Guillaume Martin-Guyonnet : "Quand on fait du vélo, on arrive à une forme d'ivresse qui procure du bonheur"
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Questions et réponses
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- 1:01OuverteRéponse directe
En quoi la pratique du vélo favorise-t-elle la pensée philosophique ?
- 1:50OuverteRéponse directe
Olivier Aralambon, pensée et cyclisme ?
- 2:41OuverteRéponse directe
Parlez de la place du vélo dans vos livres respectifs.
- 4:24OuverteRéponse directe
Un bonheur même quand il y a de la douleur ?
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L'actualité du vélo cette semaine : le tracé du Tour de France 2025.
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Le journal L'Équipe parlait d'un vrai Tour de France l'année prochaine. C'est-à-dire que les autres étaient faux ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Et c'est un sujet qui concerne de près ou de loin 40% des Français. »
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« Oui, nous sommes 40% à emprunter notre vélo au moins une fois par mois. »
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« comme le Tour de France, dont le tracé 2025 a été dévoilé cette semaine. »
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« C'est presque le concept d'imbécile heureux, c'est presque quelque chose que je veux développer comme concept philosophique. »
- 3:46InvitéFait
« Je trouve que quand on court, quand on fait du vélo, au bout d'un moment, on arrive à un état un peu de latence ou d'ivresse, où on ne se pose plus de questions. »
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« Il va passer quasiment au pied de chez vous en Suisse-Normande, Guillaume Martin-Guillonnais. »
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« Il y aura, je crois, 3500 mètres de dénivelé. »
- 12:53InvitéFait
« mon métier consiste à brûler des calories gratuitement. »
- 19:41InvitéFait
« il y a eu cette annonce de la part du gouvernement actuel d'abandon du plan vélo. »
- 20:05InvitéChiffre
« il y a quand même très peu d'accidents graves, de décès liés au vélo chaque année. »
Temps de parole
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Et c'est un sujet qui concerne de près ou de loin 40% des Français. Oui, nous sommes 40% à emprunter notre vélo au moins une fois par mois, autant pour le travail que pour le loisir. Et c'est sans compter ceux qui n'en fourchent jamais leurs bicyclettes, mais qui se passionnent quand même pour les courses cyclistes, comme le Tour de France, dont le tracé 2025 a été dévoilé cette semaine. Et pour parler de notre rapport à la Petite Reine et nourrir notre réflexion, on a ce matin eu envie d'inviter deux philosophes, écrivains, cyclistes.
Olivier Aralambou, ancien coureur cycliste semi-professionnel pendant dix ans et auteur du livre Un corps d'homme, publié en septembre dernier aux éditions Premier Parallèle. Bonjour. Bonjour. Et Guillaume Martin-Guillonnais, toujours coureur professionnel. Vous signez, vous, un roman très personnel, Les gens qui rêvent chez Grasset. Bonjour. Bonjour. Intervenez, chers auditeurs, pour partager vos questions de cyclistes, pratiquants ou non au 01 45 24 7000. ou sur l'application France Inter. Mais question peut-être à tous les deux d'abord, parce qu'on peut être étonné par votre profil, à la fois philosophe et cycliste.
En quoi est-ce que la pratique du vélo, c'est compatible avec une réflexion philosophique et peut-être même ça favorise la pensée, Guillaume Martin-Guillonnais ?
En tout cas, à chaque fois, moi, on me pose la question. C'est un peu bizarre d'être philosophe et cycliste, mais voilà, vous en avez deux dans le studio, donc c'est peut-être pas si original que ça. En tout cas, moi, je trouve que ce qui n'est pas bizarre, c'est d'avoir plusieurs choses dans sa vie. Enfin, je pense qu'on a...
Vous êtes aussi maçon, vous le racontez dans les livres.
Je suis aussi maçon. Enfin, on a tous, en fait, plein de choses dans notre vie. Un être humain, c'est une complexité. Et c'est bizarre de vouloir cloisonner les gens ou les enfermer dans une seule discipline. Et donc, non, on est un corps, on est un esprit, on est plein de choses.
Olivier Alambon, pensée et cyclisme ?
Oui, bien sûr, je suis évidemment dans cette veine-là aussi. C'est-à-dire que ce qui est plutôt bizarre, c'est de séparer... C'est sans doute un héritage de ce vieux dualisme, comme on dit, c'est de séparer la tête et les jambes et tout fonctionne ensemble. Je veux dire, jusqu'à preuve du contraire, il faut un corps pour être lecteur et pour penser.
C'est ça, mais c'est vous qui citez des cartes dans votre livre en disant qu'on n'est pas le capitaine de son corps.
Oui, le cerveau n'est pas le capitaine dans son vaisseau. Et puis, l'activité comme ça, un peu répétitive du corps, a quelque chose de méditatif. La pensée, on sait bien aussi, depuis Freud et bien avant, que la pensée, ce n'est pas toujours une activité consciente. Et en pédalant, on pense ou ça pense, à quelques niveaux que ce soit, dans les profondeurs peut-être.
Alors parlons peut-être un peu de la place qu'occupe le vélo dans vos livres respectifs. Guillaume-Martin Guillonnet, vous vous attachez dans Les gens qui rêvent à suivre trois personnages à trois époques dans la Suisse normande. Et l'un des personnages, c'est vous, c'est le cycliste qui avait disputé plusieurs tours de France. Et cette pratique cycliste, on le comprend en vous lisant, c'est une des voies vers ce que vous appelez l'imbécilité heureuse.
Oui, c'est presque, le concept d'imbécile heureux, c'est presque quelque chose que je veux développer comme concept philosophique. C'est un peu cette idée d'adhésion au monde et qui est très difficile à atteindre, d'être dans une sorte de présence au monde.
Sans but, sans raison particulière à ce moment-là, juste pour être là.
Voilà, mais en fait, dans nos vies, on est toujours dans la réflexion, toujours dans le ressentiment, le regret ou l'anticipation. Et on n'arrive pas à être présent au monde. Et je trouve que le sport, le cyclisme en particulier, peut permettre ça, peut permettre cette chose d'être... Je trouve que quand on court, quand on fait du vélo, au bout d'un moment, on arrive à un état un peu de latence ou d'ivresse, où on ne se pose plus de questions, on est là sans être là, on est conscient des enjeux de sécurité, par exemple. Moi, je trouve que je... On va en reparler. Oui, je n'ai pas de...
Je respecte le code de la route, mais en même temps, je peux faire des dizaines et des dizaines de kilomètres sans m'en rendre compte, dans une forme d'inconscience. Et ça, c'est un état déjà très agréable qui peut sembler un peu idiot, parce qu'on n'est pas dans la réflexion, mais qui procure un vrai bonheur. Donc, c'est pour d'où les imbéciles heureux.
Un bonheur, même quand il y a de la douleur. D'ailleurs, Olivier Aralambon, dans Un corps d'homme, vous racontez votre chute de vélo alors que vous roulez avec un jeune champion berzing, alias Romain Bardet. Hospitalisation, chirurgie, rééducation, vous avez la difficulté de voir votre corps vous échapper, avec l'âge aussi, la cinquantaine. Mais au début du livre, déjà, avant même la chute, on sent que votre rapport au vélo, il est tendu. Vous écrivez que depuis un mois, à vélo, vous remâchez vos agacements.
Oui, je remâchais mes agacements, comme souvent les cyclistes. C'est-à-dire, moi, j'ai gardé ça d'une époque de ma vie où je roulais beaucoup. Je suis loin d'avoir atteint le niveau qu'est celui de Guillaume. Mais toute ma vie se passait à vélo. Donc, je veux dire, je réfléchissais aussi à mes... Enfin, je réfléchissais, c'est un peu ce que je disais précédemment. Ça réfléchissait. Quand je roule, je remise mes soucis quotidiens qu'on n'a pas forcément à voir avec l'activité de pédaler elle-même. Mais voilà, en effet, ce que vient de dire Guillaume, c'est intéressant, c'est que les exercices du corps sont une façon d'abolir la distance à l'environnement.
Et cette distance qui est dans la réflexion, comme disait Guillaume, et peut-être déjà dans le langage ou dans la posture cognitive qu'on a dans notre rapport au monde en tant qu'être doué de langage, par exemple.
Vous aviez eu cette phrase dans un autre livre en 2017. Les livres ne rendent pas plus malin. La course cycliste, oui.
Ah bon ? Oui, c'était à la fois un petit trait d'humour, mais c'était toujours pour rendre hommage à cette capacité d'adaptation ou à cette intelligence qui s'enracine plus profond que le langage et plus profond que la réflexion consciente et dont les cyclistes, notamment, sont des exemples vivants. Il me semble que les coureurs sont très forts. Ça, c'est évident, les coureurs professionnels, mais ils sont aussi sans doute doués d'une forme de subtilité qui n'est pas donnée à tout le monde.
Alors, l'actualité du vélo cette semaine, c'est le dévoilement du tracé du Tour de France pour l'an prochain. Il va passer quasiment au pied de chez vous en Suisse-Normande, Guillaume-Martin-Guillonnais. C'est une émotion pour vous ?
Oui, bien sûr. Vous avez déjà mentionné deux fois la Suisse-Normande. Je ne sais pas si tout le monde connaît. C'est un petit coin, un petit paradis, justement, dans l'Orne, en Normandie. Je dis que c'est un paradis parce que c'est là où j'habite, c'est là où j'ai grandi. Je suis très attaché à ce lieu. Et effectivement, le Tour de France qui, depuis que je suis pro, ça fait huit tours de France auxquels je participe. On n'a, pour ainsi dire, jamais été en Normandie. Donc là, ce sera assez émouvant et c'est assez excitant de pouvoir rouler sur ces terres, je crois, à quelques centaines de mètres de chez moi.
Vous parlez d'une étape de montagne. C'est drôle.
Et c'est les organisateurs du Tour qui en parlent. Mais moi, je le confirme. Je pense que beaucoup de gens seront surpris de découvrir à quel point la Normandie peut être vallonnée. Ça ressemble donc effectivement un peu à la Suisse. Il y aura, je crois, 3500 mètres de dénivelé. Donc, ce sera une étape vraiment difficile.
Olivier Aralambon, le journal L'Équipe, parlait d'un vrai Tour de France l'année prochaine. C'est-à-dire que les autres étaient faux ?
Ah non, je ne crois pas qu'il y ait de faux Tour de France. Vous avez vu le tracé ? Je pense que c'est une référence au fait qu'on reste en France et qu'il y a... Oui, la référence est là, bien sûr. Mais je veux dire, je ne crois pas qu'il y ait de... Comment dire ? Quel que soit le parcours, je ne crois pas qu'il y ait de course moins difficile que d'autres. Alors, sans doute, le tracé correspond plus ou moins d'une année sur l'autre à tel ou tel registre et satisfait plus ou moins tel ou tel coureur. Non, non, je me garderais bien d'utiliser une locution si dépréciative.
Mais on risque quand même de retrouver en tête encore les mêmes Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard. Est-ce qu'on n'est pas là dans une forme de routine ?
Écoutez, la question est posée. Si, il y a quelque chose d'un peu lassant cette année, moi en tant que spectateur en tout cas, et n'étant pas impliqué à voir Pogacar non seulement gagner tout ce à quoi il participe, mais écraser tout ce à quoi il participe. Oui, il y a quelque chose qui, à mon sens, perd un peu de son intérêt. Après, on est là sur un terrain évidemment glissant, qui divise, savoir si la performance de Pogacar est vertueuse ou si elle l'est un peu moins.
Je ne peux évidemment pas dire grand-chose là-dessus, mais on est dans une forme de cyclisme qui peut-être, après avoir renoué avec la spontanéité, on en a beaucoup parlé, avec Alaphilippe, avec Guillaume, avec pas mal de gens qui passent à l'attaque comme ça, sans trop calculer. On était sortis d'une époque où le cyclisme semblait trop... Moi, j'ai l'habitude de dire trop protestant. Et il est devenu un peu trop calculateur. C'est un cyclisme où on gère ses efforts comme un capital. Et voilà, il était un peu moins... Il visait un peu moins les excès de la transcendance. Je ne sais pas comment il faut le dire. Il était un peu moins baroque, quoi. Et il l'est redevenu.
Et puis là, à nouveau, je ne peux pas dire qu'il ne se passe rien. Mais je vais voir Pogacar rouler en impression d'assister à un jeu vidéo. Tellement il paraît facile. Il nous manque peut-être un petit quelque chose. Mais je voudrais surtout que Guillaume ne se sente pas mal à l'aise avec ce que je dis. Donc, dis-moi ce que tu veux.
Vous n'êtes pas mal à l'aise, Guillaume Martin-Guillonnais. Vous, vous avez fait 8e déjà au classement général. C'était en 2021. Vous avez un objectif, là, déjà, pour cette année ? Enfin, pour l'année prochaine ?
Bon, c'est encore le temps de me reposer. Vous êtes en pause, là. Vous nous avez dit tout à l'heure. C'est la même de vacances, de coupures. Mais évidemment, on va essayer vite de penser à l'année qui vient. Et en particulier à ce Tour de France. Je vais changer d'équipe l'an prochain. Je vais intégrer l'équipe Groupama FDJ. Donc, je vais discuter avec eux des objectifs. Mais tout ça se fera plutôt au courant de l'hiver.
Alors, quand on roule des milliers de kilomètres par an, on est évidemment aux premières loges pour observer l'environnement, les conséquences du dérèglement climatique. À ce propos, je voulais vous faire écouter une archive du Tour de France en 2019 sur France 2. Une étape mythique en direction de Tignes annulées à cause des orages de grêle et des écoulements de boue.
L'étape est neutralisée. Les temps sont gelés au sommet du col de l'Isran. Scénario incroyable aujourd'hui. C'est un moindre mal. C'est une étape de fou dans tous les sens du terme. Une étape de folie. On s'en souviendra longtemps, longtemps. Et Ganderbal n'a plus besoin de pédaler. C'est normal, c'est normal. On ne peut pas leur faire prendre ce risque-là. Julien qui, évidemment, est déçu. En ce concert, on a du mal à y croire, évidemment. Ça n'arrive jamais en cyclisme, ça. Et ça n'arrive jamais.
Et voilà le dérèglement climatique illustré avec cette 19e étape du Tour 2019. Guillaume-Martin Guionnet, vous en parlez dans votre livre. Vous y étiez, vous étiez un peu en désarroi au moment de l'annulation de cette étape. Pourquoi c'est un moment marquant ?
J'étais effectivement sur place. C'était effectivement assez fou. La course ne pouvait pas continuer. Il y avait des torrents de boue et, je crois, de grêle sur la route. C'est marquant parce que c'était la première fois que, je crois, une étape du Tour n'arrivait pas à son terme. Et c'est marquant parce que ça marque aussi, peut-être, un changement d'époque, de paradigme avec ce grand phénomène de masse qui est le réchauffement climatique. Alors, c'est toujours compliqué de parler d'un événement ponctuel et de leur attacher un phénomène aussi massif que le réchauffement climatique.
Mais néanmoins, je crois que c'est un fait que le sport, mais de même que tous les domaines de la société, vont devoir s'adapter à ce qui est en train de se passer. Et donc, ça va avoir des répercussions massives sur les organisations, sur ce genre de phénomène. Il va sans doute se reproduire de plus en plus souvent et il va falloir s'adapter.
Alors, Olivier Rallambon, vous en dites un mot aussi dans votre livre, même si ce n'est pas le cœur du sujet, mais vous racontez un coup de téléphone avec votre ami Berzing, le jeune coureur cycliste. Depuis l'Australie où, je vous cite, il s'entraînait aspirant le peu d'oxygène épargné par de gigantesques feux de forêt. Donc, c'est visible clairement. Quand on roule, quand on est cycliste, on ne peut pas le rater, ce réchauffement.
Ah non, on ne peut pas le rater. Je veux dire, un des aspects de la légende des forçats de la route, c'est cette confrontation quand même aux éléments, à la météo difficile. Il faut endurer le froid, les chaleurs extrêmes, sur des distances, selon des dénivelés improbables pour le commun des mortels. Donc, peut-être, en effet, qu'il s'agira d'un changement de paradigme parce que cet affrontement aux forces naturelles, on le sait, il a ses limites. Et qui plus est, quand on est presque tout nu, en cuissard et en maillot.
Guillaume-Martin Guillonnet, d'ailleurs, vous parlez aussi de votre prise de conscience, de votre bilan carbone, par exemple. Et vous dites, mon métier consiste à brûler des calories gratuitement. Alors, vous faites des efforts quand même. Par exemple, vous dites, vous avez arrêté de fréquenter les salles de sport surchauffées, par exemple.
Oui, c'est vraiment le paradoxe du cyclisme de haut niveau. Le vélo comme moyen de déplacement est un moyen de déplacement doux, vert. Pour autant, la vie d'un cycliste de haut niveau implique de prendre beaucoup plus l'avion que la normale. Et effectivement, il y a une dépense calorique, en fait, qui, dans l'époque actuelle, semble étrange. On dépense des calories pour rien. C'est le principe du sport. Et c'est un peu le symptôme d'une société, du surplus, de l'abondance. Le sport moderne, c'est quelque chose de récent. C'est récent, en fait. C'est depuis la révolution industrielle qu'on fait du sport et qu'on dépense des calories pour rien, gratuitement.
Sauf qu'aujourd'hui, on voit les conséquences de ça et on voit que oui, ça nous conduit à des extrémités. Oui, peut-être un sentiment d'excès. Et donc, oui, je m'interrogeais effectivement sur le fait de faire du sport dans une salle surchauffée, de dépenser, là, pour le coup, de créer des watts de l'énergie mais qui part dans le vide. Je me disais que si on relie toutes les salles de sport dans le monde entier, je ne sais pas combien d'électricité on pourrait produire, mais c'est énorme. Donc moi, je trouve que c'est important aussi de faire des choses pour rien. Donc, je ne remets pas en question le sport en lui-même.
Mais bon, c'est vrai que je me sens un peu mal à l'aise dans les salles de sport et je préfère faire des choses dans la mesure du possible utiles. Et voilà. Et voilà. C'est déjà pas mal.
Et Olivier Alambon et Guillaume Martin-Guillonnais, d'ailleurs, dans vos deux livres, il y a un autre sujet qui est intéressant, qui est important, c'est celui de la sécurité des cyclistes. Alors là, pour le coup, c'est le cœur, c'est le point de départ, en tout cas, de votre livre. Vous racontez votre chute, en fait. La chute que vous avez faite quand vous faisiez du vélo avec votre ami. Vous décrivez une grande force d'obscurité qui s'est abattue sur le monde. C'est impressionnant, je vous cite. La nuit qui tomberait, mais avec le poids d'une casse à outils. C'est drôle, en même temps, c'est quand même effrayant. Vous êtes serein aujourd'hui quand vous roulez ?
A peu près. Je roule très peu. Vous ne roulez plus beaucoup ? Je n'ai pas vraiment trouvé entre mes divers avaries physiques et la vie professionnelle et familiale. Je n'ai pas vraiment trouvé le temps et l'énergie de m'y remettre sérieusement, on va dire, régulièrement. Écoutez, oui et non. La chute dont il est question dans le livre, c'est une chute que je ne dois qu'à moi-même. Probablement, un peu de gasoil sort la route. C'est une chute assez stupide, très brusque, et en effet, que je n'ai pas vu venir du tout. Souvent, quand on tombe à vélo, on perd une roue ou l'autre. Il y a quand même un petit duré dans la chute. On se voit tomber et on se rédit.
Là, je n'ai vraiment rien vu à part que tout a disparu.
Là, vous dites, j'ai juste vu l'après, en fait.
Oui, c'est ça. Quand je me suis repris conscience après un petit estourbissement, je ne sais pas comment il faut le dire. Non, mais est-ce que je me sens en sécurité ? Je sais où cette discussion va nous emmener. De moins en moins, c'est vrai que la circulation automobile, c'est difficile, c'est dangereux, que sur son vélo, on est extrêmement fragile face à des autos qui deviennent des dangers pour votre corps. Bon, voilà ouverte la question du partage de l'espace.
C'est ça, justement, on va en parler. Alors, je voudrais aller au standard parce qu'il y a Didier qui nous a appelé sur la question de la sécurité, justement. Bonjour Didier. Oui, bonjour. Écoutez, je voulais poser la question concernant de rendre le port du casque obligatoire et cette réticence des associations à chaque fois qui pensent que ça va être élibitoire et que les personnes ne vont pas se mettre à faire du vélo à cause de ça. je ne pense pas qu'on décède d'un accident de vélo en cassant simplement une clavicule. Je voulais votre avis là-dessus. Merci. Alors, je ne sais pas, Guillaume Martin Guillonnet, par exemple.
Je n'avais pas réfléchi trop à la question mais en tout cas dans le cyclisme pro, il y avait, je crois que le port du casque a été rendu obligatoire en 2003-2004 après un accident tragique. Au début, il y avait pas mal de réticences dans le monde pro et puis finalement, c'est devenu une routine et aujourd'hui, moi, je me sens tout nu si je ne peux pas rouler sans casque. C'est inconcevable. Donc, je pense que c'est effectivement un élément de sécurité. C'était la même chose peut-être pour les automobilistes avec la ceinture de sécurité. Quand j'étais petit, c'était moins dans les mœurs que ça ne l'est aujourd'hui.
Aujourd'hui, plus personne, je crois, se pose la question de mettre la ceinture. Donc, ça ne coûte effectivement pas grand-chose de mettre un casque et moi, j'incite tout le monde à vraiment mettre le casque que ce soit obligatoire ou non.
Et sur la question du partage de l'espace, justement, je pense au 15 octobre dernier, un accident, enfin un drame en tout cas qui a causé beaucoup d'émotions. Ce jeune homme de 27 ans qui a été écrasé par un SUV dans une rue de Paris. En tant que cycliste, Olivier Aralembon, comment vous avez reçu cette nouvelle ?
Je ne sais pas si le fait d'être cycliste m'a influé sur la façon dont j'ai reçu cette nouvelle. C'est tragique. C'est d'autant plus horrible que manifestement, il ne s'agit pas d'un accident mais d'une agression et d'un meurtre. On parle de ça. Dieu merci, ça reste, les gens qui pètent les plombs à ce point-là, ça reste assez peu fréquent pourvu que ça ne s'aggrave pas. Mais la question plus générale que ça pose, en effet, c'est celle du partage de l'espace et la question de la présence massive des voitures dans nos villes qui plus est dans nos villes européennes qui ne sont pas taillées comme des villes américaines.
On n'a pas que des avenues, il y a des petites rues, enfin ce sont des villes anciennes. Par ailleurs, les voitures ont tendance à se faire plus grosses que le bœuf, à devenir sans arrêt plus volumineuses. Et puis, il me semble à moi que contrairement au débat qu'on en fait, la question des voitures en ville, ce n'est pas forcément une question d'opinion politique, c'est un fait. C'est-à-dire, si les voitures sont de plus en plus nombreuses, on pourra bientôt plus rouler de toute façon dans Paris. Alors comment, dans Paris par exemple, alors comment organiser ce retrait progressif ou cette limitation des voitures, ce n'est pas moi qui l'ai techniquement la solution. Mais en effet,
il faut y réfléchir,
on n'a pas le choix, je veux dire, ce n'est pas une question d'être pro ou anti-Hidalgo en l'occurrence.
Guillaume-Martin-Guillonnais, vous qui connaissez la Belgique, les Pays-Bas, on gagnerait à s'inspirer de nos voisins. Surtout quand on voit le plan vélo qui est remis en cause et ses crédits en tout cas qui sont remis en cause en France.
J'allais vous parler de ça, effectivement, je crois qu'il y a quelques jours il y a eu cette annonce de la part du gouvernement actuel d'abandon du plan vélo, donc c'est assez inquiétant parce que je pense que ça va un peu contre le cours de l'histoire et effectivement, moi je ne peux que, on a parlé à la question de la sécurité. Alors oui, parfois il peut y avoir des situations de danger à vélo, mais de manière générale, j'ai regardé un peu avant, il y a quand même très peu d'accidents graves, de décès liés au vélo chaque année, de moins en moins chaque année, ça reste un mode de déplacement sûr.
Il le serait d'autant plus s'il y avait effectivement plus de pistes cyclables, plus aussi de cyclistes et que c'était plus dans les mœurs, c'est plus d'habitude donc il faut développer ce moyen-là parce que c'est agréable, utile et bon pour la santé.
Et l'appel est lancé, Guillaume-Martin Guillonnet, toujours coureur professionnel, vous signez ce roman Les gens qui rêvent chez Grasset, Olivier Aralembeau, ancien coureur cycliste semi-professionnel et auteur du livre Un corps d'homme publié en septembre dernier, je voudrais rassurer les auditeurs parce que ce livre c'est aussi l'histoire d'une réinvention, pas seulement celui d'une chute.
Oui, ce n'est pas un drame.
Voilà, merci beaucoup à tous les deux d'être venu sur Internet.
Merci à vous.