đŽ DIRECT - L'intĂ©grale de l'interview politique de François Ruffin sur RMC
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Vous allez en faire quoi ?
- 1:00OuverteRéponse directe
Ă l'inverse, vous appelez toujours Ă une indexation des salaires.
- 1:17OuverteRéponse partielle
Les points de blocage se multiplient partout en France.
- 1:38OuverteRéponse directe
Est-ce que vous redoutez que ça ne bascule dans une certaine violence ou dans une certaine colÚre non maßtrisée ?
- 2:47RelanceRéponse directe
Elle est imparfaite, vous l'aviez votĂ©e. Aujourd'hui, le problĂšme, c'est qu'elle n'est mĂȘme pas appliquĂ©e.
- 4:49OuverteRéponse directe
Vous appelez Ă une exception agriculturelle.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Invité politiqueFait
« La premiÚre demande des Français, c'est de vivre de son travail, de bien vivre de son travail. »
- 1:09Invité politiqueChiffre
« L'inflation a pris 5% cette année. »
- 2:26Invité politiqueFait
« Ils ne sont pas payés, ne serait-ce que pour pouvoir remplir leur coût de revient. »
- 3:34Invité politiqueChiffre
« il fallait que le litre de lait soit Ă 40 centimes d'euros pour que les agriculteurs puissent ĂȘtre payĂ©s correctement. »
- 4:36Invité politiqueFait
« il faut que lĂ -dedans, l'Ătat, il joue son rĂŽle et qui y rĂ©tablisse de la justice et rĂ©tablisse de l'Ă©galitĂ© privilanchĂ©e. »
- 8:15Invité politiqueFait
« J'appelle à ce que ça soit vraiment du transit, et que ça ne soit pas pour nourrir les marchés européens. »
- 8:27Invité politiqueFait
« l'industrie agroalimentaire française et européenne, qui a eu du poulet deux fois moins cher que le poulet français. »
- 11:39Invité politiqueFait
« C'est une deuxiÚme chose. Et là , dire que quand je propose des prix planchers, vous savez, on répond, c'est le retour des Colcauses. »
- 14:58Invité politiqueChiffre
« Le taux de marge de l'industrie agroalimentaire, aujourd'hui, c'est 49%. Ăa n'a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©. »
- 15:35Invité politiqueChiffre
« un fruit et légumes sur deux en France est importé. »
- 17:07Invité politiqueChiffre
« Quand on a 30% des oiseaux qui ont disparu pendant une génération, la vÎtre, la mienne. »
- 18:38Invité politiqueChiffre
« en France, il y a un litre sur deux qui est consommé par l'agriculture, et un litre sur deux dans cette agriculture qui est consommée par le maïs »
Temps de parole
- François Ruffin68 %
- Présentateur29 %
- Invité3 %
â 6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections dĂ©tectĂ©s).
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Vous allez en faire quoi ?
D'abord, j'ai annoncé que je le reversais pour moi à Solidarité Paysan. Donc, vous savez que je ne garde pas la totalité de ma rémunération. Et ça, ce n'est pas pour la rémunération, c'est pour le fonctionnement. Maintenant, que les députés, la démocratie aient besoin d'argent pour fonctionner, c'est une chose. Mais ça peut se concevoir. Moi, ce qui me paraßt choquant dans cette décision qui a été prise par tous les groupes, sauf le groupe La France Insoumise...
La France Insoumise s'est abstenue, n'a pas voté pour eux.
Et mĂȘme a Ă©tĂ© contre cette dĂ©cision. Pourquoi c'est choquant ? C'est choquant parce qu'on est dans une assemblĂ©e qui refuse l'indexation des salaires sur l'inflation. Et on va y venir. La premiĂšre demande des Français, c'est de vivre de son travail, de bien vivre de son travail. Donc, dans cette assemblĂ©e oĂč on refuse l'indexation des salaires sur l'inflation, oĂč on va doubler les franchises mĂ©dicales, oĂč on va augmenter l'Ă©lectricitĂ© de 10%, bon, dans ce cadre-lĂ , les dĂ©putĂ©s se permettent une augmentation pour leur budget Ă eux. Tout comme le prĂ©sident de la RĂ©publique permet une augmentation sur son budget de fonctionnement Ă l'ElysĂ©e. Ben non, ce n'est pas normal.
S'il y a à se serrer la ceinture, ça doit commencer par les dirigeants, ça doit commencer par montrer l'exemple, ça doit commencer par le haut.
Ou alors, Ă l'inverse, vous appelez toujours Ă une indexation des salaires.
C'est évident que j'appelle à une indexation des salaires à minima sur l'inflation. L'inflation a pris 5% cette année. Ben, normalement, les salaires doivent pouvoir prendre 5% de maniÚre à ce que, simplement, les Français vivent de leur travail.
Les points de blocage se multiplient partout en France. C'était parti de Haute-Garonne, mais désormais, c'est un peu partout, notamment en Bretagne, avec une grande manifestation qui est attendue à Rennes. Il y a des points sur lesquels, sur ce CRISP, sur l'A7 ce matin, on a vu des vraies tensions, notamment entre les routiers, des routiers étrangers ou dont la cargaison était étrangÚre, qui a été vidée par les agriculteurs. Est-ce que vous redoutez que ça ne bascule dans une certaine violence ou dans une certaine colÚre non maßtrisée ?
Je suis toujours, je dis toujours, je le rĂ©pĂšte, que pour moi, la violence n'est pas la solution, que mĂȘme ça dessert bien souvent les mouvements, plus que ça ne les sert. Maintenant, je suis solidaire de toutes les personnes qui se battent simplement pour une chose, c'est vivre de leur travail. Et lĂ , ce qu'on voit dans le monde paysan, la demande est simplement une demande de pouvoir vivre dignement de son travail. Alors moi, j'en reviens sur le fond. Sur le fond, c'est quand mĂȘme... Parce que cette crise, ce n'est pas comme si elle Ă©tait nouvelle. Emmanuel Macron arrive au pouvoir et il entend...
Le clive, d'ailleurs, il date de 2018.
Exactement, parce qu'il entend à ce moment-là que ce n'est pas normal, les prix ne vont pas, les paysans ne sont pas payés comme il faut, sur le lait, sur le porc, sur la volaille, sur à peu prÚs tout. Ils ne sont pas payés, ne serait-ce que pour pouvoir remplir leur coût de revient. Bon, déjà à l'époque. Et il y a une réponse qui est les états généraux de l'alimentation avec une loi EGalim qui est plus qu'imparfaite.
Elle est imparfaite, vous l'aviez votĂ©e. Vous estimiez au moment oĂč elle est passĂ©e que c'Ă©tait mieux que rien. Aujourd'hui, le problĂšme, c'est qu'elle n'est mĂȘme pas appliquĂ©e. Certains agriculteurs et notamment les Ă©leveurs laitiers disent que vis-Ă -vis, dans le bras de fer, lĂ , des nĂ©gociations commerciales avec l'Actalis. L'Actalis leur dit « Ok, on va vous augmenter d'un pour cent ». Les Ă©leveurs laitiers disent qu'on a besoin de minimum 5%. Personne ne vĂ©rifie. Et dans cette loi EGalim que vous avez votĂ©e, il n'y avait pas de contraintes, il n'y avait pas de sanctions.
D'accord. Vous savez, je prends toujours ce qui peut ĂȘtre mieux par rapport Ă rien. Donc Ă l'AssemblĂ©e, j'ai cette dĂ©marche constructive. Ok, vous nous donnez ça, je vais le prendre. C'Ă©tait un premier pas pour vous, la loi EGalim. Mais je n'ai cessĂ© de plaider pendant toute la loi EGalim, avant la loi EGalim, aprĂšs la loi EGalim, et aujourd'hui encore, pour des prix planchers. Pour des prix planchers, ça veut dire quoi ? Ăa veut dire qu'Ă l'Ă©poque de la loi EGalim, il fallait que le litre de lait soit Ă 40 centimes d'euros pour que les agriculteurs puissent ĂȘtre payĂ©s correctement. Eh bien, il fallait que l'Ătat dise « Le prix planchĂ©, le minimum Ă payer, c'est 40 centimes d'euros. » Point.
Or, je peux vous lire la loi EGalim, si vous voulez, parce que c'est une usine à gaz qui était construite. à la place de dire « prix planché, on fixe un prix », ça donne ça. « Les accords cadres, la détermination des prix, devront prendre en compte un ou plusieurs indicatifs relatifs aux coûts pertinents de la production en agriculture ou à l'évolution de ces coûts, et un ou plusieurs indicateurs relatifs aux prix des produits agricoles et alimentaires chargent ensuite à un médiateur de modifier ou supprimer les accords cadres. »
J'avoue que lĂ , vous avez donnĂ© mal Ă la tĂȘte.
VoilĂ .
On rajoute ça aux normes, on leur demande déjà .
« Usine Ă gaz ». Donc, ce n'est pas ça. Il faut⊠Pourquoi ils ont fait ça ? Parce qu'au fond, lĂ , ce que vous avez, c'est une dĂ©faillance du marchĂ©. Le marchĂ© ne marche pas. Le marchĂ©, il Ă©crase les paysans. Vous savez, moi, j'ai cette image dans la RĂ©volution française oĂč on a un paysan du tiers Ătat qui a sur ses Ă©paulesâŠ
La fameuse image d'épinal.
VoilĂ , qui a sur ses Ă©paules un aristocrate. Aujourd'hui, le paysan, il a sur ses Ă©paules l'industrie agroalimentaire qui a sur ses Ă©paules la grande distribution. Eh bien, il faut que lĂ -dedans, l'Ătat, il joue son rĂŽle et qui y rĂ©tablisse de la justice et rĂ©tablisse de l'Ă©galitĂ© privilanchĂ©e.
Ă cela s'ajoute la question aussi de l'Europe. Vous appelez Ă une exception agriculturelle. On va y revenir. Je voudrais d'abord qu'on fasse un tour par le terrain parce que prĂ©cisĂ©ment sur ces rĂ©ponses politiques qui sont attendues, Nicolas PoincarĂ© est sur la 64 en Haute-Garonne au niveau du point de blocage d'origine, lĂ oĂč tout a commencĂ©. Et Nicolas PoincarĂ©, vous avez compris qu'ils attendent Gabriel Attal. Ils ne lĂšveront pas le blocage tant que Gabriel Attal n'est pas arrivĂ©. Et ils savent comment s'y prendre.
Oui, c'est ce que me disent les organisateurs de ce point de blocage ici. Ce qu'ils veulent, c'est le déplacement du Premier ministre sous ce pont pour venir leur annoncer les mesures. Et effectivement, pour faire pression sur Matignon, ils ont un joker dans leur poche qu'ils ont déjà utilisé plusieurs fois. Ils font savoir à Matignon qu'ils sont en contact avec les équipes du Rassemblement national qui leur ont proposé que Jordan Bardella vienne ici. Et jusqu'à présent, ils ont dit à Jordan Bardella, non merci, ce n'est pas le moment. Mais ils disent à Matignon, écoutez, si Gabriel Attal ne vient pas, alors ce sera Jordan Bardella.
Vous voyez qu'ils ont un sens politique aigu, ces agriculteurs de Haute-Garonne.
Une forme de chantage, de chantage au RN. Merci Nicolas. François Ruffin, est-ce qu'il y a quand mĂȘme ce point de bascule ? On sait que dans les Pays-Bas, par exemple, avant l'arrivĂ©e de Gurdwieders au pouvoir, c'est aussi la colĂšre des paysans qui a fait monter l'extrĂȘme droite.
Vous savez, moi, je dĂ©fends les gens, qu'importe le butin de vote qui glisse dans l'urne. Jamais j'ai demandĂ© Ă un ouvrier qu'est-ce qu'il votait avant de le dĂ©fendre. Vous voyez, donc c'est pour moi le sujet. Il ne faut pas transformer un sujet de fond en un sujet politique, en un sujet politologique, qu'est-ce que ça va donner aux Ă©lections, et ainsi de suite. On est lĂ dans un moment qui est un moment de crise, qui peut ĂȘtre un moment de vĂ©ritĂ©, qui peut ĂȘtre un moment de bifurcation, et un moment oĂč la sociĂ©tĂ© française peut choisir. Au fond, l'agriculture française, elle a besoin d'un cap.
Et le gouvernement, malgrĂ©, je l'ai dit, six annĂ©es maintenant de crise larvĂ©e, il ne donne pas de cap. Il tient un double discours. Il dit d'un cĂŽtĂ©, il faut la montĂ©e en gamme, il faut le bain d'ĂȘtre animal, il faut sortir des phytos, et de l'autre cĂŽtĂ©, il faut ĂȘtre compĂ©titif avec les fermes-usines du BrĂ©sil, avec les fermes-usines de main d'Ukraine. Eh bien non, il y a un choix Ă faire. Il y a un choix Ă faire entre, est-ce qu'on dit que la prioritĂ©, c'est de nourrir les Français, de bien nourrir les Français, ou est-ce que l'objectif, c'est d'ĂȘtre compĂ©titif Ă l'international, sans protection, et Ă ce moment-lĂ , il y a un dumping.
Mais comment faire entre les deux ? Comment faire sur ce tiraillement, au fond, entre effectivement les normes environnementales et la question des revenus, la question aussi, bien sĂ»r, de la concurrence ? Vous avez Ă©voquĂ© Ă l'instant l'Ukraine. AprĂšs le dĂ©but de la guerre en Ukraine, l'Union europĂ©enne, par une forme de solidaritĂ©, a dĂ©cidĂ© d'ouvrir les frontiĂšres commerciales avec l'Ukraine, ce qui a eu pour consĂ©quence une arrivĂ©e massive, notamment de tout ce qui est cĂ©rĂ©ales ukrainiens, qui ne respectent pas les mĂȘmes normes que nous, et qui sont venus, Ă©videmment, concurrencer le travail des agriculteurs, notamment français. Est-ce qu'il faut refermer cette frontiĂšre avec l'Ukraine ?
Normalement, ça devait ĂȘtre pour du transit. Ăa devait ĂȘtre pour aller nourrir, notamment, l'Afrique du Nord, puisque normalement, l'Ukraine, par ses bateaux, va nourrir l'Afrique du Nord. LĂ , Ă la place d'ĂȘtre du transit, ça a Ă©tĂ© dĂ©versĂ© sur les marchĂ©s europĂ©ens. Ce n'Ă©tait pas la fonction de dĂ©part de cette solidaritĂ©. Enfin, je note que cette solidaritĂ©, vous savez...
Donc, vous vous appelez Ă ce qu'on y mette fin ?
à refermer cette frontiÚre ? J'appelle à ce que ça soit vraiment du transit, et que ça ne soit pas pour nourrir les marchés européens. Voilà . Qui est-ce qui a bénéficié aujourd'hui du poulet ukrainien ? Ce sont trÚs clairement l'industrie agroalimentaire française et européenne, qui a eu du poulet deux fois moins cher que le poulet français. Voilà comment ça s'est passé. Mais vous savez, pour choisir ce cap, cette double orientation, il y a à mettre à mal deux choses. qui ne veulent pas mettre à mal, parce qu'Emmanuel Macron est fait de ce dogmatisme-là , qu'il est traversé par cette idéologie.
Il y a premiĂšrement une sortie du libre-Ă©change, et deuxiĂšmement une sortie du marchĂ©, ou une tempĂ©rance du marchĂ©, une rĂ©gulation du marchĂ©. Je m'explique. C'est ce que j'appelle l'exception agriculturelle, de la mĂȘme maniĂšre qu'on a fait une exception culturelle...
Qui a été acceptée par l'Union européenne,
par l'Organisation mondiale du commerce, pour qu'on ait un cinéma français, pour qu'on soit aux Oscars avec anatomie d'une chute. C'est le résultat d'une politique, et pas juste du génie, du talent d'une personne. Là , si on veut avoir une agriculture française, si on veut la maintenir, parce que c'est la question que je pose, moi, vous savez, dans ma région, j'ai vu partir les usines vers la Roumanie et vers la Chine.
On est en train de revivre la fin du monde industriel, et lĂ , c'est la fin du monde agricole.
Je ne veux pas qu'on délocalise l'agriculture, comme on a délocalisé l'industrie. Pardon, il y a un tiraillement.
J'y reviens, parce que c'est tout le problÚme. Un tiraillement entre l'environnement et les revenus des agriculteurs. Et là , sur l'Ukraine, je vous repose la question, parce qu'au fond, c'est une question aussi de solidarité. On s'est dit, on va faire ça par solidarité avec les Ukrainiens. Mais en fait, vous dites, la solidarité, ok, un peu, mais enfin, pas à n'importe quel prix.
Moi, je dis, ceux qui font la solidarité... Tant pis pour les Ukrainiens. Je dis, écoutez, madame Pauline Demard, si vous écoutez ce que j'ai dit, j'ai dit d'accord pour du transit. C'est le but, d'accord ? Maintenant, vous savez, on a dit...
Ăa veut dire interdire Ă l'agroalimentaire français, par exemple, d'acheter du blĂ© ou du poulet ukrainien.
Exactement, tout Ă fait. Vous savez, la solidaritĂ©, moi, je suis pour, Ă©videmment, tout le monde est pour la solidaritĂ© de principe. Quand on a fait l'extension, l'Ă©largissement aux pays de l'Europe de l'Est, Ă la Pologne, Ă la Roumanie, Ă la Bulgarie, on nous a demandĂ© de le faire aussi par solidaritĂ©. Vous savez, ceux qui prennent la solidaritĂ©, ce ne sont pas ceux qui en payent le prix. Parce que vous ĂȘtes journaliste, vous ĂȘtes protĂ©gĂ©. Vous n'ĂȘtes pas... Ce n'est pas un journaliste roumain qui va remplacer Apolline de Malherme demain. Le commissaire europĂ©en, il va continuer Ă toucher la mĂȘme paye. En revanche, quand on ouvre les frontiĂšres de l'Ukraine, comme on le fait aujourd'hui...
Oui, si on met le poulet ukrainien Ă cĂŽtĂ© du poulet français, que le poulet ukrainien est moins cher, le consommateur, mĂȘme s'il a de la sympathie pour le...
C'est le paysan, mais ce n'est mĂȘme pas le consommateur, parce que le consommateur, vous savez, il ne le saura mĂȘme pas. Ăa sera dans la barquette. Simplement, il faut... L'exception agriculturelle, c'est une sortie du libre-Ă©change. C'est considĂ©rĂ© que, voilĂ , quand il s'agit de la terre, de ses fruits, de notre assiette, on doit pouvoir avoir une exception aux rĂšgles de libre-Ă©change, ce qui me paraĂźt...
Mais c'est une forme de sortie des traités. C'est une forme de sortie des traités, ou en tout cas d'une partie des traités.
Mais lĂ , il s'agit surtout de l'organisation mondiale du commerce. En fait, on a un gros problĂšme avec l'agriculture dans la mondialisation. Je vais faire depuis les accords de Royal Ground en 1994. Je ne suis pas d'accord Ă ce moment-lĂ pour qu'on fasse entrer l'agriculture dans la grande machine Ă laver de la mondialisation. Ăa, c'est un premier point. Mais il faut bien voir qu'il y a un deuxiĂšme point. C'est le marchĂ©. Parce que mĂȘme si on fait ça, il restera quand mĂȘme sur les Ă©paules des agriculteurs, la grande distribution et l'industrie agroalimentaire.
Donc ça veut dire qu'il faut rĂ©guler le marchĂ© intĂ©rieur, quand bien mĂȘme il y aurait sorti des traitĂ©s de libre-Ă©change au niveau de l'organisation mondiale du commerce. C'est une deuxiĂšme chose. Et lĂ , dire que quand je propose des prix planchers, vous savez, on rĂ©pond, c'est le retour des Colcauses. VoilĂ ce qu'il m'est dit Ă l'AssemblĂ©e nationale, en gros.
â C'est-Ă -dire une organisation communiste ?
â VoilĂ , que ça serait la CorĂ©e du Nord, le Venezuela. Enfin bon, il y a une liste comme ça. Non, vous savez, c'est l'Europe. C'est l'Europe d'il y a 20 ans. L'Europe d'il y a 20 ans, elle avait des prix planchers. Elle avait des quotas d'importation. Elle avait des quotas de production. Elle avait des coefficients multiplicateurs.
â Elle a basculĂ© pour vous l'Europe dans une forme de libre-Ă©change. On sait bien sĂ»r l'accord rĂ©cent avec la Nouvelle-ZĂ©lande. Une grande partie des Français y Ă©taient opposĂ©s. C'est passĂ© comme une lettre Ă la poste.
â Cette nuit, ça a Ă©tĂ© avec le Chili et le Kenya.
â On apprend en effet que cette nuit, l'Union europĂ©enne a conclu de nouveaux accords de libre-Ă©change avec le Chili et le Kenya.
â Et que, bon, alors je vous annonce que, vous savez, j'avais mis en place avec mon collĂšgue Pascal Lecan du MoDem un groupe transpartisan contre le traitĂ© sur le Mercosur. On renvoie une lettre ce matin au prĂ©sident de la RĂ©publique. Tous les signataires de cette proposition⊠â Qui viennent de tous les bords sauf le Rassemblement national. On envoie une lettre au prĂ©sident de la RĂ©publique qui dit maintenant il faut dire clairement stop Ă l'accord sur le Mercosur. Mais je le redis, il y a le libre-Ă©change.
â Vous attendez d'Emmanuel Macron qui lui met fin. Vous attendez quoi de Gabriel Attal ? On l'a entendu tout Ă l'heure, Nicolas PancarĂ© nous le disait. Sur le terrain, ils l'attendent. Qu'est-ce qu'ils peuvent faire ?
â Moi j'attends de M. Attal, j'attends du gouvernement, j'attends de M. Macron depuis six ans, prix plancher. J'attends qu'on vienne dire prix plancher. Que ça ne soit pas dans des accords cadres incomprĂ©hensibles, que se rĂšgle le conflit entre l'actalis et les agriculteurs. Mais que ça soit l'Ătat. Vous savez, il y a un fort et il y a un faible entre les deux. L'actalis, M. Emmanuel Beignet qui a vu son patrimoine augmenter de 70% ces derniĂšres annĂ©es, qui est la huitiĂšme fortune française. Bon, il a un poids Ă©norme comparĂ© aux agriculteurs qui vont aller nĂ©gocier avec lui. Eh bien l'Ătat, il doit ĂȘtre lĂ entre les deux pour servir de protection.
â On entend trĂšs peu d'ailleurs la grande distribution. Et ce n'est pas faute de les avoir invitĂ©s, je le redis sur ce plateau puisque je dis tout. J'ai Ă©videmment proposĂ© Ă la fois Ă Michel-Edouard Leclerc, Ă Dominique Schellcher de Super U, Ă IntermarchĂ©, Ă Auchan, de venir parler. Et on les sent tous extrĂȘmement prudents. Ils nous disent Ă demi-mot que tout ça est trop explosif. Et donc dans ce moment oĂč normalement ils seraient tous sur les plateaux, puisque c'est la derniĂšre semaine de nĂ©gociation commerciale, eh bien ils sont aux abonnĂ©s absents.
â Et je regrette d'autant plus que le gouvernement ne dise pas clairement prix plancher que pendant les Ă©tats gĂ©nĂ©raux de l'alimentation, M. Leclerc que vous citez, il avait dit « S'il faut ça pour sauver l'agriculture française, eh bien mettons des prix planchers ». Il y avait le patron d'IntermarchĂ© Ă l'Ă©poque, M. Serge Parpin, qui avait dit « S'il faut ça, mettons⊠» â C'Ă©tait Super U, excusez-moi. â Non, pas de problĂšme. â Qui avait dit « S'il faut des prix planchers, faisons des prix planchers ». Le responsable, M. Olivier Alain, des Ă©tats gĂ©nĂ©raux de l'alimentation, il disait « Il faut des prix planchers ».
â Mais est-ce que ça, c'est compatible avec le problĂšme de l'inflation ?
â Pour moi, vous savez, on a un⊠D'abord, oui, parce qu'en fait, les prix ont augmentĂ©. â Je veux dire, est-ce que les Français vont vous suivre lĂ -dessus ?
Ils demandent quand mĂȘme Ă ce que leur caddie soit moins cher. Si Ă ce moment-lĂ , vous leur dites « Ouais, ok, c'est sympa, mais on va faire des prix planchers ».
â On va faire des prix planchers, mais qui, aujourd'hui, se gave sur le dos des consommateurs et en mĂȘme temps sur le dos des agriculteurs ? L'industrie agroalimentaire.
â C'est NestlĂ©, c'est Danone, c'est Lactalis, comme vous disiez.
â On peut gĂ©nĂ©raliser, le taux de marge de l'industrie agroalimentaire, aujourd'hui, c'est 49%. Ăa n'a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©. Donc, dire qu'il faut augmenter les prix, au dĂ©part, pour les agriculteurs, pour mieux les rĂ©munĂ©rer, mais que, ben voilĂ , la marge de l'industrie agroalimentaire, elle doit diminuer, je pense que c'est pleinement audible par tout le monde.
â Vous restez europĂ©en ? Vous restez pour le fait que la France reste dans l'Union europĂ©enne ? Ce matin, j'avais plusieurs tĂ©moignages d'agriculteurs, et je garde en mĂ©moire cette phrase, l'un d'eux, qui Ă©tait sur un tracteur avec notre reporter, il Ă©tait en direction de Rennes, et il avait cette phrase, il disait « l'Europe a dĂ©cidĂ© de notre mise Ă mort ».
â Alors, dans la durĂ©e, je me souviens d'un⊠Aujourd'hui, un fruit et lĂ©gumes sur deux en France est importĂ©. Et je me souviens d'une discussion avec un agriculteur qui s'appelle RĂ©gis Obna dans la DrĂŽme, qui me dit, lui, ayant eu Ă subir les importations de fruits, d'abricots, de pĂȘches venant d'Espagne notamment, et il me dit « je suis montĂ© Ă Bruxelles, et j'ai rencontrĂ© les petits soldats de Milton Friedman », donc des Ă©conomistes ultra-libĂ©raux amĂ©ricains. Bon, donc on a ce souci-lĂ qu'il faut qu'on fasse entendre pour la FranceâŠ
â Donc pour l'Europe, oui, Ă long terme, mais cette Europe maintenant telle qu'elle est, non.
â Il faut qu'on fasse entendre qu'il y a eu des instruments qui ont existĂ©, et je le dis, l'Europe a Ă©tĂ© ce qui nous a apportĂ© une grande agriculture aussi, mais avec des instruments de rĂ©gulation. Il faut qu'on retrouve les instruments de rĂ©gulation, coefficient multiplicateur, quotas d'importation, quotas de production, et prix plancher, prix plancher, prix plancher. J'ai un message Ă faire passer ce matin.
â J'ai bien compris, c'est prix plancher. François Ruffin, il y aura tout Ă l'heure Ă Rennes, non seulement les agriculteurs, mais aussi les pĂȘcheurs, avec une forme de convergence de lutte. Quand vous voyez que lĂ , pendant un mois, le golfe de Gascogne, il y aura 450 bateaux qui vont devoir rester Ă quai pour laisser un mois de rĂ©pit aux dauphins. Les pĂȘcheurs s'en plaignent, disent que c'est trĂšs dur pour eux de devoir laisser les bateaux. Alors certes, ils auront une indemnitĂ©, 80% du chiffre d'affaires. Vous ĂȘtes plutĂŽt pour sauver les dauphins ou pour sauver les pĂȘcheurs ? Parce qu'en fait, c'est quand mĂȘme comme ça que se pose la question dĂ©sormais.
â Et pour la suite, vous savez, Mme Apolline de Malherme, on doit prendre au sĂ©rieux la situation Ă©cologique. Moi, ce que je viens de dire aujourd'hui, ce n'est pas qu'il y a un dumping Ă opĂ©rer sur la question. Quand on a 30% des oiseaux qui ont disparu pendant une gĂ©nĂ©ration, la vĂŽtre, la mienne. Quand on a 70% des insectes. Quand on a Ă peu prĂšs la mĂȘme chose chez les vertĂ©brĂ©s, on pourrait parler des lombriques, vous savez, qui animent le sous-sol. Bon, quand il y a ça qui se produit, on ne doit pas dire « je vais sacrifier l'environnement au profit ». Non, il s'agisse de se demander comment on a un accompagnement. Aujourd'hui, mon souci, c'est qu'il n'y a pas d'accompagnement.
Il y a du contrĂŽle, il n'y a pas d'accompagnement. Je suis en fait assez admiratif, moi, de ce qui a Ă©tĂ© fait par l'agriculture française dans l'aprĂšs-guerre. En une gĂ©nĂ©ration, on retrouve notre souverainetĂ© alimentaire. En 1972. Pourquoi ? Parce que l'Ătat dit « voilĂ , on va faire de la production, il nous faut de la chimie, il nous faut de la mĂ©canique, il nous faut du remembrement ». Le souci que j'ai, c'est que depuis 1972, on n'a pas dit aux agriculteurs français « voilĂ le cap qu'on veut ». Aujourd'hui, il faut que l'Ătat donne un cap et qu'il accompagne, et qu'il donne des outils pour ça. Par exemple, la crise de l'eau.
Est-ce qu'on peut reprendre la construction des méga-bassines au risque de créer une crispation entre écolo et agriculteur ?
Si vous voulez, on va avoir des solutions de court terme qui vont ĂȘtre dans l'adaptation, il faut s'adapter.
Oui, mais là , je n'ai pas compris. On en met ou pas des méga-bassines, François Ruffin ?
Des méga-bassines, non. Des bassines, potentiellement, oui. Mais pas des méga-bassines. Mais en revanche, se dire...
Une alternative à ces méga-bassines ?
Mais si vous voulez, les solutions immédiates, on peut trouver des solutions immédiates par un abaissement de normes, et ainsi de suite. Mais dans la durée, on ne s'en sortira pas comme ça. Quand en France, il y a un litre sur deux qui est consommé par l'agriculture, et un litre sur deux dans cette agriculture qui est consommée par le maïs, il y a une interrogation à avoir sur la culture du maïs.
Vous voulez dire, dans ces cas-lĂ , il faut peut-ĂȘtre faire un peu moins de maĂŻs, et puis un peu plus d'autres cultures qui sont plus adaptĂ©es Ă nos enrĂ©es. Autres cultures, mais je vais vous dire lesquelles.
Je vais vous dire lesquelles j'ai posées sur la table, j'ai posé une question au ministre de la Culture. Le sorgho. Le sorgho est une plante qui consomme beaucoup moins d'eau. Maintenant, il ne s'agit pas...
Mais vous allez remplacer le maĂŻs par le sorgho ?
Tout à fait. Et il y a des agriculteurs qui le font. Vous en mangez comment du sorgho ? Comment on mange du maïs ? On mange du maïs transformé. Vous savez, dans la plupart du temps, c'est pour nourrir les animaux. Ce n'est pas du nourrir d'une maïs qui vient directement pour la nourriture animale. Maintenant, la question, si jamais on veut avoir cette bifurcation, c'est qu'on ne peut pas demander aux paysans de le faire tout seul dans leur coin. On doit faire ce qui a été fait dans l'aprÚs-guerre, par un accompagnement, par des ingénieurs. Vous savez, les ingénieurs agricoles français, on a cette richesse qui est absolument formidable. On a une capacité à avoir des...
Mais on ne les envoie pas sur le terrain pour ĂȘtre une force d'accompagnement. Donc aujourd'hui, cette bifurcation, il faut qu'elle soit voulue par l'Ătat, protĂ©gĂ©e, avec une protection. Je suis venu ici pendant la crise des retraites pour vous dire de quoi a besoin le pays. Il a besoin de protection. Il a besoin de stabilitĂ©. Quand vous avez des cours des matiĂšres agricoles qui, comme pour moi sur la betterave, sont divisĂ©s par deux, puis multipliĂ©s par quatre, comment vous inscrivez une stabilitĂ© ? Comment vous inscrivez dans la durĂ©e ?
Merci François Ruffin, député LFI de la Somme. Je rappelle votre livre, un député à la ferme. Il est 8h53 sur RMC, BFM TV.
François Ruffin