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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 24 décembre 2021 27 minComplaisantDivertissementNumériqueSolidarités & familleÉconomie & entreprisesCulture, médias & sport

Guillaume Martin : "Il n’y a pas de coureur cycliste sans adversaire, il n’y a plus de course"

Au micro : Jérôme CadetSource d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 5 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:07OuverteRéponse directe

    Est-ce que quand vous êtes dans le peloton sur votre vélo, vous êtes dans l'action ou aussi dans l'analyse des rapports entre les coureurs ?

  • 1:31OuverteRéponse directe

    Mais par moment, il y a des situations où vous vous dites là, ce qui est en train de se jouer est quand même remarquable ou ça m'étonne. Il faudra que j'y revienne plus tard.

  • 2:47OuverteRéponse directe

    Vous tirez de votre expérience cycliste une conclusion : nous sommes des êtres solitaires qui devons vivre ensemble. Le problème, c'est que c'est compliqué. En quoi le peloton est-il à l'image de la société ?

  • 4:07OuverteRéponse directe

    On a besoin des autres, donc. Et particulièrement, vous, coureurs cyclistes, quand vous êtes échappés. Vous êtes échappés avec d'autres coureurs. Vous avez besoin d'eux pour résister au peloton. Mais en même temps, à un moment, s'il y a trois échappés, par exemple, il n'y en a qu'un seul qui va gagner. Là, il y a une tension extrême.

  • 5:21OuverteRéponse directe

    Tout ça avec parfois ce qu'on appelle des injonctions contradictoires, des demandes qui peuvent être contradictoires. Vous avez des oreillettes, les coureurs cyclistes, dans lesquelles votre directeur sportif vous parle. Et puis, il y a votre instinct. Et vous êtes dans la course.

  • 6:00OuverteRéponse directe

    Il y a un libre arbitre pour le coureur à ce moment-là ? Comme il y a un libre arbitre pour l'individu dans la société à qui on demande de faire plein de choses qui parfois sont contradictoires.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:49InvitéFait
    « nous sommes des êtres solitaires qui devons vivre ensemble. »
  • 3:57InvitéFait
    « Il n'y a pas de coureur cycliste sans adversaire. Il n'y a plus de course s'il n'y a pas d'adversaire. »
  • 6:59InvitéFait
    « l'idéologie sportive, telle qu'elle s'est développée depuis bientôt deux siècles, repose sur un discours d'assujettissement de l'individu au groupe. »
  • 7:06InvitéFait
    « Le résultat est secondaire, écrivez-vous. Ce qui compte, c'est la manière, la beauté du geste, la capacité à faire corps avec ses partenaires, avec ses supporters et même avec son adversaire. »
  • 8:11InvitéFait
    « L'égoïsme, je l'entends vraiment d'une manière particulière. Ce n'est pas le nombrilisme, ce n'est pas moi, moi, moi. »
  • 8:24InvitéFait
    « Mais à partir de soi, c'est quand même considérer que le fait premier, c'est d'être un individu. »
  • 9:32InvitéFait
    « l'égoïsme est un fait, mais c'est aussi inévitable et indispensable de rentrer en société. »
  • 12:03InvitéFait
    « Resolidarisation, pour moi, c'est à l'opposé de la solidarité. »
  • 13:37InvitéFait
    « tout don appelle un contre-don. En fait, là aussi, ce n'est pas de l'altruisme gratuit, c'est en fait quelque chose qui est prêté en vue d'un retour. »
  • 25:08InvitéFait
    « le sport, le cyclisme, c'est tellement absurde, ça n'a tellement pas de sens que justement, on reconnaît que ça n'a de sens que celui que je lui mets. »
  • 26:10InvitéFait
    « si on ne respecte pas les règles, si on triche, si on casse la cohérence interne qu'on s'est construite, là, pour le coup, il n'y a plus de sens. »

Temps de parole

  • Invité64 %
  • Présentateur31 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter. Jérôme Cadet. Le 7-9. L'invité du grand entretien ce matin est un sportif qui écrit et développe une pensée, à moins que ce ne soit un diplômé de philosophie, lancé dans une carrière de cycliste de haut niveau, jugé plutôt 11e du Tour de France 2020, 8e l'été dernier, à chaque fois premier français. Bref, un champion difficile à ranger dans une case. Bonjour Guillaume Martin. Bonjour. Après le très remarqué Socrate à vélo en 2019, vous vous interrogez à nouveau sur la relation entre le sport et la philosophie dans ce livre que vous avez publié le mois dernier, La société du peloton, philosophie de l'individu dans le groupe. C'est aux éditions Grasset.

Les auditeurs d'Inter, qu'ils soient cyclistes ou pas, d'ailleurs, vous posent leurs questions au 01 45 24 7000 ou via les réseaux sociaux et l'appli France Inter. Guillaume Martin, vous dites en fait que le peloton, c'est une société à l'échelle réduite. Les relations entre coureurs, les réactions des coureurs dans le peloton sont au fond à l'image de celles des hommes en société. En vous lisant, je me suis posé une question. Est-ce que quand vous êtes dans le peloton sur votre vélo, vous êtes dans l'action ? Ou vous êtes aussi dans l'analyse, en même temps, des rapports qui sont en train de se jouer entre les coureurs ?

1:11
Invité

Il y a plein de temps différents dans une course, parce qu'une course, ça dure parfois 6 heures, 6 heures et demie. Donc, il y a des moments où on peut être dans l'analyse, la réflexion. Après le moment où ça se joue, on est corps avant tout et avant tout dans l'instinct. Et donc, non, je ne philosophe pas dans les derniers kilomètres d'une étape ou d'un col du Tour de France.

1:31
Présentateur

Mais par moment, il y a des situations où vous vous dites là, ce qui est en train de se jouer est quand même remarquable ou ça m'étonne. Il faudra que j'y revienne plus tard.

1:37
Invité

C'est plutôt à posteriori que ça se passe, le soir ou en rentrant chez moi. Et souvent, les déceptions sportives, les échecs, sont des sources d'inspiration pour l'écriture. Quand j'étais dans une échappée, l'échappée n'a pas été au bout parce qu'on ne s'est pas entendu coureur de l'échappée. Et bien, ensuite, le soir, je transforme un peu mon aigreur en quelque chose de positif et j'écris. Donc, pour bien écrire, il faut beaucoup perdre. Mais j'aime bien gagner aussi. Donc, j'ai encore quelques belles années de cycliste devant moi, je pense.

2:14
Présentateur

Souvent, les sportifs disent que c'est dans l'échec qu'on va construire les futures victoires. Vous, c'est dans l'échec que vous allez construire vos futurs livres, vos futures réflexions.

2:25
Invité

C'est ça, mais je pense que c'est humain. En fait, on a dans les moments les plus difficiles, on parle d'une course de vélo, il n'y a rien de dramatique. Mais on a besoin de se valoriser, de trouver quelque chose de positif. Et moi, la manière de transformer cette chose négative qui est un échec sportif en quelque chose de positif, c'est de créer quelque chose à partir de ça.

2:47
Présentateur

Alors, vous tirez de votre expérience cycliste une conclusion. Je vous cite, nous sommes des êtres solitaires qui devons vivre ensemble. Le problème, c'est que c'est compliqué. On s'en rend compte particulièrement en ce moment. En quoi le peloton, en l'occurrence, est à l'image de la société ? Parce qu'un peloton... Le peloton, c'est le groupe de cyclistes. Dans une course, pour ceux qui sont vraiment ignorants des choses du cycliste.

3:06
Invité

Pour expliquer, le peloton, quand on regarde le Tour de France, c'est cette masse un peu étrange de cyclistes dont on veut tous s'échapper. Pour gagner, il faut réussir à s'échapper du peloton. Mais justement, quand on est tout seul, par des phénomènes d'aérodynamisme, parce que la force d'un individu face à la force du groupe n'est rien, le vent vous ramène très vite au peloton. Le peloton revient sur vous très facilement. Et donc, ça peut être extrêmement agaçant. Et on peut se dire, peloton, je vous ai, de la même manière qu'à Noël. Certains peuvent se dire famille, je vous ai. Ou société, je vous ai, en ces temps de Covid, peut-être.

Et pourtant, ce que je dis, c'est que le peloton, on peut le détester. Et en même temps, on se rend assez vite compte que sans peloton, sans famille, sans société, on n'est rien. Il n'y a pas de coureur cycliste sans adversaire. Il n'y a plus de course s'il n'y a pas d'adversaire. Et de la même manière, il n'y a pas d'humanité sans société.

4:04
Présentateur

On a besoin des autres, donc. Et particulièrement, vous, coureurs cyclistes, quand vous êtes échappés. Vous êtes échappés avec d'autres coureurs. Vous avez besoin d'eux pour résister au peloton. Mais en même temps, à un moment, s'il y a trois échappés, par exemple, il n'y en a qu'un seul qui va gagner. Là, il y a une tension extrême. C'est ça.

4:23
Invité

De loin, on peut avoir l'impression que le cyclisme, c'est un peu un sport de machine simplement bonne à appuyer sur les pédales. C'est beaucoup plus compliqué que ça. Il y a toute une part stratégique. Et effectivement, dans une échappée, il faut finalement transformer nos adversaires en coéquipiers. S'entendre avec ses adversaires, coopérer entre coureurs qui ont des intérêts divergents pour essayer de résister au retour du peloton, justement, et se disputer la victoire. On est toujours sur une corde raide parce qu'au bout du compte, on reste adversaire. Et en fait, je dresse le parallèle avec notre attitude, notre société face à la question du réchauffement climatique, notamment.

On est comme si... Comme ça t'échappait. On doit coopérer. On devrait coopérer. On se rend compte que souvent, on a du mal à coopérer. Mais pourtant, il faudrait mettre de côté, au moins pendant un temps, son intérêt personnel pour penser aux biens collectifs et faire quelque chose contre le réchauffement climatique, notamment.

5:21
Présentateur

Tout ça avec parfois ce qu'on appelle des injonctions contradictoires, des demandes qui peuvent être contradictoires. Vous avez des oreillettes, les coureurs cyclistes, dans lesquelles votre directeur sportif vous parle. Des conseils ou des ordres. Et puis, il y a votre instinct. Et vous êtes dans la course. Il peut y avoir collusion entre les deux. Il peut y avoir choc.

5:40
Invité

Bien sûr, parce que voilà, il y a des commandements qui nous viennent d'en haut, qui peuvent parfois être justement très rationnels. Et en fait, on se rend compte que sur le terrain, ce n'est pas la rationalité qui parle. C'est l'instinct et parfois, oui, le bon sens commanderait de faire ça. Mais dans les faits, on sent qu'il faut faire autre chose.

6:00
Présentateur

Il y a un libre arbitre pour le coureur à ce moment-là ? Comme il y a un libre arbitre pour l'individu dans la société à qui on demande de faire plein de choses qui parfois sont contradictoires.

6:08
Invité

Justement, on est toujours un peu malmené par toutes ces injonctions qui nous viennent. Mais au bout du compte, oui, il y a le libre arbitre. On ne peut pas le faire taire. On ne peut pas le mettre sous cloche. Et il résiste toujours. Ça, j'y crois. Donc, vous faites partie de ces coureurs qui défendent ça et qui peut-être parfois arrachent leur oreille.

6:26
Présentateur

C'est arrivé ?

6:27
Invité

Voilà, je ne sais pas s'il faut que je le dise avec une si large audience. Mais oui, ça m'arrive de ne pas écouter forcément ce qu'on me dit à l'oreillette. Après, de toute façon, l'importance de l'oreillette est vraiment surévaluée. Parce que la plupart du temps, avec le public, on n'entend pas tout simplement ce qui est dit. Mais en tout cas, je crois beaucoup à l'intelligence du coureur. Et je crois beaucoup à l'intelligence des individus, de manière générale.

6:49
Présentateur

Alors, ce qui explique cette tension, dites-vous, entre l'individu et le collectif, c'est l'égoïsme. Et vous faites un éloge assez surprenant de l'égoïsme du champion. Vous écrivez, l'idéologie sportive, telle qu'elle s'est développée depuis bientôt deux siècles, repose sur un discours d'assujettissement de l'individu au groupe. Le résultat est secondaire, écrivez-vous. Ce qui compte, c'est la manière, la beauté du geste, la capacité à faire corps avec ses partenaires, avec ses supporters et même avec son adversaire. Ce type de discours m'a toujours mis mal à l'aise. Vous réhabilitez, en quelque sorte, l'égoïsme du champion ?

7:25
Invité

Je trouve qu'il y a effectivement une forme d'hypocrisie à mettre toujours en avant ces valeurs du collectif. On l'entend énormément dans le sport, l'équipe et dans le vélo en particulier. L'équipe est plus importante que tout et on l'entend, ce type de discours, dans notre société en général. Mais en tout cas, on se rend compte que ça ne marche pas. Dans tous les cas, ça ne marche pas. Et surtout, par rapport au sport, pour moi, ce n'est pas l'essence du sport. L'essence du sport, c'est de gagner.

7:52
Présentateur

Et c'est un vernis, en fait ? C'est un vernis marketing ?

7:56
Invité

Ça me semble être un vernis et c'est pour ça que j'essaie de réhabiliter ce concept d'égoïsme qui est connoté, évidemment, assez négativement dans notre société. Et pour lui redonner aussi une valeur positive. L'égoïsme, je l'entends vraiment d'une manière particulière. Ce n'est pas le nombrilisme, ce n'est pas moi, moi, moi. Ce n'est pas tourner sur soi. C'est être, au contraire, à partir de soi, ouvert sur le monde. Mais à partir de soi, c'est quand même considérer que le fait premier, c'est d'être un individu.

8:30
Présentateur

Donc, ce n'est pas le bal des égaux auquel le sport professionnel nous a quand même habitués ces dernières années, parfois.

8:37
Invité

Je trouve que le sport moderne, en fait, il est balancé entre deux excès. Un discours, un vernis, comme vous dites, effectivement, du discours du collectif. L'important, c'est de participer, l'entraide.

8:51
Présentateur

On est une équipe, on est tous copains, alors qu'en fait, on se tire dans les pattes ?

8:54
Invité

Pas forcément on se tire dans les pattes, mais en tout cas, on a des intérêts propres. Et à l'inverse, oui, un star system, un hyper-individualisme que je critique aussi. Et je trouve qu'il faudrait plutôt essayer de trouver un juste milieu, quelque chose d'un peu plus honnête, qui soit de dire qu'on est des individus, donc l'égo, ça existe. En fait, on a des intérêts propres, mais par contre, pour que ces intérêts propres soient satisfaits, il faut rentrer dans des relations en toute honnêteté, en toute authenticité, des relations saines avec les autres autour de nous. Je ne dis pas que l'égo est l'alpha et l'oméga de notre société.

Au contraire, l'égoïsme est un fait, mais c'est aussi inévitable et indispensable de rentrer en société.

9:46
Présentateur

Il y a, je le disais, un discours de vérité dans votre livre Guillaume Martin. Vous racontez notamment cet échappé avec un équipier, que vous allez aider à remporter une course. Et vous êtes peut-être surpris par votre propre réaction une fois la ligne franchie. Vous n'avez pas gagné, mais vous l'avez aidé à gagner. Et vous êtes déçu.

10:03
Invité

C'est plus compliqué que ça. Je suis déçu, effectivement, de ne pas avoir gagné. Et en même temps, il y a de la joie. Mais j'ai réfléchi ensuite de quel type était cette joie. Est-ce que c'était vraiment la joie du fait qu'il l'ait gagné ? Ou est-ce que, justement, il n'y avait pas une forme d'égoïsme derrière ça ? Est-ce que ce n'était pas par procuration que j'avais gagné ? Donc là, on retombe sur une forme d'égoïsme. Ou est-ce que ce geste que j'avais fait, j'étais amateur. Donc, c'était sur un championnat du monde. Et je m'étais montré comme quelqu'un de très... Un très bon coéquipier. Donc, je pouvais attirer l'œil aussi de recruteur. Donc, il y avait aussi un intérêt derrière.

Donc, j'ai réfléchi réellement, en fait, aux inspirations profondes de nos comportements en apparence altruistes. Et en tout cas, ce jour-là, je me suis rendu compte qu'il y avait une part d'égoïsme au fond.

10:59
Présentateur

Et je l'ai admis, en fait. Et je l'ai admis. On ne peut pas dire ça. J'ai le souvenir d'un skieur, il y a quelques années, qui avait vu l'un de ses coéquipiers remporter la course. On lui pose la question, est-ce que vous êtes heureux pour lui ? Il dit, non, moi, je ne suis pas premier. Voilà, je suis déçu. Il s'était fait descendre, notamment sur les réseaux sociaux. Ce n'est pas un discours qu'on peut tenir. Oui, je crois qu'il avait même été mis à l'écart de l'équipe de France de ski.

11:22
Invité

Si vous n'avez pas pu participer à l'épreuve par équipe. Oui, je trouve ça dommage, en fait, qu'on ne puisse pas reconnaître simplement qu'on est humain. C'est simplement qu'on est humain. Il ne faut pas croire que les champions sont des êtres supérieurs, coupés de l'humanité, et des héros ou des saints. Non, on reste des humains.

11:49
Présentateur

Alors, vous plaidez, Guillaume Martin, pour un égoïsme authentique, pour la resolidarisation. Qu'est-ce que ça veut dire, la resolidarisation, entre les individus ? Ça veut dire être solidaire, ou c'est plus compliqué que ça ?

12:02
Invité

C'est plus compliqué que ça. Déjà, c'est un néologisme. Là, pour le coup, j'ai fait de la philosophie en inventant des mots un peu barbares pour dire au bout du compte des choses assez simples et de bon sens. Resolidarisation, pour moi, c'est à l'opposé de la solidarité. Justement, la solidarité, c'est cette belle valeur qu'on vante dans nos sociétés, et finalement, dont on se rend compte qu'elle a peu d'efficace. Enfin, on s'en rend bien compte aujourd'hui. Et à la solidarité, je pose la resolidarisation, qui est une action. Resolidarisation. Et c'est quelque chose, avec l'heureux, je signale que c'est quelque chose qui est toujours à refaire, un ouvrage toujours à remettre sur le métier.

C'est rentrer dans des relations authentiques, s'efforcer de rentrer dans des relations authentiques avec les personnes qui nous entourent, et de manière la plus saine possible, la plus honnête possible, et pour construire des choses qui nous soient profitables, certes, mais dans le respect de l'autre. Il y a une notion de respect, évidemment, dans cette notion.

13:07
Présentateur

La question de la relation à autrui, elle prend tout son sens aujourd'hui, 24 décembre, beaucoup de Français ont passé le réveillon ce soir entre amis ou en famille, et se faire des cadeaux. Et vous nous dites, Guillaume Martin, la réflexion sur le don est la suivante, il n'y a pas de don gratuit dans le sport, pas plus qu'il n'y en a dans les autres strates de la société. Le peloton est un lieu de troc, pourquoi en avoir honte ? Il n'y a là rien de cynique. Il n'y a jamais de don gratuit, en fait.

13:33
Invité

Je vais déprimer tout le monde ce matin, je suis désolé. Mais là, je repars d'un texte de l'anthropologue Marcel Mauss, laissé sur le don, où il explique, à partir de l'étude de certaines ethnies, que tout don appelle un contre-don. En fait, là aussi, ce n'est pas de l'altruisme gratuit, c'est en fait quelque chose qui est prêté en vue d'un retour. Et il se rend compte que finalement, cette chose qui est prêtée, ensuite, on doit la rendre, mais avec intérêt. Donc, quand on fait un cadeau, ensuite, on oblige quelqu'un à vous faire aussi, de quelque forme que ce soit, un autre cadeau, et peut-être un plus beau cadeau encore.

Et moi, pour être tout à fait honnête, je suis toujours un peu gêné par cette période de Noël, ce grand potelage, pour reprendre un terme de Marcel Mauss, ce grand déballage festif. Et parce que je trouve que ça manque peut-être un petit peu d'authenticité. Alors, je ne dis pas qu'il ne faut pas fêter Noël, mais il faut peut-être essayer de le fêter de manière plus authentique, et pas simplement faire des cadeaux pour faire des cadeaux. En tout cas, ça m'angoisse un peu cette période, en vérité.

14:43
Présentateur

C'est un alibi pour ne pas faire de cadeaux ce soir, Guillaume Martin ?

14:47
Invité

Votre invitation était un alibi, je n'ai pas eu le temps, je devais venir ici, je n'ai pas eu le temps d'aller faire des cadeaux.

14:52
Présentateur

Les auditeurs d'Inter vous posent leurs questions, au 01 45 24 7000, Guillaume Martin, c'est Frédéric qui nous appelle de Pau. Bonjour Frédéric.

15:02
Invité

Oui, bonjour à tous, Guillaume Martin, bonjour. Vous êtes ce qu'on appelle un coureur à panache, et ça nous plaît beaucoup, mais on a l'impression que votre générosité a pu parfois vous coûter des victoires. Alors, j'aimerais savoir si vous pourriez devenir plus calculateur, et derrière cette question, il y en a une autre. Est-ce qu'en fin de compte, en cyclisme comme dans la vie, est-ce que les sournois ne l'emportent-ils pas toujours sur les naïfs ?

15:23
Présentateur

Un peu désabusé, Frédéric, merci pour votre question.

15:29
Invité

Je ne sais pas si je suis trop généreux. J'aime bien attaquer sur le vélo, et j'aime bien courir à l'instinct. Et les victoires que j'ai pu remporter depuis le début de ma carrière, à chaque fois, ça a été sur des moments où j'ai attaqué, à un moment donné, où à l'oreillette, on me disait plutôt d'attendre. Après, c'est vrai qu'il y a eu une évolution du cyclisme, on est sur un cyclisme de plus en plus scientifique, mais le sport de manière générale, la société de manière générale, est de plus en plus scientifique, il y a de plus en plus de protocoles, de plus en plus de calculs. Je n'ai pas envie de rentrer dans ce jeu-là.

Et surtout, je crois que par rapport à toute cette volonté de contrôle, de maîtrise, de science, de protocole, d'algorithme, il y a toujours une part d'humain qui résistera. Même si elle est très réduite, une part d'humain et d'instinct résistera. Et à mon sens, c'est elle qui fera toujours la différence. Ça, j'y crois profondément.

16:31
Présentateur

Question de Guillaume via l'application France Inter. Est-ce que Guillaume Martin étudie le profil psychologique de ses adversaires avant une course ? Si oui, est-ce que ça lui donne un avantage ?

16:44
Invité

Je ne le fais pas de manière consciente, rationnelle. De manière générale, sur une course, il y a beaucoup de choses qui se font sans qu'on s'en rende compte. Par contre, sans doute que ces considérations psychologiques, elles doivent rentrer en ligne de compte dans ma manière de me comporter sur le vélo. Il y a plein de choses. Le langage corporel aussi d'un cycliste, d'un adversaire, joue beaucoup quand on le voit.

17:14
Présentateur

Par exemple ?

17:15
Invité

Parfois, c'est des choses qu'à la télé, on ne voit pas forcément. Mais dans le peloton, on peut voir quelqu'un qui doudeline des épaules un peu plus qu'à l'accoutumée. Il y a des coureurs qui ont des styles particuliers. Et certains, ils peuvent ne jamais grimacer. et pour autant être à fond. D'autres peuvent grimacer énormément et pourtant être encore faciles. Ça, c'est des choses qu'on apprend à connaître parce qu'on se connaît, évidemment, entre adversaires. Il peut aussi y avoir une part de bluff. Il y a du bluff, mais c'est ça qui fait l'intérêt aussi du vélo. Il y a toute une part tactique, stratégique, qui est passionnante, de réussir à démasquer justement la part de bluff.

Et donc ça, c'est des choses qui se font plutôt sur le terrain au moment T que vraiment dans une analyse vidéo, par exemple.

17:58
Présentateur

Alors, beaucoup de réactions à vos propos ce matin, Guillaume Martin, notamment autour de l'égoïsme. Ce n'est pas forcément très surprenant. Renan qui nous dit sur l'égoïsme. Guillaume Martin confond l'essence du sport et l'essence de la compétition. Clément, qui suit bien le cyclisme, je ne suis pas d'accord avec l'égoïsme que vous décrivez le meilleur exemple et l'équipe de Julien Alaphilippe qui laisse sa chance à chaque individualité en ayant comme force le collectif.

18:27
Invité

Oui, mais parce que sans doute, chacun s'y retrouve à un moment donné. Chacun sait qu'en rentrant dans ce jeu collectif, il va à un moment donné gagner. À un moment donné, ce sera son tour. Et on rentre justement dans ce système de troc, de don contre don. Je te donne aujourd'hui pour que je reçoive demain. donc il y a une forme de rétribution forcément derrière ça. Ce que je critique, en fait, pour être plus clair, c'est cette idée qu'on pourrait être dans un altruisme parfait, qu'on pourrait être un saint et mettre totalement de côté ses intérêts personnels. Ça, je n'y crois pas. Pour des humains, je n'y crois pas.

19:09
Présentateur

Remarque de Bertrand également. Une société, donc le parallèle entre la société du peloton et la société dans laquelle on vit, une société mais pas la société car il n'y a pas de femmes. Le peloton est-il représentatif ? Les courses ne sont pas mixtes en cyclisme, en tout cas pas pour ces grandes épreuves comme le Tour de France, le Tour d'Espagne ou le Tour d'Italie.

19:27
Invité

Alors, il n'est pas encore assez, évidemment, mais ça va plutôt dans le bon sens. Mon équipe Cofidis va avoir une équipe Cofidis féminine à partir de l'an prochain. Là, on a fait notre premier stage justement en Espagne, tous ensemble. Ensemble ? Beaucoup de monde, tous ensemble. C'était la première fois ? Il y a une équipe féminine, une équipe masculine, une équipe handisport aussi depuis des années.

19:50
Présentateur

C'est la première fois que la préparation est en partie collective, commune ?

19:53
Invité

Oui, c'est la première année que l'équipe Cofidis féminine existe et donc sur le stage, on était tous réunis ensemble et vraiment sans différenciation. Il y aura un Tour de France féminin. Il y aura un Tour de France féminin à partir de l'an prochain. Il y a des épreuves mixtes qui commencent à exister aussi dans le vélo comme ça peut exister dans d'autres sports comme le biathlon et on voit que c'est toujours très spectaculaire et passionnant. Donc, ça va dans le bon sens. Après, je ne suis pas naïf. Je vois bien qu'il y a encore du boulot et que notamment la représentativité de le cyclisme féminin a encore du retard par rapport...

Il y a beaucoup moins d'argent par exemple dans le cyclisme féminin et j'appelle. Et de la même manière que dans la société, les femmes sont moins payées que les hommes. Donc, ça, il faut vraiment mettre la vitesse supérieure à ce niveau-là, bien sûr.

20:40
Présentateur

Et vous auriez pu écrire la même analyse en vous basant sur le peloton d'une course féminine ? Il n'y a pas de genre dans votre analyse ?

20:48
Invité

Ah non, non, non. Moi, je ne pense pas du tout qu'il y ait de... Oui, la question du genre... L'attitude des femmes dans un peloton et des hommes dans un peloton. Justement, psychologiquement, qu'il y ait des choses... Ou sociologiquement, des choses différentes qui se passent. Non, bien sûr que non.

20:58
Présentateur

Jean-Claude nous appelle de Bordeaux. Bonjour, Jean-Claude. Oui, bonjour. Nous vous écoutons.

21:03
Auditeur

Bonjour à vous deux. Eh bien, je voulais juste dire, là, je suis le fini de déjeuner avec mon épouse et nous vous écoutons religieusement et M. Martin en particulier. Et il donne une belle leçon d'humanité. Et en fait, dans les temps qui courent, vous nous donnez avec lucidité une bonne leçon de vivre ensemble avec tous nos défauts et toutes nos qualités. Et bravo pour ça.

21:33
Présentateur

Merci à vous, Jean-Claude. Pierre nous appelle également de Toulouse. Bonjour, Pierre.

21:39
Auditeur

Bonjour. Bien, écoutez, moi, c'est un peu le même témoignage. Je voulais dire que je ne savais pas qu'un jour, j'aurais vraiment très envie de lire un livre écrit par un chanson-critiste. J'ai non seulement envie de le lire, mais de le partager. Et j'apprécie énormément votre façon de voir, votre façon de parler. Je ne partage certainement pas tout. Mais en cette période, justement, où on n'entend parler absolument que de Covid, eh bien, je trouve que la notion d'espérance est très belle. En tout cas, merci, cher Guillaume.

22:11
Présentateur

Merci à vous.

22:12
Invité

Peut-être que je vais rougir après ces deux témoignages.

22:14
Présentateur

J'ajoute le témoignage de Solange sur l'application France Inter. Je me souviens avec émotion du Tour de France raconté par Guillaume dans le journal Le Monde. Son récit m'a permis de renouer avec cet événement que mon grand-père regardait chaque été et auquel, petite, je ne comprenais pas grand-chose. Aujourd'hui, je passe des heures devant la télé en juillet avec un plaisir fou. Et c'est un peu grâce à lui. Ça vous a permis, ces livres, ces chroniques, de tisser un lien avec le public différent du lien, si je puis dire, de l'émotion que vous pouvez susciter lorsque vous passez un col en tête ou lorsque vous portez un maillot de meilleur grimpeur, par exemple.

22:47
Invité

Ces messages me touchent, effectivement, parce que c'était en commençant à écrire Socrate à vélo et puis maintenant la société du peloton. C'était ma volonté de briser un peu les frontières. Il y a des a priori sur les cyclistes, il y a des clichés sur les sportifs. On va venir sur l'un de ces a priori dans un instant. Et finalement, on reste justement dans notre microcosse, mais on ne parle un peu qu'à notre public. Et moi, j'avais envie de faire éclater un peu ça. Et donc, ce livre, La société du peloton, il n'est pas destiné du tout à un public de sportifs ou pas exclusivement. bien sûr que les fans de vélo vont apprécier et vont voir certaines choses.

Mais je considère que c'est un livre qui peut parler à tout le monde. Et en tout cas, je crois fortement au fait notamment qu'on puisse à la fois être cycliste et faire des études et réfléchir ou à la fois faire un travail manuel et avoir des activités intellectuelles. Briser les frontières, je me bats pour ça.

23:48
Présentateur

Écrire des livres, développer une pensée, est-ce que c'est aussi une manière de répondre à la question à quoi je sers ? Parce que pédaler pendant des heures tous les jours, je ne sais pas si ça permet de répondre à cette question. Le témoignage de Tom Dumoulin ce matin dans le journal L'Équipe, grand champion néerlandais, vainqueur du Tour d'Italie, est assez frappant de ce point de vue-là puisqu'il a en fait connu une dépression qu'il a éloignée du peloton pendant plusieurs mois. Il revient en ce moment à la compétition et il explique qu'il a mis plusieurs mois pour trouver une réponse à cette question. Est-ce qu'être cycliste professionnel peut encore me rendre heureux ?

24:27
Invité

Des cas de dépression dans le sport et dans le vélo en particulier, il y en a eu pas mal ces dernières années. Donc oui, ça m'a fait aussi évidemment réfléchir en tant qu'individu. Mais après, je pense qu'on peut même pousser la réflexion très très loin. Dans toutes les professions, à un moment donné, cette question du sens, elle revient à dire à quoi bon ce que je fais ? Être cycliste, être animateur de radio, être boulanger, quoi que ce soit. Au bout d'un moment, on a besoin de se rattacher à un sens.

et alors moi, ce que j'ai trouvé, c'est un peu un paradoxe, mais là, je suis encore une fois un bon philosophe là-dessus, c'est de dire que le sport, le cyclisme, c'est tellement absurde, ça n'a tellement pas de sens que justement, on reconnaît que ça n'a de sens que celui que je lui mets. et donc, c'est un acte tout à fait volontaire, gratuit, de création de sens dans un monde qui, au bout du compte, n'en a pas forcément, enfin, je ne l'ai pas trouvé en tout cas. La question du dopage

25:29
Présentateur

revient aussi dans les interpellations au standard d'Inter et via l'appli France Inter. A-t-on gagné si on est dopé ? Comment l'humain gère intellectuellement le dopage ? Et puis, question de François, quid de la triche ? Dans le sport comme dans la vie, je renvoie au constat que Romain Bardet, autre champion français, faisait dans la presse il y a quelques jours en expliquant que les contrôles sont trop rares et que le niveau augmente d'année en année et que c'est étrange. Alors,

25:52
Invité

la question du dopage, moi, elle vient en conséquence justement de ce que je viens de dire précédemment sur cette question du sens. Pour moi, à partir du moment où justement on reconnaît que le sport c'est quelque chose qui est là pour presque d'un point de vue métaphysique donner du sens à la vie, si on ne respecte pas les règles, si on triche, si on casse la cohérence interne qu'on s'est construite, là, pour le coup, il n'y a plus de sens. On tombe dans des abîmes absolus et c'est extrêmement triste. Donc moi, c'est vraiment pour des raisons métaphysiques avant tout que je m'interdis de me doper.

Après, je ne suis pas naïf, je ne pense pas que tout le monde partage la même réflexion que moi à ce niveau-là et je suis bien conscient que le dopage doit continuer à exister dans le vélo. Mais en tout cas, je ne pense pas du tout qu'il soit généralisé comme il pouvait l'être il y a peut-être 20 ou 30 ans dans le cyclisme.

26:49
Présentateur

Merci à vous, Guillaume Martin. Bon entraînement peut-être aujourd'hui. Je ne sais pas si vous montez sur le vélo en ce moment.

26:54
Invité

Hier et ce sera plutôt demain pour digérer des agapes. Voilà, après le réveillon

26:59
Présentateur

de ce soir, cycliste professionnel évidemment, excellente saison 2022 que vous êtes en train de préparer pour les auditeurs d'Inter qui veulent aller plus loin. Je renvoie à ce livre publié chez Grasset La société du peloton Philosophie de l'individu dans le groupe. Merci à vous.

27:14
Auditeur

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