Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewLCP (sur YouTube)· 22 septembre 2022 24 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & familleEnvironnement & énergie

Bernard Cazeneuve : le refondateur de la gauche? - Le Grand Entretien - Ça vous regarde - 21/09/2022

Source d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 45 %Attaque 40 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 84 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:32OuverteRéponse directe

    Si on vous invite, Bernard Cazeneuve, c'est parce que vous voulez refonder la gauche sur les ruines du Parti Socialiste.

  • 2:54OuverteRéponse directe

    On va parler de votre manifeste dans un instant et de la gauche que vous portez au cœur. Mais d'abord, on a envie de vous entendre sur la situation internationale plus tendue après le discours de Vladimir Poutine.

  • 4:45RelanceRéponse directe

    Au vu de cette escalade, peut-on encore croire à la paix ?

  • 5:48RelanceRéponse partielle

    Mais quand Poutine vient d'annoncer la mobilisation de 300 000 soldats supplémentaires, est-ce qu'on peut encore y croire ?

  • 6:40FerméeRéponse directe

    Est-ce qu'il faut prendre au sérieux Vladimir Poutine quand il menace d'utiliser l'arme nucléaire contre l'Occident ?

  • 7:07RelanceRéponse directe

    Vous le croyez capable de recourir au nucléaire ? Cette fuite en avant, c'est le signe de son échec ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:04Invité politiqueFait
    « Aujourd'hui, vous reprenez la parole pour donner des coups de sécateur dans la NUPES et démontrer qu'une autre gauche est possible. »
  • 1:12Invité politiqueFait
    « Pas de concession sur la question républicaine. Une transformation de notre politique pour affronter les enjeux climatiques. »
  • 2:09Invité politiqueFait
    « Vous dites carrément que le PS s'est toutouisé. »
  • 3:52InvitéChiffre
    « Vladimir Poutine annoncer la mobilisation de 300 000 soldats supplémentaires. »
  • 4:25InvitéFait
    « Ce à quoi nous assistons depuis le 24 février dernier est un retour à l'âge des impérialismes et des colonies. »
  • 5:30Invité politiqueFait
    « Il y a les sanctions à l'égard de la Russie qui sont destinées à minorer sa capacité à poursuivre son effort de guerre. »
  • 6:48Invité politiqueFait
    « Ce qu'il faut prendre au sérieux, c'est son cynisme. Ce qu'il faut prendre au sérieux, c'est sa détermination à semer la guerre et la désolation. »
  • 7:52PrésentateurFait
    « Comment vous expliquez que personne n'ait cru à cette invasion, ou presque, en France, à part quelques experts ? »
  • 8:53Invité politiqueFait
    « Ces leaders, on les connaît, ils sont à la gauche de la gauche et à l'extrême droite. Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen. »
  • 11:25Invité politiqueFait
    « Non, ça ne me surprend pas parce que c'est un phénomène qui vient de loin et qui ne concerne pas que l'Union Européenne. »
  • 12:09PrésentateurFait
    « Ça va affaiblir l'Europe, vous pensez ? »
  • 15:04Invité politiqueFait
    « Jamais la gauche, sous François Mitterrand, sous Léon Blum, sous Pierre Mendès France, ne s'est allié avec des forces extrêmes. »
  • 17:16Invité politiqueFait
    « La France ne peut pas être le seul pays dans lequel il n'existe plus de force de gouvernement. »
  • 19:31Invité politiqueFait
    « Le populisme n'est pas seulement à l'extrême droite. »

Temps de parole

  • Invité politique65 %
  • Présentateur17 %
  • Invité10 %
  • Invité politique 26 %

4,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

À présent, accueillir notre grand témoin. Il a été porte-parole de François Hollande en 2012 avant de devenir son ministre de l'Intérieur, puis son Premier ministre. Il a créé la surprise en cette rentrée politique en lançant un manifeste pour reconquérir les électeurs de gauche attachés à la République et qui ne se reconnaissent ni en Jean-Luc Mélenchon ni en Emmanuel Macron, socialiste de cœur depuis toujours. Il a rendu sa carte, la mort dans l'âme, après la constitution de la NUPES aux législatives. Bernard Cazeneuve va nous rejoindre dans un tout petit instant. Après cette invitation, signe Stéphanie Despierre.

0:32
Invité politique

Si on vous invite, Bernard Cazeneuve, c'est parce que vous voulez refonder la gauche sur les ruines du Parti Socialiste. Depuis 2017, plutôt discret, vous cultivez votre jardin. Les roses sont votre passion et le droit votre métier. Socialiste depuis toujours, vous avez été un pilier du quinquennat Hollande, son ministre de l'Intérieur et surtout son dernier Premier ministre. Aujourd'hui, vous reprenez la parole pour donner des coups de sécateur dans la NUPES et démontrer qu'une autre gauche est possible. Pas de concession sur la question républicaine.

Une transformation de notre politique pour affronter les enjeux climatiques et la volonté de faire en sorte que la solidarité se construise autour de la possibilité pour chacun d'accéder au travail et à la solidarité de se manifester pour ceux qui n'ont pas la possibilité d'y avoir accès parce qu'ils souffrent du chômage. Pendant les législatives déjà, souvent côte à côte avec François Hollande, vous allez soutenir les candidats socialistes qui refusent l'étiquette NUPES. Libération vous a surnommé les papys flingueurs. On vous connaît nuancés, modérés. On vous découvre incisifs contre vos anciens camarades qui se sont alliés avec Jean-Luc Mélenchon.

Les socialistes ont déposé tout leur bagage et se sont précipités de façon moutonnière et grégaire vers le grand méchant loup qui menaçait de les manger tout cru. Et ils l'ont fait avec une soumission absolue. Début septembre, vous publiez un manifeste de 10 pages signé par 400 élus qui, comme vous, veulent tracer un autre chemin à gauche. Vous dites carrément que le PS s'est toutouisé. Un qualificatif qui fait grimacer Olivier Faure, le premier secrétaire du PS.

2:18
Invité

J'ai trouvé que Bernard Cazeneuve, l'absence presque régulateur, c'était beaucoup Mélenchonisé. Ce qui m'intéresse, ce ne sont plus les socialistes qui sont contre tout le monde. Il y a une espèce de gauche qui n'aime pas la gauche, qui n'aime pas les écologistes, qui n'aime pas les communistes.

2:32
Invité politique

Une espèce de gauche que vous êtes bien décidé à fédérer. Vous lancez donc un mouvement de réflexion, pas encore un parti.

2:39
Présentateur

Bonsoir Bernard Cazeneuve.

2:43
Invité politique

Bonsoir.

2:43
Présentateur

Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. On va parler de votre manifeste dans un instant et de la gauche que vous portez au cœur, que vous aimez, qui se retrouve orpheline aujourd'hui pour parti. Mais d'abord, on a évidemment envie de vous entendre sur la situation internationale plus tendue, plus dangereuse aussi que jamais après le discours de Vladimir Poutine. Bonsoir Richard Verli.

3:03
Invité

Bonsoir Myriam.

3:03
Présentateur

Le chef du Kremlin s'est exprimé ce matin.

3:06
Invité

Eh bien oui Myriam, c'est le discours que tout le monde attendait. Comment Vladimir Poutine, ce président qui a décidé de lancer son armée à l'assaut de l'Ukraine le 24 février, justifie aujourd'hui devant son peuple cette guerre et son éventuelle poursuite. Alors que les conséquences se font sentir dans tous les domaines. On sait que la Russie, qui est frappée de sanctions économiques, paie cette folie de puissance au prix fort. Alors on attendait cette réponse mardi soir. Elle est finalement venue ce matin mercredi, sept mois pile après le début du conflit. Et malgré les succès de la récente offensive ukrainienne, l'homme fort du Kremlin n'a aucune intention de reculer.

Plus préoccupant encore, seule la victoire est à ses yeux envisageable. On l'écoute.

3:44
Locuteur non identifié

Afin de protéger la Russie et notre peuple, nous utiliserons certainement tous les moyens à notre disposition. Ce n'est pas du bluff.

3:52
Invité

Alors ça ne vous surprendra pas, mais quand on écoute Vladimir Poutine annoncer la mobilisation de 300 000 soldats supplémentaires, et quand on le voit annoncer également l'organisation de référendum pour annexer à la Russie les régions ukrainiennes de Luhansk, Donetsk, Kherson et Zaporizhia, des référendums qui vont avoir lieu dès le 23 septembre, du 23 au 27, une seule question se pose pour les Européens, jusqu'où aller ? C'est une question à laquelle Emmanuel Macron a répondu par anticipation mardi à la tribune de l'Assemblée Générale de l'ONU à New York. Voici sa réponse. Ce à quoi nous assistons depuis le 24 février dernier est un retour à l'âge des impérialismes et des colonies.

La France le refuse et recherchera obstinément la paix. Alors on l'a compris, pour le président français, la diplomatie reste encore une option pour aboutir à cette paix, que vous défendez aussi Bernard Cazeneuve, mais au vu de cette escalade, peut-on encore y croire ?

4:50
Invité politique

Il faut y croire, et lorsque l'on veut la paix et que la situation internationale est aussi tendue qu'elle l'est, il faut de la persévérance, de la détermination et du sang-froid. Et tous ceux qui souhaitent ardemment la paix savent qu'ils sont engagés dans un combat au long cours. Ce combat au long cours, il faut le mener avec de la constance. La constance, c'est de continuer à aider les Ukrainiens qui montrent une capacité de résistance et une détermination à sauver leurs propres droits, à déterminer leur destin.

5:19
Présentateur

On l'a fait davantage ?

5:20
Invité politique

On le fait, on l'a fait depuis le début de cette guerre. On continuera à les aider, bien entendu. C'est la position de la France et c'est la position de l'Union européenne. Il y a les sanctions à l'égard de la Russie qui sont destinées à minorer sa capacité à poursuivre son effort de guerre. Il y a beaucoup de débats sur les sanctions, sur les conséquences des sanctions. Mais il n'y a pas de solidarité qui se manifeste à l'égard des peuples qui souffrent qui n'est de conséquence pour les peuples qui manifestent leur solidarité.

5:48
Présentateur

Mais quand Poutine vena...

5:49
Invité politique

Par ailleurs, il y a la diplomatie. C'est-à-dire que tout ce que l'on fait en matière de sanctions, tout ce que l'on fait pour faire en sorte que la Russie n'ait pas une victoire militaire totale et pas de victoire militaire du tout qui occasionne en Ukraine des souffrances considérables, doit bien entendu se faire aussi par l'accompagnement de la diplomatie.

6:09
Invité

On peut aussi pour vous, Bernard Cazeneuve, continuer de parler à Vladimir Poutine après les annonces d'aujourd'hui.

6:14
Invité politique

De toute façon, on peut toujours parler à Vladimir Poutine, tout dépend de ce qu'on lui dit. Si on parle à Vladimir Poutine, c'est pour témoigner d'une fermeté, d'une détermination. Vladimir Poutine, et ses événements le montrent, ne connaît que le rapport de force. Donc si on s'adresse à lui, ce n'est pas pour tergiverser, c'est pour manifester de la fermeté.

6:34
Présentateur

Emmanuel Macron appelle la communauté internationale à mettre la pression maximale sur le chef du Kremlin, isoler la Russie. Est-ce qu'il faut prendre au sérieux Vladimir Poutine quand il menace, un mot à peine voilé, de l'arme nucléaire contre l'Occident ?

6:48
Invité politique

Ce qu'il faut prendre au sérieux, c'est son cynisme. Ce qu'il faut prendre au sérieux, c'est sa détermination à semer la guerre et la désolation. Rien ne l'obliger, qui touchait à la sécurité de la Russie, qui touchait à la sécurité du continent européen, aux intérêts de son pays, à enclencher cette guerre.

7:07
Présentateur

Vous le croyez capable de recourir au nucléaire ? Cette fuite en avant, c'est le signe de son échec ?

7:14
Invité politique

Je le crois capable de toutes les manifestations de cynisme. Mais je pense aussi que la détermination de ceux qui sont aux côtés de l'Ukraine est le meilleur argument pour faire en sorte que la menace reste à l'état de menace et que les événements aidants, nous puissions, par le truchement de la diplomatie, retrouver les conditions d'une solution.

7:33
Présentateur

François Hollande, on s'en souvient, a toujours dit que Poutine ment et que Poutine mentait continuellement. On a quand même été sacrément aveuglés par le chef du Kremlin pendant des années. Comment vous l'expliquez ? Comment vous expliquez que personne n'ait cru à cette invasion, ou presque, en France, à part quelques experts ?

7:52
Invité politique

On n'a dit pas personne et tout le monde n'a pas été aveuglé par Vladimir Poutine. Moi, je me souviens d'avoir été membre d'un gouvernement qui, pendant cinq ans, a vu le ministre des Affaires étrangères, le président de la République, rendre compte en Conseil des ministres de ce qu'était la relation entre l'Union européenne et la Russie. Lorsque le président de la République a décidé avec la chancelière Angela Merkel de mettre en place une discussion en schéma Normandie, il l'a fait en ayant une lucidité parfaite sur ce qu'étaient les intentions de Vladimir Poutine.

Et dans les négociations qui se sont nouées et qui ont abouti aux accords de Minsk, il y a eu, de la part de l'Union européenne, de l'Allemagne, de la France, à l'égard de Vladimir Poutine, une lucidité qui s'est articulée à un discours d'une grande fermeté et qui a permis, à ce moment-là, d'obtenir des accords. Donc, vous ne pouvez pas dire que la France a été constamment aveugle à l'égard de Vladimir Poutine.

8:41
Présentateur

Non, François Hollande, je l'ai cité. Il a toujours dit que Poutine était capable...

8:44
Invité politique

Les sensibilités politiques françaises qui ont toujours été... qui ont eu tendance à être pro-russes, qui ont manifesté leur soutien à Vladimir Poutine, qui continuent à le faire, alors qu'on voit ce qu'est cette guerre, la cruauté de cette guerre. Ces leaders, on les connaît, ils sont à la gauche de la gauche et à l'extrême droite.

9:00
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen.

9:02
Invité politique

On les connaît, ils continuent de soutenir ce régime. Lorsque j'ai l'occasion de m'exprimer, comme je le fais ce soir, de la part de leur soutien sur les réseaux sociaux, c'est un déferlement d'insultes et de haine. Mais tout cela ne doit pas nous impressionner. Ce qui compte aujourd'hui, c'est que l'action qui a été engagée, y compris par la diplomatie française, par la diplomatie européenne, le renforcement de la solidarité au sein de l'Union, à un moment où le continent européen retrouve l'horreur de la guerre, c'est la persévérance, la cohérence.

9:36
Invité

Pourquoi ils le font, ces responsables politiques que vous venez de citer ? Par anti-américanisme, par conviction ou par simplement tactique politique en se disant que peut-être Poutine va gagner et qu'il faudrait mieux être de son côté ?

9:50
Invité politique

Non, je pense que tout dans leur tempérament, la conception qu'ils ont de la politique, certains signes le montrent dans notre propre pays, leur fait regarder avec des yeux de chimène des régimes autoritaires. Ce n'est pas d'ailleurs les seuls régimes qu'ils aiment. Ils en aiment d'autres en Amérique latine, au Moyen-Orient. Moi, je me souviens d'avoir entendu Jean-Luc Mélenchon expliquer que Poutine s'était merveilleux aux côtés de Bachar el-Assad, qu'il allait régler le problème de Daesh. On a vu comment Poutine aidait Bachar el-Assad à massacrer son propre peuple.

10:24
Présentateur

Vous n'irriez pas jusqu'à dire qu'il y a du Poutine en Jean-Luc Mélenchon ?

10:28
Invité politique

Non, vous me posez la question de savoir pourquoi il y a une complaisance. Je pense qu'il y a une complaisance parce qu'il y a un anti-américanisme viscéral qui est combiné à une espèce de mensuétude à l'égard des régimes autoritaires. Quand je dis ça, je ne fais que de compléter...

10:47
Présentateur

Un mot avant de parler de la gauche et de votre manifeste. Se tournant dans la guerre en Ukraine, il intervient en train de pousser des populistes en Europe.

10:57
Invité

Eh oui, les populistes en Europe, les mouvements souverainistes, nationaux populistes, on le voit en poupe, on l'a vu en Suède, où les démocrates de Suède sont maintenant à 20% des voix. On va peut-être le voir dimanche en Italie. J'étais moi-même récemment au meeting de Gênes de Giorgia Meloni, la leader de l'extrême droite italienne, crédité de près de 25% des suffrages. Ça vous surprend, cette poussée nationale populiste et maintenant des gouvernements qui sont prêts à basculer ? Et ce ne sont pas des petits pays, comme on dit, ce sont des pays importants de l'Union Européenne.

11:25
Invité politique

Non, ça ne me surprend pas parce que c'est un phénomène qui vient de loin et qui ne concerne pas que l'Union Européenne. Ce qui s'est passé aux États-Unis sous la présidence Trump était une poussée de fièvre populiste dont on n'est pas sûr d'ailleurs qu'elle ne se reproduira pas. Ce qui se passe dans un certain nombre de pays d'Amérique latine, je pense notamment au Brésil, c'est une poussée de populisme et d'autoritarisme politique adossée à une relation à la nation qui fait revivre le nationalisme dans sa forme la plus dangereuse.

Et ce qui se passe en Europe et depuis maintenant un certain nombre d'années, l'extrême droite aux Pays-Bas, en Autriche, en Allemagne avec l'AFD, en Italie avec la Ligue du Nord, en France avec le Rassemblement national, c'est un phénomène qui s'est enquisté dans le paysage européen depuis longtemps.

12:09
Présentateur

Ça va affaiblir l'Europe, vous pensez ?

12:10
Invité politique

Pourquoi cela ? D'abord parce que la mondialisation et l'absence de capacité des États et des États-nations à corriger les effets de la mondialisation a engendré partout des phénomènes de relégation territoriaux et sociaux qui ont des conséquences sur les populations les plus vulnérables, un sentiment d'abandon, un sentiment de déclassement, une impossibilité pour des classes sociales et des générations de citoyens de penser à un avenir pour leurs enfants qui soit meilleur que ce qu'a été leur propre existence, alors que nous avions toujours vécu pendant des décennies dans l'idée que le progrès était possible.

La peur aussi de ce qui vient de l'extérieur avec un processus de recroquillement et de repli identitaire et puis une perte de sens des valeurs. C'est ça qui me frappe en France et c'est la raison pour laquelle je mène aussi le combat politique que je mène actuellement. Il n'y a pas de possibilité de lutter contre l'extrême droite s'il n'y a pas d'ardents républicains. Et ces ardents républicains doivent être solides sur leur base au moment où il y a des forces de fracturation.

13:17
Présentateur

Bernard Cazin, je vais vous montrer une image. Cette image, c'est celle de la NUPES. Le jour de sa constitution, on va la regarder ensemble. Vous allez évidemment reconnaître tous ces chefs de parti qui ont signé pour cette alliance aux législatives. Vous les avez côtoyés pour certains d'entre eux. Quand on la voit cette image, qu'est-ce que vous ressentez ? C'est quoi ? Ce sont des traîtres ? Ce ne sont plus des républicains ? Qu'est-ce qui vous voyez ? Parce que ça vous fait quelque chose quand même.

13:45
Invité politique

Mais de toute façon, la gauche rassemblée, c'est la volonté de chaque socialiste. Il n'y a pas de possibilité pour la gauche de gagner si elle n'est pas rassemblée. Mais il y a des forces politiques qui, lorsque la gauche gouvernait, se sont toujours employées à rendre son gouvernement difficile, pour ne pas dire impossible, en organisant déjà la contestation de tous contre tous, les blocages, les difficultés extrêmes.

Moi, je me souviens très bien que, lorsque nous étions à la peine confrontés à une crise terroriste, à une crise migratoire, à une crise de la zone euro, à une crise économique, il y avait des commentateurs qui, à l'époque, instruisaient tous les procès, poussaient la rue à la confrontation. Et lorsque la grande manifestation du juin de janvier a été organisée, alors que nous étions en pleine crise terroriste, s'interrogeaient sur le fait de savoir si ceux qui étaient dans la rue étaient bien ceux qui devaient s'y trouver. Et évoquant le fait que cette République, qui essayait de se rassembler autour de ses valeurs, était en réalité une République de la relégation.

14:52
Présentateur

Pour vous, c'est une force politique qui n'a aucun avenir. Vous dites que Jean-Luc Mélenchon stérilise toutes les chances de la gauche de revenir un jour au pouvoir.

15:01
Invité politique

Je voudrais aller au bout de mon raisonnement. Jamais la gauche, sous François Mitterrand, sous Léon Blum, sous Pierre Mendès France, ne s'est allié avec des forces extrêmes, qui sur la question républicaine, la question de la relation à la démocratie, la question de la relation aux dictatures, la question de la relation à l'Europe, n'étaient pas dans des positionnements clairs qui permettaient de créer les conditions d'une espérance. Jamais.

15:25
Invité

Le Parti communiste de 1981 n'était quand même pas... Il y avait l'URSS en arrière-plan quand même.

15:30
Invité politique

C'est vrai, mais lorsque François Mitterrand s'est allié au Parti communiste, il a eu une stratégie exactement inverse de celle que l'on voit prévaloir aujourd'hui. C'est-à-dire qu'il n'a pas placé le centre de gravité de la gauche à ses marges. Il l'a placé en son centre parce qu'il savait que c'était là qu'était la capacité d'attraction et de rassemblement. Il n'a pas renoncé à la relation euro-atlantique. Il l'a affirmé comme une priorité. Il n'a pas renoncé à la dissuasion. Il l'a faite sienne. Il n'a pas renoncé au projet européen. Il l'a porté.

Donc ce que François Mitterrand a fait, c'est par la force de son talent, de ses convictions, de ses valeurs, de faire en sorte que la gauche se rallie à ce que sa grande tradition humaniste avait toujours porté. Là, nous voyons tous les jours sur l'Europe, sur les dictatures, sur la République, sur le travail, des tas de propos tenus qui nous éloignent de ce qui est le cœur de notre identité. Je vois Fabien Roussel s'exprimer sur le sujet. Je vois certains intellectuels s'exprimer sur le sujet. Mais je n'entends pas les socialistes. Et je le regrette. Ça me peine. Je ne le dis sans bonheur aucun. Je ne les entends pas dire. Je voudrais vous entendre sur votre démarche. Ça suffit.

16:51
Présentateur

Qu'est-ce que c'est que ce mouvement de réflexion, mouvement politique ? Aujourd'hui, c'est le nouveau nom pour les partis politiques. Vous allez constituer quoi ? Une force avec des relais locaux pour créer une alternative de gauche sociale-démocrate entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon pour 2027 ? C'est ça l'idée ?

17:09
Invité politique

Ma conviction profonde est que la France ne peut pas être le seul pays dans lequel il n'existe plus de force de gouvernement. Et le spectacle que donne la NUPES à travers ses débats quotidiens ne me donne pas le sentiment que cette force est arrivée à un stade de maturité, de conscience des difficultés auxquelles le monde est confronté et est prête à gouverner.

17:31
Présentateur

Pourquoi vous ne l'avez pas fait avant Bernard Cazeneuve ?

17:33
Invité politique

Le spectacle qui est donné quotidiennement aujourd'hui n'est pas le spectacle d'une force de gouvernement qui a pris la mesure des difficultés auxquelles l'Europe et le monde se trouvent confrontés, qui n'a pas pris la mesure des politiques à mettre en œuvre pour lutter contre le réchauffement climatique et qui tous les jours, par le petit bout de la lorgnette, avec des polémiques inutiles, qui sont très loin d'ailleurs des difficultés et des souffrances auxquelles les Français sont confrontés, donnent d'elles-mêmes une image d'abaissement.

18:02
Présentateur

Mais l'objectif, puisque certains vous attendaient dès la campagne présidentielle de 2022,

18:09
Invité politique

c'est la présidentielle d'après ? – En politique, d'avoir un niveau d'exigence qui permette de mettre le débat au niveau auquel sont les enjeux.

18:17
Présentateur

– Carole Délégat ne fait pas partie de votre manifeste, je voulais savoir pourquoi. – Elle a signé ? – Bien entendu. – Elle est avec vous ?

18:23
Invité politique

– Si elle a signé, c'est qu'elle est d'accord avec le contenu de ce manifeste.

18:26
Présentateur

– Parce qu'il y a deux stratégies, ceux qui veulent peser à l'intérieur du PS, sur la ligne, et ceux qui sont à l'extérieur.

18:34
Invité politique

– Je ne suis pas venu ici pour faire des petits commentaires de presse sans intérêt. Excusez-moi, je ne viens pas souvent à la télévision, ce n'est donc pas pour cela que je suis venu ce soir. Ce que nous voulons faire, c'est montrer que face à la crise climatique, face à la crise démocratique, face à l'éloignement d'un certain nombre de forces de l'idéal républicain, il y a encore des hommes, des femmes dans les territoires, dans les clubs, des intellectuels qui sont prêts à mettre le niveau d'exigence au niveau des défis.

Si déjà nous parvenons à faire en sorte de parler à l'intelligence des Français, de refuser de convoquer tous les jours les instincts, de faire de la politique par le seul truchement des réseaux sociaux, de faire en sorte que lorsque la question climatique se pose dans sa dimension internationale, européenne, avec la gravité que l'on voit, on ne réduise pas les solutions à la question du barbecue, que l'on mette les solutions au niveau des enjeux auxquels on est confronté. – Le populisme n'est pas seulement à l'extrême droite. – Mais le populisme n'est pas seulement à l'extrême droite. Le nivellement du débat politique par les réseaux sociaux n'est pas seulement à l'extrême droite.

C'est une gangrène qui s'est emparée de l'espace politique tout entier. Et moi je suis désolé, je ne vais pas m'excuser lorsque je m'exprime de vouloir faire en sorte que le débat soit porté au niveau des enjeux. Je ne vais pas m'excuser de respecter les Français et de vouloir parler à leur intelligence plutôt que de laisser râler au débat qui semble occuper aujourd'hui toute la gauche depuis maintenant deux ou trois jours, quand ce n'est pas ça, c'est autre chose, et qui donne de la gauche et du paysage politique français une image assez triste.

20:12
Présentateur

– Alors parler à l'intelligence des Français, c'est aussi les convaincre de revenir aux urnes. L'abstention et la crise démocratique est très importante.

20:18
Invité politique

– Mais vous pensez que le spectacle qui est donné actuellement est de nature à donner envie aux Français de revenir aux urnes ? – Comment vous allez convaincre les jeunes, notamment Bernard Cazeneuve ? – C'est l'ordre des émissions sur les chaînes d'information en continu de ces débats à l'infini, et le questionnement systématiquement le même des acteurs politiques lorsqu'ils sont interrogés sur leurs ambitions présidentielles, etc. – Question sur la jeunesse. – Est nature à conduire les Français à leur envie d'aller aux urnes ?

20:41
Présentateur

– Aujourd'hui, vous avez une jeunesse dans notre pays, quand elle continue à voter, qui attend d'être rassurée, qui attend des solutions face au réchauffement climatique, face aux angoisses de l'avenir notamment, et qui, quand on regarde les enquêtes d'opinion, se tourne soit vers Jean-Luc Mélenchon, soit vers Marine Le Pen, en priorité. Le mot de radicalité, est-ce que vous le faites vôtre ? On l'entend beaucoup dans cette jeunesse française.

21:06
Invité politique

– Mais, disait, parlons à l'indéligence des Français, la radicalité, ça a déjà existé dans l'histoire politique de notre pays. Lorsque les radicaux, ils s'appelaient comme ça, pas par hasard, décident de fonder la République pour couper tout lien avec la monarchie, de mettre en place l'école pour tous, de séparer l'Église de l'État. On est dans une véritable radicalité. Mais cette radicalité, ce n'est pas un extrémisme. C'est un corpus de principes, de valeurs, qui structure une société, avec la volonté d'ailleurs de faire en sorte que cette société trouve son unité. Et donc, moi, mon problème, ce n'est pas la radicalité.

Quand elle prend conscience des difficultés du monde et s'inscrit dans une démarche qui est destinée à créer de la cohésion et de la force, c'est l'extrémisme, c'est l'outrance, c'est la violence verbale, c'est l'abaissement du débat, c'est l'appréhension de tous les problèmes du monde qui sont immenses, systématiquement, par le petit bout de la lorgnette. C'est ça, mon problème ?

22:04
Présentateur

Vous avez un nom pour votre mouvement ?

22:07
Invité politique

On ne peut pas y réfléchir collectivement, mais ce mouvement, c'est un mouvement de réflexion.

Moi, ce que j'ai envie, c'est de sortir des appareils nécrosés, c'est de sortir de ces débats qui n'intéressent plus personne, c'est d'ouvrir les portes et les fenêtres et de faire en sorte que l'on puisse avoir, dans des mouvements où l'on respire, où l'on se respecte, moi, je ne participe pas à l'excommunication, quand je dis ce que j'ai à dire sur la République ou ce que j'ai à dire sur le réchauffement climatique ou sur la politique énergétique, immédiatement, le discours est, le même que celui qui s'adresse d'ailleurs à Fabien Roussel, si vous n'êtes pas d'accord avec la ligne générale, c'est que vous êtes de droite.

Ça, ça s'appelle le sectarisme, avec sa contrepartie qui est l'excommunication. Vous, vous n'excommuniez personne, c'est-à-dire que si des élus actuels du Parti Socialiste, des députés vous rejoignez... 90% des signataires de cette motion sont membres du Parti Politique, du Parti Socialiste, des radicaux, etc. Donc moi, le Parti Socialiste, c'est ma famille, je reste viscéralement attaché à cette famille et si j'ai pris la décision que j'ai prise, c'est pas parce que je voulais m'en éloigner, c'est parce que je voulais que le fleuve retrouve son lit et demeure fidèle à sa source, comme disait le reste.

23:09
Présentateur

On va suivre de près ce nouveau mouvement de réflexion, ce mouvement politique qui veut conquérir cet espace

23:17
Invité politique

entre la France insoumise et le macronisme. J'appelle tous ceux qui ont cette exigence, qui s'inscrivent dans la tradition de Pierre Mendès-Prance à rejoindre ce manifeste et à le signer pour nous aider à faire en sorte que nous puissions retrouver un peu d'espérance.

Bernard Cazeneuve : le refondateur de la gauche? - Le Grand Entretien - Ça vous regarde - 21/09/2022 · Pourquijevote