Arrivée au Sommet européen informel de Sibiu | Emmanuel Macron
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« Est-ce qu'on veut construire ensemble encore, même différemment, en améliorant les choses, ou est-ce qu'on veut déconstruire ou détruire l'Europe et revenir au nationalisme ? »
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« On a fait avancer la défense, on a fait avancer les sujets commerciaux, la protection de nos intérêts stratégiques. On a fait avancer aussi une Europe sociale et mieux intégrée. »
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« Je suis heureux que nous ayons pu rassembler 8 autres Etats membres pour, justement, réussir à obtenir un engagement neutralité carbone, zéro émission de CO2 à horizon 2050. »
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« Il nous faut, à cet égard, refonder Schengen. »
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« Il est extrêmement important d'avoir une Europe qui investisse dans l'intelligence artificielle, le numérique, qui protège en même temps la sécurité de ses citoyens et qui, de manière très concrète, puisse aussi faire avancer la convergence sociale. »
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« La France a des alliés dans la région, l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis sont des alliés de la France. Et ce sont des alliés dans la lutte contre le terrorisme. »
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« Il y a un comité qui gère ces exports, qui se fait sous l'autorité du Premier ministre et dans lequel les choses d'ailleurs ont été durcies ces dernières années, et où nous demandons la garantie que ces armes ne puissent pas être utilisées contre des civils. »
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« Nous sommes le seul pays d'Europe qui s'est engagé sur la fermeture de toutes ses centrales à charbon. »
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« La France a mené, à l'automne 2017, le combat pour le glyphosate. Sans nous, on repartait pour 15 ans de glyphosate. »
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... -E.
Macron : D'abord, je suis extrêmement heureux que nous nous retrouvions aujourd'hui en cette Journée de l'Europe, ce 9 mai, tous ensemble, à 27, à Sibiu. Et ce qu'aujourd'hui, nous venons faire, c'est parler de l'Europe, d'avenir, de projets communs. Il y aura, dans un peu plus de 15 jours, en fonction des pays, à des dates qui peuvent être légèrement différentes, nos élections européennes, où plus de 400 millions de citoyens européens auront à choisir avec une alternative très claire.
Est-ce qu'on veut construire ensemble encore, même différemment, en améliorant les choses, ou est-ce qu'on veut déconstruire ou détruire l'Europe et revenir au nationalisme ? Et c'est ce choix qui nous est posé dans beaucoup de pays et qu'il faut affronter et qui est pour moi un choix absolument crucial des prochaines années. Nous allons aujourd'hui parler d'avenir, mais moi, je veux être très clair sur le projet que nous devons défendre.
Il y a beaucoup de choses qu'on a faites depuis 70 ans, et tout particulièrement ces 2 dernières années. On a fait avancer la défense, on a fait avancer les sujets commerciaux, la protection de nos intérêts stratégiques. On a fait avancer aussi une Europe sociale et mieux intégrée.
Mais nous avons énormément de défis devant nous. Et j'en vois 3 tout principalement. Le climat.
Je suis heureux que nous ayons pu rassembler 8 autres Etats membres pour, justement, réussir à obtenir un engagement neutralité carbone, zéro émission de CO2 à horizon 2050. C'est un engagement essentiel, mais nous avons besoin d'une nouvelle ambition climatique. Et le 2e, c'est la protection de nos frontières et la sécurité de l'Europe.
Il nous faut, à cet égard, refonder Schengen. Le 3e, c'est de bâtir le modèle de croissance et le modèle social de l'Europe de demain. Et à ce titre, je crois qu'il est extrêmement important d'avoir une Europe qui investisse dans l'intelligence artificielle, le numérique, qui protège en même temps la sécurité de ses citoyens et qui, de manière très concrète, puisse aussi faire avancer la convergence sociale.
Voilà les ambitions que nous allons porter. -L'Iran va peut-être abandonner l'accord nucléaire dans 7 jours. -E.
Macron : J'aurai l'occasion d'y revenir tout à l'heure. Nous allons sans doute en parler. La France, depuis le début, est engagée très fortement aux côtés de l'accord nucléaire que nous avons signé, négocié.
Cet accord n'est pas suffisant, nous souhaitons le compléter au-delà de 2025, en suivant l'activité balistique de l'Iran, en régulant aussi son activité régionale. Mais notre souhait est déjà de maintenir ce pilier du GCPOE et donc de l'accord de 2015. Il faut le maintenir.
L'Iran doit rester dans cet accord, et nous devons tous oeuvrer pour qu'elle y reste. Je vous remercie. (Propos inaudibles) Non, je suis clair depuis le début sur ce sujet.
Je ne crois pas que ça soit la bonne manière, sauf à faire des vraies listes transnationales européennes. -Déjà, d'abord, ce que vous attendez en résultats concrets de ce sommet informel ? -E.
Macron : Ecoutez, moi, je suis d'abord très heureux qu'on se retrouve entre Européens en ce 9 mai et ce Jour de l'Europe. Nous allons nous retrouver à 27 pour parler non pas de divorce, de séparation du passé, mais de nos projets d'avenir et des projets communs. Et nous le faisons alors que, dans 15 jours, un peu plus de 400 millions de citoyens européens auront à choisir.
Le choix des européennes qui arrivent est essentiel. Et ils auront à choisir entre des projets qui visent à construire l'Europe, encore, si je puis dire, différemment, avec des inflexions qui peuvent être de sensibilités diverses, mais qui sont des projets pour construire, et puis des projets qui veulent détruire, déconstruire l'Europe et revenir à des nationalismes. Et ce clivage, il existe dans tous les pays européens et ici aussi, très fortement.
Et donc, nous devons aujourd'hui le faire comprendre à nos concitoyens et faire comprendre que les un peu plus de 70 années que nous avons vécues ensemble ne sont pas acquises de toute éternité, que nous avons encore à améliorer les choses, que, face aux défis du monde contemporain, l'Europe est essentielle, et que nous avons donc à inventer, redonner une légitimité, une force à ce projet. Nous avons, ces 70 dernières années, fait beaucoup de choses. Et ces 2 dernières années, quand je regarde ce qu'on a fait en matière de défense européenne, de protection de nos intérêts stratégiques, d'avancées en matière d'Europe sociale, je pense aux travailleurs détachés, d'approfondissement de la zone euro, on a fait beaucoup.
Mais je crois qu'on doit maintenant aller plus vite, plus fort, être sur un projet de refondation en profondeur, ce projet de renaissance auquel je crois. Moi, j'attends 3 choses principales, je dirais, au coeur de cette période, et pour la Commission, le Parlement, les institutions à venir. La 1re, c'est d'avoir une vraie ambition climatique.
Je suis heureux que nous ayons réussi à obtenir et à convaincre 8 autres pays membres de signer un texte ambitieux aujourd'hui. Ce texte, il porte très clairement notre ambition d'avoir zéro émission de CO2 à horizon 2050 au plus tard, et donc d'aller sur cette neutralité carbone que nous allons mettre dans la loi française, avec, je dirais même, des échéances avant. Mais sur le climat, nous devons aller plus loin, plus fort.
Ca a été, d'ailleurs, le sens du choix que j'ai fait il y a quelques semaines de m'opposer à la réouverture de négociations commerciales avec les Etats-Unis en raison du fait qu'ils ne sont pas au rendez-vous de l'ambition climatique. La 2e chose, c'est qu'il nous faut une Europe qui protège, et donc avoir une Europe qui, en particulier aux frontières, protège les Européens et les Européennes. Et à cet égard, pour moi, la refondation de Schengen, avoir une vraie protection est absolument essentiel.
Ca fait partie, d'ailleurs, de ce que nous avons à l'issue de ce sommet et qui fait partie des ambitions partagées pour les prochaines commissions et le prochain Parlement. Et puis, la 3e chose, c'est de bâtir un nouveau modèle économique et social de croissance. C'est absolument essentiel.
On a besoin d'une Europe qui investisse dans l'innovation, l'intelligence artificielle, le numérique, qui soit à la pointe de ces sujets qui vont définir notre croissance de demain, et qui puisse nous représenter, nous défendre, face aux Etats-Unis et à la Chine. Sinon, ce sont d'autres modèles qui l'emporteront. Et d'avoir aussi une Europe qui retrouve la promesse initiale, celle de nos pères fondateurs, qui était aussi celle de la convergence sociale.
Et c'est pour ça que je défends cette idée d'un salaire minimum européen. C'est-à-dire que tous les citoyens européens puissent vivre mieux par l'Europe. Voilà.
Le climat, la protection de nos frontières, un modèle de croissance et un modèle social réinventé qui, d'ailleurs, correspond à la promesse initiale. C'est profondément ce que je veux pour les prochaines années, ce que nous allons aujourd'hui débattre ensemble à 27. -Les citoyens attendent aussi une position morale de la part de l'Union européenne et notamment des Etats membres.
Pour quelle raison continuez-vous à vendre des armes à l'Arabie Saoudite avec le risque de voir ces armes utilisées au Yémen ? -E. Macron : Vous avez parfaitement raison, et c'est un sujet qui est extrêmement important et auquel je me suis toujours attelé.
Il est tout à fait vrai que la France a des alliés dans la région, l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis sont des alliés de la France. Et ce sont des alliés dans la lutte contre le terrorisme. Et donc nous l'assumons totalement, et ce sont des alliés que nous accompagnons avant tout par des accords gouvernementaux.
Je rappelle qu'aux Emirats Arabes Unis, nous avons une des plus grandes bases françaises à l'étranger. Et donc, en effet, il y a des relations qui se font sur le plan militaire. Et nous, comment nous gérons les choses ?
Il y a un comité qui gère ces exports, qui se fait sous l'autorité du Premier ministre et dans lequel les choses d'ailleurs ont été durcies ces dernières années, et où nous demandons la garantie que ces armes ne puissent pas être utilisées contre des civils. -Vous l'avez obtenue ? -E.
Macron : Elle a été obtenue. Néanmoins, il est tout à fait vrai que la France, depuis plusieurs années, d'ailleurs au plus fort, il y a 5 ou 6 ans, dans les contrats qui ont été faits à l'époque, a vendu des armes à la fois aux Emirats Arabes Unis et à l'Arabie Saoudite. L'essentiel des armes qui ont été vendues sont plutôt utilisées à l'intérieur du territoire ou à la frontière, mais elles sont utilisées dans le cadre d'un conflit, vous avez raison.
Néanmoins, je tiens ici à dire ce que nous avons rappelé, c'est-à-dire d'avoir la garantie que ce ne soit pas utilisé contre des populations civiles. Mais je vais être très clair avec vous. On doit être, dans les moments difficiles, aux côtés de nos alliés quand on en a, et la guerre contre le terrorisme est pour nous prioritaire.
Maintenant, comment justement être au rendez-vous de ce conflit moral, si je puis dire, et de ce que vous soulevez avec beaucoup de justesse ? La 1re chose, c'est en faisant de la transparence et en étant exigeant avec nos partenaires. On continuera de l'être.
La 2e chose, c'est aussi en nous engageant davantage dans la résolution du conflit au Yémen. Le conflit au Yémen est une des plus graves crises humanitaires que nous ayons aujourd'hui à affronter. Et donc, j'ai rediscuté il y a une dizaine de jours avec le prince héritier des Emirats Arabes Unis.
C'est un des sujets que je veux pouvoir discuter avec l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis en juin au Japon. Nous avons nous-mêmes organisé une conférence humanitaire à l'été dernier sur ce sujet. Et donc on va s'engager aux côtés des Nations unies davantage pour résoudre ce problème. (Propos indistincts) -Lundi, vous parliez d'environnement, là, vous le mettez aussi au coeur de cette réunion.
Beaucoup de vos adversaires dans cette campagne européenne disent que c'est un point de vue un petit peu électoraliste, enfin, à des fins électoralistes. Qu'est-ce que vous leur répondez ? -E.
Macron : D'abord, je regarde ce qu'on a fait depuis 2 ans. On peut pas dire que l'environnement n'a pas été au coeur du travail du gouvernement comme d'ailleurs de ce que j'avais proposé aux Français. Nous sommes le seul pays d'Europe qui s'est engagé sur la fermeture de toutes ses centrales à charbon.
Et ce n'est pas chose aisée. On va le voir, en réalité, je vous invite à aller voir dans tous les territoires où on le fait. Ce sont des vraies transitions, ce sont des milliers d'emplois qu'on doit changer.
On est les premiers aussi à avoir pris des engagements clairs sur la fin des exploitations hydrocarbures. Et avec des engagements, pour beaucoup de nos territoires, en particulier Outre-mer, qui sont importants et lourds en termes d'opportunités économiques. Nous avons lancé, sur la biodiversité, je le rappelais, Nicolas Hulot était d'ailleurs ministre d'Etat à l'époque, un plan de biodiversité de plus de 60 actions.
On a l'impression que les choses s'oublient. Cette ambition, elle est extrêmement importante, mais on ne peut pas dire que nous ne sommes pas au rendez-vous. Néanmoins, j'ai aussi beaucoup écouté, je suis pleinement conscient de ce que notre jeunesse nous demande, de ce que nous sommes en train de vivre.
Je vois aussi beaucoup de pays qui se détournent de cet objectif. Et donc, j'ai sans doute moi-même considéré ces derniers mois que nous devions encore plus nous engager sur ce sujet. Et je crois d'ailleurs qu'on ne peut pas sortir de la crise que la France a traversée en considérant que l'écologie serait la variable d'ajustement, pour moi, c'est tout le contraire.
Et d'ailleurs, il faut rendre grâce à beaucoup de gens qui ont manifesté, qui se sont mobilisés, y compris pour le pouvoir d'achat, pour pleinement reconnaître le fait qu'ils ont aussi porté l'ambition écologique. Et donc, c'est aussi pour ça que j'ai décidé qu'on mette en place des instruments nouveaux en France, ce Conseil de défense écologique, qu'on va mettre en place cette vraie convention citoyenne qui doit s'appuyer sur notre ambition et ce qu'on a déjà décidé, mais qui va nous aider aussi à aller plus loin. Donc, il y a ce qu'on fait en France, mais vous savez, l'Europe est essentielle dans le combat écologique.
Je l'ai toujours dit. La France a mené, à l'automne 2017, le combat pour le glyphosate. Sans nous, on repartait pour 15 ans de glyphosate.
C'est la France qui a construit un accord pour qu'il n'y ait plus que 5 ans, et nous, on a même décidé d'aller plus loin. Mais l'Europe est clé si on veut pouvoir taxer les grandes entreprises polluantes. Si on le fait seuls en France, ça n'aura aucun impact, les entreprises se déplaceront dans le pays voisin dans le même marché européen.
Si on veut que ça ait de l'efficacité, il faut le faire au niveau européen, ça fait partie des projets qu'on porte. Une taxation du CO2 et une taxe aux frontières. (Propos indistincts) Pardon ? -Vous pensez convaincre l'Allemagne sur le glyphosate ? -E.
Macron : On va tout faire. Je constate que, malheureusement, elle n'est pas signataire du texte qu'on a proposé, mais les Pays-Bas sont avec nous, on a 8 autres membres. Mais on va avancer.
Moi, c'est ce à quoi je crois. Vous savez, beaucoup de gens disent : "La France a des ambitions, elle propose, donc elle est toute seule." C'est pas vrai.
D'abord, si on ne propose pas, il y a peu de chance qu'on avance. Donc on propose, et il faut avoir de l'ambition. Ensuite, on arrive à agréger autour de cette ambition.
Là, on a 8 Etats membres qui sont venus avec nous sur cette ambition écologique, y compris certains qui doutaient. Je suis convaincu que l'Allemagne finira par nous rejoindre, y compris sur ce sujet. -M. le président, il faut y aller. -L'ultimatum a été rejeté. -E.
Macron : Il y aura une discussion sur l'Iran, et je vais répondre à cette dernière question avant de partir. Mais sur l'Iran, moi, je serai très clair. Depuis le début, la France a la même position.
Nous avons contribué à négocier cet accord. La France, d'ailleurs, à l'époque, a beaucoup poussé pour qu'il soit plus exigeant que ce que les Etats-Unis étaient prêts à accepter. Je pense que cet accord est un bon accord et une bonne base.
Il doit être complété, je le dis depuis l'été 2017, pour moi par 3 composantes. Une exigence sur le nucléaire iranien post-2025, un accord sur l'activité balistique et une clarification, plutôt un accord, là aussi, pour encadrer l'activité régionale de l'Iran. Sortir de l'accord nucléaire de 2015, c'est une erreur parce que c'est détricoter ce qu'on a déjà fait.
C'est pourquoi la France y reste, y restera et que je souhaite très profondément que l'Iran puisse y rester. Et c'est à nous de travailler pour convaincre les uns et les autres et aussi l'Iran d'y rester. Il y a une pression qui est faite, elle est en réaction avec une décision américaine, mais je pense qu'il ne faut pas tomber dans la fébrilité.
Il ne faut pas tomber dans, si je puis dire, l'escalade. Et il faut collectivement qu'on veille à notre sécurité collective et donc à préserver la présence de l'Iran dans cet accord. Je vous remercie.
Je vais devoir filer. Je vous réponds tout à l'heure.