La baisse des taux de la BCE "n'a pas un impact direct sur les taux des crédits immobiliers", selon le directeur général de BNP Paribas
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« L'impact de cette baisse des taux de la Banque Centrale Européenne, il était déjà anticipé. »
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« Ça aura un impact, mais pas un impact direct à hauteur du 2% qu'on anticipe. »
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« 85% de ces PGE sont remboursés. »
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Bonsoir à toutes et à tous, comment se porte l'économie française avec une croissance et une inflation faibles, des défaillances d'entreprises élevées, une consommation des ménages qui ralentit ? C'est la question à laquelle on va tenter de répondre aujourd'hui avec vous Thierry Laborde, bonjour.
Bonsoir Isabelle Raymond.
Vous êtes le directeur général délégué de BNP Paribas, invité éco de France Info ce soir. La Banque Centrale Européenne vient de baisser ses principaux taux directeurs, c'est la huitième fois en un an. Est-ce que concrètement, ça signifie qu'avec quelques mois de décalage, les taux d'intérêt des crédits immobiliers vont baisser pour les particuliers ?
Alors l'impact de cette baisse des taux de la Banque Centrale Européenne, il était déjà anticipé. Et ça n'a pas un impact direct sur les taux des crédits immobiliers. Pourquoi ? Les taux des crédits immobiliers, ils se refinancent non pas à un an ou à deux ans, mais à dix ans. Donc c'est sur des taux plus longs. Et les taux plus longs sont un peu plus élevés que les taux courts de la Banque Centrale Européenne. Ça aura un impact, mais pas un impact direct à hauteur du 2% qu'on anticipe. Et là où c'est intéressant, c'est que c'est un facteur de soutien pour les entreprises. Parce que les entreprises, elles, elles empruntent plus court.
Donc là, c'est très important pour donner confiance aux entreprises, puisqu'on voit quand même quelques délais de décision qui se sont rallongés, avec l'incertitude qu'on connaît depuis le début de l'année. Donc ça, c'est un facteur de soutien important pour la confiance des entrepreneurs en France et en Europe.
Alors effectivement, vos clients, ce sont les particuliers, mais aussi les entreprises. Les défaillances, on l'a vu, ont été très élevées ces deux dernières années. Elles restent à un niveau élevé. Vous, comme banquier, est-ce que vous voyez des entreprises qui ont aujourd'hui des problèmes de trésorerie, qui ne payent pas leurs factures, qui ne payent pas leurs fournisseurs ?
Alors, on peut voir dans certains secteurs, plutôt sur des entreprises de proximité, des entreprises plus petites, sur des secteurs de retail, vous voyez, de commerce au détail. Là, c'est des secteurs qui ont bien sûr souffert. On peut avoir des approches sectorielles dans la viticulture, qui sont là aussi impactées par les menaces. Mais globalement, nous, ce que nous voyons sur notre fonds de commerce, c'est un fonds de commerce qui tient bien, et des entreprises, et en tout cas un coût du risque, qui est le premier marqueur pour une banque, d'une dégradation des entreprises, qui se situe à un niveau bas.
Et donc, c'est-à-dire que, selon l'ancien ministre de l'économie, Arnaud Montebourg, il y a la question des prêts garantis par l'État souscrit pendant le Covid. Ils n'ont pas tous été remboursés. Il reste 40 milliards à rembourser, selon BPI France. Pour vous, ce n'est pas un risque ?
Non, ce n'est pas un risque, puisque, en tout cas pour nous, je regarde à l'aune de notre fonds de commerce, 85% de ces PGE sont remboursés. Donc, il reste une petite fin de remboursement. Mais on ne voit pas de risque majeur. Et en tout cas, pour les finances publiques, tout ça est couvert par les commissions. Parce qu'il ne faut jamais oublier que, sur les PGE, l'État a encaissé des commissions versées par leurs entreprises pour rémunérer la garantie de l'État sur ces prêts garantis par l'ÉPRO. Donc, ça, ce n'est pas du tout un facteur de risque.
Pas de facteur de risque de défaillance d'entreprises supplémentaires, des entreprises qui ne pourraient pas rembourser leurs PGE.
En revanche, il y a des entreprises dont le cycle de vie se termine un peu. Elles ont été soutenues un peu artificiellement par le Covid. Il est normal qu'on retrouve un cycle plus normal de renouvellement du tissu entrepreneurial. En revanche, ce qui est très important, ce que nous disent aussi nos clients, plutôt les grands, puisque c'est ceux que nous avons vus ces trois derniers jours à Paris, puisqu'on a organisé notre conférence dirigeant d'entreprises de toutes les grandes entreprises mondiales, c'est qu'on commence à voir, certains nous le disent en tout cas, des signaux avant-coureurs de reprise de la croissance en Europe.
Donc ça, c'est un signal très positif, tiré par beaucoup la conviction et en tout cas la crédibilité des politiques budgétaires annoncées par le nouveau chancelier allemand. Il y a quand même un bazooka en termes de relance budgétaire très important. Et tous les clients allemands que nous avons vus, et la France est très dépendante, tous nous disent vraiment c'est crédible et on devrait voir dès l'été les premiers signaux positifs de cette relance budgétaire allemande.
Et donc, en termes d'investissement d'entreprises notamment, c'est-à-dire que le contexte international géopolitique avec notamment le risque de hausse des droits de douane pour les Etats-Unis, vous avez l'impression que ça ne va pas suffire à freiner les investissements des entreprises françaises et européennes.
Ce que l'on voit aujourd'hui, là nous sommes au mois de juin 2025, on voit, et ça c'est un marqueur très important de la reprise à venir, on voit une reprise des volumes sur le transport maritime. C'est presque contre-intuitif. Il y a eu un effet d'à-coup très bas, de baisse de ces volumes au mois d'avril, mais on voit en mai et début juin une reprise de ces volumes. Ça c'est tous les grands transporteurs mondiaux qui ont vraiment un bon indicateur avancé de reprise de l'économie. Et on voit encore ces éléments de confiance dans la relance budgétaire allemande qui donne confiance à beaucoup d'entreprises. Vous voyez des secteurs comme les granulats.
Les granulats, c'est fondamental pour le BTP, pour la construction. Et donc ça c'est l'Europe qui va en profiter. Exactement. Et plutôt l'Europe d'ailleurs que les Etats-Unis. Parce que la situation, on a vu d'ailleurs les derniers chiffres aux Etats-Unis, ils sont quand même beaucoup moins bons. Donc c'est d'abord l'économie américaine qui va un peu souffrir, parce qu'il y a quand même des tensions inflationnistes. Il y a des hausses de prix. Il y a beaucoup d'entreprises européennes qui sont aux Etats-Unis, qui importent leurs biens aux Etats-Unis, mais qui vont augmenter les prix. Donc on sait qu'il y a un sous-jacent inflationniste aux Etats-Unis fort, que les taux ne vont pas baisser.
D'ailleurs Jérôme Powell, le président de la Fed, résiste aux pressions politiques. Il est indépendant. Il a raison de résister. Et donc l'économie américaine va être dans une situation un petit peu plus difficile.
Et donc ça veut dire que l'économie européenne devrait en profiter, en bénéficier.
Exactement. Et avec en plus quelque chose qui est un peu nouveau. Alors il faut que le temps que ça se matérialise. Mais vous avez peut-être vu, a été annoncé hier, hier jeudi, le lancement du label européen sur des produits d'épargne, pour labelliser des produits qui investissent, des produits d'épargne pour les Européens, qui investissent à 70% dans les actions ou les obligations d'entreprises européennes. Et nous ce que l'on voit chez BNP Paribas, c'est quand même des investissements, des allocations d'actifs qui allaient plus sur les Etats-Unis et qui ont tendance à revenir sur le continent européen.
Alors un dernier sujet sur lequel je voulais vous interroger Thierry Laborde, c'est le projet d'euro numérique, qui est cher, vous le savez, à la Banque Centrale Européenne. Il pourrait au sein de la zone euro permettre aux clients de se passer des réseaux de paiement américains qu'on utilise tous au quotidien, Visa, Mastercard, pour les transactions. Pourquoi est-ce que vous n'y êtes pas favorable ?
Alors nous sommes très nombreux. Vous, les banques françaises. Ce n'est pas que nous n'y sommes pas favorables, c'est que nous ne trouvons pas la raison, la raison d'être d'un tel projet. Puisque les cas d'usage, quand vous êtes en France, en Europe, vous arrivez à payer partout sans aucune difficulté. La faille de marché n'existe pas sur les paiements en Europe. C'est encore plus vrai en France, où les paiements sont d'ailleurs très souverains. Puisque le premier réseau de paiements en France, il est totalement français, il est propriétaire des banques françaises, mais aussi des grands commerçants français, et il s'appelle Carte Bancaire.
Et ce réseau, il a réinvesti dans la technologie, il a réinvesti dans l'innovation, et il assure quelque part la souveraineté des paiements en France.
Mais on utilise tous Mastercard et Visa pour nos transactions.
Non, non. En France, vous utilisez majoritairement des cartes, ce qu'on appelle co-marquées, avec les deux marques. Et quand vous payez avec une carte, Carte Bancaire, Visa, Carte Bancaire, Mastercard en France, c'est le réseau français qui est utilisé. Ce n'est pas le réseau américain. Ce que veulent faire les acteurs nord-américains, c'est faire que leurs cartes soient monomarques, seulement Visa, seulement Mastercard. Et en France, nous avons trouvé cet accord de cartes co-marquées, et qui permet de bien répartir les usages hors des frontières.
Quand le paiement n'est pas fait en paiement domestique, et quand il est fait en paiement domestique, c'est bien les infrastructures nationales qui sont utilisées.
Et donc, ce que vous dites à la BCE, c'est qu'on n'a pas besoin de cet euro numérique.
Un, on n'en a pas besoin. Un, on n'en a pas besoin. En tout cas, on ne comprend pas les raisons. Il faut mieux qu'on nous les explique, parce qu'on ne les comprend pas. Deux, le coût de ce projet, et je le dis, est faramineux, l'étude vient d'être publiée hier. Elle est estimée pour le seul coût d'implémentation de la solution dans le monde bancaire européen, entre 18 et 30 milliards d'euros. À payer par les banques. À payer par les banques.
Et donc, vous dites non à cet euro numérique en l'état. On dit qu'il n'y a pas d'usage,
qu'il n'y a pas de faille de marché. C'est un peu dommage d'utiliser une telle capacité d'investissement, alors que l'Europe a besoin de beaucoup d'autres investissements que les banques peuvent financer, plutôt que de les investir dans ce projet qui n'a pas de cas d'usage. Et puis, la deuxième raison, c'est qu'il y a un petit risque quand même sur la stabilité financière. Parce qu'à un euro numérique, avec de la monnaie banque centrale, les dépôts, ils ne sont plus dans la banque. Donc, c'est des dépôts que vous ne pouvez plus utiliser pour financer l'économie. Et c'est important de le souligner.
Merci beaucoup Thierry Laborde, directeur général délégué de BNP Paribas, invité éco de France Info ce soir.