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Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 27 octobre 2023 14 minComplaisantDivertissementImmigration & asileInstitutions & électionsEurope & international

L'utopie sioniste - Israël / Palestine, anatomie d'un conflit (Ep. 1/6)

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Défensif 5 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:14OuverteRéponse directe

    Qui est Théodore Herzl ?

  • 0:47FerméeRéponse directe

    Il est juif lui-même ?

  • 1:10OuverteRéponse directe

    C'est quoi le sionisme ? C'est quoi un sioniste ?

  • 2:16RelanceRéponse directe

    Théodore Herzl n'est pas un religieux ?

  • 2:23OuverteRéponse directe

    Pourtant le mot sionisme renvoie à une dimension biblique ?

  • 3:23FerméeRéponse directe

    Pourquoi 1897 est une année importante ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:00InvitéFait
    « A Bâle, j'ai créé l'État juif. Si je disais cela aujourd'hui publiquement, tout le monde se moquerait de moi. »
  • 0:09InvitéFait
    « Théodore Herzl, août 1897. »
  • 0:15PrésentateurFait
    « Herzl, c'est un jeune originaire d'Europe centrale, qui a des liens très forts avec la France d'ailleurs, qui est passé par Paris »
  • 0:32PrésentateurFait
    « Ça peut arriver n'importe où en pire. Il assiste aussi aux pogroms en Europe centrale, en Russie. »
  • 0:48PrésentateurFait
    « Il est juif, Théodore Herzl est juif, bien sûr. »
  • 2:16InvitéFait
    « T'as dit le mot sioniste, projet sioniste, il faut expliquer. »
  • 2:29PrésentateurFait
    « Il y a d'abord du proto-sionisme, c'est-à-dire qu'il y a des protestants chrétiens, évangéliques, très proches des milieux juifs européens »
  • 3:33InvitéFait
    « Pourquoi c'est une année importante 1897 ? »
  • 3:37PrésentateurFait
    « Août 1897, c'est le premier congrès sioniste qui est organisé à Bâle. »
  • 4:59PrésentateurFait
    « Depuis 1516, c'était une province de l'Empire ottoman, dans laquelle il y a des villes qui sont particulièrement importantes pour le judaïsme »
  • 8:02InvitéFait
    « Est-ce qu'à l'époque, déjà, il y a des conflits entre les Juifs qui arrivent et les Arabes qui sont déjà là ? »
  • 8:55PrésentateurFait
    « Tu as dit la Palestine. On dit déjà la Palestine à l'époque. »
  • 10:01PrésentateurFait
    « Mais ce qui est vrai, c'est qu'au sein des élites urbaines arabes palestiniennes, commence à se développer ce qu'on pourrait appeler une conscience nationale. »
  • 10:24PrésentateurFait
    « Il écrit à Herzl en lui disant « J'ai pris connaissance de votre projet ». »
  • 12:13InvitéFait
    « Est-ce qu'à la fin du XIXe, début XXe, jusqu'aux années 1910, on a déjà des frictions, des tensions, voire des conflits en gestation ? »

Temps de parole

  • Présentateur84 %
  • Invité16 %

1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

A Bâle, j'ai créé l'État juif. Si je disais cela aujourd'hui publiquement, tout le monde se moquerait de moi. Dans cinq ans peut-être, dans cinquante ans sûrement, tout le monde acquiescera. Théodore Herzl, août 1897. Bonjour Vincent Lemire. Bonjour. Qui est Théodore Herzl ?

0:15
Présentateur

Herzl, c'est un jeune originaire d'Europe centrale, qui a des liens très forts avec la France d'ailleurs, qui est passé par Paris, et qui est très frappé par l'affaire Dreyfus, très choqué par l'affaire Dreyfus, et se dit que si c'est arrivé en France, donc au milieu des années 1890, ça peut arriver n'importe où, parce que la France c'est le pays de l'assimilation, c'est la République, etc. Ça peut arriver n'importe où en pire. Il assiste aussi aux pogroms en Europe centrale, en Russie. Et donc il a ce projet. Les juifs doivent avoir leur État. Il est juif lui-même ? Il est juif, Théodore Herzl est juif, bien sûr.

C'est un juif pas religieux, il faut dire tout de suite que le projet sioniste, c'est pas un projet qui va naître dans les communautés les plus religieuses, les plus observantes d'Europe centrale, plutôt dans les communautés urbaines, laïcisées, extrêmement cultivées, parfois à tendance socialiste ou socialisante.

1:10
Invité

Alors je t'arrête. Un mot. T'as dit le mot sioniste, projet sioniste, il faut expliquer. C'est quoi le sioniste ? C'est quoi le sionisme ? C'est quoi un sioniste ? C'est quoi le sionisme ? Cette doctrine, c'est une doctrine, c'est une idéologie, comment on pourrait la qualifier ?

1:21
Présentateur

C'est une doctrine, c'est une idéologie, c'est une galaxie aussi. Parce qu'il y a plein de sionismes. Et donc il y a plein de sionistes qui finalement ont convergé dans un projet national, et puis qui finissent peut-être même par diverger aujourd'hui. Donc il y a plein de sionismes. On peut d'abord, enfin on peut le définir de plein de façons, on peut revenir au mot lui-même. Sion en fait, c'est un peu un synonyme de Jérusalem. Parce qu'une des collines de Jérusalem s'appelle la colline de Sion, encore aujourd'hui. Donc c'est un terme assez banal. C'est une commune de Jérusalem.

Donc le retour à Sion, en fait, c'est le retour à Jérusalem, à la ville sainte, avec la terre sainte évidemment tout autour. Donc c'est un projet de restauration nationale. C'est le mot restauration qui compte évidemment, parce qu'en fait, c'est un projet de création d'un État-nation, donc d'un État pour la nation juive. C'est ça, un État-nation, au moment de la fin des empires. Mais à Sion, donc à Jérusalem et tout autour.

2:16
Invité

Tu avais dit Théodore Hatzel n'est pas un religieux. Et moi j'avais lu qu'il y avait des projets d'installation des juifs en Ouganda, en Argentine. Pourtant le mot sionnisme, il nous renvoie quand même à une dimension biblique.

2:26
Présentateur

Alors voilà, il y a d'abord du proto-sionisme, c'est-à-dire qu'il y a des protestants chrétiens, évangéliques, très proches des milieux juifs européens, notamment en Grande-Bretagne, aux États-Unis, qui ont déjà depuis le XVIIe siècle en fait, ce projet de restauration juive. On le sait parce que par exemple, quand Bonaparte est en Palestine, au tout début du XIXe siècle, il y a des fausses nouvelles comme quoi il va restaurer un royaume juif en Palestine. On est au tout début du XIXe siècle. Donc c'est pour dire que c'est une idée qui vient de loin. C'est une idée qui a beaucoup de soutien dans les milieux évangéliques protestants.

Donc tu as raison, au départ, c'est une idée en fait qui est portée par un espèce de messianisme religieux. Ça c'est le proto-sionisme, on va dire, du XVIIe au XIXe siècle. Herzl en fait, rabat cette idée à quelque chose de beaucoup plus pragmatique, beaucoup plus réaliste, beaucoup plus en fait relié au fait qu'il y a des pogroms. Et donc il faut mettre en sécurité les juifs de diaspora qui sont menacés par l'antisémitisme.

3:23
Invité

La phrase de Théodore Herzl que j'ai lue au début de cet épisode, elle date de 1897. Pourquoi c'est une année importante 1897 ?

3:33
Présentateur

Aout 1897, c'est le premier congrès sioniste qui est organisé à Bâle. Puis ensuite, il y en aura un pratiquement tous les ans. Et encore aujourd'hui, l'organisation sioniste mondiale est créée en 1897. C'est-à-dire que le projet sioniste, qui était un projet intellectuel, devient une institution. Donc avec des financements, avec des bureaux, avec des représentations, avec des tendances, avec des débats qui sont régulés, avec des publications. Enfin voilà, le projet sioniste se structure, s'institutionnalise à Bâle en 1897. Et il y a effectivement ce discours fondateur de Théodore Herzl qui est prophétique, au sens strict.

C'est-à-dire, il dessine un avenir en disant « Aujourd'hui, ça paraît un petit peu fou, mais peut-être que dans quelques années... » Alors, il ne verra pas. C'est un peu comme, si on reprend une image biblique, c'est un peu comme Moïse qui ne verra pas la Terre Sainte. Herzl, en fait, va mourir au début du XXe siècle. Il ne verra pas même le début de la création du projet qu'il a lui-même porté.

4:32
Invité

Alors, tu dis que le sionisme, c'est effectivement un mouvement pour s'installer à Jérusalem, s'installer dans cette Terre biblique. Mais j'ai lu quand même que, dès les années 1880, on commençait à avoir déjà, avant donc 1897, des Juifs qui s'installent là-bas en fuyant, en effet, les pogromes d'Europe de l'Est. Dans quel contexte est-ce qu'ils se retrouvent là-bas ? Et surtout, où est-ce qu'ils arrivent ? Parce que là, on a besoin de faire un peu de géographie et d'histoire. C'est quoi, à l'époque, la région ?

4:59
Présentateur

Depuis 1516, c'était une province de l'Empire ottoman, dans laquelle il y a des villes qui sont particulièrement importantes pour le judaïsme, notamment Jérusalem, notamment Tzfat, notamment Tibériade, notamment Hébron. Donc ça, c'est des villes qui sont des villes bibliques, on va dire, dans lesquelles ces communautés juives, en fait, n'ont jamais disparu. À l'époque ottomane, il y a toujours eu des petites communautés juives. Et puis, au cours du XIXe siècle, effectivement, fuyant les pogroms, en particulier de Russie, d'Europe centrale, des communautés juives, alors, pour le coup, assez religieuses, et qui n'ont pas un projet de restauration nationale en tête.

Mais on va faire retour vers la Terre sainte. Et, encore une fois, le projet sioniste, en fait, c'est la convergence de tout ça. C'est la convergence de toutes ces initiatives un peu désordonnées, qui ne partent pas forcément dans la même direction au départ, qui n'ont pas forcément le même agenda, encore moins le même horizon idéologique ou religieux. Et ce qui est assez intéressant, c'est de voir que tout cette espèce de désordre idéologique va converger dans un projet national. Ce qui est assez intéressant, quand on le regarde aujourd'hui, en 2023, c'est de voir que, d'une certaine manière, ce désordre ou cette grande diversité du projet sioniste ressurgit aujourd'hui.

6:13
Invité

Il y a un mot que j'aimerais que tu expliques, c'est le mot de yichouv. C'est la réalité de l'époque. Mais ça veut dire quoi, yichouv ?

6:19
Présentateur

Alors, les yichouv, le yichouv, ou les yichouv, ce sont les communautés juives qui existent en Palestine avant le projet sioniste. On appelle ça...

6:29
Invité

C'est ça, donc les...

6:29
Présentateur

On dit le vieux yichouv. Après, on peut distinguer. Le vieux yichouv, c'est vraiment ceux qui sont là depuis longtemps. Par exemple, la communauté juive de Tzfat, au nord du lac de Tibériade, près du Golan actuel, près de la frontière avec le Liban et avec la Syrie. Il reste aujourd'hui des traces de ces communautés ? Bien sûr, bien sûr. La communauté juive de Tzfat, c'est une communauté hyper ancienne dont on a des traces à l'époque byzantine, au Moyen-Âge, à l'époque ottomane. Sauf que, voilà, au XIXe siècle, elle est devenue un petit peu plus importante. À Hébron aussi. Pourquoi Hébron ? Alors, Hébron, on est au sud de la Cisjordanie, au sud de Jérusalem, au sud de Bethléem aussi.

C'est une ville très, très importante pour les Juifs, pour l'islam aussi, parce que c'est la ville, en fait, où seraient enterrés les patriarches. Abraham, Sarah, etc. Voilà. Donc, voilà, il y a des petites communautés, ce qu'on appelle le Vieux Yichouv, et puis il y a le Nouveau Yichouv. Donc, c'est ces communautés qui sont proto-sionistes, proto-sionistes au sens où elles s'installent en dehors des institutions sionistes. En fait, elles précèdent, d'une certaine manière, le projet lui-même. Mais ça, c'est très, très... ça a à voir avec toute l'histoire qu'on va raconter.

C'est-à-dire qu'on est en permanence dans une tension entre des choses qui se font sur le terrain, une espèce de pragmatisme, d'opportunisme, et puis d'institutionnalisation ou d'encadrement, ou de reconnaissance par le droit international. Et il y a toujours cette tension-là dans l'histoire, on va dire, israélo-palestinienne.

7:54
Invité

Donc, il y a quelques dizaines de milliers de Juifs, même dès la fin du 19e. Ça va monter effectivement en puissance. J'aimerais qu'on aille de l'autre côté de l'histoire. On parle d'un nationalisme juif. Existe-t-il un nationalisme palestinien ou nationalisme arabe à la fin du 19e, début du 20e siècle ?

8:11
Présentateur

Alors oui, de même qu'il existe... En fait, il existe un nationalisme arabe, on va dire, anti-ottoman, c'est-à-dire anti-impérialiste. Il faut bien avoir en tête que l'horizon de l'époque, c'est l'Empire ottoman. Et donc, des nationalismes se développent dans le cadre de l'Empire ottoman, comme dans le cadre de l'Empire austro-hongrois. Parce qu'on rappelle quand même que l'Empire ottoman, c'est la Turquie. Donc, ce n'est pas des Arabes. Ce n'est pas des Arabes, c'est des Turcs. La capitale, c'est Istanbul. Alors, c'est des musulmans sunnites. Donc, de ce point de vue-là, il n'y a pas de conflit sur ce plan-là.

Mais on va dire, il y a des projets nationaux, nationalistes en Égypte, au Liban, Liban-Syrie. Mais il y a aussi le projet de la Grande Syrie qui intégrerait éventuellement la Palestine. Mais il y a aussi effectivement une... Je t'arrête. Tu as dit la Palestine. On dit déjà la Palestine à l'époque. Alors oui, on dit la Palestine parce que c'est une province de l'Empire ottoman. Ah, c'est une province, d'accord. C'est une province. Donc, voilà, elle existe au sens... Mais elle n'est pas... Elle n'est absolument pas connotée idéologiquement ou historiquement. C'est le lieu... C'est une administration. Voilà, ça s'appelle la Palestine.

Et il y a effectivement, à la fin du 19e siècle, au sein des élites urbaines palestiniennes, c'est-à-dire arabes, chrétiennes et musulmanes, et parfois juives. C'est ça qui est assez curieux. Par exemple, Albert Antebi, qui est un juif arabe, syrien, francophone, directeur de l'Alliance israélite universelle à Jérusalem. Donc, très juif. Lui, il est anti-sioniste et lui, il est très, très loyal à son identité à la fois ottomane et arabe. Donc, voilà, c'est un espèce de... c'est un paysage qui est assez difficile à saisir. Mais ce qui est vrai, c'est qu'au sein des élites urbaines arabes palestiniennes, commence à se développer ce qu'on pourrait appeler une conscience nationale.

Et on le voit très bien à travers, par exemple, un personnage comme Youssouf ou Joseph Khalidi, qui est le maire de Jérusalem. Donc, c'est un personnage éminent. Pour la petite histoire, c'est d'ailleurs un arrière-grand-oncle du grand historien Rachid Khalidi, du grand historien palestino-américain Rachid Khalidi. Il écrit en français à Theodor Herzl, depuis Istanbul. Il est à Istanbul parce qu'il est député, il est maire et député de Jérusalem. Il écrit à Herzl en lui disant « J'ai pris connaissance de votre projet ». Donc, voilà, le projet sioniste, en fait, il lit la presse. « Je suis maire de Jérusalem.

Je sais que dans cette ville et d'ailleurs dans toute la région vivent des communautés qui coexistent très bien. Ce projet n'a aucune chance d'aboutir. En tout cas, s'il aboutit, ça va mener à un bain de sang. Il termine sa lettre en français en disant « Laissez la Palestine tranquille ». Et Herzl lui répond, toujours en français, depuis Vienne, en disant « Non, non, mais en fait, il s'agit juste d'un foyer national, il s'agit de quelques communautés, il s'agit de mettre à l'abri ». Enfin, en gros, il essaye d'euphémiser un petit peu le projet et en lui disant « De toute façon, les lieux saints seront préservés, la coexistence sera préservée ».

Donc, voilà, un notable palestinien, Joseph Khalidi, s'inquiète du projet sioniste.

11:14
Invité

Et on voit aussi qu'à l'époque, la question religieuse, elle est secondaire par rapport à la situation actuelle. Elle est totalement secondaire.

11:22
Présentateur

Ça, effectivement, pour les gens qui nous écoutent, ça peut être un train de… Ça, c'est fascinant. Voilà, sur 130 ans, on va dire qu'au début, c'est vraiment une question nationale. On est dans un contexte impérial et il faut créer des États-nations. Alors, un État-nation pour les Arabes de Palestine, un État-nation pour les Juifs.

11:36
Invité

Oui, sur un modèle qui est assez européen, en fait, c'est le modèle de l'époque aussi.

11:39
Présentateur

Complètement. Il faut qu'on comprenne qu'à la fin du XIXe siècle, on est dans la crise de cet horizon impérial. C'est quoi un empire ? Un empire, c'est un État, c'est une entité étatique qui fonde sa légitimité sur le fait qu'il règne sur plusieurs peuples, plusieurs langues et plusieurs religions. Sinon, ce n'est pas un empire, c'est un royaume. Cet horizon, en gros, est en crise. L'Empire austro-hongrois, l'Empire ottoman. Et sur les cendres de l'Empire austro-hongrois se créent des projets d'État-nation. C'est-à-dire que chaque nation doit avoir son État. C'est vrai en Europe centrale, c'est vrai au Proche-Orient.

12:13
Invité

J'ai quand même une question qui doit fâcher, mais qu'on doit poser. Est-ce qu'à l'époque, déjà, il y a des conflits entre les Juifs qui arrivent et les Arabes qui sont déjà là ? Est-ce qu'à la fin du XIXe, début XXe, jusqu'aux années 1910, on a déjà des frictions, des tensions, voire des conflits en gestation ?

12:30
Présentateur

Eh bien non. On a des conflits, mais par exemple, en 1908, il y a la Révolution Jeune Turque. Et il y a une délégation de Juifs qui se disent « Tiens, c'est la Révolution, on est tous citoyens ottoman, on va monter sur l'esplanade des mosquées ». Ça nous rappelle ce qui se passe aujourd'hui, parce que normalement, c'est un lieu saint musulman et ça nous est interdit. Ils sont accueillis à bras ouverts par les imams qui leur payent des rafraîchissements, des gâteaux, etc. Ils passent une merveilleuse journée et ils repartent. Et ils sont tellement contents qu'ils se disent « Demain, on va aller au Saint-Sépulcre ». Parce que c'est aussi un lieu saint qui nous est interdit.

Et là, ils se font littéralement casser la figure par les moines chrétiens qui sont là, par les Arméniens, par les Latins, par les Grecs orthodoxes. Je dis ça pour dire que, par exemple, en 1908, on a un événement qui nous prouve qu'à ce moment-là, l'antisémitisme chrétien, qu'on appelle aussi l'antijudaïsme, est beaucoup plus prégnant que ce qu'il faut bien qualifier aujourd'hui d'antisémitisme musulman qui est aujourd'hui articulé sur la lutte contre le projet sioniste. Donc non, avant la Première Guerre mondiale, il n'y a pas encore d'affrontement. Il y a des inquiétudes, on l'a dit, Khalidi qui écrit à Herzl.

On va dire qu'il y a ces projets nationaux qui sont en gestation, mais il n'y a pas encore d'affrontement. Le tout premier, si on veut être très précis pour les gens qui nous écoutent, un petit peu avant la Première Guerre mondiale, il y a des heurts, il y a des bagarres dans le port de Jaffa au moment où des migrants juifs débarquent. Voilà, une bagarre dans le port de Jaffa. Voilà ce dont on peut parler avant la Première Guerre mondiale.

14:01
Invité

Mais la Première Guerre mondiale va tout changer dans la région. L'Empire ottoman s'effondre et ouvre la voie au double jeu des Britanniques. Ce sera l'objet du prochain épisode.