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interviewLe Média (sur YouTube)· 19 avril 2022 7 min

QUAND MACRON CACHE SON VÉRITABLE PROJET

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

En tout cas, voilà le programme budgétaire post 2022 de l'austérité, mais comme on n'en a jamais connu, et jamais réussi, vous avez raison de le dire tous les trois, en France depuis les années 60. En tapant sur les fonctionnaires, sur l'investissement public et sur les dépenses sociales, C'est une vidéo qui fait le buzz en ce moment sur les réseaux sociaux. On y voit l'économiste Christian Chavagneux qui met en garde sur le plateau de BFMTV sur la guerre sociale que nous préparerait Macron en vue d'une réélection.

Une analyse qui nous rappelle celle de notre économiste maison, Thomas Porcher. L'économiste Chavagneux se fonde sur un document : le programme de stabilité budgétaire rédigé par la France par le gouvernement français à destination de la Commission européenne. On regarde un extrait.

Et là, vous voyez que dans ce programme de stabilité budgétaire pour l'éventuel prochain quinquennat d'Emmanuel Macron, vous avez une baisse des dépenses publiques de plus de trois points de PIB. J'ai regardé les statistiques de l'Insee. Ça fait 75 milliards d'euros.

Jamais depuis 1960, jamais en France, on a réussi à baisser de plus de trois points de PIB. Jamais on a respecté non plus un programme transmis à Bruxelles. Moi, si je vois ça, j'y crois.

D'accord, mais ça me donne...

On l'écrit comme d'hab. Vous pensez ce que vous voulez, mais ça donne une orientation politique. Quelle est l'orientation politique de l'éventuel prochain ministre des Finances ?

C'est une réduction drastique de plus de trois points de PIB des dépenses publiques. Comment ils font ça ? 85 % de cette baisse, elle s'explique comment ?

Vous avez un petit bout qui concerne l'investissement public, qui, en pourcentage du PIB, va baisser alors quand le gouvernement nous dit "on va faire sur la transition écologique, sur la transition numérique" dejà qu'elles sont incompatibles entre elles...

Passons. Mais comme on va mettre beaucoup d'argent, en pourcentage du PIB. l'investissement public va croître moins vite que le PIB sur les cinq ans qui viennent.

Le deuxième, c'est la réduction du nombre de fonctionnaires. Et là, le troisième, c'est le plus gros. Le plus gros, c'est la baisse des dépenses sociales, donc la réforme des retraites et peut-être d'éventuelles réformes de l'assurance chômage pour pas donner de l'argent à tous ces feignants de chômeurs.

Peut-être que ça aussi c'est en filigrane. En tout cas, voilà le programme budgétaire post 2022 de l'austérité, mais comme on n'en a jamais connu, et jamais réussi. vous avez raison de le dire tous les trois, en France depuis les années 60.

En tapant sur les fonctionnaires, sur l'investissement public et sur les dépenses sociales, voilà ce qui m’inquiète. Pour être précis, Christian Chavagneux parle dans cette vidéo du programme de stabilité budgétaire de l'année dernière. Celui de cette année, qui devait être transmis à Bruxelles par tous les Etats membres de l'Union européenne ce 15 avril au plus tard, ne l'a pas été.

Le prétexte du gouvernement français est tout trouvé : les élections, voyons. Tout dépendra, n'est-ce pas, du candidat qui sortira des urnes ? L'excuse trouvée est très pratique.

Cela faisait des jours que les experts de Bercy planchaient sur les conséquences socio-économiques de la guerre en Ukraine en particulier, et de manière générale, sur la politique économique du gouvernement. Jusqu'où iront les destructions de postes de fonctionnaires, notamment dans l'éducation et la santé ? Macron persistera t-il en dépit de la conjoncture internationale, dans sa politique folle de baisse drastique des dépenses publiques ?

On n'en saura rien. On n'en saura rien de précis, car un programme de stabilité budgétaire est bien plus précis qu'un catalogue de promesses électorales vague sur papier glacé. Les Françaises et les Français déballeront alors le paquet cadeau après le second tour.

Ils auront voté une fois de plus contre. Et quoi qu'il arrive, leur vote sera utilisé contre eux. Plus qu'en 2017, les électeurs et électrices des classes populaires peuvent légitimement avoir l'impression que, dans toutes les configurations possibles, ils et elles sont des dindes qu'on va s'empresser de dévorer pour Noël.

C'est une violence, une violence antidémocratique qui survient paradoxalement à l'occasion d'une élection. Et cette réalité tragique est peu évoquée dans l'espace public, qui bruit des appels au barrage et des injonctions civiques, certes justifiées. Dans son édition du 14 avril dernier, le New York Times nous apprenait que les dirigeants européens préparent une interdiction progressive des importations de produits pétroliers russes, mais que l'élargissement de l'embargo ne sera mise en négociations qu'après le 24 avril.

Pour éviter, et je cite le New York Times, que l'impact de cette mesure sur les prix à la pompe n'alimente la candidate populiste Marine Le Pen et n'affecte les chances de réélection d'Emmanuel Macron. Comment ne pas dire son sentiment de malaise face à de telles manœuvres dont le but est clairement de cacher aux Français ce qu'on entend faire de la légitimité qu'ils redonneront à Emmanuel Macron. Pourquoi ne pas évoquer clairement les choix que feront demain l'un et l'autre des prétendants face à la stratégie de sanctions de l'Union européenne et plus largement de l'OTAN ?

Emmanuel Macron réélu, sera-t-il au service du peuple français souverain ou d'une coalition militaire internationale qui modifie son agenda pour influencer le vote et les résultats du vote en France ? Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Le Point, le président sortant en remettait une couche sur l'anonymat sur Internet auquel il serait opposé, estimant que dans une société démocratique, il devrait ne pas y avoir d'anonymat. Et osant une comparaison douteuse, en disant qu'on ne peut pas se promener encagoulé dans la rue.

Le problème est que l'anonymat sur Internet et les réseaux sociaux ça n'existe pas. Il est aisé de retrouver dans la vraie vie la plupart des internautes. Ce que cible en réalité Emmanuel Macron, c'est le pseudonymat : le fait de pouvoir s'exprimer sur Facebook et Twitter, par exemple, sans décliner au monde entier sa véritable identité.

Le président sortant et candidat, qui avait déjà évoqué cette question en 2019 avant d'y renoncer, veut-il en finir avec la liberté d'expression en ligne ? Ce n'est en tout cas pas consigné dans son programme. Ce qui ne signifie pas que le projet n'existe pas pour autant.

Or, une telle éventualité nous oblige à admettre qu'à côté de la menace d'un proche d'extrême droite à la Viktor Orban qu'est celui de Marine Le Pen. Il existe aussi un nouveau danger. Un danger qui a lui aussi un fort potentiel totalitaire.

Une société de surveillance technologique, de transparence imposée et de contrôle total. Un type de projet de société qui a prospéré sous le Covid et après le Covid, à la fois dans les grandes démocraties occidentales et dans un pays comme la Chine. Et si, au lieu de faire reposer la charge morale d'une très hypothétique victoire de Marine Le Pen sur les électeurs et les responsables politiques et les activistes qui ne sont pas très enthousiastes à l'idée d'un énième barrage face à l'extrême droite, on faisait le choix d'interroger clairement Emmanuel Macron sur ce qu'il compte faire pour renouveler la promesse démocratique française C'est d'abord et avant tout lui qui est responsable politiquement de l'incroyable montée de l'extrême-droite depuis 2017.