Dany Laferrière : "Il faudrait quand même commencer à parler de dette de l'esclavage"
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France Inter, Ali Badou, Marion Lourd, le 6-9. Et dans le grand entretien ce dimanche matin, nous avons le bonheur de recevoir un de nos grands écrivains, auteur de livres à succès. Plusieurs ont fait date, comment faire l'amour à un nègre sans se fatiguer étant l'un des titres qui ont marqué les consciences. L'exil vaut le voyage, il avait reçu le prix Médicis pour l'énigme du retour. Et il a particulièrement raconté comment on peut cultiver un art de vivre original et secret. Il publie Grand Intérieur Rouge. Grand Intérieur Rouge, c'est le titre d'un tableau de Matisse qui est exposé au centre Georges Pompidou. Le rouge de la violence comme le rouge du poète.
Et ça lui a inspiré une fiction illustrée. Ça donne un roman dessiné, quelque chose comme un ovni qui appartiendrait à un nouveau genre littéraire qui célèbre la liberté de l'écrivain. Une forme de folie aussi. Bonjour Daniela Ferrière.
Oui, bonjour.
Et bienvenue Daniela Ferrière de l'Académie française. Alors on va d'abord partir, puisqu'on en a parlé de ce Grand Intérieur Rouge. Il faut que vous nous décriviez ce portrait, ce portrait, ce n'est pas un portrait, ce tableau de Matisse. C'est un grand tableau. Qu'est-ce qu'on y voit ?
C'est assez grand, on y voit... Il fait 1,50 m de hauteur. Oui, oui, assez large aussi, c'est un des derniers tableaux de Matisse. Et on y voit un intérieur un peu bourgeois avec des petites tables, des pots de fleurs dessus, un fond rouge. Des chats. Des chats ou des tapis un peu comme ça, des tigres ou des animaux sauvages, mais tout à fait domestiqués. Et quelque chose qui pourrait ressembler à une fenêtre où on sent qu'il y a des chambres derrière, mais qu'on ne verra pas. Mais tout cela est complètement différent dans l'émotion que cela produit. Et quelque chose de sauvage.
Oui, de sauvage.
On sent domestiqué, mais sauvage, prêt à bondir. Et c'est ça qui m'avait impressionné.
Est-ce que vous vous souvenez de la première fois où vous l'avez vu, Dany Laferrière, ce tableau ?
Oh, c'était il y a longtemps. Ça m'avait fait une très grande impression. Vous étiez jeune ouvrier ? Oui, jeune ouvrier, absolument, à Montréal. Vous essayez d'écrire un roman ? C'était le premier. C'était Comment faire l'amour avec un ex sans se fatiguer. Et j'ai trouvé que c'était le tableau qui m'allait précisément pour écrire ce roman. Je voulais écrire un livre qui pourrait faire face à cela. Et une sorte d'un indicateur.
Que peut apprendre un vieux peintre français à un jeune artiste affamé d'un bidonville de Port-au-Prince en Haïti ? C'est une question qui est posée dans votre livre. Comme si la possibilité de s'échapper de la violence par l'art était très difficile. Et puis surtout, qu'est-ce qu'un peintre du 19ème, français, Matisse, a à vous apprendre ? Vous, Dany Laferrière, l'homme aux multiples vies, né en Haïti, passé par Montréal, qui vit aujourd'hui en France. Qui revient tout juste des Etats-Unis.
Oui, oui, oui. Je ne sais pas, ce tableau m'avait fasciné. Et avait touché quelque chose au fond de moi. C'est un tableau qui parle vraiment aux tripes. Et ce qu'il m'avait apporté au moment du premier livre, c'était précisément un désir de faire comme lui. Comme Matisse. Et ce qu'il m'apporte en ce moment, aujourd'hui même, c'était de voir si un jeune homme de 17 ans à Port-au-Prince, dans un bidonville, qu'il voudrait peindre, pourrait passer par ce chemin-là. Ça, c'est l'artiste Nix. C'est l'artiste Nix qui est dans un bidonville où la mort, où la violence, où les meurtres sont quotidiens. Et c'est là que la symbolique du rouge est très forte. C'est-à-dire que c'est grand intérieur rouge.
Rouge, c'est à la fois l'art dans votre livre, l'art de Nix, ce jeune artiste, poète. Et puis, rouge du sang, le sang des gangs qui versent le sang en Haïti. – Absolument. Et je voulais savoir si on pouvait prendre le tableau d'un vieux peintre, comme on a dit tout à l'heure, qui est très jeune dans ce tableau, d'une certaine manière. Il y a une sorte de désir de vivre assez furieux. – Vous avez dit primitif, primaire, primal. – Oui, oui, absolument. C'est vraiment tribal même. Il y a quelque chose d'être trip aussi, dans ce sens-là. Et tripal, si l'on peut dire. Et je crois que ce tableau a une importance, parce qu'il donne l'impression de vouloir mettre le feu aux poudres.
Et de le faire aussi par... Oui ?
– Non, qu'est-ce que vous entendez par là ? Mettre le feu aux poudres, Daniel Laferrière ?
– En tout cas, je voulais mettre ce tableau dans ce bidonville de meurtre, pour voir s'il pouvait tenir face au meurtre, face à la violence.
– Parce qu'il faut décrire très rapidement, à grands traits, l'histoire. Il y a un personnage, Iso. Iso, le chef de gang, un meurtrier. Celui qui tue, Nix. Il se rêve artiste, il se rêve rappeur. Iso, ce n'est pas un artiste parce qu'il n'a pas de vie intérieure, il est ravagé par le pouvoir. L'art libère, je vous cite, et s'il ne peut pas libérer, ce n'est pas de l'art. L'art, c'est une résistance à la violence, à la libération, parce qu'on a tous ces clichés, et vous vous en amusez d'ailleurs dans le roman, les clichés du journaliste. Et c'est une autocritique qu'on va faire ce matin.
Quand on parle d'Haïti, on dit que c'est toujours le pays le plus pauvre de la planète sur tous les plans, même si on a parlé du Soudan avec Inmedeb tout à l'heure. Au fond, non. Ici, tout le monde peint.
Oui, c'est Malou qui l'a dit, en arrivant en Haïti, il a dit que c'est un peuple qui peint. Et tout le monde peint, c'est un art populaire. La peinture, disons, en Occident ou en Europe, ça a été pendant longtemps une affaire presque d'école. Alors qu'en Haïti, c'est une affaire des classes populaires. Et bien sûr, il y a des bourgeois qui ont peint, avec beaucoup de talent aussi. Mais la peinture, c'est d'abord pour vivre, et pour vendre des tableaux, et manger littéralement. Mais en même temps, ce n'est pas un cliché de dire que la violence, elle est extrême. En Haïti, il y a 60 000 déplacés, qui a eu 5600 morts l'an dernier.
Et vous parlez notamment du cimetière, où Iso a enterré tous les morts qu'il a fait. Et en fait, il y a aussi le barbecue qui existe vraiment, qui est un chef de gang là-bas, que vous mettez en scène dans votre livre. Qu'est-ce que peut l'art, par rapport à cette violence extrême que vous montrez aussi dans Le Grand Intérieur Rouge ? Moi, j'ai fait ce livre quand j'ai eu, disons, la demande de Grasset et du musée Pompidou. Voilà, qui vous ont fait la commande, en fait. Pour moi, je ne voulais pas que ce soit un truc vieux, un truc poussiéreux, c'est-à-dire parler de la peinture comme ça, un peu, de façon aérienne, abstraite.
Académique, monsieur l'académicien !
Académique, je me suis dit, ce serait intéressant de l'emmener dans cette réalité brûlante haïtienne, de voir que si le tableau pourrait, disons, insuffler son souffle et sa force...
Et ça donne un carnet, un carnet joyeux, on dirait un carnet écrit par un jeune artiste. C'est assez frappant, votre capacité à vous mettre dans la peau de ce jeune écrivain, de ces jeunes, qu'ils soient artistes ou qu'ils soient violents. Ce n'est pas la première fois que vous racontez la violence ou la culture de votre pays natal, mais là, on a l'impression que vous le faites frontalement.
Oui, c'est frontal. Peut-être pour la première fois. C'est vrai que je n'ai jamais été dans le présent, puisque les personnages dont on parle dans ce livre vivent encore et continuent à tuer. Et littéralement, tout est presque à l'état, c'est-à-dire, rien n'a changé. Au contraire, il y a augmentation de la violence à chaque fois qu'on a une lueur d'espoir, que ça va un peu se calmer. Et il y a comme sorte de vent violent qui arrive, des vagues de meurtres et d'assassinats. Et aussi, une sorte de, tout à l'heure, c'est End qui parlait... Une médèbre.
Une médèbre.
Une médèbre, c'est-à-dire un désir d'effacer toute mémoire. Les bibliothèques, les hôpitaux, enfin, toute institution doit être mise à bas, mise à plat, écrasée, et par ce vent furieux, ce vent violent. Alors, pour moi, l'intérêt de ce livre, c'est de voir que, dans le même quartier, dans le même endroit, dans le même bidonville, où des jeunes tuent, il y a d'autres aussi qui font de la peinture. C'est un combat en vase clos, c'est un face-à-face.
Et quand les élites ont tourné le dos, et quand, et tout à l'heure, on a parlé aussi de cela, et quand l'Europe a tourné le dos, et à la situation haïtienne, on n'en parle presque plus, eh bien, il reste que ce face-à-face qui se fait, et presque dans le sang, et aussi, et avec comme âme de l'autre côté, la poésie et la peinture. Je crois que c'est le seul combat qui compte et qui vaille la peine. Voilà, vous écrivez que c'est par l'art que votre pays renaîtra. Vous dites que l'art et la culture peuvent permettre à votre pays de retrouver ses printemps, mais c'est vraiment suffisant face à une telle violence ?
Non, il y a plusieurs angles, et j'ai voulu prendre cet angle-là, et une façon de parler aussi de la peinture, de la poésie haïtienne, au lieu de revenir avec les mêmes clichés de désespoir total. Et c'est comme une petite fenêtre, une toute petite fenêtre, mais j'y crois vraiment, à l'art.
Oui, mais parce que c'est rouge, là, il y a le rouge du tableau de Matisse, vous parlez d'une montagne d'immondices près de la mer, et à la fin, c'est le bleu qui l'emportera. C'est assez formidable, d'ailleurs, de raconter votre démarche.
C'est un combat de couleurs, c'est des couleurs qui se battent, et le bleu, c'est la tendresse. Je crois que ce sont des choses extrêmement profondes, et pas ce que je dis, mais ce qui est, et c'est-à-dire cet affrontement de couleurs. Ce sont des choses beaucoup plus profondes, parce que ce sera difficile d'éradiquer toute corruption, le trafic des armes, et toutes sortes de choses. Et s'il faut qu'il se passe quelque chose, c'est dans le souffle de vie, et que ça doit sortir.
Et ces jeunes gens, si on pouvait les regarder un moment, et essayer de les aider pour qu'ils continuent leur travail de poète, et de peintre, je crois qu'on fera quelque chose de plus profond, de plus viscérale, et pour essayer de calmer la situation un peu. Mais en même temps, vous êtes un peu ironique aussi sur les artistes, parce que votre livre, on le disait, il est magnifique, il est illustré de dessin, y compris certains à la manière de Basquiat, et votre commentaire sur ce dessin à la manière de Basquiat, c'est « Tous mes amis rêvent d'être aussi célèbres que Basquiat, c'est d'un ennui. L'artiste n'est pas une figure idéale pour vous non plus.
» Nick, c'est un jeune homme insolent, et il s'apprend cela, il fait face à des choses dramatiques, et à un homme qui a un cimetière, et donc voilà, je pense qu'il faut écouter quelqu'un.
On va écouter quelqu'un, justement, c'est un auditeur d'Inter qui, lui, nous écoute, comme en écho, et c'est une belle métaphore. Bonjour Valérie. Oui, bonjour à toutes et à tous. Bienvenue sur France Inter. Merci Adi Badou, et merci à Denis Lassarrière. Cher Denis Lassarrière, votre parcours atypique, est aussi exemplaire à rappeler par Ali Badou en début de l'émission. Vous faites partie, à mes yeux, des modèles de l'Académie française, loin des épées et des uniformes chamarés d'or. Il est venu en costume de ville, d'ailleurs, Valérie, ce matin, et sans son épée. Voilà, il a bien raison. Brassens se méfiait beaucoup de l'épée qu'il avait refusée de l'Académie française et de l'uniforme.
Mais, cher Denis Lassarrière, vous faites partie de ces aquémiciens au parcours, encore une fois, atypique, à l'instar de Max Gallo, qui était un autodidacte, et de François de Scheng. Quel message d'espérance par votre parcours pourriez-vous délivrer à la jeunesse d'Haïti, à la jeunesse d'Outre-mer, et à la jeunesse universelle ? Merci, Valérie, pour votre question-réponse, Denis Lassarrière.
Eh bien, merci pour tout cela.
Et, bien sûr, c'est ce livre, c'est ce livre où j'ai pris, disons, la peau, littéralement, d'un jeune peintre de 17 ans, mort, c'est-à-dire, l'art va par-delà la mort, et qui finit par s'opposer à un tueur qui existe vraiment, vous savez, il y a une phrase qui est dite dans le livre qui est tout à fait vraie, Izo, qui est le chef de gang, moins connu que Barbecue, mais qui est plus terrifiant en Haïti que Barbecue, c'est lui qui tue vraiment, donc, il voudrait être artiste, je l'ai écrit quelque part, c'est un pays où même les tueurs veulent être artistes, et il voudrait, il pense que c'est, il voudrait être connu par l'art, et il voudrait atteindre la renommée par l'art, parce que, et tous ces jeunes gens cherchent à se faire connaître, à apparaître, à orner les pages des journaux, à intéresser les journalistes, et il se cherche par tous les moyens, Izo, c'est par l'art, et par le meurtre, tandis que Nix, c'est par la peinture.
Nix, c'est par la peinture, c'est lui que vous incarnez, ou en tout cas, dont vous faites les mémoires d'outre-tombe, Nix, qui est décédé, qui s'exprime, et vous abandonnez d'ailleurs la machine à écrire ou l'ordinateur pour écrire à la main, c'est ce qui fait d'ailleurs l'originalité de cet objet.
Quand, Valérie, vous interrogez sur votre parcours, ce n'est pas anodin, Daniela Ferrière, vous êtes né en Haïti, vous avez quitté votre île au moment où, sous la dictature du Valier, la milice avait assassiné l'un de vos amis, de vos collègues, que la mort s'approchait de vous, vous étiez tout jeune, vous aviez 23 ans, et vous avez quitté votre pays pour aller au Canada et reconstruire votre vie en repartant, en partant de rien. Et c'est vrai que c'est extraordinaire de voir votre parcours aujourd'hui à l'Académie française.
Eh bien, merci, mais je me rappelle toujours de ce jeune homme de 17 ans. Je dois ajouter à Libadou qu'il y a à peu près près de 80 dessins et tableaux dans un livre si bref qui fait à peine 100 pages. Il est magnifique. Et c'était, disons, le format demandé par le musée Pompidou et Charles Dengzig, l'éditeur de chez Grasset. Et donc, pour moi, c'était trouver ce langage. Et souvent, on dit, les gens disent, les poètes, les lettrés, que je suis la voix des sans voix. Mais l'affaire, c'est qu'on oublie qu'on peut s'exprimer autrement aussi que par les mots. et ces jeunes gens dans les rues, pieds nus presque.
C'est paradoxal d'entendre un académicien dire qu'on ne peut pas tout dire avec les mots.
Non ? Non, au contraire. Au contraire, les autres arts disent beaucoup aussi la musique et la peinture. Non, mais c'est important parce qu'il y a ce vieil adage qui parle de, il faut dire, il faut s'exprimer comme s'il n'y avait que la parole et les lettres et la peinture aussi. Et la peinture étant un art populaire en Haïti et n'ayant pas d'âge et ce n'est pas du tout une sorte d'une somme d'expérience arrivé à un certain âge on finit par... Non, pas du tout, il y a de très jeunes peintres.
Eh bien, ils disent directement est-ce pourquoi je me cache derrière un X et tous les tableaux sont de lui et si on veut d'ailleurs publier la photo d'un tableau, il faut voir avec son ami Nox et qui veut dire fils de la nuit les deux amis qui sont ensemble qui ont à peu près le même âge et qui sont dans ce dernier réduit c'est-à-dire le village de Dieu cet endroit où l'on tue et seul face au cimetière et de ISO cimetière personnelle d'un tueur en chef et en série et si l'on peut dire d'une histoire qui continue à faire palpiter les gens eh bien c'est ça qui est intéressant c'est de savoir que ces gens ont une voix mais qu'ils parlent par les couleurs vous vous cachez derrière Nix mais vous n'êtes pas très bien caché Daniela Ferrière vous avez des mots très durs en tout cas il y a des mots très durs envers les Etats-Unis dans le livre vous dites notamment les américains aiment tout ce qui leur donne l'impression d'être les hommes les plus puissants du monde vous dites aussi alors ça c'est Knox qui le dit justement l'ami de Nix l'ami de l'artiste assassiné la culture américaine l'agacé ça finit toujours dans la drogue la violence et l'obsession du pouvoir est-ce que ce n'est que la vie de ces personnages qui parlent ou est-ce que c'est un sentiment que vous Daniela Ferrière vous partagez ?
un peu mais pas tant que ça puisque j'ai écrit un livre qui s'appelle cette grenade dans la vie dans la main du jeune nègre est-elle une âme ou un fruit c'est très complexe les Etats-Unis je ne suis pas j'ai vécu assez en Amérique du Nord vous en revenez notamment là des Etats-Unis absolument j'ai dû faire une tournée dernièrement mais je crois que
à Miami pas loin de chez Donald Trump il a Ferrière
non mais c'était important pour moi d'être à Miami et d'être reçu par la mairie de Miami qui m'a donné les clés de la ville et on aurait dit qu'est-il allé faire aux Etats-Unis en ce moment et pourquoi reçoit-il des honneurs quand cela se passe ainsi pour les haïtiens et moi c'est exactement le contraire et toute ma vie et je l'ai dédié à être une bonne nouvelle pour les haïtiens c'est-à-dire au moment où on essaie de leur faire crouber la tête et de les agenouiller et je voulais qu'ils voient que la mairie est en train de recevoir un des leurs j'aurais pu refuser j'aurais pu dire c'est pas le moment pas besoin et ces honneurs-là sont pour eux et pour qu'ils montent à des jeunes aux enfants pour qu'ils puissent voir tous les livres que j'ai écrits j'en ai écrit 38 et c'est pour que chaque année depuis 40 ans les haïtiens puissent savoir qu'un des leurs passe à la radio il parle avec Ali Badou
alors que vous avez fait scandale d'Anila Ferrière vous avez fait scandale comment faire l'amour avec un nègre ça a été adapté au cinéma mais c'est vrai que le livre a été refusé il a été censuré on l'a interdit dans certains endroits aux Etats-Unis c'est ça aussi une belle reconnaissance de pouvoir revenir là où vous aviez fait scandale pour être honoré
oui tout à fait et dernièrement d'ailleurs puisque Trump a dit que la langue anglaise c'est la langue officielle et naturellement s'attaque à tout ce qui est un peu local qui ne soit pas à niveau si l'on peut dire d'une certaine Amérique puissante et bien j'ai fait un discours il y a deux semaines à Harvard en créole à Harvard en créole oui oui absolument
qu'est-ce que vous leur avez dit Daniela Ferrière ?
bon j'ai raconté des histoires tout simplement j'ai raconté des histoires en créole il fallait il fallait je pense de façon douce et presque en murmurant contester les pouvoirs
mais c'est pas un hasard que vous l'ayez fait à Harvard parce que c'est l'un des rares lieux aujourd'hui qui est un lieu de résistance ou d'opposition dans l'université au pouvoir trumpiste
c'est ça c'est mon appui à Harvard là aussi ça montre qu'il y a une Amérique qui résiste moi j'ai vu à Boston il y avait plein de manifestations et la résistance se met en marche vous savez les Etats-Unis n'ont pas l'habitude de manifester dans les rues on fait pas de référendum comme chaque dimanche en Suisse ou bien de manif à Paris et quand on en fait une c'est pour marquer quelque chose et pour avoir des résultats donc on espère qu'il y ait des résultats Juste un mot sur Paris et la France qui est une de vos de vos terres d'élection d'après vous est-ce que la France devrait rembourser Haïti qui avait dû payer 150 millions de francs pour payer son indépendance il y a 200 ans parce qu'Emmanuel Macron a reconnu au nom de la France que forcer Haïti qui était une toute jeune république à payer cette somme ça l'avait soumis à la force injuste de l'histoire Oui j'ai déjà pris la parole sur cette question et j'ai été un peu saccagé parce qu'on n'a jamais entendu la deuxième partie j'ai dit que j'étais contre le mot dette de l'indépendance parce que l'indépendance est une chose si grave si sacrée si importante qu'on ne devrait pas la mêler à cette dette qui est arrivée bien plus tard et qui était une rançon c'était plus qu'une dette et ce qui est pire encore j'ai ajouté que ce ne serait que disons le début d'une grande affaire de remboursement parce qu'il ne s'agit pas de rembourser l'argent la rançon que la France a fait en extoquant cet argent à une jeune république qui était déjà dans la plus grande difficulté il faut à un moment donné aussi commencer à parler de la dette de l'esclavage ça c'est une vraie dette en Haïti ils disent en créole je ne sais pas va seulement je peux le faire ici et ça c'est trois quêtes là c'est à dire quand quelqu'un une paysanne veut porter un sac lourd sur la tête il doit se mettre quelque chose qui fait un tampon entre sa tête et ce tampon là s'appelle un troquet
comme un support
pour amortir le choc ça s'appelle un troquet c'est rien alors elle dit la dette de l'indépendance comme on l'appelle là disons frauduleusement c'est la rançon d'indépendance et bien c'est le troquet il faut quand même un jour on est arrivé à la charge 300 ans d'esclavage il faut quand même arriver à essayer de voir comment on peut concevoir cela et la vraie dette de l'esclavage c'est pas la dette de l'indépendance qui est la chose importante c'est la dette de l'esclavage et là je crois que même l'Europe il faudrait se mettre ensemble puisqu'ils étaient tous là à Saint-Domingue il y avait les anglais naturellement et pendant longtemps il y avait l'espagnol qui avait ouvert la place avec Christophe Colomb et il y avait les français il y avait les américains
de 1915 à 1934
donc c'est une dette qui s'étend et surtout l'occident mais je crois que ce n'est pas une plaisanterie de dire qu'il faudrait quand même commencer à parler de dette de l'esclavage ça c'est une vraie dette
merci en tout cas d'avoir prononcé ces paroles fortes et de l'avoir fait ce matin au micro de France Inter c'est la première fois
que j'ai pu aller jusqu'au bout de ma réflexion on m'avait attaqué les haïtiens même disant qu'ils ne veulent pas de la dette de l'indépendance comme si je défendais la France alors qu'ils n'avaient pas entendu je suis toujours plus radical je suis un peu ce jeune nix
exactement 17 ans on a compris ça on vous a démasqué et merci pour ces mots forts et puissants que vous avez prononcés ce matin c'était un bonheur de vous recevoir et je recommande chaleureusement donc Grand Intérieur Rouge Un Solard c'est dans cette jolie collection que publie Grasset en coopération avec le Centre Pompidou Monsieur l'Immortel on vous libère et merci la résistance s'organise bonne journée merci