Taffy Brodesser-Akner : "Les mariages dysfonctionnels sont une source d'inspiration illimitée"
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France Culture. Les matins de France Culture. Guillaume Herner. Je vais vous dire comment tout ceci a commencé. En réalité, tout est de la faute de Lucille Comeau. Un jour, Lucille a fait l'un de ses billets culturels sur un livre, Le Compromis de Long Island, signé Tafi Brodesser-Akner, une journaliste américaine, et publié chez Calman Levy. Et elle m'a dit, en substance, ce livre est pour toi. Et j'ai lu Le Compromis de Long Island et j'ai trouvé ce livre absolument fantastique. J'ai confiance en Lucille dans tout ce qu'elle me dit, mais là, vraiment, elle avait complètement raison.
Et j'ai tellement aimé Le Compromis de Long Island que je me suis dit qu'il fallait que je sache tout sur Tafi Brodesser-Akner, et notamment que je lise l'autre de ses livres, Flechman a des ennuis, qui a été finaliste du National Book Award et qui est devenue une série, une série à succès. Et puis, Tafi Brodesser-Akner a obtenu le Grand Prix de littérature américaine 2025. Et c'est la raison pour laquelle son éditeur l'a reçue à Paris. Et d'ailleurs, celle-ci est en face de moi. Bonjour, Tafi Brodesser-Akner. Bonjour. Vous êtes une journaliste américaine, comme je l'ai dit. Vous écrivez pour le New York Times et même pour le magazine du New York Times.
Et vous venez de publier en français ce compromis de Long Island, qui est donc l'histoire d'un certain monsieur Fletcher, un riche industriel juif de Long Island, kidnappé contre une rançon. À son retour, un mot d'ordre est donné à la famille. Ne plus jamais en parler. C'est arrivé à votre corps, pas à votre esprit. Pas besoin d'être psychanalyste pour comprendre que cet événement va traumatiser et hanter trois générations de Fletcher jusqu'à l'explosion finale. Le compromis de Long Island dévoile plus particulièrement la vie des trois enfants Fletcher, 40 ans après le kidnapping, chacun à leur manière piégé par leur névrose et le silence qui les empêche.
Et si les traumas cachés des Fletcher étaient plus anciens encore que le kidnapping du père ? Taffy Brodessert-Ackner, je l'ai dit, vous êtes journaliste et ce roman s'inspire d'un kidnapping réel, celui de Jack Teich en 1974. Comment avez-vous pris connaissance de cette histoire ?
C'est assez dingue. Jack Teich était un ami de mon père.
Ils ont grandi ensemble.
Et moi, je suis née un an après son kidnapping. Il a été enlevé dans l'allait de son garage, dans un quartier très riche, dans la partie la plus bourgeoise de la banlieue new-yorkaise. Et moi, j'ai grandi en sachant qu'il avait donc été kidnappé. Je connaissais l'histoire. Quand j'étais petite, ma réaction, c'était de dire, imagine être tellement riche que tu peux te faire enlever. Fort heureusement, j'ai fini par développer une forme d'empathie. Et j'ai commencé à réfléchir un petit peu plus à ce que c'était pour lui d'avoir survécu à quelque chose comme ça. Et puis la vie a continué.
Et j'ai moi-même survécu à des choses, au divorce de mes parents, à l'incendie de ma maison, à un accouchement absolument atroce pour mon néné. Et je suis revenue à ce personnage parce que je me suis dit, mais si lui, il a réussi à surmonter ça, pourquoi, moi, est-ce que je n'arrive pas à surmonter des choses plus simples ?
Et quand je croyais écrire un livre sur l'argent,
en fait, je me suis rendu compte que j'écrivais un livre sur la survie.
Et c'est aussi un livre, et votre autre livre, Fleshman a des ennuis, est aussi en partie inspiré de ces mêmes atmosphères. Ce sont des gens à qui, généralement, il n'arrive rien, et à qui il arrive quelque chose d'inouï.
J'ai lu beaucoup de Philip Roth quand j'étais jeune. Et quand on lit Philip Roth, aussi jeune que je l'ai fait, et j'ai vraiment commencé très jeune, parce qu'il n'y avait pas d'illustration sur les couvertures des livres, et donc ma mère pensait que c'était la littérature, mais en réalité, c'était des livres très coquins, très salaces, et moi, je pouvais les lire à la table du dîner, et parce qu'il n'y avait que des mots sur la couverture. Donc j'ai lu ces livres très salaces, alors que j'étais très jeune, et qui parlaient toujours de la même chose. Un type qui ne faisait rien, et qui essayait simplement de vivre sa vie. Et sorti de nulle part, quelque chose lui arrive.
Et je crois que ça a vraiment forgé, non seulement ma manière d'écrire des romans, mais aussi ma manière de voir le monde. ma manière de trouver des histoires aussi intéressantes à raconter dans le New York Times. Ce type, ou cette nana, un homme, une femme, essaie de vivre sa vie, et puis il leur arrive quelque chose, sorti nulle part. Comment est-ce qu'ils survivent à ça, et qu'est-ce qui se passe ensuite ?
Oui, c'est-à-dire, évidemment, on pense à Philippe Roth, mais c'est du Philippe Roth, en quelque sorte, plus trash, si c'est possible, avec des sexes. Oui, oui, vos livres, ta fibre, dessert, acnère, sont plus trash. Il y a des scènes sexuelles beaucoup plus crues, mais on y retrouve un certain nombre d'ingrédients.
C'est vous, un français, qui est en train de dire que mes livres sont trash, à la Radio Publique Nationale ?
Alors, notamment, il y a dans le compromis de Long Island, une scène que j'ai trouvée absolument fabuleuse, une scène de domination d'un homme par deux prostituées dans une chambre d'hôtel miteux. 50 pages qui sont absolument merveilleuses de drôlerie et d'intelligence. Alors que, d'habitude, je vous assure que ce ne sont pas généralement des scènes que j'apprécie particulièrement, mais là, on est absolument captivés. Et donc, je veux savoir comment vous avez fait pour écrire ces 50 pages. Vous avez très bien compris la question.
Je voulais savoir comment j'ai écrit. D'accord.
J'ai passé 7 ans à travailler pour un magazine masculin. Je travaillais chez JQ et j'ai interviewé des hommes. Toute la journée, toute la nuit, 24 heures sur 24, j'écrivais leurs histoires et je les faisais lire à des hommes. Elles étaient destinées à des hommes. Donc, je suis une anthropologue de la condition masculine. Quand j'ai commencé à écrire cette scène, par contre, ça ne venait pas du tout d'une situation réelle. C'est quelque chose qui est venu tout de suite, très vite. Et ça parle sans doute plus de vous que de moi.
Je ne crois pas un mot de ce que vous racontez, mais ce n'est pas grave. Je n'ai pas les moyens de vous faire dire la vérité. Ce que je sais, en tout cas de ta fibre d'essai Rackner...
Maintenant, vous m'accusez de mentir.
Je suis trash et en plus, je mens. Et vous dites ça à la radio publique. Attention, je suis journaliste.
Je crois, en tout cas, que nous partageons les mêmes obsessions. Donc, le sexe, les couples dysfonctionnels et les juifs.
Oui, nous sommes obsédés par tout ça. Avant de venir faire cette interview,
j'ai entendu dire que vous étiez obsédé par les juifs. Et j'ai dit, j'espère qu'il est juif lui aussi, parce que sinon, ça ne se passe pas bien. Quand les gens sont obsédés par les juifs, et qu'ils ne le sont pas eux-mêmes, en général, ça se passe mal.
Voilà, maintenant, il va falloir que vous m'expliquiez comment vous avez réussi à combiner, dans le compromis de Long Island, ces obsessions, à les écrire, et à bien les écrire. Parce que, généralement, les livres de journalistes ne sont pas très bons. Et je ne parle pas seulement des miens.
Eh bien, j'ai apprécié ce commentaire.
Mais peut-être que je fais du mauvais journalisme. Peut-être que c'est mes romans qui sont bons, et que mes textes de journalisme ne sont pas bons. Je crois que j'aime certains types de romans, en fait. Et je savais qu'il y avait quelque chose de chargé dans celui-ci. Il est question des traumas dont on hérite dans une famille, et de la façon dont on ne peut pas s'en débarrasser, et la manière dont une famille n'a aucune chance face à ça. Et je crois que c'est pour ça, d'ailleurs, que ça a été traduit, non seulement en mots, mais aussi, ça parle, en fait, dans beaucoup de cultures. Ça parle, au-delà du langage, à l'âme de beaucoup de gens.
Je crois qu'écrire de cette façon-là, c'est une deuxième nature. Quand on est né dans une tradition comme celle qui est la mienne, qui est d'être juif, dans un pays laïque, dans une culture laïque, et à se mêler. Ce qui signifie avoir accès au monde, mais ne jamais se sentir tout à fait à sa place. Je crois que c'est ça qui a fait de moi une journaliste, ou une écrivaine, et probablement, c'est la même chose pour vous. Et c'est pour ça qu'on n'est pas traducteurs, contrairement à moi.
À Marguerite Cappell, qui est là, et qui vous traduit merveilleusement.
Ça, c'est un travail respectable.
Alors, parmi les travaux honorables que vous avez fait, il y a ce livre, « Ta fibre des serres Akner », « Le compromis de Long Island ». J'ai lu que vous en aviez écrit les 70 premières pages dans une chambre d'hôtel miteuse en Russie. Vous couvriez les championnats de natation synchronisés.
C'est tout à fait vrai. J'étais en Russie, il y a passé deux semaines.
Ça a été la plus longue période où j'ai été éloignée de mes enfants. Ils étaient très petits, ils étaient vraiment malheureux que je parte, mais je l'ai fait parce que j'avais besoin de gagner de l'argent rapidement. Et le mieux pour ça, c'est d'écrire un article de sport, aux Etats-Unis en tout cas. Mais quand on écrit sur le sport, aux Etats-Unis, il faut être journaliste sportif. Et sinon, il faut trouver un sport qui n'intéresse personne. Et donc, j'ai couvert la natation synchronisée en Russie pendant deux semaines. Mes enfants étaient très malheureux et je n'arrêtais pas de me poser cette question. J'ai beaucoup de ressources. Quand j'ai besoin de l'argent, je sais comment en gagner.
Mais est-ce que je m'en tire mieux grâce à ce talent-là ? Est-ce que ce ne serait pas mieux si je n'avais jamais su faire ça, mais si je n'avais pas peur tout le temps de ne plus avoir d'argent ?
Et donc, je me suis assise
pour écrire ce roman qui est vraiment sorti tout seul. Je croyais vraiment que le sujet, c'était l'argent, cette question. Est-ce que tu t'en tires mieux si tu es quelqu'un qui sait survivre ou est-ce que tu t'en tires mieux à long terme si tu es quelqu'un qui n'a pas peur de perdre ?
Et c'est ça,
la question à laquelle j'essayais de répondre.
Mais là aussi, dans vos deux livres, vous montrez à quel point l'argent hante la civilisation américaine ?
Oui, c'est une anecdote intéressante.
Quand j'étais en Russie, je n'arrêtais pas de me demander ce qu'il était advenu du rêve américain. Quand j'étais petite, on m'avait répété encore et encore, absolument tout le monde me répétait que si je travaillais dur et si j'avais du talent,
j'aurais de l'argent,
peu importe ce que je faisais.
Et puis je me retrouvais là.
Dans ma profession, j'étais très appréciée en me donnant du travail et pourtant,
j'étais fauchée.
Et je ne comprenais pas pourquoi, ni comment. Et puis là, j'ai lu un livre qui vient de France, Le Capital du XXe siècle, et je l'ai lu...
De Thomas Piketty ?
Oui. Et je l'ai lu exactement comme vous pouvez regarder la liste de Schindler, c'est-à-dire en pleurant tout le temps. Tout du long. Parce que d'un seul coup, j'ai compris, voilà ce qui se passe.
Dans le capitalisme tardif, peu importe que vous ayez
du succès,
peu importe que vous ayez
du talent, peu importe que vous travaillez dur, la seule chose qui compte, c'est si vous êtes né avec de l'argent. Les gens qui ont commencé en ayant de l'argent n'ont fait que le faire fructifier. Et je ne suis pas très fière d'avoir pensé ça. Mais j'ai été vraiment anéantie par cette idée.
Vous êtes en train de m'expliquer que vous n'êtes pas une héritière et que vous êtes mariée avec un homme qui, lui non plus, n'est pas un héritier.
Et on ne pensait pas que ça allait poser un énorme problème jusqu'à ce que tout le monde commence à acheter des maisons et à payer des écoles privées et à partir en vacances. Et nous, on n'achetait pas de nouveaux meubles parce que c'était mauvais pour l'environnement officiellement, mais en réalité, c'est parce qu'on était fauchés. Et c'était affreux.
Les personnages de vos livres « Ta fibre des serres Acner » ont des problèmes non pas parce qu'ils ont du mal à gagner de l'argent, mais précisément parce qu'ils ont gagné trop d'argent. Alors, ou bien ils se font kidnapper, ou bien ils ont différents problèmes de couple, ou bien donc ils se livrent à des opérations chirurgicales en matière esthétique extrêmement compliquées, risquées, bref, et l'argent dérègle tout dans vos livres.
Oui, l'argent pose problème, l'argent n'est pas la solution. Pendant que j'écrivais « Flashman a des ennuis », il y a quelqu'un qui a lu
un des premiers textes,
une des premières versions et qui m'a dit « C'est comme si on dirait ta fille que tu disais que l'argent allait te rendre heureuse, que tu pensais ça. » Et j'ai répondu « Mais évidemment que oui, vous êtes dingue de penser autrement. » Et maintenant que j'ai participé à une série télé, j'ai plus d'argent qu'avant. Et je vais vous dire « Je suis beaucoup plus heureuse. »
Et puis, l'autre caractéristique qu'il y a, c'est que vous avez un regard extrêmement ironique. Je crois que on a commencé à s'en rendre compte. Un regard extrêmement ironique et très drôle sur la vie. Ce qui veut dire que finalement, on ne sait pas tellement où vous êtes.
Je crois
que la mission des journalistes et la mission des romancières, c'est de ne pas s'arrêter avant d'avoir compris le point de vue de tout le monde. Ce qui a de plus douloureux quand j'écris quoi que j'écrive, c'est le moment vraiment où je finis par basculer dans le chaudron bouillant de ce que ressent quelqu'un d'autre et de ce que j'essaie de me représenter, ce qu'il ressent. Et j'essaie de mettre ça dans mes romans, mais c'est surtout pour dormir la nuit en réalité parce que je trouve ça terrible et injuste à quel point la vie est inégale.
Le fait par exemple d'avoir cette drôlerie puisque vos deux livres sont extrêmement drôles, y compris d'ailleurs dans des scènes particulièrement très inquiétantes, cette drôlerie, j'imagine que quand vous écrivez des papiers sur la natation synchronisée en Russie, vous ne pouvez pas être aussi drôle ?
On n'a pas besoin
de faire de l'humour sur la natation synchronisée parce que c'est drôle en soi. Quand on écrit par contre sur le trauma, sur le kidnapping, sur l'addiction, il vaut mieux être drôle parce que contrairement à il y a 50 ans, les lecteurs, les lectrices ont énormément d'options. Mon mari parle de danser sur une table et de faire tourner mes cachetétons comme une strip-teaseuse. C'est-à-dire qu'il faut que je continue à divertir les gens. Je ne sais pas si on a le droit de dire ça à la radio. Si, si, si.
Tout à fait, même à l'heure du petit déjeuner. En France, oui. Dans quelques minutes, vous allez faire tourner vos cachetétons en nous parlant aussi un peu de politique puisqu'on se demande évidemment si oui ou non vous supportez Donald Trump. Je crois que là, le suspense est à son comble.
En tant que journaliste, vous savez bien que je n'ai pas le droit de dire quoi que ce soit sur la politique mais j'ai hâte d'entendre ce que vous vous avez à dire sur la politique.
Si on en profitait
pour vous écouter.
On se retrouve dans quelques instants. Il est 8h sur France Culture. 6h30, 9h, les matins de France Culture. Guillaume Erner. Je dédie ta fibre au dessert. Akner, votre roman Le Compromis de Long Island a été ma découverte en septembre à cause de Lucille Comos qui m'a conduit à lire Flechman à des ennuis qui est désormais publié en poche chez J'ai lu et je veux tout d'abord que vous m'expliquiez pourquoi vous avez cette fascination pour les couples dysfonctionnels alors que je crains que votre couple lui se porte bien.
Je suis ravie
de pouvoir dire que je suis trop occupée pour m'inquiéter de mon propre couple. C'est sans doute le mieux pour tout le monde.
C'est peut-être
effectivement le secret.
Mais j'étais en train
de discuter avec David Sedaris et on parlait justement de tous ces couples qui suivent une thérapie de couple. Et on dirait que tous les gens qui vous disent qu'ils viennent de divorcer ont aussi fait une thérapie de couple donc c'est peut-être un petit peu une indication. Mais j'ai une obsession pour les familles dysfonctionnelles. J'ai grandi sans comprendre le divorce de mes parents
qui a affecté
différentes phases de ma vie. En grandissant, j'ai trois sœurs, j'ai vu énormément de divorces dans ma famille. Deux de mes sœurs sont divorcées aussi. L'une a divorcé deux fois.
Et c'est très intéressant
l'attitude dont les gens héritent. On hérite de l'argent, on hérite du trauma, mais on hérite aussi d'une certaine vision du mariage et de la nécessité du mariage. Et je crois qu'il se passe dans la plupart des unions. Vous me direz si c'est ce qui s'est passé dans le vôtre. C'est qu'il y a des points de vue conflictuels sur ce qui est important pour l'un ou pour l'autre et à quel point est-ce que le mariage est essentiel pour le fonctionnement du couple. Parce qu'il y a des gens qui sont vraiment très très très malheureux ensemble et à aucun moment ils ne se disent qu'ils ne devraient pas être ensemble.
Et puis il y a d'autres gens qui divorcent et on les regarde et on se dit mais vous aviez l'air de bien vous entendre. Ce qui est fascinant dans les mariages dysfonctionnels ou n'importe quel union d'ailleurs c'est qu'on ne sait absolument pas ce qui se passe dedans. Tous les mariages sont différents et c'est pour ça que c'est illimité en termes de ressources pour des romans dans les années à venir.
Vous êtes en train de me dire que vous êtes trop occupée avec votre mari pour avoir le temps de suivre une thérapie familiale ?
Oui, je suis trop occupée.
Donc vous me regardez dans les yeux et vous n'avez jamais suivi de thérapie familiale alors même que vous en parlez extrêmement bien.
En fait, si j'ai essayé et j'ai trouvé que c'était vraiment une perte de temps, mon mari ne se souvenait absolument pas de tout ce qui se passait là-dedans. Moi, je me souvenais de tout donc il fallait que je me trimballe avec ça et je me suis dit que ça n'allait pas nous aider. Peut-être que la thérapie en soi, ça peut nous aider pour notre relation mais de voir que tu ne retiens rien de ce qui s'y passe, ce n'est pas génial.
Alors, je n'espère vraiment
que mon mari ne parle pas français.
Je vais lui écrire directement mais s'il y a quelque chose de merveilleux dans vos livres, c'est que le couple ne fonctionne pas et le célibat ne fonctionne pas non plus évidemment.
il n'y a aucune façon
de faire les choses comme il faut. Le mariage, le mieux pour qu'il fonctionne c'est de mourir à 35 ans et quand une femme peut se retrouver avec une propriété et sans homme quand on n'a plus de besoin
on peut vraiment
voir à quel point tout ça c'est optionnel en réalité, c'est facultatif.
Alors en fait, on a deux options dans le compromis de Long Island. Les personnages ont une sexualité comment dire compliquée. Ce n'est pas un jugement moral, c'est un jugement de fait. Dans Flechman a des ennuis, le personnage a une sexualité variée suite au site de rencontres mais les choses ne vont pas non plus.
Je crois que rien ne marche. Je crois qu'il n'y a
aucune façon de compter sur les autres pour être heureux. Je crois qu'on nous vend cette idée que quelqu'un d'autre va venir nous sauver, qu'on va se marier et qu'on deviendra différents
mais jusqu'à ce qu'on soit
capable d'accepter qui on est. En fait, moi je suis la même épouse que ce que j'ai été en tant que soeur, en tant que fille, c'est un choc, c'est une déception mais probablement plus pour moi.
Il faut expliquer aussi que le personnage de Flechman dans Flechman a des ennuis et un médecin qui a plutôt bien réussi et qui a comme caractéristique de n'avoir aucune caractéristique. C'est-à-dire c'est une sorte d'homme sans qualité, un médecin qui n'intéresse personne et qui ne devient intéressant que lors de son divorce où là, il découvre les applications de rencontres et il devient soudainement un objet sexuel, ce qui le détruit, le fait littéralement disjoncter.
C'est un peu simpliste de dire que Toby Flechman n'a pas de caractéristique de trait de personnalité avant son divorce mais en fait, ce qui se passe, c'est que personne autour de lui ne s'intéresse à lui jusqu'à son divorce parce que les gens qui l'entouraient n'étaient intéressés que par leur travail très bien payé, leur résidence secondaire et tertiaire et quaternaire et lui n'a pas d'intérêt pour tout ça mais une fois qu'il est divorcé, comme il est médecin, il est devenu médecin dans les années 90, il pensait devenir riche, il n'avait pas réalisé qu'il serait le plus pauvre en réalité parmi ses amis parce qu'il avait fait ce choix de carrière et maintenant que tout le monde a un fonds d'investissement ou travaille à la bourse.
Voilà, donc il a fait ce mauvais choix, il a par ailleurs épousé une femme qui le domine littéralement et qui lui laisse extrêmement peu de latitude, y compris pendant le divorce puisque même après avoir divorcé, Toby Flechman est largement maîtrisé par sa femme et puis Toby Flechman découvre les applications de rencontres et vous décrivez une Amérique qui est une Amérique dotée d'une incapacité à nouer des relations en France, vous savez, on intellectualise tout, on dirait que c'est une Amérique qui est dominée par la pathologie du lien.
Il doit y avoir des applications de rencontres ici,
je crois que ça existe en France, oui.
Qu'est-ce que vous voyez comme différence ? Moi,
ce que je constate, c'est que ces applications sont vraiment
la dimension
peut-être la plus corrosive, ce qui nuit le plus à l'amour pour l'avenir.
L'avenir du couple
de l'amour avec ces applications, ce que ça a fait, c'est que ça a créé un marché où le désir des hommes peut maintenant s'exprimer librement, sans aucun frein.
Le désir des hommes et ça a toujours été
comme ça.
mais en plus, les femmes
ont maintenant l'illusion de contrôler les choses, alors qu'en réalité, pas du tout.
Bien sûr, je ne parle que
dans un contexte de relations hétérosexuelles, ce que moi, je montre dans le livre. Je sais que, bien sûr, il y a tout un spectre d'expériences diverses et variées dans le monde.
Et il y a aussi, je crois, le désir féminin dans ce livre puisque Toby Flechman est aux prises avec des femmes. Et alors, c'est assez intéressant puisque ce sont des femmes qui ont une quarantaine, une cinquantaine d'années et qui veulent enfin vivre leur sexualité au dépend de ce Toby Flechman.
Oui, elles l'utilisent
parce qu'elles ont été négligées par leur mari pendant très longtemps. Ce sont toutes ces femmes qui ont été négligées
et qui sont vraiment
dans les ruines de leur mariage. Et elles sont en train d'essayer de nouvelles choses. Elles sont essayées de voir s'elles ont encore de la valeur. Et puis, elles sont victimes de tous les trucs bizarres que désirait leur mari au lit.
Et alors, de la même façon que le compromis de Long Island et le récit d'un drame, c'est-à-dire d'un kidnapping, Flechman a des ennuis et aussi le récit d'un drame puisque cette femme ou plutôt son ex-femme à un moment disparaît.
Les deux récits sont effectivement pleins de drame. Je n'ai pas envie d'avoir l'air snob mais je ne comprends pas les livres que j'ai lus récemment où rien de mal ne se passe, où tout va bien. où les problèmes sont vraiment très minimes et se résolvent très facilement.
Alors, apparemment, je n'ai pas été le seul à apprécier ce livre puisqu'on en a fait une série, preuve que le sujet pouvait intéresser un large public et on va écouter un extrait de cette série qui est tirée donc de votre livre Tafi Brodessert-Akner, Flechman a des ennuis.
Tobey Flechman se réveilla un matin dans la ville où il avait passé toute sa vie d'adulte. Une ville qui, curieusement, grouillait désormais de femmes qui le désiraient. Et pas n'importe quelles femmes. Des femmes accomplies et indépendantes. Des femmes qui savaient ce qu'elles voulaient. Des femmes qui semblaient douces, qui paraissaient déterminées et disponibles. Certaines étaient aussi du genre à envoyer une photo en string. Avec un bout de sein. Des bouts de sein. Voir des seins entiers. Ça faisait beaucoup encaisser pour un homme fraîchement divorcé après 15 ans de mariage. Ça faisait beaucoup après une adolescence ponctuée de déceptions amoureuses.
Beaucoup après avoir misé tout son avenir sur une seule femme. Qui aurait pu envisager ça ?
Il paraît que la série s'appelle Anatomie d'un divorce.
Ça vous plaît comme titre ? Oui. J'ai été surprise
d'entendre qu'ils avaient changé le titre. Mais je suis aussi surprise par la nature de ces questions. Je pensais que c'était les Américains qui étaient coincés sur le cul. Je ne pensais pas qu'un Français remarquerait toutes ces scènes sexuelles.
Mais écoutez, je n'ai remarqué que cela et surtout j'ai remarqué qu'elle laissait Flishman extrêmement malheureux.
C'est une histoire
très triste sur la fin d'un mariage.
Quand quelque chose se termine, c'est toujours une tragédie. Il y a une chanson
de Gainsbourg là-dessus. Vous savez, je ne sais pas si vous connaissez Gainsbourg, l'amour physique est sans issue et c'est l'avis de Toby Flishman.
Oui. Ça a l'air de vous mettre en joie. Je suis complètement d'accord.
Ça a l'air de vous mettre en joie parce que finalement, vous montrez que dans cet univers extrêmement noir, la seule chose qui peut rassurer les gens en quelque sorte, les rassurer sur le fait d'être en vie, c'est qu'il peut leur arriver quelque chose de pire encore que la vie normale.
Je ne sais pas
si c'est le point de vue. Je ne crois pas que ce soit le point de vue du livre. Je pense que dans Flishman il y a des ennuis.
C'est donc l'été
qui suit son divorce. Il est en train d'essayer toutes sortes de choses nouvelles, d'expérimenter et puis il y a ce moment terrible où son ex-femme disparaît. Mais il y a une forme de résolution et d'espoir à la fin et une nouvelle compréhension. Qu'est-ce que vous attendez de la littérature ?
Bon, alors maintenant comme j'ai beaucoup apprécié vos livres je me suis dit je veux devenir ta fibre au dessert à Kner et dans ces conditions je me suis dit qu'il fallait que vous m'expliquiez comment vous aviez transformé ce livre en une série.
J'ai eu beaucoup de chance beaucoup quand le livre est sorti
il y a eu beaucoup d'enchères pour le porter sur l'écran et j'ai discuté avec deux producteurs qui m'ont dit on pense que c'est toi qui devrais écrire la série. J'ai ce travail au New York Times que j'adore mais je me suis dit bon bah je vais essayer
j'ai vraiment eu
beaucoup de chance
parce qu'on m'a
donné ce studio et il y avait cette chaîne qui était intéressée pour que je le fasse et je m'attendais sans cesse à ce qu'il me vire et je me souviens que le dernier jour j'ai regardé le dernier plan et je me suis dit tiens ils ne m'ont pas viré
mais chaque jour j'étais certaine
que ce serait le dernier certaine que ce serait le dernier je n'ai jamais était à la fois si mauvaise et travaillait aussi dur en même temps sur n'importe quoi que j'ai fait je dois énormément à toute l'équipe et aux acteurs pour leur patience
bon mais merci beaucoup pour ce discours de réception de prix ta fibre dessert à Kner mais comment avez-vous fait pour passer de la natation synchronisée au roman puis du roman au scénario
parce que tout ça c'est de l'écriture finalement je ne sais pas qui a dit ça mais je crois que quand on est intéressé et quand on pense que les journalistes ne sont que des journalistes que les écrivains ne sont que des écrivains on a tendance à catégoriser ça comme ça mais en fait moi je peux devenir animateur de radio aussi si je commence à interviewer des gens pourquoi je ne serais pas animatrice de radio rien de ce qu'on fait n'est si spécialisé que ça si on se garde toujours en tête qu'il faut choisir un format par rapport aux personnes qui vont écouter par rapport aux personnes qui vont lire c'est jamais qu'un bout de papier c'est de l'écriture
mais dans vos livres les individus ont des vies extrêmement ordinaires avec un phénomène extraordinaire dans votre travail de journaliste maintenant vous intéressez aux célébrités à des gens qui ont des vies extraordinaires
oui j'écris sur des personnes extraordinaires mais je suis toujours dans la pièce avec eux et jamais je ne les vois faire quoi que ce soit d'intéressant
tout mon entraînement
pour écrire un roman vient justement du temps que j'ai passé dans des salons avec des gens qui n'avaient pas du tout envie de me parler et qui n'ont strictement rien fait jusqu'à ce que le temps soit écoulé pour l'interview
Alors parmi ces personnes que vous avez interviewées il y a par exemple Tom Ford qui fut un créateur mythique de Gucci et qui maintenant a sa propre marque par exemple quand on interview Tom Ford qui est a priori une personne extrêmement marketée qui a des éléments de langage très rodés comment réussit-on à en tirer quelque chose de très personnel ou de très différent de ce qu'il a déjà dit ?
C'est à la fois
un super exemple un très mauvais exemple parce que Tom il suffit de lui poser une question
il avait envie
de répondre à tout il était extrêmement professionnel et malgré sa célébrité
il n'avait vraiment
rien à perdre il a sa marque
et ça ne fait que
le mettre en valeur d'être lui-même et d'être la version la plus intéressante de lui-même
Vous avez fait des portraits par exemple d'Ethan Hawke de Bradley Cooper de Tom Hanks de Gwyneth Paltrow là aussi comment peut-on faire ce sont des gens qui ont été interviewés des centaines de fois qui en ont ras-le-bol qui n'ont pas envie de vous voir qui à mon avis n'ont jamais lu vos bouquins et ne s'en fichent
Et alors quelle est la question ? Je suis d'accord
C'est vrai
il n'était pas du tout
Ce n'était pas juste pour être méchant avec vous c'était pour essayer de comprendre comment vous faites pour tirer d'elle puisque c'est un peu mon travail
J'ai déjà compris mon travail comme le vôtre
Moi aussi
j'ai répondu à 30 interviews cette semaine donc c'est à vous de trouver comment me faire dire quelque chose d'intéressant me déstabiliser quelque chose de nouveau mais contrairement à la radio dans ce que je fais en général moins j'ai de questions plus l'autre remplit l'espace donc en général je ne pose pas de questions trop directes je leur demande simplement ce qu'ils ont fait ce jour-là je leur demande à quoi ressemblait leur chambre d'enfant
et en général
c'est comme ça qu'ils commencent à parler
et là on se demande
mais pourquoi est-ce qu'ils me racontent tout ça ? et c'est là qu'on apprend à connaître quelqu'un je pose très peu de questions j'ai juste envie de comprendre à quoi ressemble leur vie ce sont des questions très simples et en général
les personnes
que j'interview sont très suspicieuses en voyant la simplicité de mes questions mais ce n'est pas une façon de les tromper et je crois que quand on pose trop de questions on rend les gens défensifs on les met sur la défensive et mieux on pose des questions plus l'interview est mauvaise comme ça peut-être ?
regardez avec vous je suis obligé un peu de ramer pourquoi n'y a-t-il pas de personnes pourquoi n'y a-t-il pas de personnes connues dans vos livres ce sont des personnes riches pas si riches que ça d'ailleurs c'est pas Elon Musk c'est un médecin qui a réussi ou un chef d'entreprise qui est prospère mais ce ne sont pas des milliardaires ce ne sont pas ces gens dont parle Thomas Piketty dans le livre qui vous a déprimé en revanche il n'y a pas de personnes célèbres et l'Amérique n'est pas seulement obsédée par l'argent elle est aussi obsédée par la célébrité
je crois que c'est une question de vanité je ne voulais pas écrire sur une célébrité parce que je crois que c'est ce qu'on attendait d'une journaliste qui écrit son premier roman
mais peut-être
que je le ferai un jour
parfois je me dis
que je vais écrire un roman en imaginant quelqu'un qui mène une interview et la personne qu'elle interroge dans un événement à propos d'un événement qui n'est pas arrivé ce qui m'intéresserait en fait c'est de voir à quel point les gens justement s'intéressent à ma double casquette de romancière et de journaliste et ça c'est quelque chose
je crois qu'il faudrait que j'aborde Bon, j'aimerais terminer quand même par vous faire entendre Philippe Roth puisque évidemment on songe à lui en lisant vos livres on va écouter une archive où Philippe Roth parle de l'autocensure
Ce qu'il faut dès le début c'est abandonner toute forme d'autocensure faire tout ce qu'on a envie de faire avoir honte n'a aucun sens quand vous écrivez il faut oublier tout sentiment de honte ne pas se demander si ce que vous écrivez est convenable ça ne veut pas dire qu'il faut être obscène délirant et tapisser chaque page d'excrément c'est pas ça mais avoir honte jamais je n'aurais pas pu écrire le théâtre de sabbat si je m'étais censuré je n'aurais rien écrit mais n'allez pas croire que dans ma propre vie je n'ai pas d'inhibition je suis comme tout le monde mais quand je m'assois pour écrire je me libère complètement
je pense à ce qu'il dit tout le temps
je pense à mon anxiété quand je suis là dans ce studio à me demander si tout le monde va bien m'aimer ou pas en espérant ne pas faire honte à mes enfants et plus ils grandissent plus ils ont honte et ma mère me disait je suis désolée que tu doives écrire autant si on t'avait donné plus d'argent on t'aurait pas dû écrire tout ça si t'avais eu un héritage
t'avais pas eu à écrire toute cette nuit et en même temps
je trouve que c'est une chance devant mon ordinateur d'avoir cette liberté et d'être cette version complètement dingue de moi-même à chaque fois que je m'assois devant mon ordinateur j'ai peur de perdre cette sensation j'ai peur que trop de gens sachent qui je suis j'ai peur que ça ait un impact sur ma famille mais pour l'instant ça marche encore
je n'avais jamais imaginé que vous avez osé faire lire tout ça à votre mère la pauvre femme mais je me suis demandé en revanche en vous lisant
mon père en revanche ne l'a pas lu
bon ça va il est sauvegardé je me suis demandé quand même ce que vous n'avez pas osé écrire est-ce qu'il y a quand même des choses que vous avez auto-censurées parce que je vais le répéter il y a des scènes extrêmement crues qui à mon avis aurait fait rougir Philippe Roth dans ce que vous avez écrit
je ne crois pas que ça ce soit vrai mais dans ce qu'on fait on a toujours
un système pour prioriser les choses la priorité c'est soit de se protéger soi-même ou alors c'est autre chose et quand j'écris ce que l'écrire l'écrire me fait en fait est toujours ma priorité et ça dépasse toujours le fait de vouloir me protéger et j'en suis ravie parce que quand ça s'arrêtera je deviendrai vraiment très ennuyeuse et vous n'aurez plus très envie de me recevoir vous direz j'aimais bien cet écrivain qu'est-ce qui lui est arrivé ?
c'est pas un TV show c'est un show à la radio mais c'est pas grave c'était merveilleux de vous recevoir et de vous lire ta fibre des serres Akner le compromis de Long Island est donc ce livre qui a obtenu le grand prix de littérature américaine 2025 et puis Flechman a des ennuis qui est désormais disponible en livre de poche donc anatomie d'un divorce c'est comme ça qu'on dit pour la série vous pouvez répéter ça anatomie d'un divorce anatomie d'un divorce vous voyez comment c'est compliqué de parler une langue à l'étrangère merci Marguerite Cappell d'avoir traduit la fibre des serres Akner
merci beaucoup now you translate that to it thank you very much thank you so much it was a real pleasure you're a great interviewer this is the most fun I've had all week