline Asselot, le 6-9. Ce sera l'un des moments forts de cette année politique qui démarre. Les municipales auront lieu en mars prochain dans un contexte de tensions budgétaires et puis de tensions tout court aussi. On a beaucoup parlé cet été de l'agression d'un maire dans l'Isère sur fond de désaccord avec l'un de ses administrés. Alors y a-t-il une crise de l'engagement ? Et le lien entre les élus et les citoyens est-il abîmé ? C'est le grand entretien de la matinale. Bonjour Martial Foucault. Bonjour. Vous êtes professeur des universités, chercheur au CEVIPOF et vous avez mené juste avant l'été une grande enquête sur la démission des maires.

Et nos autres invités en sont justement une forme d'illustration. Yvan Lubraneski, bonjour à vous. Bonjour. Vous êtes vice-président des maires ruraux de France et en 2023 vous avez démissionné de votre mandat de maire des Molières, commune qui se situe dans l'Essonne. Bonjour à vous également Marico. Bonjour. Vous étiez vous la maire de Tillois-les-Marchiennes dans le Nord, 500 habitants. On avait beaucoup parlé en 2020 de votre élection puisque vous aviez été la première femme transgenre à devenir maire en France. Vous avez-vous jeté l'éponge il y a quelques mois. Qu'est-ce qui vous a poussé à cette décision ?

1:09
Invité politique

Alors j'avais justement détaillé dans ma lettre de démission les motifs. En fait c'est une accumulation de motifs. Et la goutte d'eau qui a fait un petit peu déborder le vase c'est ce harcèlement que j'ai subi pendant deux ans de quelques administrés qui fait que j'ai perdu la majorité au conseil. Donc je me suis dit rester une année juste pour faire des affaires courantes dans un climat de haine, c'est plus possible, c'est mortifère. Donc autant passer à autre chose.

1:35
Présentateur

Mais c'est le contexte, c'est pas tant la charge de votre mandat en fait qui était en cause.

1:40
Invité politique

C'est une accumulation, il y a d'abord le statut du maire qui est déplorable. Vous travaillez à McDo, vous gagnez plus votre vie quoi, vous avez moins d'emmerdes. Donc il y a déjà ça, moi je suis travailleuse indépendante, à haut revenu, j'ai divisé mes revenus par 10 quand je suis devenu maire. Alors je pensais travailler à mi-temps, je me suis rendu compte c'était pas un mi-temps, c'était pas un plein-temps, c'était plus qu'un plein-temps, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. J'ai réussi à peu près à réserver mon dimanche pour essayer de souffler un peu. Donc il y avait une accumulation.

Après, le travail est très difficile puisque parfois c'est un monde orwellien, c'est abscon ce qu'on fait dans les mairies, on vous demande des obligations irréalistes, etc. On vous donne des injonctions contraires, il faut faire de la mutualisation, regrouper, mais vous n'avez pas le droit de faire du favoritisme. Donc ce qu'on fait, on mutualise. Donc on est toujours, comme je disais au préfet, on a toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête sur ce que je vais faire, est-ce que je vais me faire aligner ? Donc tout ça, ça s'ajoute. Le manque de moyens aussi, c'est de plus en plus compliqué, il faut de l'ingénierie, on ne peut pas se la payer. Voilà.

Je vais vous prendre un exemple, je vais mettre une climatisation dans la salle maternelle pour les petits, donc un budget max à 20 000 euros. On m'a demandé une étude des murs, dont le bureau d'études me facturait 5 000 euros d'études des murs, juste pour une subvention que je n'aurais peut-être pas. Ça vous sentiez pas. Voilà, ça devient complètement délirant. Donc tout ça, ça s'accumule et plus d'un moment...

3:09
Présentateur

On a bien compris, l'accumulation et bien ces choses, ça pose bien le débat qui sera le nôtre pendant ce grand entretien.

3:15
Invité politique

Une dernière petite chose, le comportement qu'on voit au niveau national, c'est devenu l'incivilité, le manque de respect à tous les niveaux. Nous, dans les villages ruraux, on subit ça aussi.

3:23
Présentateur

Yvan Lubreneski, est-ce que vous vous reconnaissez dans ce portrait sévère que dresse Maricot du statut du maire aujourd'hui ? Est-ce que c'est un peu ce que vous avez vécu, vous aussi ?

3:32
Invité

Oui, le contexte est difficile. Alors moi, c'est des raisons personnelles pour reprendre un petit peu de vie professionnelle, parce que je me suis un peu laissé manger par le bénévolat, par passion. Mais aussi, quand on regarde son compte bancaire, des fois, il faut réagir.

3:46
Présentateur

Vous dites bénévolat, mais c'est rémunéré, en fait, la fonction de maire ?

3:49
Invité

Elle est très très mal indemnisée. Elle est très très mal indemnisée. Quand on dit à nos concitoyens qu'on a 1200, 1300, 1400 euros par mois, ils tombent de l'armoire parce que pour eux, c'est un statut. Finalement, le maire, pour eux, il se dit ça gagne autant que le médecin ou le pharmacien dans la commune. Non, pas du tout. On est des smicards de la République, en fait. Et on est assez mal indemnisés. Il va y avoir des dispositions prochainement qui vont remonter un petit peu l'enveloppe indemnitaire, mais ça reste très très timide.

4:24
Présentateur

Mais vous êtes resté au conseil municipal, en revanche ?

4:26
Invité

Je suis resté au conseil municipal. Je suis même en train de me réengager maintenant que j'ai stabilisé un peu mieux ma vie professionnelle, et que j'ai constaté aussi, finalement, que sur mes premières années de mandat, en 2014-2015, j'avais aussi une activité salariée à côté. Ça ne m'a pas empêché d'être dans le moment où on a pris le plus d'initiatives dans la commune. Mais pour revenir au contexte, Marie Coe a totalement raison. En fait, on sait très précisément quels sont aujourd'hui les éléments de contexte qui sont bloquants pour les maires. La capacité d'agir localement, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est la question du statut de l'élu.

Et la troisième, qui viendrait peut-être même plutôt en deuxième et dont elle a parlé, c'est la question de la simplification. On nous complique les choses. Et d'ailleurs, c'est incroyable parce que ça fait des années que les gouvernements successifs travaillent à simplifier les choses pour les entreprises. Et pour nous, ils les compliquent.

5:26
Présentateur

Alors, qu'en pensez-vous, Martial Foucault, de ces deux cas qui sont à la fois des cas particuliers, mais qui semblent être un peu représentatifs des grandes thématiques que vous aviez justement brossées dans votre enquête parue au printemps ? Oui, ils ne sont pas si particuliers. Je crois que ça correspond à ce qu'on peut observer. C'est-à-dire, à la fois un phénomène au cours de ce mandat, depuis 2020, cette vague de démissions qui n'a jamais été aussi importante dans l'histoire que l'on peut documenter de la vie municipale. Je rappelle près de 2200 démissions de maires depuis ce mandat. C'est deux fois plus que le mandat précédent.

Et lui-même avait enregistré deux fois plus de démissions que le mandat 2008-2014. Les raisons invoquées à la fois par Marie Coe et Yvan Lubranowski sont... C'est intéressant parce que peu d'éléments ici mettent en évidence que les maires démissionneraient, que les maires seraient insatisfaits dans la relation avec à la fois leurs administrés, même si, comme vous l'avez évoqué, le cas très médiatisé cet été du maire de l'Isère qui a subi des violences. Mais globalement, moi, les maires que j'ai pu enquêter mettent très rarement en avant un manque de reconnaissance de la part des citoyens de leur commune.

En revanche, il y a, je dirais, un bilan très sévère tiré par les maires d'un manque de reconnaissance de la part de l'État. Et ce qu'évoquait à l'instant M. Lubranowski, c'est cette idée de la complexification de la fonction. Au fil du temps, on voit les choses sont plus compliquées. Et notamment, moi, j'ai pu observer un domaine qui génère beaucoup de tensions et parfois même de frustrations. Ce sont tous les sujets autour de l'urbanisme. Dans la vie d'une commune, accorder un permis de construire, accorder une extension, changer le plan d'aménagement de la commune, ça, ça provoque parfois beaucoup de tensions au sein même d'un conseil municipal.

Parce que, moi, l'étude mettait en avant quelque chose qui m'a également beaucoup surpris à l'issue de ce travail d'enquête. C'est qu'un tiers des démissions sont liées à des tensions au sein du conseil municipal. Alors, on peut dire que le désaccord, c'est le signe d'une bonne démocratie, c'est le pluralisme qui est vivant au sein d'un conseil municipal. Mais il provoque aujourd'hui davantage de démissions que, je dirais, de bons fonctionnements. Et puis, il y a des raisons qui sont peut-être secondaires, mais elles prennent de l'importance. C'est la question, effectivement, de la conciliation d'une vie professionnelle et la fonction de maire.

Je rappelle que près d'un maire sur deux, aujourd'hui, en France, a une activité professionnelle en parallèle. Et beaucoup d'entre eux pensent, dès le départ, pouvoir organiser leur vie en maintenant une activité professionnelle. Or, ils se rendent très vite compte que la fonction est très chronophage. Et ce qui provoque aussi, parfois, de vraies interrogations, des réflexions sur l'après-mandat. Comment vont-ils pouvoir retrouver une activité professionnelle comparable à celle qu'ils ont choisi de quitter ? Et puis, enfin, des sujets de santé. Pas simplement la santé physique, mais aussi des sujets de santé mentale.

Moi, j'ai été frappé d'observer qu'au cours de ce mandat, beaucoup de maires ont décidé de quitter leur fonction parce qu'il y avait une charge mentale très, très forte. On parle beaucoup du burn-out, mais c'est un véritable surmenage qui les conduit, finalement, à faire la part des choses et préférer se préserver plutôt que de devoir affronter des problèmes psychologiques. On va en parler de l'après. On va parler de l'urbanisation aussi, parce qu'il y a eu des hauchements de tête dans le studio lorsque vous avez évoqué ce point, Martial Foucault. Je voudrais revenir sur la reconnaissance, qui est un point intéressant, justement, le lien avec les administrés.

Yvan Lubraneski, vous avez fait deux mandats quasiment en intégralité. Est-ce que vous avez vu, justement, qu'il y avait peut-être plus de demandes de la part de vos administrés, des habitants de votre commune ? Est-ce qu'on en demande toujours plus, finalement, au maire ?

9:23
Invité

On est dans un mouvement du monde qui est individualiste. Ça n'échappe à personne. Et donc, il faut se battre contre ça. Nous, on a fait beaucoup d'efforts dans notre commune pour impliquer les habitants, pour aller les chercher, par divers moyens, pas simplement mettre un petit mot dans le bulletin municipal et dire, venez nous aider, venez contribuer. On a essayé de diffuser cela. Et on s'est pas mal... On est arrivé à un niveau assez important sur 2 000 habitants, quasiment 200 personnes impliquées dans la vie municipale aux alentours de 2019. Derrière 2020, il ne faut pas oublier, il y a le Covid.

Et il y a un mouvement qui touche aussi les associations, d'ailleurs, de recul du bénévolat, parce que les gens reviennent beaucoup sur la sphère familiale et professionnelle, justement, et ont du mal à revenir dans du commun. Même si, effectivement, ces derniers mois, et certaines études que M. Foucault ou d'autres ont pu voir ou travailler, montrent qu'il commence à y avoir un frémissement. Donc ça, c'est assez positif. C'est-à-dire qu'on sent qu'il y a beaucoup de gens qui sont prêts à se réinvestir un petit peu dans du commun.

10:38
Présentateur

Mariko, quelle est votre expérience de ce point de vue-là ? Vous avez parlé, effectivement, des cas très particuliers de harcèlement dont vous avez été victime. Mais sur l'immense majorité de vos administrés, comment ça s'est passé ?

10:49
Invité politique

Je suis assez d'accord avec ça dans le sens où le fonctionnement d'une commune est un fonctionnement qui a été pensé dans le passé. C'est-à-dire que la démocratie se faisait au sein du conseil municipal qui déclenchait les projets, le maire administrait. Enfin, il y avait toute une logique. Aujourd'hui, les gens, c'est les consommateurs. Ils commandent un truc sur Amazon et le lendemain. Ils vous demandent de boucher un trou dans une route. Ils ne comprennent pas que ce n'est pas fait dans l'année. D'abord, il faut un budget, il faut l'argent, etc. Donc, ils ne comprennent pas. Ils sont dans la frustration. Et puis après, il y a une frustration générale.

On vient se décharger sur le maire parce qu'on connaît son bureau. On peut facilement avoir un rendez-vous. Et là, tout le mal de vivre du citoyen se décharge. Et puis après, effectivement, on a des gens aujourd'hui qui sont beaucoup plus impliqués dans leur vie professionnelle. On a beaucoup de néo-ruraux qui viennent habiter la campagne. Ils cherchent du résidentiel. Il ne faut pas les emmerder. C'est tout. Mais leur vie, la vie à la ville en journée. Ils viennent juste pour dormir. Donc, ils ne s'impliquent pas dans la vie du village. Donc, tout ça, effectivement, c'est des... Moi-même, j'ai essayé de créer une dynamique et en fait, ça a été très, très difficile.

Et je trouvais des gens très compétents qui pouvaient aider la commune. Et puis, ils me disaient « Ah oui, non, mais c'est super. Mais moi, je ne me mets pas là-dedans. Quand je vois comment ça se passe sur les réseaux sociaux, je ne veux pas prendre des coups. » Donc, aujourd'hui, ça fait même fuir des gens.

12:02
Présentateur

Est-ce qu'il y a un problème, Martial Foucault, de méconnaissance, finalement, d'incompréhension mutuelle ? Les maires ont le sentiment de ne pas être entendus, de ne pas être compris dans les difficultés de leur quotidien. Et puis, les administrés ont le sentiment que ça ne va pas assez vite. Oui, mais je dirais que ce n'est peut-être pas le nœud le plus gorgé aujourd'hui dans les relations de cette démocratie municipale, dont je pense qu'elle n'est peut-être pas aussi en danger que certains pourraient le penser. La relation entre les maires et j'élargirais l'équipe municipale et les citoyens, oui, elles donnent lieu parfois à des moments d'incompréhension de part et d'autre.

Ça vient d'être évoqué, oui, on observe une montée du consumérisme municipal sur des demandes de plus en plus larges, et parfois inatteignables. Mais moi, j'observe plutôt que la relation s'est crispée aujourd'hui entre les maires et l'État. Et quand je dis l'État, à la fois l'exécutif, les différents gouvernements, où il y a une volonté de la part de l'État de contrôler davantage l'action, la capacité d'agir des maires. Et c'est assez surprenant parce qu'on a célébré il y a quelques années les 40 ans de la décentralisation en France. Et on a inventé un modèle unique, je dirais, en Europe, la centralisation dans la décentralisation.

Et ça, ça provoque effectivement beaucoup d'incompréhension et j'irais même de contestation. On a pu assister à plusieurs mouvements de maires sur les questions budgétaires, mais aussi sur les questions réglementaires. J'ajouterais un point qui a été évoqué sur l'engagement de la part des administrés ou des citoyens. Ce qui a été dit, effectivement, j'ai pu l'observer dans plusieurs communes. Je ferais peut-être une différence entre les communes de petite taille. Je rappelle quand même qu'en France, c'est 90% des communes de moins de 3500 habitants représentent seulement 30% de la population.

Donc on a aussi cette disproportion entre le nombre de communes et là où les Françaises et les Français résident. Sur l'engagement, je crois que tout à l'heure le mot de frémissement a été évoqué. Moi, je confirme, c'est-à-dire que je vois plutôt le verre à moitié plein parce que l'an prochain pour les élections municipales, si je devais arrondir, on aura presque un million de citoyens français présents sur les listes électorales, signe de leur engagement dans la vie de leur commune. Un million de citoyens sur un corps électoral de près de 50 millions, c'est unique au monde.

Seule la France est capable, certes, en raison du grand nombre de communes, mais d'avoir un citoyen sur 50 prêt à s'engager. Mais cet engagement, il ne doit pas être simplement facial. Ce que les deux maires indiquaient tout à l'heure, c'est qu'ensuite, il faut pouvoir mobiliser le temps d'une mandature 6 ans ces maires, ces conseillers municipaux, pardon, éviter l'absentéisme.

Moi, j'observe un absentéisme assez important dans les conseils municipaux et parfois aussi un désaccord qui devient au sein d'une même majorité dans des petites communes, un désaccord entre le maire et certains conseils municipaux, ce qui fait dire à beaucoup de maires interrogés que parfois, ils ont peut-être commis une erreur de casting au moment de la constitution de ces listes. et ce sont ces éléments qui sont qui sont crucials dans la vie d'une mandature. Vous êtes vice-président de l'association des maires ruraux de France, Yvan Lubraneski. Est-ce que tout ça, vous en parlez, vous en débattez, vous y réfléchissez ?

Est-ce qu'il y a des pistes, déjà des solutions que vous auriez envie de mettre sur la table pour justement qu'on n'aboutisse pas à une grande démission dont on semble parfois avoir un peu le début ?

15:43
Invité

C'est au cœur de l'action de l'association des maires ruraux de France d'essayer justement de faire en sorte que cette décentralisation elle soit assumée. Comme l'a dit M.

Foucault, il y a une espèce de schizophrénie et d'ailleurs un langage de l'État qui est souvent très caressant pour les maires et puis en fait sur le terrain, voilà, il n'y a pas longtemps j'entends un maire qui a trouvé un jeu sympa à mettre dans la cour de son école il reçoit quelques jours après une injonction de la trésorerie lui disant mais on ne payera pas ce jeu puisque c'est une compétence intercommunale et qu'il ne fallait pas prendre cette initiative voilà et donc voilà on passe du temps à s'empêtrer dans des choses comme ça et les politiques ont un autre discours un discours sur la subsidiarité mais finalement on n'arrive pas facilement à la mettre en oeuvre et pour revenir sur la question du pouvoir d'agir il y a aussi la coupure du lien fiscal et au moment du mouvement des gilets jaunes ça a été énormément abordé dans les débats les gens voulaient de la traçabilité les gens voulaient savoir qu'est-ce qu'on fait de leur impôt et en fait toutes les réformes fiscales font que aujourd'hui on ne sait pas trop où va l'argent et on peut se trouver dans la situation pour le nid de poule dont parlait Maricot qui se trouve devant l'habitation de telle ou telle personne des gens qui vont payer des impôts des fois beaucoup en fonction de leur revenu déjà pour commencer et qui vont dire je suis allé en mairie et le maire me dit qu'il n'a pas d'argent donc voilà comment on fait si c'est l'état qui décide ce qu'il va donner aux communes

17:36
Présentateur

et pour mieux faire face justement à toutes ces difficultés que vous venez de décrire est-ce que vous avez le sentiment Maricot qu'il aurait fallu être davantage accompagné davantage formé peut-être quelle leçon vous tirez maintenant avec le recul de votre début de mandat

17:50
Invité politique

vous touchez un point important c'est la formation des élus donc effectivement l'état dit les élus il faut les former etc je leur dis quand est-ce que vous voulez qu'on se forme parce que pendant ce temps-là le siège de maire est vacant avec quel argent quand vous êtes commune on revient toujours donc au final vous ne le faites pas alors vous vous formez alors moi j'ai une capacité à m'auto-former voilà ça ne me pose pas de problème mais on se rend compte par exemple que les conseillers municipaux ne connaissent pas leur rôle et ils croient que leur rôle c'est le rôle du maire et ils demandent au maire de faire le rôle du conseil municipal c'est-à-dire tout ce qui est budget tout ce qui est de la responsabilité du conseil municipal ils ne le font pas parce qu'ils ne sont pas disponibles parce qu'ils n'y comprennent rien etc donc on leur propose un budget qui n'a pas forcément été négocié donc on a proposé des options on dit oui mais c'est toi qui décide tout ben je dis non vous ne faites rien donc proposez et donc il y a une espèce d'inversion par contre les conseillers vont s'interroger de pourquoi vous avez acheté un banc pourquoi vous avez changé une porte alors que ça c'est de la fonction du maire d'administration courante donc ils se mêlent des fonctionnaires de ce que fait le maire et ne font pas leur travail parce qu'ils pensent je dis c'est pas un club de bridge ici c'est une mairie il y a des règles il y a des ordres du jour il y a des trucs eux ils veulent réélever la bande de copains on décide comme ça non ça marche pas comme ça

19:03
Présentateur

pour terminer d'un mot Marieco est-ce que vous regrettez cette expérience de maire ?

19:06
Invité politique

non je ne regrette pas c'était une expérience intéressante ça m'a ouvert énormément de portes j'ai découvert un autre monde et puis maintenant je vais passer à une autre expérience à d'autres projets certainement plus rémunérateur certainement moins gras mais bon non je ne regrette pas du tout même question Yvon Libraniski

19:24
Invité

non seulement je ne regrette pas mais je suis en train de me réengager et d'ailleurs ça serait intéressant de connaître la date précise au mois de mars puisque ça n'est pas encore dans la loi ce qui prouve une fois de plus que voilà l'état est de son côté les communes de l'autre nous on est dans le concret on attend des choses précises et puis en fait sur beaucoup de sujets on navigue à vue on est totalement à leur merci

19:49
Présentateur

on a entendu vos difficultés on a entendu aussi le frémissement et puis le verre à moitié plein cet engagement qui est le vôtre merci à tous les trois merci Martial Foucault chercheur au Cevipof Mariko ex-maire de Thillois les Marchiennes dans le Nord et Yvan Lubraneski vous êtes le vice-président de l'association des maires ruraux de France merci d'être passé par le studio de France Inter et puis-je vous êtes le plus

20:09
Locuteur

merci d'avoir regardé cette vidéo merci d'avoir regardé cette vidéo merci d'avoir regardé cette vidéo