Les méthodes de Trump sont-elles en train d’infuser dans la vie politique française ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Des propos chocs pour faire exister leurs idées. Dans la Creuse, les électeurs ont élu pour la première fois B.Lenoir, dont le début de mandat fait beaucoup réagir. - Sur le marché de Boussac, en ce matin ensoleillé, il ne passe pas inaperçu.
B.Lenoir, député UDR, parti d'E.Ciotti.
Il reçoit ses administrés dans sa permanence mobile. - Bonjour madame. Ca va bien? - Ca va très bien, merci. - De rendez-vous en rendez-vous reviennent les mêmes préoccupations. - C'est le manque de travail, évidemment.
Ce n'est pas une région industrialisée. Les services publics ne sont pas accessibles. Il faut avoir une voiture. - L'immigration est un sujet pour vous? - Ici?
Je suis née dans le 93. Si j'y étais restée, je vous dirais "oui". Maintenant, on creuse plus ou moins. - B.Lenoir en a fait un sujet majeur et un axe de communication assumé dès sa première interview, à peine élu. - B.Lenoir: Il y a beaucoup plus d'immigration dans la Creuse qu'il n'y en avait auparavant.
Je reçois beaucoup de témoignages de bonne foi de femmes qui me disent ne plus sortir le soir car elles ont peur. - La Souterraine, 2e ville du département qu'il a mise sous le feu des projecteurs à la télévision, fin janvier, avec cette sortie choc. - B.Lenoir: La commune de La Souterraine, 5000 habitants dans mon département... - La hausse en question s'étale en réalité sur 15 ans. - Sur les 5 dernières années, le nombre estimé d'immigrés sur la commune de La Souterraine, c'est 303 en 2017, 303 en 2021.
Pour moi, ça fait 0 % d'augmentation. Ca représente 6 % de la population. Si on regarde, à l'inverse, 94 % de la population de la commune de La Souterraine est française, née en France. - Parmi les autres termes chers au député Lenoir, un recul de la liberté d'expression en France après la fermeture de la chaîne C8 ou la dénonciation d'un "pouvoir des juges" après la condamnation de M.Le Pen au printemps, rendue inéligible.
Des prises de position dénoncées par ses opposants creusois. - Pour moi, il est l'archétype de ce qu'est aujourd'hui l'extrême droite française, qui s'inspire largement des ultraconservateurs américains, et notamment de Trump. Peu importe la réalité des choses, peu importent les faits, j'amène ma vérité et mes sujets. - Décrit par certains comme un Trump de la Creuse, le parallèle n'est pas du goût de B.Lenoir. - B.Lenoir: C'est une comparaison que je trouve absurde.
Ca n'a aucun sens historique, géographique, etc. - Mais son parti ne cache pas pour autant s'inspirer de certaines politiques des républicains, comme les coupes sombres, un temps confiées à E.Musk.
Début d'après-midi. Arrivée sur cette exportation agricole, où Tony élève 40 charolaises et cultive des céréales. - J'ai eu 5 contrôles différents cette année.
On me donne des aides qu'il faut justifier. Est-ce que c'est normal? Non, je ne pense pas.
On essaie de faire au mieux. - L'UDR défend la suppression de l'Office français de la biodiversité qui mène ces contrôles, et propose plus largement de supprimer un tiers des agences de l'Etat. - B.Lenoir: Il y a énormément d'agences.
Elles empiètent sur le budget du service public de terrain, alors qu'elles ne servent à rien. Le budget de l'Arcom et du Cese correspond à 2000 professeurs par an, annuellement. Aujourd'hui, on ferme des classes dans la Creuse. - B.Lenoir: Ils peuvent trouver un travail. - Propos cash, mais victoire idéologique.
La fusion ou suppression d'un tiers des agences de l'Etat est aujourd'hui reprise par la ministre des Agences publiques. B.Lenoir compte bien continuer de sillonner les routes et les réseaux sociaux pour pousser ses idées dans la Creuse et au-delà. - M.Lauqué: Question. - A.Bellanger: Ce n'est pas gagné.
A chaque fois que la droite, l'extrême droite ou n'importe quel parti, y compris à l'extrême gauche, s'est un peu rapproché d'une personnalité étrangère qui avait semblé réussir, ça leur a pété à la figure. Ca s'est mal terminé. Je me souviens de M.Salvini, un des leaders de l'extrême droite en Italie, allant sur la place Rouge avec un T-shirt "Armée de Poutine".
Il a été ridiculisé. M.Le Pen aussi.
On l'a photographiée toute émue de serrer la main de V.Poutine. Elle aussi, on lui a ressorti les photos.
Chat échaudé craint l'eau froide. Elle ne s'est pas précipitée à l'élection de D.Trump alors qu'elle avait tenté de le faire lors de sa première élection.
Elle a compris qu'il ne fallait pas s'approcher de ce genre de modèle. Ca, c'est pour l'affichage. Maintenant, regarder comment ça marche, éventuellement ce qui rend populaire, et tenter d'imiter les méthodes, c'est une autre affaire. - M.-C.Naves: Il y a une grande différence avec les Etats-Unis en France: le poids de l'argent.
En politique, aux Etats-Unis, il est colossal. On a presque 20 milliards de dépenses sur la dernière campagne présidentielle des législatives aux Etats-Unis. 20 milliards de dollars.
On n'est pas dans ces eaux-là en France. Il y a des plafonds qui permettent de limiter cela. Trump bénéficie d'un culte de la personnalité.
En France, on n'a pas ce genre de personnes. Il y a quand même des points communs entre les 2 pays, comme le fait de jouer sur la désinformation, la confusion entre migrants et délinquants, "c'est la faute des immigrés si tout va mal"...
On va couper dans les dépenses publiques...
Ce n'est pas comme ça qu'il va lutter contre les déserts médicaux en Creuse. Qu'est-ce qu'il propose, concrètement, pour qu'il y ait plus de médecins formés et qu'il y ait une meilleure répartition des médecins sur le territoire? On attend avec impatience ses propositions.
En France comme aux Etats-Unis, l'électorat qui serait tenté par ce type de président est un électorat divers. Il n'y a pas un électeur type de Trump. Il y a un électorat pragmatique, qui voit les baisses d'impôts, la dérégulation de l'économie, ce dont on a parlé à l'instant, et qui est très content de ce qui se passe aujourd'hui.
Mais l'immigration, les guerres culturelles...
Ce n'est pas forcément sa tasse de thé. Il s'en accommode. On a ça en France aussi.
On a une certaine presse économique où des gens qui pensent à la préservation de leurs acquis fiscaux et monétaires seraient prêts à voter pour ce type de programme politique, pour des raisons pragmatiques. Ca s'est déjà vu dans l'histoire, même si certains pensent qu'on n'a jamais essayé. - L.Henneton: Il y a une grande différence entre les Etats-Unis et la France: le mode de scrutin.
Aux Etats-Unis, il y a un seul tour et il suffit d'arriver en tête. En France, on peut arriver en tête, mais après, il y a les questions de front républicain, qui font que ce qui a marché au premier tour ne va pas forcément marcher au 2e tour. Ca peut même être contre-productif.
La règle du jeu étant foncièrement différente, on ne peut pas se projeter de la même manière. Ca peut avoir un effet boomerang assez rapproché. - M.Lauqué: M.Paillon? - M.Paillon: Ce que j'entends dans les propos de B.Lenoir résonne assez fortement pour moi avec un événement que j'ai vécu le 24 juin dernier au Sommet des libertés, au Casino de Paris.
Ce sommet était une démonstration de force, un test pour des réseaux financés notamment par V.Bolloré et P.-E.Stérin, pour essayer de voir et de mesurer qui pourrait faire l'union des droites... - M.Lauqué: J.Bardella, M.Maréchal, S.Knafo... - M.Paillon: Ils faisaient démonstration des forces en présence pour 2027.
Les éléments de langage de B.Lenoir sont ceux qu'on a entendus ce soir-là: suppression du régulateur de l'Arcom, nos services publics taxés d'idéologie, le fait de couper dans des dépenses publiques qui ne serviraient à rien...
On voit que cette musique...
Est-ce que c'est une idéologie? C'est une question à se poser. Mais cette rhétorique s'installe dans le débat franco-français.
Bartolomé Lenoir