"Homme augmenté" : "Ça n’est plus de la science-fiction", détaille le psychiatre Raphaël Gaillard
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 1:04OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que cet homme augmenté ? Peut-on en faire le portrait robot ?
- 2:35OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a changé depuis l'homme qui valait 3 milliards ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Donnez-nous des exemples concrets d'implants cérébraux chez l'homme.
- 6:40OuverteRéponse directe
Racontez-nous l'expérience sur la mémoire menée à Harvard avec deux groupes d'étudiants.
- 8:29OuverteRéponse directe
Quelle leçon avez-vous tirée de votre consommation de psychédéliques ?
- 11:45OuverteRéponse directe
Que pensez-vous de l'augmentation du cerveau par la technique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:01InvitéFait
« On soigne tous les jours des patients qui ont une maladie de Parkinson, avec des électrodes intracérébrales. »
Temps de parole
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Grand entretien ce matin avec Marion Lourd, nous recevons un grand psychiatre, il est directeur du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l'hôpital Saint-Anne à Paris et de l'université Paris-Cité. Il est l'auteur d'un formidable livre qui vient de paraître et pour ouvrir la discussion sur ce qu'il appelle l'homme augmenté, chers auditeurs, appelez-nous au 0145 24 7000, le standard est ouvert ou écrivez-nous sur l'application France Inter.
Bonjour Raphaël Gaillard et bienvenue, c'est d'ailleurs cette question de l'écriture qui revient dans votre livre et qui est intéressante, on va en parler dans un instant, c'est un essai l'homme augmenté qui vient d'être publié chez Grasset et c'est une réflexion sur ce que vous appelez l'hybridation du cerveau humain et de la machine, on va en reparler. On croise dans ce livre Don Quichotte, Flaubert et puis aussi la pop culture, Matrix, Breaking Bad, des personnages qui existent réellement même s'ils sont fantasques, Elon Musk, des recherches sur les psychotropes et les drogues que vous connaissez parfaitement bien.
Un mot d'ailleurs pour nous expliquer ce qu'est cet homme augmenté puisque c'est le titre du livre sans mauvais jeu de mots, est-ce qu'on peut en faire le portrait robot ?
Eh bien le portrait robot de l'homme augmenté, ce serait de considérer qu'il y aura bientôt quelque chose du robot dans l'homme, justement, parce que l'hybridation technologique que vous avez évoquée, c'est l'idée que nous puissions associer l'homme à la machine. Oui. Et que nous puissions donc augmenter l'homme en le mettant en interface avec la machine, le robot donc, l'ordinateur en fait. Et à quel niveau ? Pas seulement son squelette, ce qu'on appelle l'exosquelette, pas seulement sa force physique, mais son organe le plus fantastique, celui qui nous définit, celui qui fait que nous sommes cette espèce particulière, celle des sapiens, son cerveau.
Et donc l'homme augmenté, c'est avant tout celui dont on augmente le cerveau par les interfaces cerveau-machine.
Je disais, votre livre est parcouru par les références et notamment à la pop culture. Alors pour qu'on comprenne, l'homme augmenté, ça n'est pas une idée nouvelle, c'est une idée ancienne. On croise d'ailleurs la mythologie et Achille qui était le super-héros de l'époque et de la guerre de Troie. On croise aussi une série dont les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître l'existence, mais dont les plus âgés se souviennent parfaitement bien. C'est l'homme qui valait 3 milliards. Ça, c'était l'image d'un super-héros et qui justement a été augmenté par la mécanique, par la cybernétique.
Plusieurs décennies plus tard, c'est le toujours plus qui règne, mais c'est devenu être une meilleure version de soi-même. Qu'est-ce qui a changé ?
Ce qui a changé, par exemple, cette vieille série, l'homme qui valait 3 milliards, c'était l'augmentation pour Steve Austin, le colonel Steve Austin. Vous vous souvenez de ce générique incroyable ? C'était sa force musculaire, un bras, les jambes et puis sa vue. Et finalement, c'était assez périphérique. Aujourd'hui, l'enjeu, encore une fois, ce n'est pas le corps, c'est cet organe fantastique qu'est le cerveau. Et en fait, ce que l'on veut démultiplier, la puissance de l'homme, c'est celle du sapiens, c'est la puissance de son cerveau.
Et des personnages qui ne sont pas des personnages de cinéma, ou peut-être bientôt, un Elon Musk par exemple, l'ont bien compris, parce que ce à quoi il s'attaque, c'est le cerveau.
Elon Musk, par exemple, juillet 2016, vous racontait qu'à San Francisco, l'entreprise du père de Tesla a injecté une puce dans le cerveau d'une truie, Gertrude, pour lire son activité cérébrale. Ce n'est pas un humain, c'est une truie, c'est la naissance de l'hybridation. Et vous en parlez même avec une forme d'affection ou en tout cas d'admiration de Gertrude.
Pour la truie, bien sûr, pour Elon Musk, je ne sais pas. Mais le projet d'Elon Musk, il peut se résumer à ça, il nous dit, l'intelligence artificielle explose, elle est extrêmement puissante aujourd'hui, elle le sera encore plus demain, et notre seule chance à nous humains d'y faire face, c'est de nous hybrider avec l'intelligence artificielle. Nous serons dépassés très vite, ce que certains appellent la singularité, et donc notre seule chance, c'est nous hybrider.
Et donc, comme c'est un homme qui fait, c'est un homme pragmatique, il a l'habitude de transformer l'essai, il crée une entreprise qui s'appelle Neuralink, et le but c'est de mettre des implants dans le cerveau pour créer concrètement des interfaces entre le cerveau et l'ordinateur. Et il y arrive, donc il hybride des animaux, d'abord, donc...
Cette jeune truie resplendissante comme vous l'avez fait.
La resplendissante Gertrude, et puis des singes, et il fait beaucoup de choses, et il faut savoir qu'il a obtenu l'année dernière les accords de l'AFDA, donc les autorités de régulation américaines, pour mettre chez l'homme des implants. Mais sur l'homme, Raphaël Gaillard, donnez-nous des exemples, par exemple. Ça veut dire que mon cerveau pourra, ou peut déjà, d'ailleurs, contrôler un membre robot dont je serai amputé, qui serait remplacé par une prothèse, par exemple. Alors, c'est très important de dire que ça n'est pas de la science-fiction, c'est déjà une réalité clinique, thérapeutique.
Pour le médecin que je suis, par exemple, on soigne tous les jours des patients qui ont une maladie de Parkinson, avec des électrodes intracérébrales, qui viennent contrôler le tremblement très invalidant de la maladie de Parkinson. Donc, on met des électrodes, c'est une invention française, d'ailleurs, et ça vient restaurer un courant électrique dans certaines parties du cerveau, qui viennent supprimer le tremblement.
Ou bien un patient qui a perdu la motricité, par exemple un patient tétraplégique, qui donc ne peut pas bouger, qui ne peut pas même écrire, et bien une équipe de l'université de Stanford a montré assez récemment que grâce à des puces apposées sur son crâne, il est possible de capter l'imagination que ce patient se fait de l'écriture manuscrite, il s'imagine des lettres, et on capte cette activité, on la convertit réellement en lettres, et figurez-vous que cet homme, qui ne peut pas bouger les mains, s'avère écrire à une vitesse qui est quasiment la même que la vôtre, quand vous écrivez sur votre smartphone, il écrit à 18 mots par minute, quand vous écrivez en moyenne à 23 mots par minute.
Et d'ailleurs, vous restaurez l'image des électrodes et de la stimulation du cerveau par électrode, qui avait été mise à mal d'envol au-dessus d'un nid de coucou, c'est plutôt une forme de torture. Là, vous dites que ça peut augmenter même la mémoire, par exemple. Oui, mais surtout, ce qu'il faut entendre, c'est que ça n'est plus de la science-fiction, c'est une réalité clinique, c'est une réalité du soin. Et la réalité du soin, la particularité, c'est qu'en même temps qu'on soigne, qu'on répare, eh bien, on peut s'en servir aussi pour augmenter. Et d'ailleurs, quand on soigne, c'est jamais très facile de définir la limite entre la réparation et l'augmentation.
Si je restaure votre audition que vous n'aviez plus, est-ce que je ne vais pas la rendre meilleure que ce qu'elle était avant ou par rapport à la population générale ?
Non, non, continuez, parce qu'il y a une expérience que j'aimerais bien que vous nous racontiez, justement. Elle s'est produite à Harvard avec deux groupes d'étudiants. Est-ce que vous pouvez, justement, pour cette question de la mémoire et de l'augmentation de la mémoire et du fonctionnement de notre mémoire et de notre cerveau, nous dire cette expérience qui a été menée sur deux groupes d'étudiants à Harvard ?
Alors, c'est très important de dire avant cela une chose, c'est qu'on peut augmenter les performances du cerveau, mais on les augmente à chaque fois en regard des puces que l'on implante. Cela veut dire qu'on ne peut pas augmenter globalement le cerveau. Ce qui reste dans la science-fiction, encore, c'est cette idée qu'on pourrait augmenter globalement le cerveau, qu'on pourrait le mettre à jour instantanément, comme on met à jour un ordinateur. Et là, cela ferait trop de puces, en fait ? Il faut augmenter toutes les zones ? Exactement. En fait, votre cerveau, c'est 85 milliards de neurones et il n'y a pas un port USB qui permet d'accéder à l'ensemble.
Et donc, cela, c'est de la science-fiction. Dire que je peux mettre à jour l'ensemble du cerveau, dire que je peux mettre à jour mes compétences, dire que je peux transférer mon ordinateur, mon cerveau, pardon, dans un ordinateur, ça, c'est de la science-fiction. Par contre, dire que j'amplifie ou je modifie telle ou telle compétence, ça, c'est le cas. Alors ensuite, sur l'effet de la mémoire.
Justement, sur l'effet de la mémoire. Et avant d'en venir à ce test, puisque vous vous êtes lancé dans cette définition, il y a un passage et de nombreuses pages consacrées, et c'est assez sidérant sous la plume d'un psychiatre, aux drogues, aux drogues, c'est décupler ses performances, ou pensez les décupler en consommant des psychotropes. Vous avez des mots quasiment tendres pour Freud, qui parle de sa consommation effrénée de cocaïne. Vous parlez également de vous-même, le grand psychiatre que vous êtes, et qui dirige un pôle où vous recevez 12 000 patients par an, vous êtes dévoré par le temps, qui vous échappe, vous ingérez d'un psychédélique. Quelle leçon est-ce que vous en avez tiré ?
Alors, d'abord pour ce qui est de la cocaïne, il faut rappeler que c'est interdit, il faut rappeler que c'est dangereux, et l'usage que Freud en faisait n'était pas effréné, mais il est touchant dans son utilisation. Oui, vous employez le mot « touchant ». Oui, puisqu'il écrit à sa fiancée, en parlant des quelques grammes de cocaïne, pour se délier la langue, il raconte ses aventures parisiennes dans les salons parisiens, et l'effet de la cocaïne. Et c'est plutôt touchant de voir la façon dont il vit l'expérience de la cocaïne, qui est une substance dangereuse et interdite.
Quant aux psychédéliques, les psychédéliques, nos psychiatres, ils nous intéressent particulièrement, parce qu'ils s'avèrent avoir des effets antidépresseurs majeurs. Alors la dépression, vous savez que ça touche une personne sur cinq sur vie entière. Donc il y a une personne sur cinq qui fera un épisode dépressif caractérisé au cours de sa vie. C'est un enjeu majeur, parce qu'en plus, une personne sur trois parmi celles-là n'aura pas une réponse satisfaisante à nos traitements existants. Donc que les psychédéliques aient un effet antidépresseur, c'est majeur. Donc il faut qu'on puisse les utiliser. C'est encore des substances interdites.
On ne sait pas encore tout de leurs effets, donc c'est dans le cadre de protocoles très particuliers. Il se trouve que dans le cadre d'un de ces protocoles, à l'étranger, c'est-à-dire dans un pays où ces protocoles sont déjà en cours, on est en train de les mettre en place en France, j'ai pu en faire l'expérience et j'ai pu observer l'effet majeur, effectivement, que ce type de molécule a sur la perception du monde. Par exemple, pour accompagner des patients en fin de vie, c'est ce que vous dites ? C'était la découverte initiale, en fait, de l'effet des psychédéliques.
C'est que le rapport à la mort, qui est un rapport très difficile, c'est un rapport d'affrontement, c'est l'élément existentiel le plus marquant que celui de la confrontation à la mort. C'est vrai que ces molécules modifient complètement la perception de la mort et je pense que c'est très important, dans les débats actuels sur la fin de vie, de considérer ce que cet apprentissage, cet accompagnement peut apporter. Et vous dites, attention quand même sur ce genre de produit, ne pas essayer de s'améliorer, de s'augmenter tout seul. Vous citez un étudiant, notamment, qui parle de tous les produits qu'il ingère pour essayer d'améliorer ses performances.
Il y a dix lignes de produits qu'il appelle des no-tropiques. Oui, alors on dit no-tropes, ça veut dire que ça vise l'esprit. On pourrait dire psychotropes, c'est la même chose, c'est essentiellement des psychotropes. C'est bon, pas dire psychotropes. Alors il y a champignons, cannabis, amphétamine, protoxyde d'azote, kétamine, héroïne. Oui, alors il se trouve qu'aux Etats-Unis, c'est devenu assez terrible. Une étude a montré, par exemple, que 60% des étudiants en licence de l'Université de Maryland a utilisé des produits psychostimulants.
Oui, mais en France, 33% des étudiants en école de médecine ont aussi utilisé des psychostimulants, et notamment des corticoïdes.
Oui, alors c'est avec des moyens un peu plus classiques, dont les corticoïdes en France. Mais je crois que c'est une vieille histoire que celle des rapports aux psychostimulants en France, et encore plus aux Etats-Unis. Faites-vous accompagner.
Raphaël Gaillard, on va refiler au Standard d'Inter. Bonjour Chantal.
Oui, bonjour.
Merci de participer au grand entretien de France Inter.
Merci d'avoir pris ma question, parce qu'elle m'est très sensible, et je pense qu'elle ne l'est pas que pour moi. Je voulais savoir ce que pensait la personne psychiatre, qui est là...
Raphaël Gaillard.
Oui, Raphaël Gaillard, de ce terme d'augmenter dans son sens littéral, parce que la technique n'a pas de conscience. Cette hybridation de la technique avec le cerveau me semble triste. n'est-il pas plus judicieux, plus humain, de laisser l'homme dans son évolution et la conscience de son évolution, plutôt que de lui administrer quelque chose de technique qui n'a pas de conscience ?
Réponse Raphaël Gaillard, cet homme augmenté.
Merci pour cette question. Moi, je ne serais pas pessimiste, comme vous semblez l'être, parce que je pense qu'en fait, toute l'histoire de l'humanité est celle de l'augmentation. Aujourd'hui, c'est par la technologie, c'est par cette hybridation technologique qui est autour du cerveau, mais au fond, l'histoire de l'humanité est celle de l'augmentation. Toute invention, tout avènement technologique a été celui de l'augmentation. On y reviendra tout à l'heure, je pense.
De l'appauvrissement aussi. Je reviens à mon test, le test des étudiants à Harvard. Décrivez-nous ces deux groupes, on sépare deux groupes d'étudiants.
On a parlé d'augmentation, mais il faut voir aussi les effets secondaires de l'augmentation. Et effectivement, augmenter, ça peut avoir des effets secondaires. Sur les drogues, on l'a rappelé tout à l'heure, prendre des psychostimulants, au bout d'un moment, ça vide tous vos neurotransmetteurs et c'est des personnes, des patients qui s'effondrent, qui sont comme terre brûlée, carbonisée. Donc, il faut voir le coût que ça peut avoir sur la personne parce qu'on ne peut pas consommer 10 000 fois la même chose. L'énergie, elle n'est pas inépuisable. Mais votre question sur la mémoire. L'expérience est très simple, c'est une très belle expérience menée à Harvard, chez des étudiants.
On leur fait répondre à des questions, des questions type trivial poursuite, et répondre sur un fichier informatique, à toutes ces questions.
Une question très emblématique, est-ce que l'œil de l'autruche est plus gros que son cerveau ?
Voilà, question type trivial poursuite, pas facile. Est-ce que l'œil de l'autruche est plus grand ? Mais bon, ce sont les étudiants d'Harvard. Voilà, c'est les étudiants d'Harvard, peut-être savent-ils mieux répondre aux questions du trivial poursuite. Ils donnent leur réponse sur un fichier informatique et puis à la fin de la session, à la moitié des étudiants, on dit, votre fichier est supprimé. Puis après, on leur fait faire d'autres choses et puis après, on teste leur capacité mnésique. Qu'est-ce qu'ils peuvent récupérer en mémoire de toutes les questions et toutes les bonnes réponses au questionnaire ?
Eh bien, on s'aperçoit que ceux pour lesquels on a annoncé la suppression du fichier ont de bien meilleures performances de récupération des informations que ceux pour lesquels on n'a pas supprimé le fichier. Autrement dit, ceux qui savent qu'il existe un fichier, oublient. C'est-à-dire, le seul fait de savoir qu'il existe un fichier qui contient les réponses, c'est que, exactement, on externalise, on délègue, c'est à l'extérieur, et donc, je n'ai pas à le retenir. Et on peut appeler ça l'effet Google, c'était avant...
C'est ce qu'on appelle l'effet Google.
Ça veut dire que je sais que c'est entreposé quelque part, je n'ai pas besoin de le retenir. De même qu'avec mon smartphone, je sais que j'ai tous les téléphones portables de la Terre, eh bien, par conséquent, je n'ai plus à retenir un seul numéro de téléphone portable. D'ailleurs, qui sait encore retenir aujourd'hui un numéro de téléphone ?
C'est une très bonne question. En tout cas, les smartphones le font plutôt pas mal. Bonjour, Yvan. Oui, bonjour. Bienvenue. Et là, pour le coup, vous aviez une question pour le grand psychiatre qui est avec nous ce matin pour Raphaël Gaillard.
Oui, en fait, je me posais la question de savoir si ces aides au cerveau qui sont en train d'être testées pouvaient aider dans la réparation du cerveau de quelqu'un qui est atteint d'une maladie comme la maladie d'Alzheimer ou la sclerose en plaques ou ce genre de choses.
Merci pour votre question, Yvan. Raphaël Gaillard.
Merci pour cette question. Je redis en fait qu'il n'y a pas de frontière qui puisse être clairement définie entre réparation et augmentation. Moi, j'ai cité la maladie de Parkinson, mais il y a aujourd'hui des travaux en cours sur le même type d'électrones qui sont implantés dans les hippocampes cérébraux pour essayer d'améliorer la mémoire dans la maladie d'Alzheimer. Donc, la réponse est oui. Mais je vais reprendre sur la question de la mémoire dont on a parlé et au fond répondre à la première auditrice de tout à l'heure sur nos trajectoires d'augmentation.
Parce que, au fond, ce que je vous ai décrit, du fait que déléguer, externaliser, affaiblir notre mémoire, en fait, on l'a déjà connu dans notre histoire. Ça s'appelle le livre. Ça s'appelle le livre. Et, de fait, quand vous avez la possibilité de reposer sur un livre, déléguer un livre, c'est la même chose qui se passe. C'est exactement la même chose qui se passe. Je précise, vous déléguez vos connaissances à un livre et vous n'avez plus besoin de les avoir en tête. Et, plus encore, vous réappropriez ces connaissances, ça passe par la lecture. Et la lecture, c'est une drôle d'aventure, mais c'est une forme d'hybridation. Quand vous lisez, c'est une forme d'hybridation.
Ça vient en vous, vous incorporez les choses. Alors, qu'est-ce qui se passe quand vous lisez ? Vous l'avez vécu. C'est quelque chose de très étonnant. Le texte rentre en vie.
Parce que vous dites que ce n'est même pas la peine d'aller réfléchir à l'IA. Enfin, si, c'est la peine de réfléchir à l'intelligence artificielle et aux nouveaux outils conversationnels. Mais il y a déjà quelque chose qui se passe dans cette hybridation textuelle.
Je pense que l'hybridation par la lecture et l'écriture, ça a été la grande hybridation de l'humanité. Et c'était déjà la grande augmentation de l'humanité. Quand il y a 5000 ans et quelques, on invente l'écriture et à cette occasion, on sort de la préhistoire, on entre dans l'histoire. Eh bien, on s'hybride. Et là, on sort d'une ère qui était celle de la préhistoire et on rentre dans l'humanité que nous connaissons aujourd'hui. Et le mécanisme n'est pas si différent. Le livre, c'est déjà une forme de disque dur externe. Et cette similarité entre l'hybridation par la lecture et l'écriture et l'hybridation technologique, il faut s'en inspirer. Il faut penser que ça a un sens.
Parce que s'il y a quelque chose de commun entre les deux, nous devrions peut-être considérer que l'une prépare à l'autre. Il y a des risques, il y a des limites, Raphaël Gaillard aussi, à l'augmentation de l'homme, même si vous êtes relativement optimiste. Vous les évoquez, il y en a plusieurs. C'est le risque, par exemple, d'un humain à deux vitesses. Il va y avoir ceux qui peuvent se permettre, se payer une augmentation et puis ceux qui ne pourront pas, ça aura un coût. Puis c'est aussi éphémère.
Vous racontez l'histoire des patients qui ont été laissés sur le carreau par la faillite d'une start-up qui leur avait fait des implants dans le cerveau pour les libérer de la douleur liée à des fortes migraines. Et la start-up a fait faillite, ils se sont retrouvés avec des implants dont ils ne savaient plus quoi faire et que personne ne pouvait gérer. Donc il y a des risques et des limites. Bien sûr. Ça, c'est tous les enjeux économiques, c'est-à-dire ne pas avoir les mêmes moyens, donc pas accéder aux mêmes technologies. Et puis si une entreprise met à votre disposition un implant et finalement elle fait faillite, vous êtes dans la difficulté, ça existe déjà.
Mais plus fondamentalement, au-delà de ces aléas économiques, je pense que la grande question, puisque l'augmentation est là, c'est comment on s'y prépare ? Qu'est-ce qu'on fait en fait ? Et je pense que puisque nous avons connu une grande aventure qui est l'hybridation par l'écriture et la lecture, et que dans l'ensemble, cette aventure, elle est réussie. Elle a eu des effets secondaires. Emma Bovary n'a pas très bien fini à force de avoir lu. C'est le mot qu'on puisse dire. Donc il chote, ça a été juste. Il n'a pas trop non plus. Il a été juste. Et puis il y a eu quelques autres effets secondaires. Mais dans l'ensemble, ça a donné quand même notre culture, ce que nous avons traversé.
C'est une aventure réussie. Et vous dites qu'on risque une épidémie de troubles mentaux. Oui, je pense qu'on risque une épidémie de troubles mentaux parce que notre cerveau est tellement puissant que par moments, il ne se supporte plus. Et donc si on l'augmente encore, je pense qu'il y aura des bugs, il y aura quelque chose de cette nature. Mais je reviens à notre préparation. Il faut limiter la case, justement, en voyant le côté positif. Puisque nous avons connu cette hybridation réussie, et qu'elle a précédé à l'échelle collective, celle de l'humanité et l'hybridation technologique, il faut s'en inspirer à l'échelle individuelle.
Ça veut dire qu'à l'échelle individuelle, l'hybridation par la lecture et l'écriture précède l'hybridation technologique. Ça veut dire que quand on s'intéresse à un enfant, au développement d'un enfant, l'hybridation par la lecture et l'écriture précède l'hybridation technologique. Et dire ça, ça n'est pas dire la technologie c'est affreux, ça fabrique des crétins digitaux, c'est horrible.
Non, même si vous parlez des écrans.
Oui, mais je pense que c'est aberrant de condamner la technologie. Si vous dites ça à un enfant, en fait vous enterrez la culture dans des musées, c'est une aberration. Il faut aller vers la technologie, mais il faut s'y préparer. Et la meilleure façon de s'y préparer, c'est de faire ce qui a réussi à l'échelle de l'humanité, la grande hybridation, la grande augmentation de l'homme par l'écriture et la lecture.
Et d'où l'importance aussi de la psychiatrie. Vous en montrez l'importance, notamment à travers votre travail depuis des années. Maintenant, Raphaël Gaillard, vous avez soigné tous les types ou essayé de réparer tous les types de maux, de troubles psychiatriques. Vous avez, dans des cas les plus extrêmes, comme après les attentats du 13 novembre 2015, pu accompagner des patients rescapés qui étaient confrontés à une mémoire traumatique. Vous êtes à la tête d'un pôle hospitalo-universitaire qui est sans doute celui qui est le plus emblématique de notre pays. C'est Sainte-Anne. Tout le monde connaît Sainte-Anne. Pourquoi est-ce que la psychiatrie en France se porte si mal, Raphaël Gaillard ?
Pourquoi est-ce qu'elle est un vrai malade ? Certains parlent d'un immense abandon de ce qui est pourtant absolument indispensable.
Je pense qu'aujourd'hui, la santé mentale, c'est probablement le risque le plus déterminant de nos sociétés. D'ailleurs, l'OMS considère que la dépression sera bientôt la cause de handicap au travers du monde la plus importante. Je pense que c'est le risque systémique le plus important et il faut en prendre la mesure. Ça, c'est le premier point. Deuxième point, l'hôpital public est en difficulté et vous savez qu'on a une pénurie de soignants qui est terrible, par exemple dans mon pôle. 30% des postes infirmiers qui sont vacants. Incroyable. Ce qui est évidemment très difficile à vivre.
Mais c'est plus grave que dans d'autres disciplines parce que nous, ce que nous faisons, c'est avec les êtres humains. Et donc, ne pas avoir la personne qu'elle a pour soigner par sa présence, par ce qu'elle est en tant qu'être humain, évidemment, c'est terrible. Et donc, oui, la psychiatrie souffre davantage de l'abandon que toute autre discipline. Et en même temps, elle est porteuse de plein d'espoir parce que, j'espère le transcrire aussi ici, ce dont nous parlons là, la santé mentale, les enjeux de notre cerveau, c'est absolument fascinant et c'est les enjeux majeurs de notre société pour demain et aujourd'hui.
Et pour en prendre conscience, il faut lire l'homme augmenter l'essai que vous publiez chez Grasset. Merci infiniment Raphaël Gaillard d'avoir été l'invité du Grand Entretien. à suivre sur Inter, la revue de presse.
Merci.