Guy Corbel : "L'agriculture évolue et va continuer à s'adapter"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Vous comptez vous arrêter dans 2 ans à peu près. Est-ce que vous avez déjà un repreneur en vue ?
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Vos enfants n'ont pas envie ?
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Vous, comment vous êtes-vous lancé dans ce métier ?
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Et c'est pour ça que ça vous tient à cœur de transmettre votre exploitation en dehors de l'aspect financier ?
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Et d'un point de vue économique, ce sera un complément de votre retraite si vous réussissez à vendre votre exploitation ?
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Est-ce que vous pouvez nous donner des ordres de grandeur ? Parce que moi, je n'ai aucune idée de combien peut se revendre une ferme ou de combien vous, vous allez toucher à la retraite.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« La France a perdu 100 000 exploitations en 10 ans. »
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« La moitié des agriculteurs vont partir à la retraite dans les 10 ans qui viennent. »
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« on est à peu près entre 700 euros et 1300 euros par mois. »
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« nous, c'est les céréales qui ont bondi. Donc voilà, on a pratiquement doublé le prix de la céréale. »
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Il est 6h20, le Salon international de l'élevage ouvre ses portes aujourd'hui à Rennes, 36ème édition. Un secteur confronté au problème du renouvellement des générations. La France a perdu 100 000 exploitations en 10 ans. La moitié des agriculteurs vont partir à la retraite dans les 10 ans qui viennent. C'est votre cas, Guy Corbel, bonjour.
Oui, bonjour.
Vous avez 60 ans, vous élevez des porcs et des poules dans les côtes d'Armor à Trémeur. Vous comptez vous arrêter dans 2 ans à peu près. Est-ce que vous avez déjà un repreneur en vue ?
Non, pour l'instant, je n'en ai personne parce que là, j'en suis vraiment au début de la démarche. Donc voilà, je me suis donné à peu près un peu plus de 2 ans pour voir et trouver quelqu'un pour la reprise de l'exploitation.
Vos enfants n'ont pas envie ?
Pour l'instant, non. Ils sont partis sur d'autres projets. Ils m'ont dit que pour l'instant, ça ne les intéressait pas. Je pense qu'ils gardent quand même ça dans un coin de leur tête, mais pour l'instant, ils n'ont pas l'intention de reprendre.
Je fais juste une petite parenthèse. Vous, comment vous êtes-vous lancé dans ce métier ?
Tout simplement, mes parents étaient agriculteurs et donc j'ai repris l'exploitation familiale il y a un peu plus de 40 ans. Et donc voilà, c'est tout simplement à la suite de mes parents. Je me suis installé et puis voilà, on a fait évoluer l'exploitation. On l'a fait grandir et puis on l'a modernisé au fur et à mesure des années.
Et c'est pour ça que ça vous tient à cœur de transmettre votre exploitation en dehors de l'aspect financier, bien sûr ?
Ah oui, en dehors de l'aspect financier, je crois que c'est important. Le projet, c'est vraiment de transmettre à un jeune ou une jeune agricultrice. Parce qu'il y a beaucoup de femmes aujourd'hui, à peu près plus d'un quart de personnes féminines qui s'installent en agriculture. Et je crois que c'est important de transmettre à un jeune agriculteur.
Et d'un point de vue économique, ce sera un complément de votre retraite si vous réussissez à vendre votre exploitation ?
Oui, tout à fait. Parce que voilà, on sait très bien aujourd'hui que les retraites agricoles ne sont pas très élevées. Et donc souvent, l'agriculteur, il compte un petit peu sur... Il récupère une partie de son capital d'exploitation pour compléter un petit peu sa retraite quand il partira.
Est-ce que vous pouvez nous donner des ordres de grandeur ? Parce que moi, je n'ai aucune idée de combien peut se revendre une ferme ou de combien vous, vous allez toucher à la retraite. Vous savez déjà ? Vous avez déjà fait le calcul ?
Non, non, non, je n'ai pas fait le calcul. Parce que voilà, il faut d'abord trouver un candidat. Et une fois qu'on a trouvé le candidat ou la candidate, il y a toute une étude économique que le jeune va faire. Et je crois après, c'est une étape très importante de façon à ce que le jeune aussi ait une certaine compétitivité quand il va s'installer. Et donc je pense que de là, il va y avoir une discussion qui va s'installer entre le sédant et le repreneur pour reprendre l'exploitation et fixer à peu près le montant du capital qu'il redonnera à l'agriculteur.
Mais pour vous, ce serait vital si vous n'arrivez pas à vendre votre ferme. Vous réussirez à vivre de votre seule retraite ? C'est pour qu'on se rende compte en fait, ce que je vous pose toutes ces questions pour avoir une idée précise.
Oui, tout à fait. Si je n'ai que ma retraite agricole, oui, je pourrais en vivre. Mais voilà, c'est quand même très compliqué parce qu'on sait très bien que le montant des retraites agricoles, juste pour vous donner à peu près un ordre d'idée, on est à peu près entre 700 euros et 1300 euros par mois. Donc ça vous fixe un petit peu le montant. Et donc à partir de ça, c'est vrai que si on peut avoir un complément en termes de capital d'exploitation, c'est vrai que ça donne un petit coup de main. Mais voilà, c'est tout le travail aujourd'hui qu'on va faire avec la Chambre d'agriculture qui va m'accompagner dans le, j'espère, le ou le futur repreneur de l'exploitation.
Comment vous expliquez que les jeunes n'aient pas très envie de devenir agriculteurs aujourd'hui ? On le voit, il y a énormément d'exploitations qui ferment et beaucoup plus en tout cas que d'installations.
Oui, encore on a la chance en Bretagne. On est quand même une région où on a énormément installé de jeunes agriculteurs. Et donc voilà, il y a encore beaucoup d'agriculteurs et d'agricultrices aujourd'hui qui sont motivés parce qu'on a différents modèles d'agriculture en Bretagne. C'est ce qui fait qu'on a une diversité d'installations qui fait aussi la force de l'agriculture bretonne. Mais voilà, on installe moins parce que les enjeux sont un petit peu différents. Aujourd'hui, c'est vrai qu'on a, par rapport aux enjeux environnementaux, on parle de changement climatique. C'est vrai que c'est des choses qui sont importantes. C'est quoi, trop de contraintes ?
Oui, voilà, c'est sûr, ce sont des contraintes. Et donc, il faut vraiment avoir des gens qui soient vraiment très motivés pour s'installer. Contrairement où nous, quand on s'est installé dans les années 80, c'était beaucoup plus facile. On reposait le flambeau derrière nos parents. On était dans une période où il fallait produire. Et donc, c'était quand même une situation un petit peu plus facile par rapport à aujourd'hui où les enjeux sont complètement différents.
Mais vous le regrettez ça ? Vous le regrettez que ces enjeux environnementaux, de préoccupation de bien-être animal, maintenant comptent davantage qu'au moment où vous vous êtes installé ?
Ah non, absolument pas. Non, non, non. Voilà, l'agriculture, elle évolue. On sait très bien que ce qui s'est passé il y a 40 ans ou 50 ans, où il fallait produire. Et aujourd'hui, on voit bien les enjeux environnementaux et climatiques. Et je pense que la Bretagne, là-dessus, on a déjà fait beaucoup d'efforts. Il reste encore des efforts à faire. Mais bon, là, l'agriculture, elle va continuer à s'adapter. Et je crois que, voilà, c'est ça. Il faut que tous les jeunes qui s'installent en prennent conscience. Et je crois qu'il y a beaucoup de jeunes aujourd'hui qui s'installent, qui savent et qui voient à peu près les enjeux qu'il va falloir mettre en place pour continuer notre modèle agricole.
Et d'ailleurs, c'est ce que vous disent les stagiaires qui viennent chez vous. Je sais que vous êtes en lien avec des lycées agricoles que vous envoyez régulièrement. Qu'est-ce qu'ils vous disent ? Et est-ce que l'élevage les attire ou est-ce qu'ils préfèrent se tourner peut-être vers d'autres métiers de l'agriculture ? Peut-être, je ne vais pas dire moins difficiles, mais on sait quand on est éleveur, c'est matin, midi et soir, c'est toute l'année. Voilà, c'est très difficile de prendre des vacances quand on est éleveur.
Oui, tout à fait. Voilà, c'est ça. Je le vois parce que j'ai accueilli beaucoup de stagiaires durant ma carrière. Mais voilà, il y a encore beaucoup de jeunes aujourd'hui qui veulent s'installer en tant qu'agriculteurs. Même s'il y a des contraintes en termes de temps de travail, en termes de contraintes administratives, il y a encore beaucoup de jeunes et on le voit bien, on reste quand même des départements en Bretagne qui sont quand même très dynamiques en termes d'installation.
Je vous trouve optimiste parce que je vais vous dire le chiffre que je donnais tout à l'heure, il y a quand même 100 000 exploitations qui ont disparu en 10 ans en France quand même.
Oui, je sais bien, mais voilà. Après, c'est vrai qu'on a une... Je ne vais pas dire que la Bretagne est un petit peu à part, mais on est quand même sur une région qui a installé beaucoup de jeunes agriculteurs. Il y a moins de jeunes qui s'installent aujourd'hui en Bretagne, mais on reste quand même sur des territoires dynamiques parce qu'on a de la chance d'avoir une structure agroalimentaire qui est très bien implantée en Bretagne et qui fait qu'on reste quand même sur des territoires assez dynamiques. Je suis peut-être un petit peu optimiste, mais je vois bien ce qui se passe.
C'est vrai qu'il y aura certainement moins d'installations, mais sans doute sur des modèles un petit peu différents. Et on le voit bien par rapport aux attentes sociétales.
Guy Corbel, il y a une autre difficulté qui s'ajoute en ce moment, c'est l'inflation. À quel point la ressentez-vous ? Qu'est-ce qui coûte plus cher chez vous ?
Alors nous, c'est les céréales qui ont bondi. Donc voilà, on a pratiquement doublé le prix de la céréale. Et donc ce qui fait que pour produire un porc ou pour faire un oeuf, puisque j'ai une production de oeuf en label rouge également.
Et vous arrivez à répercuter cette hausse sur vos prix de vente ?
Alors oui, en label rouge, en oeuf label rouge, oui, parce qu'on est contractualisé par rapport à notre co-alimentaire. Ce qui fait que le prix de l'oeuf évolue en fonction du prix de l'aliment. Par contre, sur la production porc, on a vécu une année assez difficile, avec un prix du porc qui était bas et un co-alimentaire qui avait explosé. Donc voilà, en termes de trésorerie, on a une trésorerie qui a dérivé de façon importante pendant pratiquement une année.
Merci pour votre témoignage Guy Corbel, je rappelle que vous êtes éleveur de porcs et de poules à Trémeur dans les Côtes d'Armor. Bonne journée à vous, il est 6h27.
Bonne journée.