"Une instabilité institutionnelle est pour nous une incertitude économique" explique Benoît Derigny, président de ManpowerGroup
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 15 %Défensif 15 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:34Locuteur non identifiéFait
« l'inquiétude qu'on a, c'est qu'une instabilité institutionnelle, forcément, pour nous, a des conséquences économiques et une incertitude économique. »
- 1:12Locuteur non identifiéPromesse
« ils sont tous dans cette position d'attente en souhaitant qu'en fait cette séquence politique s'achève le plus rapidement possible. »
Temps de parole
- Locuteur non identifié76 %
- Présentateur24 %
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Bonsoir M. Derigny.
Bonsoir Fanny Guignochet.
C'est une édition un peu particulière, mais on est content de vous avoir parce que vous représentez l'entreprise. Évidemment, une réaction sur cette situation politique du moment, quand on est à la tête d'un groupe comme Manpower, on le rappelle, spécialiste de l'intérim, de l'emploi, vous accompagnez 40 000 entreprises, on attend toujours un Premier ministre. Ça a quel impact sur des entreprises comme la vôtre ?
Je crois qu'à la fois comme toute une série de Français et puis comme chef d'entreprise, l'inquiétude qu'on a, c'est qu'une instabilité institutionnelle, forcément, pour nous, a des conséquences économiques et une incertitude économique.
Donc la question, c'est quelles vont être éventuellement les conséquences concrètes sur l'économie, sachant que ce qu'on a vécu en juin 2024, c'est dans une séquence qui est différente, mais au moment de la dissolution, c'est une économie qui s'est mise en mode pause pour six mois, de manière très concrète, c'est-à-dire des entreprises qui se disent, dans un contexte d'instabilité et d'inconnu pour la suite, je suspends mes investissements ou je suspends mes embauches, au même titre que les ménages se disent, je préfère épargner plutôt que de consommer.
Donc forcément, pour les entreprises et mes clients, ils sont tous dans cette position d'attente en souhaitant qu'en fait cette séquence politique s'achève le plus rapidement possible.
Alors, on dit souvent que l'intérim, c'est un baromètre de la situation de l'emploi. On en est où aujourd'hui ? Les entreprises, déjà, gèlent les embauches ?
Alors, je n'ai pas la visibilité à l'instant T, parce que ce n'est pas aussi réactif que ça, mais c'est pour ça que j'ai presque un goût de regret de cette séquence politique qui était ouverte au mois de septembre. C'est qu'en fait, on voyait clairement, nous, dans le travail temporaire, une situation qui a commencé à s'améliorer dès qu'on a eu un budget 2025, c'est-à-dire à partir de février 2025. Et mois après mois, semaine après semaine, incontestablement, la situation progressait dans le bon sens.
Donc la question qui se pose pour nous, c'est est-ce que la séquence nouvelle qui s'est ouverte en septembre, à nouveau, va se traduire par une période d'un peu de suspension et d'attente, comme on l'a vécu sur la deuxième partie de 2024. À ce stade, je ne l'observe pas, mais les dernières actualités restent à mesurer en termes d'impact économique.
Si on n'a pas de budget, ça veut dire quoi, très concrètement, pour une entreprise ou tous vos clients que vous voyez ? Qu'est-ce que ça change ?
Alors, c'est extrêmement concret. Toutes les entreprises, généralement, en ce moment, réfléchissent à leur budget 2026. Et donc, les deux incertitudes, c'est quel va être le contexte fiscal dans lequel on va évoluer ? On entend dire, évidemment, qu'il y a un sujet de déficit et donc une mise à contribution de tel ou tel acteur économique. Donc, qu'est-ce que ça signifie pour mon entreprise ? Quel effort ou pas, on va me demander ? Quels impôts, quoi ? Quels taxes et quels impôts créent le prélèvement ? Quels taxes, cotisations en tout genre, sachant que depuis quatre semaines, on a entendu beaucoup de choses et que chaque semaine, pratiquement, il y avait une nouvelle idée qui apparaissait.
Donc, tout ça crée un sentiment, à mon sens, de perturbation. Et peut-être aussi, nous déportent des vrais sujets. Le vrai sujet, c'est l'emploi, c'est l'adéquation de l'offre et de la demande. C'est peut-être aussi un chômage qui a tendance un petit peu à remonter sur la dernière période et sur lequel, à mon sens, ça doit être la priorité de tous.
Et ça veut dire que, par exemple, si on est à la recherche d'un emploi, aujourd'hui, on s'inquiète parce qu'on se dit les chefs d'entreprise, les recruteurs vont mettre encore un peu plus de temps à...
Il peut y avoir des décisions d'embauche qui soient différées.
On l'a entendu parmi les idées, notamment qui, visiblement, ont été évoquées cet après-midi à l'Elysée. Il y a la suspension de cette réforme des retraites à 63 ans. Ça veut dire quoi pour les chefs d'entreprise ? Comment vous prenez cette piste ?
Alors, moi, deux réflexions à chaud comme ça. La première, c'est de se dire, il y a un sujet de financement. Donc, qui va être mis à contribution ? Parce que j'imagine que le report de telle ou telle modalité de la réforme va forcément avoir une conséquence budgétaire pour le gouvernement. Donc, de quelle manière ça sera financé ? Et de quelle manière on va nous demander, en tant qu'entreprise ou pas, de contribuer ? Évidemment, il y a une position assez arrêtée là-dessus.
Mais très concrètement, en fait, surtout, la question que je me pose, c'est qu'il y a des gens, probablement, qui avaient prévu de partir, faire valoir leur droit à la retraite fin 2027 ou courant 2026, et qui vont peut-être anticiper tout simplement les choses. Et donc, ça va se matérialiser par des choses très concrètes. C'est-à-dire, je pensais que M. ou Mme Mattel partiraient en décembre 2026, si tant est qu'ils partent en juin. Comment je vais me réorganiser ? Sachant que, généralement, c'est des gens expérimentés. Et donc, forcément, la succession dans un poste, elle se prépare.
Et donc, le temps de préparation sera forcément beaucoup plus court si c'est ce genre de modalités qui sont confirmées.
Et ça veut dire que, pour la gestion des effectifs, ça complique la donne ?
Ça accélère un calendrier. Ça nécessite de se réorganiser, sans doute, un peu plus rapidement, en fonction du choix exprimé par tel ou tel salarié, qui pourrait faire valoir ses droits à la retraite plutôt que prévu. Je pense que tout ça reste à confirmer selon les modalités pratiques, parce qu'entre les grandes modalités générales, mais la matérialisation concrète mérite d'être précisée pour que chacune et chacun puisse savoir exactement s'il rentre ou pas dans le cas de figure.
Normalement, on devrait avoir un Premier ministre dans les prochaines heures. Qu'est-ce que vous avez envie de lui dire en tant que chef d'entreprise ?
Je pense qu'il ne faut pas oublier le sujet de l'emploi et les compétences de demain. La France est dans une situation où on a manifestement un sujet de l'emploi qui progresse et qui a progressé sur les dernières années. Et ce défi-là, il faut continuer de l'accompagner parce que c'est un enjeu important et que le travail, la place du travail dans la société française, elle est essentielle pour l'épanouissement de chacun, pour la réalisation économique de chacun et pour le lien social.
Vous avez l'impression que ce sujet, il n'est pas du tout abordé en ce moment ?
Il est abordé, mais j'aimerais qu'il ne soit pas complètement oublié.
D'accord. Merci beaucoup, Benoît Derigny. Vous êtes président du groupe Manpower en France. Merci d'être venu sur France Info ce soir.
Merci de votre invitation. L'invité éco sur France Info, c'était Fanny Guinauchet.