Prise de parole du Président Emmanuel Macron au Yerevan Dialogue forum.
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« Quand je regarde les huit dernières années, la croissance moyenne en Arménie est de 6%. »
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« Celle-ci ayant des financements qui s'élèvent à près de 4 milliards d'euros dans le sud Caucase. »
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« Ce que le moment arménien vient prouver, c'est qu'il y a un chemin démocratique que vous avez marqué dès 2018. »
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« Il suffit de voir votre littérature, l'histoire de votre langue, le chemin à travers les siècles pour se convaincre que l'Arménie a une trajectoire et une histoire profondément européenne. »
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Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Président du Parlement, Mesdames, Messieurs les ministres, Monsieur le Secrétaire général, Conseil, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, tout a été dit. Donc je vais essayer d'aller droit au but, parce que Monsieur le ministre des Affaires étrangères, puis Monsieur le Premier ministre, ont parfaitement décrit les enjeux au cœur de ce forum, et je ne voudrais pas ici les paraphraser. Monsieur le Premier ministre, je crois pouvoir dire... Ces deux jours en témoignent qu'il y a au fond un moment arménien.
Je l'évoquais hier en parlant à la communauté française, je peux ici le reprendre. Qui aurait imaginé, il y a 8 ans, et il y a même 4 ans, se retrouver à Erevan avec une réunion de la Communauté politique européenne, et donc plus de 40 chefs d'Etat et de gouvernements réunis, avec un sommet entre l'Union européenne et l'Arménie, ici même. Très peu de gens. Très peu de gens. Et donc quelque chose s'est passé. Et dans votre pays, qui a eu à vivre la guerre à l'automne 2020, nous nous en souvenons tous, qui était dans le doute extrême dans les années qui ont suivi, il est évident que quelque chose s'est transformé.
Ce que nous vivons là, c'est ce moment arménien, comme je l'évoquais, qui, au fond, vient sceller tout un chemin que vous avez ouvert, et ce qui est d'ores et déjà une réussite. D'abord, un chemin de paix. Vous l'avez parfaitement décrit. Je ne veux pas ici le reprendre. Mais vous avez fait le choix, en effet, de sceller une paix, d'avoir ce courage, cette audace, de trouver les voies et moyens de la paix avec l'Azerbaïdjan, et du sommet de Prague à l'automne 2022, au sommet de Washington à l'été 2025, de finaliser cette paix. C'était un mouvement courageux, je le disais, indispensable. Ceci est venu consolider aussi une véritable prospérité.
Quand je regarde les huit dernières années, la croissance moyenne en Arménie est de 6%. Elle est encore supérieure ces deux dernières années, ce qui est un chiffre remarquable qui montre à la fois la force de votre modèle, sa capacité à attirer, et vous avez parfaitement décrit à l'instant ce cycle vertueux de la paix et de la prospérité. C'est celui, au fond, maintenant, depuis un peu plus de 3 ans et avec une accélération cette dernière année que vous avez scellé.
Et donc, oui, nous avons un moment arménien, ce qui fait que l'Europe, aujourd'hui, discute en Arménie, que vous avez accueilli le huitième sommet de la communauté politique européenne, que vous vous êtes réinscrit dans le coeur de ce continent, et que le sommet qui s'est tenu ce matin entre l'Union européenne et l'Arménie vient justement consacrer des projets importants qui vont permettre d'être davantage présents sur le plan de l'investissement économique, du développement des infrastructures de communication ou de la sécurité.
Et donc, ce qui est en train de se passer dans votre pays était un mouvement anticipé par peu de gens, dans lequel nous avons cru dès le début, que vous avez sous-conduire avec beaucoup de courage durant ces dernières années et qui est une transformation profonde pour l'Arménie, une opportunité remarquable. Je souhaite ardemment que ce moment arménien s'accompagne aussi, si je puis dire, d'un moment caucasien, et que vous puissiez entraîner toute la région dans cette même aspiration. Et je crois que c'est aussi ce qui est en jeu aujourd'hui. En effet, j'ai pour cette région deux convictions.
La première, c'est que le sud caucase n'a pas vocation à être, en quelque sorte, un milieu d'empire qui se disputerait la région comme un dû ou comme un trophée, bousculé comme cette région l'a été à travers les siècles entre l'hégémonie des uns ou des autres. La deuxième, c'est que le sud caucase peut retrouver, et la carte de tout à l'heure le montrait très bien, une forme de centralité entre l'Europe, l'Asie centrale et le Moyen-Orient. Et que l'opportunité du sud caucase, c'est véritablement d'être, en effet, ce carrefour que vous avez évoqué pour l'Arménie, d'être ce corridor médian. Ceux-ci supposent de savoir rouvrir les frontières.
Et au fond, pourquoi j'espère et j'aspire dans ce moment caucasien, c'est que vos voisins aient l'audace de suivre le mouvement que vous avez eu. Et la bonne réponse à cette audace, c'est de poursuivre et de vous accompagner dans ce mouvement de paix, de démocratisation, de prospérité. C'est que les frontières s'ouvrent, toutes les frontières s'ouvrent et s'ouvrent complètement. Cette région, et c'est souvent insuffisamment vue depuis l'extérieur, a été trop longtemps et trop souvent hermétique, fermée.
Il faut donc, comme le relevé, si justement le regretté journaliste arménien de Turquie, qui dit Randink, casser le cadenas qui fait, je le cite, que des peuples proches sont encore des voisins lointains. Et c'est exactement ce qui est à l'oeuvre pour que ce moment caucasien puisse advenir, que les frontières s'ouvrent. En l'espèce, les frontières avec l'Azerbaïdjan, les frontières avec la Turquie et qu'il n'y ait aucune restriction avec la Géorgie. C'est ce en quoi nous croyons, c'est ce qui vient marquer aussi l'engagement des Européens.
Je le sais aussi, l'engagement du FMI, c'est ce qui accompagne aussi beaucoup des travaux de l'Agence française de développement dans votre pays et dans toute la région. Celle-ci ayant des financements qui s'élèvent à près de 4 milliards d'euros dans le sud Caucase. Mais, je le disais, ces frontières doivent s'ouvrir, elles ont commencé. Je veux saluer la levée par l'Azerbaïdjan des restrictions sur les échanges de biens avec l'Arménie et la réouverture progressive des voies logistiques entre les deux pays. Mais ça ne doit être qu'un début.
Nous nous sommes également réjouis quand la frontière entre la Turquie et l'Arménie a été ouverte pour laisser passer les réfugiés syriens ou l'aide humanitaire. Là aussi, ce fut un premier signal. Mais nous voyons combien il est important que la réouverture des frontières aille jusqu'au bout pour que ce moment caucasien puisse advenir. Et pour que, précisément, votre pays et toute la région soient au coeur du lien entre le Moyen-Orient, l'Asie centrale, l'Europe. Car c'est ça qui permettra pleinement de saisir toutes les opportunités économiques pour votre pays et pour la région.
Et c'est ce qui permettra pleinement d'avoir des routes de paix plutôt que des conflits d'empires dans le sud Caucase. Et c'est tout le défi qui est à l'oeuvre. Et c'est aussi pour cela que ce moment arménien que je suis ici pour saluer, pour accompagner modestement et dans lequel la France croit est en quelque sorte par lui-même plus grand que l'Arménie seule. Il vient poser les jalons d'une paix pour toute la région. Il vient poser les jalons d'un destin possible pour toute la région. Je sais que beaucoup ont longtemps pensé que le destin de l'Arménie ne pouvait être que sous l'aile prétendue protectrice de la Russie.
L'épisode de 2020, pardon, la guerre de 2020, avec ce que vous avez subi, ce que tant de familles ont vécu, les drames traversés, a montré que cette aile n'était pas si protectrice que beaucoup le pensaient. et qu'il suffisait que la Russie abandonna l'Arménie pour soudain se réveiller et voir qu'y compris les rêves les plus grands n'étaient plus possibles. Et en quelque sorte, tout le monde s'était habitué, et chacun avec en quelque sorte son protecteur dans la région, à ce qu'en effet, le Sud-Caucase reste une région protégée par les uns ou les autres, comme une rémanence de ces conflits d'empire passés.
Ce que le moment arménien vient prouver, c'est qu'il y a un chemin démocratique que vous avez marqué dès 2018, de paix choisie et réaliste que vous avez acté entre 2020 et 2022, et de prospérité possible sans hégémonie d'empire. C'est ce que vous avez démontré ces trois dernières années. Et tout ce qu'il faut souhaiter, c'est que toute la région suive ce mouvement qui passera par cette réouverture des frontières et la capacité à bâtir un chemin pacifique et respectueux entre tous les pays de la région et qui permettra à celle-ci d'être à nouveau ce corridor, ce lien, ce contact qu'elle doit être entre les régions évoquées d'Asie centrale, du Moyen-Orient et de l'Europe.
Et c'est pour ça, et je conclurai par cette remarque après avoir parlé de l'Arménie, du Sud-Caucase, c'est pour ça que je crois très profondément que la vocation de l'Arménie est une vocation européenne. Vous n'en avez pas l'exclusive, je crois aussi à cette vocation pour la Géorgie. Et je crois que la relation avec l'Azerbaïdjan doit être repensée et qu'elle doit être aussi généreuse, même si ce fut moins le choix de l'Azerbaïdjan ces dernières années. Mais je vais vous dire pourquoi je le crois très profondément pour l'Arménie. D'abord par votre histoire. Nous l'étions ce matin avec ceux qui m'accompagnaient.
Il suffit de voir votre littérature, l'histoire de votre langue, le chemin à travers les siècles pour se convaincre que l'Arménie a une trajectoire et une histoire profondément européenne. Mais parce que ce que l'Europe, je crois, dans le moment géopolitique que vous avez très bien décrit, M. le ministre, tout à l'heure, ce que l'Europe a apporté au monde nous lie très profondément et c'est que l'Europe est le partenaire le plus naturel de l'Arménie et du Sud-Caucase dans le moment que nous vivons. Notre Europe a vécu exactement, y compris dans sa partie la plus occidentale, ce que vit le Sud-Caucase depuis des siècles, des conflits d'empires.
Nous avons été pendant des siècles les spécialistes de la guerre civile à travers, pour citer ceux qui ont repris un terme des logistiques médiévales, ce qu'on appelait les translatio imperii. L'Europe s'est pensée pendant des siècles à travers des transferts d'empires et de la Grèce ancienne à l'Empire romain en passant par les Carolingiens. Faisant des sauts dans l'histoire, je pourrais convoquer les Bismarckiens, d'autres diraient les Napoléoniens jusqu'aux histoires les plus dramatiques du XXe siècle. L'Europe s'était toujours réunifiée jusqu'à 1945 par des histoires d'hégémonie, d'empires, de conflits territoriaux.
Et nous avons inventé, en sortant de la Deuxième Guerre mondiale, de ce drame, de cet effondrement moral, une créature politique inédite, respectueuse des uns et des autres, des souverainetés territoriales, des intégrités nationales, de la place de chacun. Nous avons inventé une conception possible qui réconciliait le concert des nations inventées et consolidées au XIXe siècle avec une paix durable. C'est ça, l'Union européenne. C'est une construction géopolitique inédite qui met un point final au transfert d'empires et aux logiques d'hégémonie et qui construit une logique respectueuse entre des Etats.
Et le Conseil de l'Europe est la sœur jumelle de cette Union européenne qui a inventé sur le sol européen une communauté de valeurs et de droits en se disant l'Etat de droit, les valeurs qui sont les nôtres, que nous avons oubliées durant les années qui avaient précédé ou les dernières décennies, nous a perdu et nous construisons une charte de repères communs. Ceci est un trésor. Ça l'est pour nous. Il a tenu ses promesses. Nous avons la paix la plus durable de notre histoire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Puis nous avons décidé de faire un marché, le marché commun, l'Union européenne.
Et maintenant, je l'espère, nous sommes en train de construire une puissance géopolitique et c'est le moment que traverse cette Europe. Et vous le voyez bien, l'Europe, en tant qu'elle est une construction non hégémonique, respectueuse, par nature, par ADN, est un allié naturel de la trajectoire que l'Arménie suit aujourd'hui. Tout ce que vous avez décrit là, M. le Premier ministre, tout à l'heure avec brio et que vous poursuivez, n'est pas possible.
en se mettant à l'abri d'une puissance ou d'une autre, que ce soit une puissance géopolitique ou la puissance de l'argent facile du moment ou la puissance d'une hégémonie d'un autre type qu'on voit venir au service d'une paix de court terme, ça n'est possible qu'avec une aventure comme l'Europe la poursuit aujourd'hui et veut la poursuivre avec vous, qui passe par le respect.
Et au fond, ce que nous avons ensemble, et c'est tout le message de la communauté politique européenne, et c'est, je crois, le lien profond entre l'histoire que vous êtes en train d'écrire ici que je souhaite pour le Sud Caucase et qui nous lie avec le reste de l'Europe, c'est le monde que vous avez décrit à l'instant, M. le ministre, de fracas, remet en cause l'ordre international établi sur le respect des règles, s'appuie sur le fait que dans beaucoup de nos pays, à cause de la crise démocratique que nous vivons, il y a un doute sur la légitimité voire l'efficacité de l'État de droit.
Et à côté de ça, beaucoup commencent à s'interroger sur la science et le commerce international est remis en cause, les uns par des aides excessives, les autres par des tarifs arbitraires. Vous l'avez dit en des termes pudiques, même ceux qu'on croyait nos alliés finissent par dire qu'ils préfèrent la loi du plus fort à la loi internationale.
Ce que nous avons à nous offrir à nous-mêmes et à offrir au monde, c'est une alliance nouvelle, une coalition d'indépendants qui croient dans l'ordre international, le respect de la règle, dans l'état de droit chez nous, dans le commerce libre et juste, dans la force de la science, à la fois pour penser la santé ou le climat et dans la nécessité de protéger nos démocraties, ceux qui l'accompagnent, des universitaires à la presse libre. Ceci, il y a dix ans, aurait semblé être une évidence. Aujourd'hui, c'est bousculé de toutes parts, mais cela se reconstruit autour de cette Europe large qui est celle de la communauté politique européenne.
Et c'est exactement ce que vous êtes en train de faire ici. C'est pourquoi, du moment arménien qui est le vôtre, au moment sud-caucasien que je souhaite, il y a, je le crois très profondément, un moment européen qui se bâtit, celui d'une puissance géopolitique nouvelle, prévisible, respectueuse, mais défendant les quelques principes que je viens d'évoquer. Parce que, devinez quoi, ce sont les seuls principes qui permettent la paix. Les seuls.
Il n'y a aucune paix qui peut se négocier dans quelques bureaux que ce soit si elle se joue sur la loi du plus fort, sur l'hégémonne d'un moment de l'un ou de l'autre, sur la menace, qu'elle soit celle des bombes ou des tarifs, sur l'invasion ou la violation du droit international. Il n'y a aucune paix durable qui existe sur la base des standards multiples où on expliquerait qu'au un, le respect du droit international est essentiel quand on regarde l'Ukraine, mais il pourrait être foulé des pieds quand on regarde le Moyen-Orient ou le Proche-Orient. Ceci n'est pas durable.
Il n'y a qu'une paix, celle qui précisément se fonde sur le respect du même ordre, celui que nous avons bâti aussi en 1945, qui était la charte des Nations unies, contemporaine du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne. les vieilles idées, parfois, ont du sens parce qu'elles nous rappellent qu'elles sont nées sur le drame et le chaos du siècle passé. Et nous avons le droit de résister au bégaiement de l'histoire. Et nous avons même le devoir collectivement de ne pas oublier, lorsque les vents mauvais reviennent sur notre sol, ce à quoi il nous avait conduit.
C'est pourquoi, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président, je suis très heureux d'être à vos côtés dans cette 3e édition du dialogue de Yerevan pour vous dire ma confiance et mon soutien au chemin que suit l'Arménie aujourd'hui, ma confiance, mon soutien à celui, je l'espère, que toute la région du Sud-Caucase va prendre dans votre foulée, celle de l'ouverture, de la paix, de la stabilité, de la démocratie.
Et ma conviction profonde que l'avenir de votre pays, de votre région se scelle avec cette Europe large, se construit avec cette Europe large, celle justement de nos principes, de l'état de droit, de l'ordre international, de la paix, de la liberté, celle dans laquelle nous croyons et qui est aussi celle qui a fondé l'amitié multiséculaire entre l'Arménie et la France. Je vous remercie.
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