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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 25 juin 2025 11 min

Mélenchon : l'homme le plus contesté de France - C dans l’air - l’invité - 25.06.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

X-TRA, la lessive numéro 1 en France. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. La gauche dépose une motion de censure contre F.Bayrou.

LFI mène la fronde. J.-L.Mélenchon est au coeur de l'équation politique à gauche.

Il est à part dans la classe politique. Il suscite autant de haine que de fascination. A l'occasion d'un colloque sur l'avenir de la francophonie organisé la semaine dernière, il a défendu l'idée que si nous voulons que le français soit une langue commu il faut qu'elle soit une langue créole.

La proposition suscite le débat et hérisse ses adversaires. Nous en parlons avec E.Fottorino, bonsoir.

Vous êtes confronté hauteur du "1 hebdo". A la une du numéro cette semaine, on retrouve J.-L.Mélenchon avec ce titre: "Rencontre avec l'homme le plus contesté de France." C'est un entretien confession, qui a duré 2 heures 30 et dans lequel il revient sur tout: l'antisémitisme, le bruit et la fureur, et la révolution.

Est-il l'homme le plus contesté de France ou le plus détesté? - E.Fottorino: La question est intéressante.

Nous nous la sommes posée nous-mêmes. On a hésité pour le titre. On s'est dit que pour la contestation politique, c'était intéressant de mettre ce mot.

De façon subliminale, probablement que les lecteurs liront "détesté". - C.Roux: Qu'est-ce que vous avez voulu comprendre, alors qu'il est dans le paysage politique depuis si longtemps? - E.Fottorino: Il y a presque un an, en juillet 2024, le Nouveau Front populaire, qui repousse finalement le RN...

Mélenchon, après 3 scores très importants aux présidentielles, est central. Et un an après, une image tellement dégradée, on se demandait ce qui s'était passé en si peu de temps. - C.Roux: Il le dit: "Je suis une victime".

Il se raconte comme une victime du système. ... - E.Fottorino: C'est ça.

Il dit qu'il est victime de ce que veut l'oligarchie et de nous, les médias. Il nous appelle "la suite dorée". C'est cette "meute" qui se lâche contre lui, la meute médiatique.

Lui, il s'en fiche. Il dit qu'il est sorti de cette bulle médiatique, qu'il voit les jeunes, les classes populaires. Il m'a dit autre chose hors micro.

Il dit: "Mes anciens amis me disent que je déshonore la gauche, et je leur dis qu'ils ont perdu leurs enfants, qui votent pour moi." - C.Roux: Il dit qu'il a été diabolisé médiatiquement.

Il cite "Le Monde", "Libération", les journalistes "qui veulent se payer Mélenchon"...

Il dit que tout cela est lamentable. ou pas plus ou pas moins que la moyenne de ses rivaux politiques. Simplement, il pense qu'il est au coeur d'un système néolibéral qui va jusqu'à la droite et à l'extrême droite.

Pour lui, c'est du vent. Il veut s'extraire de ça. Il dit: "Regardez mes scores, malgré les accusations de violence et d'antisémitisme qu'on profère contre moi...

On bordélise l'Assemblée nationale, tout le monde le fait mais les médias ne s'intéressent qu'aux actions de LFI." - C.Roux: Il revient sur "le bruit et la fureur".

Il dit que c'était une référence à Faulkner. Il a conscience que ça a un peu effrayé? - E.Fottorino: Bien sûr, mais c'est un peu d'humour ou de l'ironie, en disant qu'il a sous-estimé les autres, qui ne sont pas assez cultivés pour comprendre que c'était Faulkner. - C.Roux: Est-ce qu'il n'est pas en train de s'isoler, avec cette stratégie?

On a l'impression d'entendre la stratégie de dédiabolisation dont parlait le RN, qui est aujourd'hui plus dans le système. Il endosse ce rôle? - E.Fottorino: Je ne pense pas qu'il s'isole sciemment.

Il pense qu'il a une communion directe, comme si les institutions normales ne fonctionnaient pas pour lui. Ce qui compte pour lui, ce sont les gens qu'il va rencontrer, les industriels, ceux qu'il rencontre dans les meetings politiques. Ils se retrouvent dans la lutte et il est aimé. - C.Roux: L'antisémitisme, certains de ses propos ont beaucoup heurté.

Je voudrais qu'on écoute J.Guedj. C'était ce week-end. - J.Guedj: J'ai une meurtrissure terrible à le dire devant ce congrès!

Pour la première fois de ma vie, j'ai dû dire d'un homme que j'ai aimé profondément qu'il est devenu un salopard antisémite, avec des propos qui sont pour nous absolument insupportables! - C.Roux: Il est revenu sur "salopard", mais pas sur "propos antisémites". - E.Fottorino: Il y a un génocide en ce moment, il faudrait qu'on s'en occupe.

Sur l'antisémitisme, il dit qu'il n'a jamais eu de propos antisémites, même s'il a dit que l'antisémitisme en France était résiduel. On sait qu'il laisse aussi, par son comportement, se dire des choses antisémites dans son parti. - C.Roux: Y.Braun-Pivet, il l'accuse de ne pas parler au nom du peuple français et de camper à Tel-Aviv.

Ces propos-là sont clairement antisémites? - E.Fottorino: Il a dit que ce qui s'était passé le 7 octobre était terrible, mais que ça ne justifiait pas les ripostes de Nétanyahou.

Il y avait un accent de sincérité et de tristesse qu'on a tous mesuré. Il a créé ce qui lui arrive, mais cette rupture, il dit qu'elle retombera sur ses pattes et qu'un jour, il se réconciliera avec les juifs de France. Il parle d'un meeting, il a dit qu'il ne confondait pas un sniper israélien et un juif français. - C.Roux: Vous l'interrogez sur comment on peut être radical comme il l'est, passer de 22 à 50 %...

Il dit qu'il ne fera pas de compromis? - E.Fottorino: Il avait dit: "La République, c'est moi." Il avait mis le mot "gauche" à l'écart de son discours.

Lui considère qu'il est la vraie gauche. Il va rester sur ses conditions et il pense que les autres viendront à lui. C'est son ambition. - C.Roux: Pas forcément par les urnes?

Il croit aussi à la révolution citoyenne, au sens d'une interruption populaire de masse pour reprendre le contrôle de la société. Il est nostalgique de 1789 depuis toujours? - E.Fottorino: Oui, il dit qu'il ne veut pas un parti révolutionnaire mais un peuple révolutionnaire, comme s'il allait être le ferment révolutionnaire...

Il a une phrase terrible, quand il parle de la régression depuis Macron. Il dit que les hôpitaux, les maternités, les routes, c'est comme s'il y avait eu une guerre. Que le néolibéralisme nous a coûté le prix d'une guerre...

C'est une réflexion très forte. - C.Roux: Il dit qu'il est devenu un humaniste radical.

On ne sait pas trop ce que ça veut dire. - E.Fottorino: C'est l'homme qui a son destin en main. - C.Roux: Quand il dit qu'on veut qu'on parle d'une langue créole au lieu d'une langue française, il sait qu'il va mettre le feu? - E.Fottorino: Surtout à la droite et à l'extrême droite.

Il répond à B.Retailleau qui dit que l'immigration est mauvaise pour la France. Il veut dire que la langue française est faite de tellement d'apports qu'effectivement, elle est créolisée, comme le dit E.Glissant.

Mais dans un contexte politique, c'est un chiffon rouge. - C.Roux: Vous interrogez un auteur qui a dit: "Le secret de Mélenchon, c'est qu'il sait tenir ses troupes.

Il tient des positions de gauche quoiqu'il en coûte." - E.Fottorino: Ce n'est pas une girouette. - C.Roux: Vous le connaissez depuis longtemps.

Qu'est-ce qui vous a surpris dans cet entretien? Qu'avez-vous découvert que vous ne sachiez pas? - E.Fottorino: J'ai plutôt eu confirmation d'une chose, que Mélenchon ne se voit pas comme un politique mais comme un intellectuel.

Il est encore sidéré de voir que ses idées, sa personne peuvent attirer autant d'électeurs et surtout autant de jeunes. C'est ce qui fait qu'à mon avis, même s'il ne l'a pas dit, il ira sûrement vers une 4e candidature. - C.Roux: En fait, c'était un candidat que vous aviez face à vous? - E.Fottorino: Je le crois.

Je l'ai vécu comme un candidat, qui rejette tout ce qui est la meute, tous ceux qui le critiquent. Pour lui, il s'en fout... - C.Roux: Vous êtes sûr?

Dans cet article, on lit beaucoup de colère. Ce n'est pas de l'indifférence... - E.Fottorino: Je veux dire que ça ne l'empêche pas, au contraire, ça le radicalise encore plus.

Il est "droit dans ses bottes" et il veut continuer sur la même ligne. - C.Roux: Il est un problème ou une chance pour la gauche? - E.Fottorino: Il est les 2, c'est ça le problème.

Il est authentiquement de gauche, mais la gauche essaye de voir si elle ne peut pas faire une candidature unie sans lui. - C.Roux: Il vous a envoyé un texto après cet entretien? - E.Fottorino: Non, mais il a posté cet entretien sur son compte Instagram. - C.Roux: Merci beaucoup.

C'est donc un numéro consacré à J.-L.Mélenchon.