Hagai Levi, le showrunner israélien revient avec une nouvelle série, "Etty"
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Ce matin, je reçois le créateur de la série Chérie des Français, Betty Poul. C'est comme ça qu'on dit, Maître Zlotowski ? Absolument. Betty Poul, ça veut dire ? En traitement. En thérapie. En thérapie, puisque c'est comme ça que ça a été traduit. Et c'est vous, Agaï Lévy, qui avez fait En thérapie, mais avant de parler série, avant de parler d'En thérapie et puis surtout d'Eti, puisque Eti, c'est cette nouvelle série qui sera à la fois diffusée sur Arte le 13 mai, mais également qui va être projetée cette semaine au cinéma à Paris, Bordeaux, Toulouse et Montpellier. J'aimerais quand même vous présenter.
Vous êtes né en 1963 dans un kibbutz d'Israël au sein d'une famille à la fois très à gauche et juive orthodoxe. Un mélange que vous qualifiez vous-même de propre à certains juifs italiens, en référence à vos origines paternelles turinoises. Dans cet environnement, l'accès aux images était limité, puisque les juifs orthodoxes se détournent d'un certain nombre de choses qui leur paraissent profanes. Et votre premier contact avec le cinéma a été celui d'un projectionniste autodidacte. Votre maire, responsable du comité culturel du kibbutz, vous autorisait à choisir des films projetés. Comment êtes-vous devenu cinéaste avec un tel milieu d'origine ?
En fait, c'est comme ça que j'y suis arrivé.
Ce job d'avoir à programmer les films, je devais les programmer deux fois. Et puis, per peu, j'ai vu qu'il y avait des systèmes derrière chaque film. Et je devais choisir les films. J'ai commencé à lire, à regarder. Mais cette pensée d'apprendre le cinéma, c'était très très loin de moi. Ça me semblait un autre monde. Moi, j'étais dans un monde très fermé, très lointain. Et finalement, je suis allé étudier le cinéma à l'université de Tel Aviv.
Vous êtes devenu critique de cinéma ?
Oui, absolument.
Au début, j'étais critique de cinéma. C'était un job pour gagner ma vie. J'ai fait ça pendant quasiment dix ans.
Je n'ai jamais écrit sur les films israéliens, parce que c'était ma communauté. Mais pendant de nombreuses années, même quand j'ai commencé à faire de la télé moi-même,
j'ai continué à être critique.
Et alors, j'ai cru comprendre que vous aviez écrit des télé-novelas aussi.
Oui, à un moment, j'ai eu un enfant qui est né.
Et comme on dit, j'étais jeune et j'avais besoin des petits sous. Mais le truc intéressant, c'est qu'à travers les télé-novelas, il y a eu la création en thérapie. Parce que les télé-novelas, ce sont des séries quotidiennes. Et la force de la série quotidienne, ce qui m'est apparu très rapidement, c'était quelque chose de très fort. Et l'idée de faire en traitement, justement, en thérapie, c'est née de là.
Voilà, donc j'imagine qu'il y avait le lien, la réunion entre deux de vos passions, le fait d'écrire des séries, puisque vous venez d'expliquer comment vous avez appris le métier. Et puis, la psychanalyse, vous avez 35 ans de psychanalyse à votre actif ?
Je n'ai pas compté, je ne suis pas sûr. Je l'ai vu dans le journal hier. Je n'ai pas compté.
Mais bon, la plus grande partie de ma vie, j'étais en thérapie depuis un âge très tendre. Je crois. Je crois à cette institution. J'y crois. Ça permet à un individu d'être, une fois par semaine, prêt à rendre des comptes sur soi-même.
de se concentrer sur les problèmes auxquels il fait face et de recevoir une orientation.
Bon, il y a, en quelque sorte, beaucoup de vos obsessions qu'on retrouve dans Eti, cette série qui va être diffusée sur Arte le 13 mai, et puis qu'on peut également voir au cinéma dans certaines villes. Cette série, en réalité, c'est le prénom d'Eti Il-Soum, qui est une jeune femme qui a commencé à écrire son journal à Amsterdam le 9 mars 1941. C'était une jeune femme de 27 ans qui voulait apprendre à se connaître. Et cette jeune femme a achevé son journal le 13 octobre 1942, date où elle a été déportée, sur une phrase qui est devenue extrêmement célèbre. On voudrait être un baume versé sur tant de plaies. J'aimerais que vous me présentiez Eti, votre Eti.
Pourquoi avez-vous décidé de transformer ce journal en une série, ce qui est une gageure à Guy Lévy ?
Le livre, le journal d'Eti n'est pas sur la Shoah, à mes yeux. C'est en fait un guide pour la vie, un manuel de vie.
C'est quelqu'un qui se sentait extrême comme moi,
extrêmement moderne, très marxiste, névrotique.
Mais il a une tendance à vouloir changer.
Et par cela, elle rencontre, par cette voix, Julius Speer, un psychologue qui arrivait de Berlin vers 1938, Amsterdam donc. Et elle va le voir pour être en traitement. C'est quelque chose de très moderne.
Je pense que ce que j'ai pris de Centrale dans son journal, c'est quelque chose d'extrêmement simple.
C'est l'idée que même si on te prend tout, il y a quand même une place au sein de toi-même où tu restes toi, qui reste à toi, qui t'est gardé, qui est sûr.
Et c'est quelque chose qui m'a beaucoup aidé à un moment de ma vie. Et ça aide beaucoup de gens aussi, finalement. Les gens, après le 7 octobre en Israël, c'est-à-dire 2023,
beaucoup de gens en Israël ont acheté le livre d'Ethi El-Soum. Ils ont trouvé une sorte de consolation, une sorte d'enrichissement intellectuel.
Et oui, parce que j'ai cru comprendre que vous aviez rencontré ce journal sur les conseils de votre thérapeute à un moment où vous étiez dans une sorte de dépression parce que le succès d'en thérapie vous dépassait. Il faut dire que le succès d'en thérapie, c'est, je crois, 18 pays qui ont acheté le format, dont, bien sûr, la France, avec une version faite par Nakash et Toledano. Et donc, vous avez traversé une crise existentielle, on peut dire ça comme ça, Guy Lévy ?
Oui, on peut le dire. Bien sûr, lorsqu'il y a un énorme succès,
et puis après, il y a une sorte de vide,
une descente, en quelque sorte. Moi, je m'occupais, à ce moment-là,
de tout ce que j'allais perdre dans ma vie, par exemple.
Et oui, ma thérapiste était quelqu'un
qui avait de l'esprit, d'un autre sens que le mien. Et c'est elle qui m'a conseillé de lire ce livre, ce journal.
Et ça fait exactement ce que j'ai décrit, ce sentiment qu'il y a quelque chose
à l'intérieur de vous-même que vous pouvez garder, conserver.
Vous avez fait des choix qui sont des choix extrêmement radicaux pour transformer ce journal en série. Pour le dire en quelques mots, vous avez décidé d'abord de transposer cette histoire qui se passe donc aux Pays-Bas en 1941, avec évidemment la montée de l'antisémitisme. Et on connaît la fin lorsqu'on entre dans cette série, mais évidemment, l'héroïne, elle, ne la connaît pas. Vous avez décidé de transposer cette série en 1980-1990, autrement dit, à une époque contemporaine, à une époque où, bien évidemment, le nazisme n'était pas présent de cette manière-là.
Je vous avoue qu'avant de voir cette série, j'étais perplexe devant ce procédé, et finalement, je l'ai trouvé formidablement convaincant. Mais pourquoi avoir décidé de faire d'Eti une jeune femme qui est notre contemporaine, à Gaëlle-Évie ?
C'est exactement ce qu'il y a dans son journal. Son journal est intemporel.
Il est très, très moderne, donc intemporel. Il n'y a pas cette distance que ça s'est passé un jour ou que vous voyez un film historique. Cette chose-là, je voulais la reconstituer dans le film.
Je ne savais pas comment le faire jusqu'à cette idée.
Il m'apparaît extrêmement simple. Ce n'était pas simple à la fin des fins parce que construire ce temps qui n'est pas exactement 80-90, c'est quelque chose de plus général, moderne, en fait. Mais oui,
annuler cette distance qu'il y a
lorsque l'on voit ce genre de film sur la Seconde Guerre mondiale ou sur la Shoah,
qui vous permettent en fait de dire
« Ah ouais, bon, c'est une histoire de dans le temps,
c'est vieux,
je ne suis pas lié à ça. »
Mais moi, je voulais vraiment annuler
ce sentiment-là et faire quelque chose qui soit beaucoup plus universel, qui soit lié à la vie, notre vie d'aujourd'hui.
C'était vraiment ça le but. Mais à la fois, on aurait pu se dire que c'était extrêmement casse-gueule à une époque où justement, on est obsédé par les parallèles entre notre époque et les années 30, entre la montée du fascisme, du nazisme, chacun choisira, aux Etats-Unis, en Europe, en Israël aussi, où le gouvernement est qualifié de fasciste, voire de nazis par certains à Gaël Lévy.
Je vais le dire ainsi. Lorsque ces derniers mois,
vous savez, cette série a été diffusée en Israël, c'est une grande réussite. Et la raison pour laquelle c'est une réussite, c'est que les gens y voient quelque chose de très, très proche de ce qui se passe aujourd'hui en Israël.
un parallèle. Parce que les gens
en Israël sont très, très déprimés et n'ont plus d'espoir, plein de colère. Et cette vision de cette série leur a donné une sorte d'espoir. Ce n'était pas le but que je m'étais fixé de cette modernisation de la série. mais c'était
un produit secondaire,
un produit dérivé qui est extrêmement intéressant de mon point de vue, très important. Et je la reçois, je la reçois avec beaucoup de plaisir.
Mais c'est pour ça que je vous ai invité, parce que je voulais en fait une voix israélienne qui ait réfléchi sur la montée du nazisme et effectivement à la fois on ne peut pas s'extraire de la période actuelle et de toute façon vous faites tout pour qu'on réfléchisse à la période actuelle puisque votre série elle est contemporaine et dans le même temps eh bien on est obligé de prendre du recul par rapport au processus que vous filmez à Gaëlle Lévy.
On ne parle pas simplement de l'Israël pré-fascisme
vous savez le fascisme est présent aussi en Europe et dans d'autres endroits du monde et il est clair
que moi j'ai senti que les messages d'Eti ce qu'elle avait à dire au monde étaient liés également à aujourd'hui
et à ces tendances existantes mais dans le même temps
il n'était pas
moins important dans ce que Eti disait
c'est la guerre
contre la haine
dans ce contexte elle refuse
de haïr même les nazis
je n'ai évidemment pas dit que la question du nazisme ou du fascisme ne se posait qu'en Israël bien sûr que non mais moi ce qui m'intéresse ce sont les yeux d'un cinéaste israélien de gauche sur ce phénomène qui est un phénomène mondial et vous êtes quelqu'un qui est très cortiqué sur le plan intellectuel mais aussi sur le plan politique
je suis actif militant
comme on l'a dit au départ
j'ai une tradition
politique à travers mon père mon grand-père je suis né comme quelqu'un de politique et ce mélange de religion et de politique
mais justement expliquez-moi ce mélange de religion et de politique vous aujourd'hui vous n'êtes plus observant vous avez la tête nue vous êtes aujourd'hui laïque mais comment fait-on pour mélanger la religion et la politique à gauche alors qu'en Israël la religion et la politique c'est souvent à droite parfois très à droite
mon fils
a fait un retour à la foi
il est allé
dans une direction opposée à la mienne et nous sommes très proches très très proches
il appartient
à un grand groupe de gens qui se nomme les Bnei Abraham les fils d'Abraham
et ils vont
chaque semaine
en Cisjordanie et ils protègent
les palestiniens contre les colons ces gens qui sont vraiment des justes à mon point de vue
fonctionnent de façon parce qu'ils pensent que c'est ça le judaïsme
ils ne pensent pas que ça soit quelque chose d'autre que le judaïsme soit de libéralisme ou je ne sais pas quoi
donc c'est beaucoup plus fort leur implication
est beaucoup plus forte que si vous voulez que la gauche laïque
Agaï Lévy on se retrouve dans une vingtaine de minutes on va parler d'Eti cette série qui sera diffusée le 13 mai sur Arte je l'ai trouvé superbe cette série je l'ai trouvé aussi superbe parce que et on en parlera dans une vingtaine de minutes vous mélangez de manière extrêmement belle légère et convaincante le psychologique et le politique c'est à dire qu'au début cette série qui raconte la fin d'une jeune femme dans les chambres à gaz parle uniquement de psychologie et on sent là aussi notre trouble je dis notre trouble collectif c'est à dire la dépression en quelque sorte que l'on traverse tous à des degrés divers par rapport aux événements extérieurs 8h sur France Culture
6h30 9h les matins de France Culture Guillaume Erner
et revoici notre invité Agaï Lévy scénariste et réalisateur israélien on lui devait en thérapie on lui doit maintenant une nouvelle série Eti Eti qui sera diffusée sur Arte le 13 mai prochain une jeune femme juive dans les Pays-Bas qui a tenu un journal intime pendant l'occupation Eti il soume avec un certain nombre de choix esthétiques radicaux et notamment l'idée de transposer ce journal dans les années 1980 1990 Agaï Lévy je voulais quand même vous poser une question politique il va y avoir des élections en Israël dans quelques mois avec bien sûr une question que tout le monde se pose Benjamin Netanyahou va-t-il se maintenir au pouvoir qu'est-ce que vous en pensez qu'est-ce que vous souhaitez
de nombreux soirs
au cours des dernières années j'ai compris que le problème principal c'était l'espoir
tant de fois
nous avons espéré au cours des 20 dernières années que quelque chose se produirait
et ça ne s'est pas produit ces dernières années
moi
depuis que j'ai commencé
j'ai travaillé sur Héti j'ai décidé de me déconnecter autant que faire ce peu des médias sociaux des informations pour pouvoir faire attention
à moi une partie
de ce qui m'est arrivé en Israël c'est le manque de moyens face à ce pouvoir
et puis ça s'est
transformé en colère et puis maintenant ça s'est transformé en haine en Israël il y a beaucoup de haine et quand j'ai commencé à travailler sur Héti à nouveau
soudain j'ai été saisi par ce qu'elle disait sur comment la haine
vous empoisonne vous de l'intérieur et j'ai senti que je dois je dois me déconnecter pour pouvoir m'échapper de cette haine c'était en me déconnectant de la vie quotidienne
j'ai lu que vous vouliez quitter Israël que vous songiez à quitter Israël
j'ai réfléchi
et c'est quelque chose auquel beaucoup de gens pensent au cours de ces dernières années
de plus en plus
on découvre à quel point c'est dur
c'est dur
d'être un exilé c'est dur de quitter
sa langue ses amis
sa famille
le paysage et d'aller
à un autre endroit
donc
j'y pense beaucoup c'est très très dur
un autre problème
c'est que je suis très très privilégié dans mes possibilités de travail chez la citoyenneté italienne j'ai un métier je travaille pas en Israël je travaille avec l'étranger
il faut voir comment je tire
de Titi cette solidarité que je dois avoir
je vous propose d'écouter un extrait d'Eti donc cette série que l'on va retrouver sur Arte le 13 mai prochain cet extrait il est en français mais il faut dire que cette série elle a été tournée en néerlandais on va y revenir d'ailleurs dans quelques instants on écoute un extrait où Eti et Julius Speer qui est à la fois son analyste mais aussi son amant entre dans une pharmacie
alors de quoi on parlait ?
de s'agenouiller ah oui
j'arrive toujours pas à m'y faire
mais c'est vrai que ce n'est pas simple mais ça pourrait aussi être la clé s'exercer à lâcher prise à s'abandonner c'est un moyen de se renforcer c'est vrai je comprends et je comprends aussi votre gène votre pharmacie
non ça va aller continuez s'il vous plaît
dites moi vous avez le droit d'être ici
comment ça ?
excusez moi si jamais je me trompe mais je suppose que vous avez vu une pancarte dehors vous n'êtes pas concerné ?
en quoi ça vous regarde ?
ça n'a rien de personnel c'est la loi
je vous remercie de vous inquiéter mais je suis néerlandaise comme vous je connais la loi
et si vous préférez je peux m'adresser aux pharmaciens ça ne me regarde pas tout ça mais et si je m'en mêle c'est juste pour vous éviter des désagréments inutiles c'est trop gentil je vous remercie allez
venez ne restons pas ici un commentaire sur cette scène à Gaï Lévy
c'est une scène
qui a une base dans les écrits
d'Ethi il y a quelque chose qui caractérise
cette période aux Pays-Bas
où une partie des gens
ont continué leur vie comme si rien ne se produisait ou en tout cas ils ont tenté de le faire et une partie des gens ont collaboré de différentes manières
qui sont
allez d'une certaine nonchalance bon
on obéit la loi mais en fait
ils collaboraient à la tragédie
la tragédie on y songe lorsqu'on voit Eti puisque vous invitez le spectateur à songer à cela puisque cet épisode il est transposé dans les années 80 donc on voit une pharmacie qui ressemble à la pharmacie qu'on fréquente et on se dit voilà est-ce que j'assiste à ça en France aux Etats-Unis en Israël votre réponse
c'était tout à fait l'idée et beaucoup de gens
qui voient cette série disent ah c'est la première fois qu'on réussit à se relier à nos parents à nos grands-parents qui vivaient au moment de la Shoah parce qu'on les voit comme nous-mêmes sans cette distance qu'il y a lorsqu'on les voit d'abord c'est pas en noir et blanc c'est en couleur
et ça ça vous permet à vous relier
au passé
et
à penser que oui vous auriez pu être là-bas qu'est-ce que ça fait d'être là-bas
mais alors qu'est-ce que ça fait pour vous je vous pose directement la question à Guy Lévy d'être israélien aujourd'hui Israël était un beau projet vos parents étaient kiboutznik ils étaient religieux aussi lorsque l'on voit qu'aujourd'hui Israël est accusé chacun le jugera de crimes de guerre en Cisjordanie enfin il n'y a pas de guerre d'ailleurs de crimes en Cisjordanie et de crimes de guerre à Gaza voire de génocide
c'est quasiment un deuil aujourd'hui ce sentiment qu'on a en Israël
quelque chose qui a existé et qui n'est plus
c'est un sentiment double
c'est un sentiment
de faire partie
de choses horribles qui se produisent
chaque jour chaque jour et cette attaque
contre nous
parce qu'il faut comprendre qu'il y a en Israël
des centaines de milliers de personnes qui luttent contre ce gouvernement
et ces gens là sont poursuivis aussi la gauche en général
la situation est telle que la possibilité pour nous c'est soit un exil intérieur
c'est à dire de s'enfermer
au sein de soi-même pour pouvoir survivre ou un exil physique c'est à dire de quitter
le pays et en même temps il y a eu le 7 octobre je sais que vous avez été très engagé pour les otages pour que ceux-ci reviennent comment on tient les deux bouts
rien d'autre
ne m'intéressait à cette époque autre que les otages
ça m'a touché à tel point que je me suis il n'y a que ça qui est important il y a des gens
que l'on peut sauver
je ne me suis occupé que de cela je me suis fermé
à toute autre chose
et à ce moment là ça a réussi dans un premier temps c'était une lutte extrêmement dure le premier groupe
d'otages a été relâché
et c'est terrible et extraordinaire de penser
que les gens de l'extrême droite ou de la droite refusaient de recevoir les libérés
les femmes
les enfants et donc à ce moment là la négociation s'est arrêtée et peu à peu il y a eu ce sentiment que tout ce qu'on allait faire ne servirait à rien
et c'est un sentiment vraiment
de manque de moyens qui est terrible comment expliquer la coexistence dans un même pays je parle d'Israël à la fois de gens dont vous êtes l'incarnation c'est à dire des gens pacifiques des gens qui ont une activité artistique extrêmement raffinée et dans le même temps la création d'une sorte de sparte moderne
les gens qui pensent
comme moi ou qui sentent comme moi sont vraiment dans une situation de désespoir pour l'instant encore Israël est une démocratie on peut dire ce qu'on veut on peut faire ce qu'on veut ça il faut protéger principalement les juifs bien sûr si vous êtes arabe c'est moins sûr j'ai fait
une série
il y a quelques années qui s'appelait Our Boys
je l'ai fait
avec un partenaire palestinien
c'était l'histoire
d'un jeune arabe qui a été tué brûlé par des extrémistes de droit et ce partenaire qui est palestinien ne peut pas dire tout ce que
moi je dis ici parce qu'il pourrait
se retrouver en prison s'il écrit quelque chose ou s'il dit quelque chose qui serait trop extrême à ses yeux donc c'est le privilège des juifs aussi
de dire tout ce que l'on veut pour l'instant il y a aussi donc le cinéma il y a également cette série Etty et comme je l'ai dit il y a quelques minutes l'un des prodiges l'une des prouesses de cette série c'est de débuter de manière extrêmement psychologique parce que donc je le rappelle c'est bien sûr le journal d'Ety Hilsoum autrement dit une jeune femme juive qui est morte dans les camps mais avant cette fin tragique elle avait une vie elle avait une vie comme tous les autres hommes elle avait une vie portée sur l'introspection portée sur la psychanalyse on retrouve le thème que vous avez traité avec en thérapie et l'un des thèmes que l'on retrouve dans Etty c'est la manière dont on peut réagir dont notre psyché peut réagir aux événements extérieurs à Gaël Lévy
parfois
on appelait cette série comme une femme qui part en thérapie et c'est pendant la Shoah
c'était quelque chose d'absurde mais bon c'est vrai que l'Ety commence par la psychologie mais elle passe
au spirituel et je pense que de là elle tire beaucoup de puissance et de force
mais j'ai lieu qu'elle trouve
à l'intérieur d'elle-même ce qu'elle appelle Dieu elle l'appelle de noms différents c'est déjà au-delà de la psychologie
c'est un lieu où on peut
aller vers une autre dimension et qui vous donne du pouvoir et de la force
mais justement si je devais pitcher cette série je dirais que dans un premier temps on est amené à réfléchir sur la façon dont le monde extérieur voit le fascisme ou le nazisme progresser et également et c'est la deuxième chose qui frappe on apprend également à réfléchir à la manière dont ces événements terribles qui nous entourent ou que l'on habite pèsent sur notre conscience à Gaël Levy c'est la seconde question que pose cette série et c'est une question terriblement actuelle
je pense que dans le livre et dans la série j'essaie de montrer
comment les choses progressent très lentement très progressivement et soudain sans que vous en rendiez compte
vous vous retrouvez dans un lieu ou un moment sans droit
sans liberté vous êtes poursuivi et les choses se produisent d'une façon sans qu'on y fasse
attention c'est vraiment
un sentiment qui est extrêmement puissant en ce moment
justement je voulais faire entendre un extrait un extrait dans Thérapie un extrait dans Thérapie où on entend Alain joué par Jacques Weber parler avec le psy Philippe Daillant Frédéric Pierrot racontait sa vision des crises qu'est-ce qui vous fait sourire ?
ce serait ennuyeux que votre femme s'inquiète pour vous ? non non absolument pas il n'y a pas de raison de s'inquiéter pour moi c'est juste une histoire emmerdante enfin pénible mais ça passera si vous aviez accepté de m'aider ça serait certainement passé plus vite seulement voilà vous n'avez pas voulu de moi pas grave les crises ça passe toujours toutes les crises ça passe qu'est-ce que j'ai dit encore ? la même chose que la semaine dernière
j'en profite pour dire que Frédéric Pierrot qui est l'un des acteurs c'est le psy dans Thérapie sera également dans Les Matins vendredi prochain parce que Les Matins vous propose une fiction exceptionnelle enfin une fiction la conférence de Téhéran on a le verbatim de cette conférence où Churchill Roosevelt et Staline étaient réunis et Frédéric Pierrot jouera l'un de ces géants c'est à retrouver c'est une grande première la première fois que dans une matinale on retrouve une fiction une réaction à ce qu'on vient d'entendre cet extrait dans Thérapie sur la notion de crise à Gaëlle Lévi vous qui avez réfléchi vous qui réfléchissez depuis 35 ans à ce qu'est l'analyse
c'est intéressant vous savez parce que en fait cet extrait cette thérapie de cet individu ça voulait montrer comment une génération précédente
n'acceptait pas de se faire aider par la psychologie
la psychanalyse il disait que ouais
on survivra comme il faut
et c'était quasiment
une caricature de cette approche et aujourd'hui quand je l'entends
par rapport à Héti il y a quelque chose de la vérité
en fait il y a quelque chose dans cette façon d'être de cette génération qui me rappelle un peu Héti qui dit une partie de ce qui se passe c'est la réception comment la réception des événements
et la capacité de comprendre que ça se passe et
s'y confronter et vous qu'est-ce qui vous aide à vivre à Gaëlle on a compris qu'il y a l'analyse j'imagine qu'il y a aussi l'amour vos enfants le cinéma est-ce que ça vous aide à vivre
oui toutes ces choses je pense que quand on quitte
la foi comme moi j'ai quitté la foi un monde religieux un monde fermé
orthodoxe toute sa vie après
on cherche quelque chose de remplacer pour le remplacer un remplacement
remplacer ce vide
quand on perd la foi
l'art c'est dans une certaine mesure une réponse
ça ne remplace pas mais il y a dans l'art quelque chose qui aide
j'ai lu Kéti son journal était presque devenu une forme un objet religieux pour vous
je ne dirais pas religieux mais spirituel
oui
après que j'ai quitté
ce monde de la religion
je m'en suis
quasiment détaché complètement je ne voulais plus m'occuper de quoi que ce soit qui soit lié à la foi à Dieu
et à travers sa foi à elle sa théologie spécifique j'ai pu revenir à une sorte de sentiment qui n'est pas religieux comment dirais-je théologique spirituel oui c'est vrai
et puis je voulais évoquer un cinéaste qui a beaucoup compté pour vous sur lequel vous avez travaillé Ingmar Bergman dites-nous pourquoi Bergman est si important pour vous
vous savez ce film
sur les images
d'une vie d'un couple scène de la vie
conjugale c'est quelque chose que je n'ai plus je l'ai vu au kibbutz
je l'ai vu dans le kibbutz religieux il y avait ce club il n'y avait pas
de télévision dans les maisons et cette possibilité d'un dialogue tellement profond tellement brutal entre des individus c'était pour moi une découverte de ce qui était possible de faire simplement par une discussion une conversation entre deux personnes et ça a influencé toute ma carrière donc quand j'ai eu
cette possibilité
de faire une nouvelle version de la famille de Bergman qui m'a proposé de faire une nouvelle version de scène de la vie conjugale je n'ai pas pu refuser
et oui puisque c'est ce que vous avez fait pour HBO avec Oscar Isaac et Jessica Chastain comment voyez-vous l'avenir de votre art à Guy Levy puisque vous avez réalisé un certain nombre de séries qui ont eu énormément de succès tournant autour de l'analyse de la psychanalyse de l'amour du désir puisqu'il y a aussi beaucoup de cela dans Eti et puis de la politique ce qui est un mélange quasi inédit généralement on choisit ou bien l'amour ou bien la politique vous avez mélangé les deux
c'est une excellente question je pense que
lorsque l'on travaille en Amérique de façon naturelle c'est un monde qui est beaucoup plus commercial même si moi je prends le côté le plus artistique
la politique
est hors de ce champ là
c'est moins
possible
mais lorsque l'on travaille en Europe lorsque moi je travaille en Europe
avec de l'argent public
avec une chaîne
comme Arte qui vous permet qui vous donne toute la liberté et qui vous pousse à être encore plus vraiment à la pointe donc on peut toucher des choses beaucoup profondes et beaucoup plus controversées
Merci beaucoup Agaï Lévy votre série Eti diffusée sur Arte à partir du 13 mai et au cinéma à Paris-Bordeaux Toulouse et Montpellier cette semaine dans quelques instants mes camarades Lucille Comeau François Saltiel et Anne Lorchouin pour le 8h45