Marie-Noëlle Battistel, députée Socialiste de l'Isère | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-"La montagne, ça vous gagne." Ce slogan colle parfaitement à mon invitée. Ancienne monitrice de ski, c'est pour défendre son village de montagne qu'elle s'est engagée en politique.
Un combat pour ces territoires enclavés qu'elle mène en tant que députée. Générique ...
Bonjour, Marie-Noël Battistel. -Bonjour. -Vous êtes députée socialiste, mais à vos débuts, c'était pas pour défendre les idées d'un parti que vous vous êtes engagée.
L'élément déclencheur est un drame qui a frappé votre village de La Salle-en-Beaumont, en Isère. C'était dans la nuit du 7 au 8 janvier 1994. -Voici ce qui reste de la partie haute de La Salle-en-Beaumont, 200 habitants, c'était la maison du boulanger.
Voici où cette nuit s'est arrêtée la nationale 85, la route Napoléon, qui relie, - ou plutôt reliait - Grenoble à Gap. -C'est la montagne qui est tombée. C'est tout. -Deux couples manquent toujours à l'appel.
Leur maison était là avant le passage d'un mur de boue de 30 m de haut et 200 m de large. -Il y a eu quatre décès dans ce glissement de terrain. C'est ce drame-là qui a déclenché votre envie de vous engager en politique ? -Oui, tout à fait.
C'est finalement un événement tragique dans cette commune, où j'habitais déjà depuis plusieurs années, qui a déclenché mon envie d'aller plus loin. Je militais beaucoup dans le monde associatif, à cette époque. Evidemment, on s'est engagé pour aider les sinistrés, puisque quatre personnes sont décédées, et 10 familles ont perdu leur maison, il fallait les accompagner.
J'ai vite vu les limites du monde associatif, des actions associatives, pour finalement, ensuite, reconstruire, passer à la reconstruction du village. C'est comme ça que j'ai décidé de m'engager dans l'élection municipale de 1995, l'année suivante, où j'ai été élue conseillère municipale de l'opposition avec deux collègues. Je suis devenue maire en 1998, trois ans plus tard, après la démission du maire précédent. -Le maire a démissionné, et là, des élus de sa propre liste ont décidé de voter pour vous. -Tout à fait. -Vous êtes devenue maire pendant 19 ans, puis conseillère régionale, présidente de l'intercommunalité, aujourd'hui députée, mais c'est ce mandat à la tête d'un village de 300 habitants que vous avez préféré.
Pourquoi ? -Parce que la proximité, pour moi, c'est mon ADN. Quel est le plus beau mandat pour un élu que celui de maire, où on est au contact des concitoyens tout le temps, matin, midi et soir ?
Chacun a notre numéro de portable et on est interpellé pour toutes les situations, qu'elles soient sociales ou d'autres difficultés. On a aussi une capacité d'agir extrêmement rapide. -Oui. -Quand on prend des décisions dans une commune de 350 habitants, on peut quasiment l'appliquer le lendemain matin. -Pas quand on est députée. -Ce n'est pas le cas dans ma mission d'aujourd'hui, effectivement. -C'est donc un drame qui est à l'origine de votre engagement en politique, et quand on regarde les sujets qui vous mobilisent, on voit que la montagne est partout.
Vous avez d'ailleurs présidé l'ANEM, l'Association nationale des élus de la montagne. Vous présentez cette association comme le Parti de la montagne. C'est-à-dire que quand on est élu de montagne, il y a plus de droite, de gauche, de centre ?
On défend tous... -Les combats de la montagne sont transpartisans.
Effectivement, ce que j'ai beaucoup aimé dans cette association, c'était vraiment d'avoir un rassemblement d'élus, quel que soit leur bord politique, qui portent les mêmes valeurs, et la même défense de ces territoires de montagne, et la défense de la spécificité montagnarde, qui est un sujet important pour les gens qui y vivent, qui est vraiment difficile à faire entendre à l'Assemblée. Ca fait 13 ans que je suis députée, et j'ai l'impression que je rabâche de manière permanente que la spécificité de la montagne doit être considérée, ce qui n'est pas toujours le cas. -En 2007 : nouvelle étape, dans votre engagement, avec Didier Migaud, qui vous a proposé de devenir sa suppléante.
Trois ans plus tard, Didier Migaud a été nommé à la présidence de la Cour des comptes. Il a fallu trouver quelqu'un, au sein du PS, pour lui succéder, le Parti Socialiste vous a choisie. Vous vous y attendiez pas du tout.
Pourquoi ? Vous vous projetiez pas dans ce mandat-là, de députée ? -La petite anecdote, c'est que quand j'ai accepté d'être la suppléante de Didier Migaud, j'étais surprise qu'il vienne, à l'époque, me solliciter, et je lui avais dit : "Ne sois jamais ministre "parce que je ne souhaite pas être députée." Trois ans après, il a tenu son engagement, il n'a pas été ministre. -C'était un cas de figure que vous aviez pas anticipé. -Pas du tout.
Il a dû démissionner. La question s'est posée de comment...
Qui pour lui succéder ? J'ai donc eu une semaine pour réfléchir. Est-ce que je m'engage dans ce mandat qui était pas prévu pour moi ?
Est-ce que j'ai assez de temps et de capacité pour m'y investir ? L'aventure était sûrement trop belle à tenter. J'ai accepté de le faire et j'ai été soutenue, effectivement, par le Parti Socialiste, car à l'époque, je n'étais pas socialiste, c'était pas une condition que m'avait posée Didier Migaud pour partir avec lui dans cette aventure. -Vous avez été élue, réélue.
Vous-même, vous avez dû choisir un suppléant. Les liens entre un député et son suppléant peuvent être forts, mais la politique est faite de trahisons. Vous avez connu cela en 2017, on était à un mois des législatives, quand votre suppléant, non seulement a changé de bord, il a rejoint Emmanuel Macron, mais il s'est présenté face à vous.
Comment on se remet d'un coup pareil ? -D'abord, on est un peu surpris, un peu sous le choc de se dire : "Bon, s'il me l'avait dit six mois ou un an avant, "je me sens plus bien au sein du Parti Socialiste "et j'envisage de rejoindre Emmanuel Macron", bon, bah très bien. Chacun fait sa voie.
Là, ça a été quand même assez soudain. J'y étais pas forcément préparée, et puis on n'avait pas beaucoup de temps pour trouver un autre suppléant et se relancer dans cette dynamique, - ça coupe la dynamique, quand même - et de se relancer dans cette campagne. Nous avons relevé le défi.
Aujourd'hui, j'ai un suppléant fidèle, qui m'accompagne, et voilà, les choses sont passées, mais c'est vrai que la politique est parfois difficile. -Ca a failli vous coûter votre siège à l'Assemblée. Au soir du 1er tour de cette élection, votre ancien suppléant avait 14 points d'avance sur vous.
Tout le monde pensait qu'il allait gagner au 2nd tour et vous l'avez emporté avec huit points d'avance. Plusieurs élus de droite avaient appelé à voter pour vous dans l'entre-deux-tours. Diriez-vous que c'est ce que vous appelez le Parti de la montagne qui vous a aidée à remporter cette élection ? -Oui, je crois que c'est un peu ça.
Ca a fait partie de cette réussite collective. J'ai l'habitude de dire que cette campagne a été la plus difficile, de par ces événements, mais aussi la plus belle, parce que c'était une victoire collective, avec un rassemblement d'élus et de citoyens qui étaient pas forcément de mon camp politique, mais qui ont voulu marquer le fait que ça ne se fait pas d'avoir un comportement comme ça à la dernière minute. Les montagnards se sont aussi mobilisés.
Textuellement, un élu m'a dit : "C'est pas possible, "on ne peut pas perdre nos députés de montagne." Il y a eu une forte mobilisation. -Ils se retrouvaient dans les combats que vous avez menés. -Et puis la proximité avec laquelle je traitais les sujets de manière régulière.
Donc je suis passée, effectivement, de 19 % au 1er tour à 58 au 2e tour, ce qui est un grand saut. -Depuis 2022, vous siégez dans une Assemblée qui n'a pas de majorité absolue, une Assemblée plus agitée que les précédentes. Il y a beaucoup de députés et de ministres qui parlent même de "bordélisation".
Pourquoi vous vous en plaignez pas ? -C'est pas que je m'en plains pas. Il y a des moments qui sont difficiles.
Je trouve plus d'intérêt à ce mandat que le mandat précédent, puisqu'il y avait une tellement forte majorité que la parole de l'opposition était réduite à néant. Là, on a quand même une capacité à agir, lorsque la majorité recherche une majorité, effectivement. -Vous avez créé votre entreprise de transports peu après votre candidature aux municipales.
Vous en êtes restée la patronne, y compris après votre élection à l'Assemblée. On vous voit au volant d'un de vos autocars. C'est compliqué de gérer une entreprise en étant députée ? -Oui, c'est extrêmement difficile.
A l'époque, j'étais maire de La Salle-en-Beaumont aussi, car il y avait pas la loi sur le non-cumul des mandats, mais lorsque je suis arrivée en 2010, ça faisait trois ans que je m'étais lancée dans cette aventure d'entreprise de transports avec un associé. J'étais censée être élue pour deux années, donc je me suis dit... -Il fallait un filet de sécurité. -Voilà.
Et puis en 2012, après avoir vu pendant deux ans ce qui se passait à l'Assemblée, et voir un certain nombre d'élus qui me paraissaient déconnectés de la réalité et du quotidien des gens, je me suis dit que c'était important pour moi de garder cette entreprise, de garder cette activité, de voir le salarié le lundi matin ou le vendredi, et de rester ancrée dans le concret du monde économique. Du coup, j'ai fait ce choix, alors que j'aurais pu évidemment arrêter de travailler. -La députée conduisait régulièrement l'autocar ? -Oui, je faisais du transport scolaire.
Les enfants étaient d'un calme plat. -Ils devaient être impressionnés de voir une députée. -C'est arrivé très régulièrement. -Vous avez créé l'entreprise car vous n'avez pas le tempérament pour travailler pour les autres.
On peut comprendre que ça corresponde à votre goût pour ce mandat de maire, mais quand on est députée, n'est-ce pas plus compliqué d'avoir ce tempérament-là ? -Je pense que c'est bon d'avoir du tempérament. Nous, dans notre parti, nous avons la dépendance de position, lorsqu'il y a vraiment un sujet qui nous tient à coeur et qui ne fait pas partie de la ligne politique globale de l'ensemble de notre groupe.
On a cette liberté de pouvoir à la fois s'exprimer et donner sa position à titre personnel. Donc moi, je trouve ma place de manière très facile, au sein du groupe dans lequel je siège, mais c'est vrai que je suis assez indépendante de tempérament et lorsque je suis dans un travail ou une mission qui ne me convient plus, je préfère partir plutôt que de mal le faire. -On va passer au quiz.
Vous allez devoir compléter trois phrases que je vais vous proposer. On commence par : entre montagnards à l'Assemblée... -"Entre montagnards à l'Assemblée" ? -Entre élus de montagne, pas montagnards. -Il y a une espèce de connivence, de complicité et de partage des mêmes convictions, et comme je le disais tout à l'heure, une action collective. -Vous retrouvez le dépassement des clivages, y compris dans l'hémicycle.
Faire de la politique, c'est comme conduire un autocar... -Il y a des risques.
On l'a vu tout à l'heure. C'est une fonction, puisque là, on est sur une fonction plutôt qu'un métier, exigeant. On n'a pas forcément le droit à l'erreur, ni au volant d'un car, ni à la tribune, parce que tous nos mots sont épluchés et commentés, donc j'ai envie de dire que c'est deux métiers exigeants. -Enfin : le prochain suppléant qui me trahit...
Qu'est-ce qui lui arrivera ? -Il y en aura plus, il a vu que ça ne marchait pas. Il a vu que ça ne marchait pas. -Il est averti, le suppléant que vous avez choisi aujourd'hui ? -Je pense qu'il ne me trahira jamais.
Il n'a, comme moi à ce stade, pas le souhait d'être député, comme je l'étais précédemment. -Merci beaucoup d'être venue. -Merci à vous.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Marie-Noëlle Battistel