Marine Tondelier : "C'est une semaine noire pour l'écologie"
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Sonia Devillers, votre invitée secrétaire nationale des écologistes et conseillère régionale des Hauts-de-France. Bonjour Marine Tondelier.
Bonjour Madame Devillers.
Reprise du chantier de l'A69, suppression des zones à faible émission, remise en cause du zéro artificialisation nette qui freine la bétonisation, échec de votre opposition à la loi agricole dite du plomb. Nous vivons la pire semaine pour l'écologie depuis longtemps. Un cauchemar, mais pour de vrai, ce sont vos mots. L'écologie ne pèse-t-elle donc plus rien dans le débat politique français ? Plus rien ?
Ah ben c'est vrai, c'est une semaine noire pour l'écologie. Et quand je parle de semaine noire pour l'écologie, comprenez-moi bien, je ne parle pas de semaine noire pour les militants écologistes, simplement. Quand l'écologie prend aussi cher qu'elle a pris la semaine dernière, c'est nous tous, nous toutes les victimes, c'est chacun de vos auditeurs et de vos auditrices, et c'est d'ailleurs y compris celles et ceux qui ne nous écoutent pas. Parce que quand on parle d'écologie, on parle de votre santé, on parle de votre environnement, à chacun d'entre vous, on parle de l'avenir de vos enfants et de vos petits-enfants.
Et je pense que trop peu de gens mesurent en effet la gravité de ce qui s'est passé la semaine dernière, de ces reculs en cours, de ces attaques, de cette offensive, je dirais même.
Sauf qu'un grand nombre d'élus, Marine Tondelier, eux, mesurent le recul de ce qu'ils appellent l'écologie punitive. Pour Marine Le Pen, c'est une victoire contre l'écologie punitive.
Mais c'est eux qui sont punitifs. Moi, si ce matin, je suis aussi émue, inquiète, en colère, vous l'avez dit, mais si je suis aussi déterminée, c'est que l'écologie va contre-attaquer. Je le dis solennellement, on va avoir besoin de force, on va avoir besoin d'aide, et je le dis aussi à chacune et chacun de celles et ceux qui nous écoutent. Mais moi, je me rappelle des mots d'Emmanuel Macron entre les deux tours de la présidentielle quand il avait dit « ce mandat sera écologique ou il ne sera pas ». Bon, il n'est pas écologique, ça c'est certain, il est régressif même en la matière, mais on ne peut pas dire « il ne sera pas écologique ou il ne sera pas ».
Il est ce mandat, il existe, il va avoir des conséquences concrètes pour chacun d'entre nous, et y compris M. Macron et toutes celles et ceux qui font circule devront en assumer les conséquences. Ils disent que l'écologie est punitive, mais enfin c'est tout l'inverse. C'est l'économie aujourd'hui qui est punitive. C'est l'économie qui, en dépit du bon sens, qui creuse les inégalités, qui ne tient pas à ses promesses, on nous avait dit avec l'économie, ça va ruisseler pour tout le monde, etc. Ce n'est pas vrai. Ça creuse les inégalités et ça nous met en danger, ça met en danger l'habitabilité de la planète. C'est là que nous en sommes.
Vous accusez, je vous cite encore, les représentants français de Donald Trump, qui s'appellent, je vous cite, « Les LR, le RN et le Bloc central, ensemble, ils forment la nouvelle alliance anti-écologie. » Vous oubliez la gauche, là-dedans ?
À tout le monde, la gauche ne joue pas son rôle pour l'écologie, c'est le moins qu'on puisse dire. Entre la France insoumise qui se réjouit de la fin des zones à faible émission, entre le Parti socialiste… Elle a voté contre, sans proposer rien d'autre. Parce que je ne sais pas si tout le monde mesure bien dans vos auditeurs, et je pense que oui, ce que ça veut dire aujourd'hui de vivre avec des maladies respiratoires. Moi-même, quand je suis arrivée à Paris pour mes études et pour mon premier emploi, j'en étais malade toute la semaine, je n'arrivais pas à respirer. On a tous des enfants qui ont des allergies de plus en plus fortes au pollen l'été, c'est ça dont il s'agit aujourd'hui.
Et donc, on a la France insoumise qui se réjouit de la fin des ZFE, on a le Parti socialiste qui vote pour la reprise du chantier de la 69, l'autoroute qui va pomper un pognon de dingue pour prendre les mots de Macron, alors que c'est une autoroute qui va coûter 20 euros l'aller-retour. Je ne sais pas qui peut se payer 20 euros l'aller-retour pour aller travailler, ou qui me donnent le nom de leur employeur, ça a l'air rentable. Et donc les socialistes et les insoumis font partie d'une nouvelle alliance anti… Et je ne vous ai même pas parlé des communistes. Mais ce que je vous dis juste, c'est que… Allez-y ! Non, non, c'est bon.
Mais je pense que notre camp, oui, doit contre-attaquer, et que s'il faut une candidature unique de la gauche pour 2027, pour la gauche et pour les écologistes, sur quoi je me bats et je me battrai jusqu'au dernier souffle. Je l'ai dit, je le redis, et même je ne fais pas que le dire, je le fais. Donc on va se battre pour une candidature commune, mais je peux vous dire que les écologistes ne comptent pas faire un rôle de figuration dans cette désignation, dans l'écriture de ce programme commun. Ça veut dire que vous ne pouvez plus compter que sur vous-même ? C'est la sensation que j'ai, oui. Alors je ne dis pas que personne n'écolo, je pense exactement l'inverse.
Je pense vraiment, sincèrement, que toutes les Françaises, que tous les Français ont un écologiste qui vit ou qui sommeille au fond de vous. Parce qu'en 2025, ils ne peuvent pas ne pas savoir. Juste qu'ils ne savent pas comment se prendre.
Vous n'excliez pas de vous présenter, vous, un candidat, vous, pardon, ce n'est pas vous personnellement, c'est un candidat écolo, en solo à l'élection présidentielle, vous ne l'excliez pas. Ah bah évidemment que les écologistes ne sont pas juste les gentils organisateurs
de cette primaire, de cette désignation commune. Les socialistes, des communistes et des insoumis sur les dossiers écologistes. Ah bah raison de plus pour aller défendre nos couleurs. Ça, c'est clair. Et pas que pour défendre nos couleurs sur l'incarnation, mais pour porter lourdement l'écologie dans le projet qui sera mené en commun.
On vous entend. Les municipales, ça aussi c'est très concret, parce qu'elles se profilent, ça arrive très vite. Par exemple, les zones à faible émission, c'est du concret, ça c'est du archi concret dans la gestion d'une agglomération. Vous allez pouvoir faire des alliances avec les insoumis, telles qu'ils vous le demandent, telles qu'ils vous le réclament, au niveau local, pour les municipales, quand on a des divergences aussi profondes, sur des dossiers aussi importants.
Mais vous savez, au niveau municipal, dans les mairies écologistes, déjà aucune de ces mairies n'a été gagnée seule, elles ont été gagnées en équipe, et ce sont les majorités qui fonctionnent le mieux à gauche. C'est Lyon, c'est Tours, c'est Bordeaux. Les majorités sortantes sont en train de travailler pour repartir ensemble, et surtout dans ces villes écologistes, on vit mieux, on améliore le quotidien et on permet les lendemains. C'est aussi simple que ça, c'est des repas bio locaux dans les cantines, c'est des pistes cyclables, c'est des îlots fraîcheurs pour qu'on vive mieux.
C'est-à-dire qu'on est en train de travailler au bilan et à ce qu'on doit faire mieux, on travaille au programme des prochaines étypes et on travaille aux équipes. C'est ce qu'on est en train de faire parce que les écologistes sont respectueux de la biodiversité. Vous allez repartir main dans la main avec les insoumis, par exemple, dans ces villes-là ?
Les insoumis ne sont pas la formation politique avec laquelle on travaille le plus aujourd'hui au niveau local, dans les majorités sortantes, qu'elles soient de gauche ou écologistes, mais nous n'avons pas de raison a priori de dire qu'on va partir tout seuls sans personne, parce que je vais vous dire une chose, celles et ceux qui veulent partir tout seuls sans personne, on assumeront pleinement les conséquences face aux Français, parce que ça veut dire que moi je fais le tour en ce moment des villes de droite qui pourraient basculer. Là je serai à Lorient encore cette semaine, j'étais à Mulhouse, à Cholet, je ne sais pas, tout voulait faire.
On a compris, vous voulez faire des accords au niveau locaux, est-ce que, comme l'a dit Libération ?
Ce qui va se passer, si on ne travaille pas ensemble, c'est que des gens qui pourraient vivre dans une ville de gauche et bénéficier de politiques progressistes qui protègent leur environnement, qui protègent leurs droits sociaux, vont vivre dans des villes de droite. Donc s'il y a quelqu'un à gauche qui dit « je préfère qu'on part séparés et que les gens vivent dans des villes de droite », qu'ils le disent et qu'ils n'assument les conséquences. Ce n'est pas le cas des écologistes qui se battront jusqu'au bout pour écologiser la gauche, pour porter nos projets, pour les porter d'ailleurs nous-mêmes le maximum de fois, et pour changer la vie des Français.
Vous êtes entre des insoumis qui ne veulent plus entendre parler des socialistes et des socialistes qui ne veulent plus entendre parler des insoumis. C'est irresponsable. C'est irresponsable. Mais est-ce que vous, vous êtes responsable de continuer à vouloir faire un trait d'union entre deux formations ?
Sinon je peux changer de travail et à l'attendre la fin du monde tranquillement chez moi. Mais vous savez, les écologistes sont très déterminés. On ne va pas laisser faire, laisser tout ça tomber en charpie et jouer au jeu des sept différences, alors que l'extrême droite n'a pas été aux portes de pouvoir, mais en a déjà franchi le seuil. Donc moi je le dis, c'est un message solennel que j'ai adressé à Emmanuel Macron ce matin. J'adresse le même à tous mes collègues de gauche, parce qu'on va avoir besoin de tout le monde, pour ramener et pour sauver l'humanité. Mais ce n'est pas une absence de ligne politique, Madame, de ne pas choisir son camp. C'est une ligne en soi.
Ça s'appelle l'antifascisme. Et je veux bien que quand on est que dix, on se divise en deux groupes de cinq, puis en trois groupes de deux, on va finir nulle part avec l'extrême droite au pouvoir. Et l'histoire nous jugera. L'histoire jugera celles et ceux qui s'en fichent.
Le 2 juillet, est-ce que vous maintenez votre invitation à tous les chefs de la gauche et des écologistes à se réunir, comme vous le souhaitiez, à une réunion pour déterminer un éventuel candidat commun ?
Évidemment, et plus que jamais. Les écologistes, depuis des mois, plaident pour qu'il y ait un cadre commun. C'est vital, parce qu'on a des risques existentiels dans ce pays. Il y a le risque environnemental, il y a la paix, la paix qui n'a jamais été aussi menacée. Et il y a le fascisme aux portes du pouvoir. Jean-Luc Mélenchon fera exactement ce qu'il veut, comme d'habitude. Mais Raphaël Guzman a déjà dit qu'il n'y allait pas. Non, ce n'est pas Raphaël Mélenchon. Ça y est, ils ont fusionné. Ils disent qu'ils ne travaillent pas ensemble, mais c'est faux. Jean-Luc Mélenchon est invité. Raphaël Guzman est invité. Et je le dis assez solennellement, les absents auront tort.
Et l'histoire les jugera durement, parce qu'il ne s'agira pas, quand il y aura l'extrême droite au pouvoir, de dire « Ah ben oui, mais le 2 juillet, je ne voulais pas être assis à côté de je ne sais pas qui ». En fait, à un moment, il faut savoir placer ces égaux et ces différences en dessous de l'intérêt général et l'intérêt général de la France, et notamment du peuple de l'écologie et de gauche aujourd'hui, c'est qu'il y a une candidature commune. Et s'il y en a une qui ne vous plaît pas, vous voterez pour les autres. Voilà, merci Marine Tondelier.
Et merci Sonia De Villers.
Marine Tondelier