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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 23 octobre 2023 9 minComplaisantActualité / polémiqueSécurité

Israël-Palestine : les mots de la guerre 10/18 · Les otages, des boucliers humains

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:18OuverteRéponse directe

    Aujourd'hui, le mot otage, dans le contexte israélo-palestinien, que signifie-t-il ?

  • 2:03OuverteRéponse directe

    Si vous deviez retenir quelques épisodes qui vous paraîtraient particulièrement marquants.

  • 4:26OuverteRéponse directe

    Israël a une doctrine en matière de libération d'otages. Laquelle, Ariel Colonomus ?

  • 5:33RelanceRéponse directe

    Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que ça implique ? Pourquoi ce choix, Ariel Colonomus ?

  • 6:17OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ça change à ce conflit, Ariel Colonomus ?

  • 7:23RelanceRéponse directe

    Mais on n'a pas l'impression que la présence de ces otages modifie la manière dont la guerre est menée. Et votre avis à ce sujet, Ariel Colonomous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:59InvitéFait
    « Le Hamas, au départ, avait demandé à ce que tous les prisonniers palestiniens soient libérés. »
  • 1:06InvitéFait
    « Cette situation est particulièrement dramatique et extrêmement inédite, dans la mesure où il n'y a jamais eu autant d'otages à Gaza. »
  • 3:05InvitéFait
    « Un fait extrêmement marquant dans l'histoire des otages en Israël, c'est la prise d'otages du soldat franco-israélien Gilad Chalit en 2006. »
  • 3:17InvitéFait
    « Israël a montré que Israël négocie et que cet État est prêt à payer un prix très élevé pour la libération d'un citoyen, des soldats, en règle générale, comme dans le cas de Gilad Chalit. »
  • 3:37InvitéChiffre
    « Et à l'occasion de cette négociation, 1027 prisonniers palestiniens avaient été libérés contre la libération d'une personne. »
  • 4:51InvitéFait
    « une doctrine qui était plus ancienne, qui date de 1986, mais qui n'était pas révélée au public, la doctrine animal, eh bien, a refait surface et elle a vraisemblablement été utilisée en 2014 »
  • 5:12InvitéFait
    « Cette doctrine est la suivante, eh bien, en cas d'un enlèvement d'un israélien, Israël, évidemment, a l'objectif de le libérer, mais il poursuit cet objectif en utilisant massivement la force au risque de mettre en danger la vie de l'otage. »

Temps de parole

  • Invité81 %
  • Présentateur17 %
  • Présentateur 22 %

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0:01
Présentateur

Hors série, les matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. Otage. Les mots du conflit israélo-palestinien. Ariel Kolonomos, vous êtes directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po. Aujourd'hui, le mot otage, dans le contexte israélo-palestinien, que signifie-t-il ?

0:25
Invité

Un ou une otage, c'est une personne qui est détenue par un groupe qui va exercer un chantage auprès, le plus souvent, d'un État, pour le forcer à faire quelque chose ou à ne pas faire quelque chose, dans le contexte, et en menaçant, évidemment, de porter atteinte à la vie de cette personne ou de ces personnes, justement, comme dans le cas de ce qui se passe aujourd'hui à Gaza, où un nombre très important de personnes sont retenues en otage. Et le Hamas, au départ, avait demandé à ce que tous les prisonniers palestiniens soient libérés. Cette situation est particulièrement dramatique et extrêmement inédite, dans la mesure où il n'y a jamais eu autant d'otages à Gaza.

D'habitude, c'était une ou deux personnes. Et maintenant, ces otages sont inatteignables, autrement que par une intervention au sol. Et aussi, une autre caractéristique de cette prise d'otages, c'est qu'elle a lieu dans un contexte de conflit à haute intensité. Alors que d'habitude, il peut y avoir le temps d'une négociation, et donc on se situe dans un temps long. Ici, les délais sont très brefs. Et il y a cette situation très particulière où les otages deviennent des boucliers humains. C'est-à-dire que, non seulement le Hamas peut les tuer, mais aussi, il peut dire qu'ils sont tués sous le feu des Israéliens, de leurs concitoyens.

2:03
Présentateur

Il y a une longue histoire, Ariel Kolonomos, des otages dans le conflit israélo-palestinien. Si vous deviez retenir quelques épisodes qui vous paraîtraient particulièrement marquants.

2:15
Invité

Il y a eu une phase où les prises d'otages avaient lieu souvent dans un contexte de détournement d'avions. Là, il y avait beaucoup d'otages, mais le lieu où ces otages étaient détenus était évidemment bien identifié. Cela menait souvent à des raids de l'avion et parfois, souvent, à la libération de tous les otages ou de la majorité des otages. Il y a évidemment le cas très célèbre de la prise des otages lors des Jeux Olympiques de Munich, où tous les otages ont été tués en Allemagne et où ce sont les Allemands qui étaient les forces de sécurité qui ont dû affronter cette situation.

Un fait extrêmement marquant dans l'histoire des otages en Israël, c'est la prise d'otages du soldat franco-israélien Gilad Chalit en 2006. Cet otage est resté pendant cinq ans prisonnier du Hamas. Il y a eu des négociations très longues. Et là, comme à d'autres reprises, Israël a montré que Israël négocie et que cet État est prêt à payer un prix très élevé pour la libération d'un citoyen, des soldats, en règle générale, comme dans le cas de Gilad Chalit. Mais aujourd'hui, ce sont des civils. Et à l'occasion de cette négociation, 1027 prisonniers palestiniens avaient été libérés contre la libération d'une personne. Ça, c'est un fait qui a beaucoup marqué les consciences.

Et l'opinion publique israélienne a accepté un prix aussi élevé ? Dans le cas de Gilad Chalit et des débats très vifs qui avaient lieu à cette occasion, les voix que l'on entendait le plus s'exprimer étaient des voix qui demandaient la libération de Gilad Chalit et donc qui demandaient à l'État de faire des concessions sur ses intérêts les plus immédiats. Il y avait aussi des personnes qui disaient que le prix était trop lourd. Mais c'est difficile, enfin publiquement, lorsque la vie d'une personne est en danger, de dire qu'il faut le laisser mourir.

4:26
Présentateur

Israël a une doctrine en matière de libération d'otages. Laquelle, Ariel Colonomus ?

4:32
Invité

Alors, il y a tout de même une habitude ces dernières années qui est celle de la négociation. Mais à la suite de la libération de ces 1027 prisonniers palestiniens, eh bien, une doctrine qui était plus ancienne, qui date de 1986, mais qui n'était pas révélée au public, la doctrine animal, eh bien, a refait surface et elle a vraisemblablement été utilisée en 2014 lorsqu'un officier israélien du nom de Goldin avait été capturé par le Hamas et était en train d'être déplacé à Gaza.

Cette doctrine est la suivante, eh bien, en cas d'un enlèvement d'un israélien, Israël, évidemment, a l'objectif de le libérer, mais il poursuit cet objectif en utilisant massivement la force au risque de mettre en danger la vie de l'otage.

5:33
Présentateur

Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que ça implique ? Pourquoi ce choix, Ariel Colonomus ?

5:37
Invité

Dans le cas de Goldin, ce choix, il est très lié à ce qui s'est passé avec Gilad Chalit. C'est-à-dire que, oui, il faut absolument obtenir la libération de sauver l'otage, mais en même temps, ce qui est le plus redouté, c'est de voir l'otage disparaître à Gaza où il sera hors de la portée des Israéliens et où ensuite un chantage sera exercé sur Israël qui mènera Israël à faire des concessions très fortes.

6:02
Présentateur

Aujourd'hui, pour la première fois, il y a un nombre extrêmement élevé d'otages, des otages qui sont difficilement localisables, on ne sait pas où ils sont, même si on imagine, bien sûr, qu'ils sont aujourd'hui à Gaza. Qu'est-ce que ça change à ce conflit, Ariel Colonomus ?

6:21
Invité

Ce qui change, c'est le moyen de pression qui est exercé sur Israël parce que, lorsqu'il n'y a pas un conflit qui est de cette intensité-là, ce qui prime, c'est des négociations. Mais ici, il y a peut-être des négociations qui sont entreprises par des tiers, certaines diplomaties occidentales via le Qatar, mais aussi, ce qui change ici, c'est la manière dont l'otage va être utilisé comme un moyen pour atteindre une fin dans la guerre, c'est-à-dire la logique de bouclier humain. Et ce qui change aussi, c'est leur nombre, qui est extrêmement important.

Et ce qui change également, c'est que des campagnes aussi de demandes de libération d'otages ont lieu dans différents pays où on voit des affiches avec les photos de ces otages parce que, justement, un autre changement, c'est le fait que ces otages ont plusieurs nationalités.

7:17
Présentateur

Mais on n'a pas l'impression que la présence de ces otages modifie la manière dont la guerre est menée. et votre avis à ce sujet, Ariel Colonomous ?

7:27
Invité

Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, après à peu près dix jours de guerre, la décision qui a été prise en Israël est de bombarder plus durement que par le passé Gaza. Et donc, cette politique de bombardement, elle suit la logique véritablement du conflit et non pas de la négociation des otages. Donc, pour l'instant, c'est vrai que ce qui prime, c'est plutôt l'atteinte d'objectifs militaires qui restent d'ailleurs à définir. Mais des voix s'élèvent pour demander la libération des otages. Et donc, voilà, cette situation, elle est très particulière. C'est la situation des dilemmes. Et c'est ça qui me semble particulièrement intéressant dans ce cas de figure.

C'est parce qu'un État est confronté à plusieurs exigences. Et quelle que soit la solution qu'il va essayer d'apporter aux problèmes qui se posent devant cet État, eh bien, cette solution aura des conséquences négatives et très négatives, quelles qu'elles soient. Et ça, c'est le dilemme. Et aujourd'hui, la façon d'appronter ce dilemme, c'est de bombarder très durement, mais en sachant que, justement, ils ne pourront pas le faire aussi longtemps, enfin, beaucoup plus longtemps que cela. Et ensuite, à voir s'il y aura une négociation ou s'il y aura une intervention au sol où, évidemment, se posera un autre dilemme qui est celui de l'acceptation d'un nombre élevé de morts parmi les soldats.

8:53
Présentateur

Merci, Ariel Colonomo. Merci. Pour comprendre le conflit israélo-palestinien, il est essentiel d'en maîtriser les mots. Guillaume Herner. C'est pourquoi Les Matins vous propose un hors-série, un podcast où les meilleurs spécialistes de la région donnent un sens plus précis aux mots de ce conflit. Hors-série, Les Matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. A écouter sur franceculture.fr et l'application Radio France.