Michèle Lugrand : "Chaque citoyen doit envisager la route autrement, se dire qu'il n'y est pas roi"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 80 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:46Invité politiqueFait
« Un Français sur deux estime avoir subi un comportement agressif. »
Temps de parole
- Invité politique63 %
- Présentateur37 %
≈ 3,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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France Inter, le 5-7. Il est 6h21, abus de klaxon, doigt d'honneur, insulte à travers la vitre et ça peut aller jusqu'aux agressions physiques. La voiture nous fait parfois sortir de nos gonds, une agressivité hors normes qui peut être dangereuse. D'où cette campagne de communication que lance aujourd'hui la sécurité routière, avec des affiches dans 800 villes et des messages sur les réseaux sociaux. Bonjour Michel Lugrand.
Bonjour.
Vous êtes la toute nouvelle déléguée interministérielle à la sécurité routière. Vous ne pouvez pas être en studio avec moi ce matin parce que vous êtes à Rennes justement pour le lancement de cette campagne. Des campagnes sur les comportements à risque au volant, que ce soit pour l'alcool, la vitesse, il y en a eu plein. Mais spécifiquement sur l'agressivité routière, ça c'est inédit. Si vous le faites, c'est parce qu'on est de plus en plus nerveux au volant ?
Alors on le fait parce qu'au fond, au-delà d'une campagne, c'est vraiment lancer un grand mouvement priorité au respect. Priorité au respect évidemment du code de la route, mais surtout respect de l'autre usager. Et quel que soit son mode de déplacement. Cette campagne, elle s'adresse à tout le monde et au travers d'un manifeste, on veut vraiment promouvoir une route pacifiée. Et faire prête conscience à chacun qu'il a un rôle à jouer dans cette route pacifiée. Et que finalement, ce n'est pas un moment d'agressivité que se déplacer, mais vraiment un moment de partage. Et ça s'adresse à tous les usagers.
Et de quoi parle-t-on exactement ? Quelle forme prend cette agressivité ? Ce n'est pas juste les « tu vas la pousser ta voiture », ça va au-delà.
Alors, il n'y a pas d'appareil statistique sur l'agressivité. Pour autant, effectivement, on a réalisé avec le monde un sondage. Et c'est quand même très important. Un Français sur deux estime avoir subi un comportement agressif. Alors, il y a toute forme. Ça va de l'insulte, au geste déplacé, au klaxon estampastif. Mais ça peut aussi aller, effectivement, au refus de priorité, au frôlement volontaire.
Oui, ça peut aller jusqu'à des comportements dangereux.
Ça peut aller jusqu'à des comportements dangereux. Et c'est pour ça, effectivement, qu'on fait cette campagne. Parce que ces comportements-là, chaque citoyen doit envisager la route autrement, comme un espace qui se partage. Et se dire qu'il n'est pas seul, qu'il n'est pas roi. Et évidemment qu'il doit faire attention et prendre en compte l'autre usager.
Et cette agressivité, on la constate partout, dans les grandes villes, à la campagne, chez tout le monde, hommes, femmes, les jeunes, les vieux, partout.
Alors, cette agressivité, on la constate partout. Les jeunes se disent un peu plus exposés, mais en vérité. Et les femmes se disent, effectivement, plus en insécurité. Mais finalement, elles concernent tout le monde, effectivement.
Et alors, qu'est-ce qui nous met en colère ? Pourquoi est-ce qu'on s'énerve si facilement au volant et qu'on se transforme en dragon, parfois ?
D'abord, ce n'est pas coup au volant. En fait, tous les usagers sont concernés. Les motards, les cyclistes aussi ? Tout le monde, l'anonymat favorise sans doute l'agressivité. Et c'est effectivement la solution, elle est dans l'interaction, effectivement, dans la prise en compte de l'autre. Signaler son intention, regarder, anticiper, faire attention aux autres. Des fois, un piéton est plus lent. Des fois, un vélo est hésitant. Des fois, une personne, on le sait, on l'a tous vécu. Si on est un peu perdu, eh bien, on ne perd pas patience, en fait. Ça fait partie aussi de ce partage de la route. Et c'est ça, vraiment, qu'on veut promener une cohabitation apaisée.
Mais est-ce qu'il y a des études qui ont été faites sur, je vous repose la question, sur le pourquoi, qu'est-ce qui se passe ? Parce qu'on l'a tous vécu. Des fois, on ne se reconnaît même pas quand on est au volant d'une voiture ou à côté de nous, le conducteur, qu'on ne reconnaît pas. Parce que, voilà, d'un seul coup, il va piquer une colère. Comme ça, de manière très soudaine. Est-ce qu'il y a des études qui expliquent pourquoi ça se passe quand on est dans une voiture ?
Alors, il n'y a pas d'études. Et encore une fois, le geste, l'insulte, elle n'est pas liée à l'automobiliste. Elle est vraiment partagée, malheureusement, ensemble de tous les modes de déplacement. Il n'y a pas d'études. Mais on sait bien, effectivement, que le fait d'être dans sa bulle, dans sa voiture, quand on est un piéton avec son téléphone ou avec ses écouteurs sur un vélo, favorisent l'anonymat et favorisent, du coup, l'agressivité. Et c'est important d'interagir dans un mode apaisé.
Et il y a besoin, effectivement, de rappeler des choses aussi essentielles que, voilà, votre slogan de cette campagne, c'est « Priorité au respect ». Je sais que vous allez mettre des affiches dans des centaines de villes. Vous allez distribuer aussi des stickers dans cinq grandes villes, dont Rennes, où vous vous trouvez. Ça marche, ça, ce genre de campagne ? Rappelez des choses aussi essentielles ?
C'est nécessaire. C'est nécessaire parce qu'il faut rappeler, vous savez, la sécurité routière, c'est évidemment de la pédagogie. Et cette pédagogie, c'est de rappeler et de rappeler toujours. Et je crois que le Priorité au respect, on avait besoin de donner une parole sécurité routière et de vouloir, à travers ce manifeste et ces engagements, lancer un grand mouvement, une grande prise de conscience que, effectivement, c'est un espace public, que chacun y a sa place et qu'il ne faut laisser aucune place à l'agressivité et à l'incivilité.
Priorité au respect, c'est donc le slogan de cette nouvelle campagne de sa sécurité routière. Merci beaucoup, Michel Lugrand, délégué interministériel à la sécurité routière. Vous étiez l'invité du 5-7.