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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 5 octobre 2019 9 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsOutre-merJusticeSécurité

LES CRIMES CACHÉS DE JACQUES CHIRAC

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 100 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:30LOCUTEUR_INCONNUFait
    « Chirac assassin ! Vous n’en avez jamais entendu parler ? »
  • 5:00LOCUTEUR_INCONNUFait
    « Paris envisagea sérieusement de chasser M. Gbagbo de son fauteuil et de le remplacer par son chef d’état-major. »
  • 7:00LOCUTEUR_INCONNUFait
    « Une grande partie de l'argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l'exploitation, depuis des siècles, de l'Afrique. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Qui, parmi vous qui m’écoutez en ce moment, imagine une seule seconde qu’à la mort de, disons...

George W. Bush, les commentateurs américains éludent complètement les crimes entourant la plus grosse opération militaire extérieure qu’il ait menée, c’est-à-dire la guerre en Irak ? C’est dans cette situation un peu surréaliste qu’on se retrouve en France, suite au décès de Jacques Chirac.

Et cette amnésie organisée en dit beaucoup sur notre pays, la France, mais aussi sur son rapport à ses élites et à son habitus colonial. En tout cas, c’est ce que je pense, et je vais vous expliquer pourquoi. Alors que l’ancien président français meurt, je pense à Jean-Louis Coulibaly Kouassi.

C’est un nobody. Né le 10 septembre 1979, fils unique de sa mère Suzanne Ya Ahou, il est mort le 9 novembre 2004, à 25 ans donc, décapité à Abidjan par l’armée française, qui a tiré sur lui à bout portant, selon des spécialistes sud-africains de médecine légale. Une armée française donc, sous les ordres de Jacques Chirac, qui a ouvert le feu sur une foule de civils désarmés, et tué, en dehors de Jean-Louis Coulibaly Kouassi, plusieurs autres jeunes personnes, dont la plus jeune avait 12 ans.

Chirac assassin ! Vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est normal.

En dehors d’un documentaire partiellement censuré sur Canal +, aucun média mainstream français n’en a jamais parlé vraiment. Aucun média français n’est jamais allé à la rencontre de Suzanne pour l’entendre parler de son fils. Je veux que le monde entier sache que les blancs ont tué mon enfant.

Il faudrait que les blancs eux-mêmes, Chirac lui-même, ils sachent que vraiment il a tué une femme qui n'a qu'un seul enfant. Même Reporters sans frontières a consacré un seul communiqué pour solde de tout compte à la mort d’Antoine Massé, correspondant de presse tué d’une balle dans la tête et d’une balle dans le cœur, par l’armée française, alors qu’il couvrait des émeutes qui lui étaient hostiles. dans la ville ivoirienne de Duekoue.

Alors que Jacques Chirac meurt, aucun média ne revient sur ce qui n’est pas une bavure, mais un massacre, massacre à caractère néocolonial, dont ni les auteurs, ni les commanditaires, n’ont jamais été ni mis en examen ni jugés. LeMonde.fr, dans son édition Afrique, évoque les circonstances de ce crime tout en l’éludant.

La Côte d’Ivoire fut d’ailleurs la grande affaire africaine de ses 12 années à l’Elysée. Peu après la tentative de coup d’État du 19 septembre 2002, le président Laurent Gbagbo ne tarda pas à accuser Paris d’avoir manœuvré dans l’ombre pour le renverser. La tension atteignit son paroxysme en novembre 2004, après le bombardement de la base militaire française de Bouaké par l’aviation ivoirienne.

À cet instant, Paris envisagea sérieusement de chasser M. Gbagbo de son fauteuil et de le remplacer par son chef d’état-major”. Oui, tout à fait, Le Monde vous explique l’air de rien que Jacques Chirac a essayé de remplacer un chef d’Etat élu par un officier félon, dans un pays officiellement indépendant.

Et c’est parce que des milliers de jeunes sont descendus dans la rue pour contrarier ce projet que des dizaines d’entre eux sont morts. Fusillés par notre armée. Sous les ordres de ce président qui était si chaleureux, si jovial, si accessible, si friand de tête de veau et de blagues salaces.

Jacques Chirac est mort, et les familles des victimes de ses choix politiques criminels n’ont jamais eu, devant un prétoire, la moindre explication provenant de lui, de ses ministres ou de ses généraux. Je pense à Suzanne, Suzanne Ya Ahou, mais je pense aussi à Josette. Josette Tilloy, la maman d’un des 9 soldats tués le 6 novembre 2004, dans le bombardement de la base militaire française de Bouaké, qui a été le déclencheur de la tentative de coup d’État évoquée par Le Monde Afrique.

Un bombardement perpétré par des mercenaires biélorusses travaillant officiellement pour le gouvernement ivoirien, mais que le gouvernement de Jacques Chirac a aidé à plusieurs reprises à filer. Jacques Chirac est mort, vieux, malade et rassasié de jours, auprès de ses proches. On le savait déjà, qu’il avait bénéficié d’une impunité 5 étoiles en ce qui concerne toutes les affaires de corruption dans lesquelles son nom avait été cité.

Mais qui en France sait que cette impunité s’élargit à de graves crimes de guerre ? Même le Nouveau parti anticapitaliste, faisant dans un communiqué un inventaire à la Prévert des méfaits de notre ancien président, a “oublié” ce sang versé, ce sang versé là. Pendant que Jacques Chirac faisait le beau dans le monde entier en disant “non” à la guerre de George W.

Bush en Irak, il avait lui-même, bien camouflé par un étrange consensus français, son “petit Irak”, selon l’expression de la presse anglo-saxonne de l’époque. En Jacques Chirac qui meurt, bon nombre d’entre nous voient le dernier président gaulliste, et voient le gaullisme en question comme un humanisme, un idéal international d’équilibre et de respect du droit international. Là où il n’a jamais été qu’une posture, un anti-américanisme de positionnement ailleurs que dans ces pays là où il pouvait continuer à exercer un impérialisme de milieu de gamme.

Jacques Chirac l’Africain, c’était donc une posture, frôlant quelquefois la schizophrénie. Ces derniers jours, sur les réseaux sociaux, on a pu revoir cette vidéo où il se pose en avocat d’une Afrique exploitée. On oublie cette grande chose.

C'est qu'une grande partie de l'argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l'exploitation, depuis des siècles, de l'Afrique. Pas uniquement, mais beaucoup viennent de l'exploitation de l'Afrique. Alors, il faut avoir un petit peu de bon sens.

Je ne dis pas de générosité. De bon sens. De justice.

Pour rendre aux africains, je dirais, ce qu'on leur a pris. On repasse un petit bout. Une grande partie de l'argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l'exploitation, depuis des siècles, de l'Afrique.

Ainsi parlait l’homme dont une des âmes damnées, Robert Bourgi, affirmait qu’il avait reçu, pour financer ses ambitions politiques et on l’imagine ses frais de bouche, des dizaines de millions de dollars venus de chefs d’État de pays parmi les plus pauvres du monde, qui achetaient ainsi une protection réelle ou supposée. Des sous souvent transportés à l’intérieur de djembés anormalement lourds. Comme pour en rajouter dans le registre des clichés sordides.

Une “démocratie” européenne ainsi financée peut-elle être autre chose qu’une démocratie de basse intensité, corrompue jusqu’à la moelle, et capable à tout moment d’importer à l’intérieur de ses frontières la violence d’une vieille colonialité jamais regardée en face ? À l’heure où Jacques Chirac meurt, et où un grand nombre de Français semble déplorer le bon vieux temps où les forces de l’ordre leur paraissaient plus civilisées qu’aujourd’hui, il est bon de rappeler la continuité qu’il y a entre les destins de Jean-Louis Coulibaly Kouassi, tué par des balles françaises en 2004 et ceux de tous ces éborgnés, mutilés et morts de la séquence politique qui a commencé il y a bientôt un an, avec le mouvement des gilets jaunes. Nous assistons tout simplement à une extension du domaine de l’impunité.