Emploi : "On reste sur un marché de l'emploi qui est encore dynamique, en revanche, il freine", analyse le directeur délégué de Hellowork
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« Il y a moins de mobilité, on ose moins se dire « Allez, je me lance, j'ai envie de changer ». »
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France Info.
Bonsoir à toutes et à tous, on va parler du marché de l'emploi ce soir, comment se porte-t-il ? Bonsoir David Beaurepaire.
Bonsoir.
Vous êtes directeur délégué de Hello Work, première plateforme privée de recrutement en ligne en France. 11 millions d'offres d'emploi diffusées l'an dernier, 76 millions de candidatures, je ne vais pas nous inonder de chiffres, on va en parler beaucoup. Vous nous dévoilez ce soir votre baromètre annuel sur France Info. Pour résumer, avant de détailler ce que vous dites, c'est 2024, année dynamique pour le recrutement en CDI, mais avec un fléchissement au dernier trimestre.
Exactement. L'année 2024, on est sur un volume d'offres diffusées sur notre plateforme de 4,9 millions d'offres d'emploi en CDI. Donc une croissance de 6%. Donc on a tendance à penser que l'année 2024 finalement était positive. Il s'avère qu'elle a été vraiment deux périodes, un premier semestre dynamique, une bascule au niveau du mois de juin avec un moment de flottement autour de la dissolution, une reprise au cours de l'été avec les JO et puis finalement un dynamisme du tourisme. Et en revanche, à partir de septembre et octobre, là, un vrai fléchissement, un vrai point d'inflexion et une baisse au cours du quatrième trimestre puisqu'on est sur moins 8% d'offres d'emploi.
Donc c'est 100 000 offres d'emploi en CDI en moins 1.
Oui, concrètement, c'est 100 000 offres d'emploi sur ce dernier trimestre.
Par rapport au dernier trimestre de 2023. Comment on se l'explique ? On se l'explique par l'attentisme du côté des entreprises, la remise en cause de certains projets qui sont repoussés pour l'instant, peut-être pas tous annulés, mais en tout cas qui sont repoussés. Donc on repousse également des projets de recrutement. Et puis, c'est du côté des entreprises. Et il y a un autre pan qu'on n'identifie pas toujours, mais du côté des candidats ou des personnes en poste qui vont remettre en cause ou en tout cas repousser des projets de démission éventuellement pour changer de poste parce qu'ils appréhendent des risques plus importants.
C'est-à-dire qu'il y a moins de mobilité, on ose moins se dire « Allez, je me lance, j'ai envie de changer ».
On va commencer un petit peu moins, oser. Donc un petit peu moins de mobilité professionnelle pour les personnes en poste. Et ça, ça veut dire que ce sont des postes qui sont la plupart du temps remplacés et donc la possibilité pour des personnes qui sont au chômage de se positionner et donc de retrouver un emploi. Donc un marché de l'emploi qui pourrait avoir tendance à se gripper.
Concrètement, on trouve quel type de métier, quel type de secteur sur HelloWork ?
Alors on trouve actuellement, nous avons 800 000 offres d'emploi sur la plateforme. Donc on a tout type de secteur d'activité ou de métier. Je dirais des métiers non qualifiés aux métiers très diplômés, très qualifiés. Mais l'enjeu, c'est plutôt de voir les tendances et les évolutions. On voit qu'on a des secteurs d'activité qui effectivement sont en recul. La construction, ce n'est pas une surprise. Structurellement, là, on est sur un marché difficile. L'immobilier également, mais la banque assurance recrute moins également. Et puis on a des métiers qui continuent à beaucoup recruter. Les services à la personne, la santé, les fonctions commerciales également.
Donc il ne faut pas tirer, pour l'instant, on n'est pas du tout sur un marché de l'emploi qui s'est effondré. On est sur quelque chose de très conjoncturel. Si on compare le marché de l'emploi par rapport à ce qu'il était avant la crise sanitaire, on reste sur des volumes d'offres d'emploi qui sont supérieurs à ce qu'ils étaient. Donc on reste sur un marché de l'emploi qui est encore dynamique. En revanche, ils freinent.
Et vous parliez des postes des métiers de la santé. Notamment, il y a des secteurs qui, structurellement, ont besoin de plus de postes et n'arrivent peut-être pas encore à s'y recruter.
Absolument. Les difficultés de recrutement, elles perdurent dans plein de secteurs d'activité, dans l'industrie également. On parle beaucoup de l'industrialisation, réindustrialisation, mais il y a des difficultés de recrutement dans les métiers d'industrie parce qu'on n'a pas formé pendant des années. Le secteur de la santé, avec des difficultés aussi d'attractivité de ces métiers. Et puis, il y a des bassins d'emploi, en fait. Il y a des spécificités de bassins d'emploi. On parle de l'emploi en France, mais il est très différent entre des bassins très dynamiques.
Vous avez regardé par région ?
Par région, par métropole. Et on voit qu'on a des bassins d'emploi où il y a un taux de chômage qui est de 4%. Et donc, ça reste très compliqué de recruter. C'est beaucoup plus compliqué pour les personnes qui sont à la recherche d'un emploi. Mais on voit que les régions, on a effectivement l'Occitanie, l'Auvergne-Rhône-Alpes qui continuent de tirer leur épingle du jeu et d'être en croissance. C'est moins le cas du côté des Hauts-de-France ou de la Bourgogne-Franche-Comté.
Et ça, vous l'expliquez comment ? Quelle analyse vous avez ?
C'est aussi les dynamiques économiques propres à chacun de ces territoires. Les métropoles, notamment, tirent beaucoup l'emploi, en tout cas, continuent de tirer beaucoup l'emploi, pas uniquement, mais en tout cas, c'est le cas de certaines. Et puis après, derrière, vous avez les dynamiques, je dirais, démographiques de ces territoires.
Vous avez regardé un joli lien du côté des grandes métropoles. Lyon, plus 5,5%. Marseille, plus 10%. Nantes, plus 6,4%. Toulouse, plus 8%. Et Paris qui stagne.
Paris qui stagne. Après, ce qui est toujours intéressant, c'est de voir que Paris, la localisation du poste Paris, Paris, ce n'est pas l'Île-de-France. Donc, en fait, c'est la localisation Paris en tant que telle du poste. Après, là, on est sur des chiffres qui sont des chiffres annuels. Ce ne sont pas les chiffres du dernier trimestre. Sur le dernier trimestre, ces tendances-là seraient très probablement négatives également.
Sachant que tout cela, évidemment, est conjoncturel. On parlait, vous parliez très rapidement de l'avant-crise sanitaire. Il y a eu la pandémie, il y a eu le développement du télétravail. Est-ce que ça, ça a changé la donne ?
Ça a changé la donne. En revanche, ça a changé la donne que pour 33% des salariés en France. Parce que les postes télétravaillables, ça n'est qu'un tiers des postes. La majorité des postes, finalement, ne sont pas télétravaillables. Et pour ces postes-là, effectivement, ça a changé la donne sur la localisation, sur le fait de pouvoir avoir un parcours un peu pendulaire sur trois jours dans la semaine et deux jours sur lesquels je suis en télétravail. Donc, je peux habiter un petit peu plus loin. Donc, oui, ça a remodelé quelque peu le territoire. Mais ça n'a pas été non plus une grande révolution. Ce n'est pas un bouleversement. Non, ce n'est pas un bouleversement.
Bon, vous n'êtes pas voyant. Je ne vais pas vous demander une boule de cristal. Là, on a effectivement votre baromètre qui montre qu'il y a moins d'offres de recrutement cédées au dernier trimestre 2024. Qu'est-ce qui peut se passer en 2025 ? Quels sont les possibles ?
D'un côté, on pense qu'il y a deux hypothèses. On a une première hypothèse où cette dynamique se perdure sur toute l'année 2025 et on a un marché de l'emploi qui commence vraiment à se gripper. La seconde étant qu'on ait une reprise au second semestre à partir du moment où on aura un environnement politique et budgétaire stabilisé où les chefs d'entreprise sauront à peu près où ils peuvent aller, où ils peuvent investir et qui permettra d'avoir un peu plus de visibilité sur la suite.
Il y a une autre question qui revient notamment dans les discussions politiques et économiques, c'est celle de l'emploi des seniors. Vous, quel regard vous avez là-dessus ?
L'emploi des seniors, il sera d'autant plus simple que globalement, plus les entreprises ont des difficultés à recruter, plus elles vont s'ouvrir à des profils différents. Que ce soit des jeunes diplômés ou des seniors. Si elles n'ont pas de difficultés à recruter, finalement, elles vont toujours aller au plus simple et finalement prendre exactement le profil qu'elles recherchent. Donc, plus le taux d'emploi sera élevé, plus le taux de chômage sera faible, plus l'emploi des seniors sera favorisé.
Est-ce qu'on devrait s'inspirer, face aux problématiques pour le marché de l'emploi qu'on développe depuis tout à l'heure, de certains de nos voisins ? Est-ce qu'il y a un modèle que vous regardez et vous vous dites, là, il y a quelque chose à en tirer ?
Je ne sais pas si tous les modèles sont réplicables. Après, il y a une initiative qui semblait intéressante du côté des pays du Nord, avec notamment, puisqu'on parlait de l'emploi des seniors, sur des personnes à partir d'un certain âge qui ont la possibilité de travailler sur un mi-temps. En fait, on est sur quelque chose où, en gros, on est sur une phase de transition entre cette période où vous êtes très actif et cette période de retraite, en fait, qui peut être une piste, notamment, sur favoriser l'emploi des seniors à travers des organisations telles que celle-ci.
Merci beaucoup, David Beaurepère, directeur délégué de HelloWork, plateforme de recrutement, la première plateforme privée de France sur ce dossier-là. Je le rappelle, vous dévoilez votre baromètre annuel sur France Info 2024. Donc, a été une année dynamique pour le recrutement en CDI, mais attention, fléchissement au dernier trimestre, moins 8%, 100 000 offres. 100 000 offres en moins. Mais on parle de quelque chose qui est conjoncturel et pas structurel. Merci, vous étiez l'invité éco de France Info.