Remise du Prix Simone Veil de la République française pour l’égalité femmes – hommes
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- 5:00D. HorvilleurChiffre
« Selon l'Unicef, aujourd'hui, dans le monde, 130 millions de filles ne vont pas à l'école, 650 millions de femmes ont été mariées pendant leur enfance. Tous les ans, 12 millions de petites filles rejoignent cette statistique. C'est-à-dire, selon les estimations, 23 par minute. »
- 14:10E. MacronChiffre
« Dans 41 Etats, l'homme continue d'être reconnu comme l'unique chef de famille. Dans 27 d'entre eux, la loi exige l'obéissance de la femme à son mari. »
- 15:00E. MacronChiffre
« 94% des hommes dans le monde participent à l'activité économique. Seulement 63% des femmes. Et cette proportion n'évolue plus depuis quelques années. »
- 15:50E. MacronChiffre
« Plus d'1 femme sur 3 a été victime de violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. »
- 16:40E. MacronChiffre
« 137 femmes, chaque jour, meurent sous les coups de leurs proches, le plus souvent leur conjoint. »
- 17:30E. MacronChiffre
« 200 millions vivent en ayant subi des mutilations sexuelles. 12 millions chaque année sont mariées de force avant leur 18e anniversaire. »
- 18:20E. MacronFait
« La France sera, comme elle l'est depuis plus de 2 siècles, de ce combat parce que la vocation de la France, c'est celle de l'universel, de l'émancipation. »
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... -D.
Horvilleur : Monsieur le président, mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les membres du jury, cher Jean et Pierre-François Veil, chère famille Veil, chers amis. Je me souviens, comme beaucoup d'entre vous, de ce 5 juillet 2017 où nous étions réunis dans la cour des Invalides pour accompagner votre mère, Simone Veil. Je me souviens de ce mouvement bouleversant où ses fils ont pris la parole l'un après l'autre pour la raconter comme personne ne pouvait le faire, au-delà de tout ce que nous savions d'elle, de tout ce que nous aimions d'elle, de ce qu'elle avait su incarner.
Vous avez évoqué, ce jour-là, un instant de vie, une toute petite anecdote, que j'aimerais, avec votre autorisation, répéter maintenant. Vous avez dit qu'un jour, alors que vous étiez à table, votre mère avait considéré que vous teniez des propos un peu trop misogynes à son goût et elle vous avait alors renversé une cruche d'eau sur la tête. Alors, bien sûr, nous avons tous souri en vous entendant évoquer cette scène, mais je dois vous avouer que ce petit clin d'oeil à la personnalité forte de votre mère, depuis, ne m'a pas quittée.
D'abord, je ne me cache pas qu'en bien des occasions, j'ai entendu, de la part de certains interlocuteurs, des propos qui m'ont donné très envie de m'emparer d'une cruche d'eau à mon tour, mais plus sérieusement, si j'ai si souvent repensé à ce geste, c'est qu'à mon sens, il nous apprend quelque chose d'elle, et plus largement, quelque chose de ce qui nous réunit ici aujourd'hui, et c'est comme si cette petite histoire illustrait un peu la responsabilité qui est celle de tout un chacun, de leaders, d'enseignants, de parents, de ne rien laisser passer, de réagir, de modeler ce combat de la dignité de tous, même dans les moments les plus anodins de notre vie et surtout quand il s'agit de faire grandir la conscience de la génération suivante. Et puis, c'est comme si cette anecdote racontait autre chose, comme une métaphore de ce que les femmes ont bien souvent été dans l'histoire. On les a ainsi souvent réduites, et si vous me permettez cette métaphore extrêmement triviale, au genre de la cruche.
C'est-à-dire qu'on les a placées en situation d'objet, sans propriété sur leur corps, sans moyen d'échapper à la fatalité imposée par la biologie ou par la tradition. Et les femmes sont encore très souvent perçues comme celles dont on dispose, comme la propriété d'un groupe, d'un clan ou d'un système qui ne fera pas d'elles des sujets de plein droit. Alors, certes, bien des choses ont changé, en tout cas, dans une partie du monde, et nous sommes ici nombreuses à pouvoir témoigner par nos actions, par nos fonctions, parfois par nos titres, de cette évolution, si bien que certains voudraient voir dans ce combat un engagement un peu dépassé, et d'autres, tout en reconnaissant la pertinence de cette lutte pour les droits des femmes, affirment qu'il ne s'agit pas d'une priorité dans l'ordre des actions à engager et que, dans un temps où d'autres violences frappent, où les discriminations sont si nombreuses, où le fondamentalisme tue, où les extrémismes prolifèrent, la question du droit des femmes serait comme secondaire ou ne relèverait pas de la même urgence.
Et tous ceux-là ne veulent pas voir combien, au contraire, la violence faite aux femmes et faite à d'autres raconte la même histoire et qu'à travers la condition des femmes se dessine une matrice, comme une sorte de répétition générale d'autres violences dont le corps des femmes est le théâtre premier. Car l'incapacité d'un système à faire de la place aux femmes raconte toujours son incapacité à faire de la place à l'autre, quel que soit le visage de cet autre. Restreindre leur accès au savoir ou au pouvoir, exercer un contrôle sur leur corps ou leur connaissance, constituent toujours un prélude à d'autres abus, à d'autres violences.
Et tant de récits et de contes et de légendes, au coeur de nos traditions, racontent cette histoire encore et encore. Et je pourrais en citer des dizaines, tirés des textes sacrés et tirés des littératures profanes, mais j'aimerais en évoquer un seul, un seul exemple ce matin, connu de tous ou presque, le récit des "Mille et une nuits". Cette légende ancestrale, elle dit en substance que nul ne viendra à bout de la violence sanguinaire s'il n'entend pas la voix d'une Shéhérazade, si ne résonne pas la voix d'un féminin qui fait entendre son histoire, la voix de ce qui reste à s'écrire, la voix de celle qui, par ses mots, apaisera tout un monde et le sortira de l'obscurité de mille et une nuits.
Et cette voix du féminin qui raconte son histoire, ce matin, c'est celle que nous nous apprêtons à honorer. Au nom de tous les membres du jury du prix Simone-Veil, je tiens à saluer l'initiative du président Emmanuel Macron qui, à travers ce prix et son engagement, fait de cette conscience du droit des femmes un témoignage pour le monde et pour les générations à venir. Ensemble, nous avons examiné plus de 100 propositions venues du monde entier et c'est avec une immense émotion que je peux maintenant vous révéler le nom de celle que nous avons choisie et vous parler de l'action qu'elle a entreprise.
Aujourd'hui, nous honorons Mme Aissa Doumara qui, depuis plus de 20 ans, se bat contre les mariages forcés et contre les violences sexuelles depuis son pays, le Cameroun, où elle est coordinatrice de l'association de luttes contre les violences faites aux femmes. Selon l'Unicef, aujourd'hui, dans le monde, 130 millions de filles ne vont pas à l'école, 650 millions de femmes ont été mariées pendant leur enfance. Tous les ans, 12 millions de petites filles rejoignent cette statistique.
C'est-à-dire, selon les estimations, 23 par minute. C'est presque une petite fille mariée de force toutes les 3 secondes. Les conséquences de ce fléau sont bien sûr multiples, notamment en termes de santé, d'éducation, et je pense que vous nous en direz un mot dans un instant.
Reconnaître en ce jour, ici même, l'action de Mme Aissa Doumara, c'est aussi, à travers elle, honorer toutes celles et ceux qui luttent contre ce drame humain et reconnaître qu'il est donné à chacun d'entre nous d'agir, de soutenir toutes celles et ceux qui, aujourd'hui, ont choisi d'écrire une autre histoire. Et c'est finalement dire que nous saurons être, à notre manière, les enfants de Simone Veil. Nous n'avons pas tous eu la chance de partager sa table ou sa carafe d'eau, mais nous avons la possibilité de partager ses combats, d'être fidèles à sa mémoire et de nous souvenir encore de ce 5 juillet 2017 où nous nous tenions dans la cour des Invalides pour réaffirmer combien reste valide ce combat qui est le sien, qui fut le sien, combien il est essentiel et combien, dans les années à venir, encore et toujours, il sera le nôtre.
Merci à vous. (Applaudissements) (...) Au nom du jury du 1er prix Simone-Veil, j'invite maintenant Mme Aissa Doumara à s'adresser à nous. (Applaudissements) (...) -A.
Doumara : C'est avec beaucoup d'émotion et remplie de sentiments de gratitude que j'accueille cette marque de reconnaissance. C'est d'autant plus que ce prix est associé au nom d'une illustre dame. Une défenseure des droits des femmes, une défenseure des droits humains que le monde n'a jamais connue par ailleurs.
Mes hommages à la mémoire de Mme Simone Veil et à sa famille réunie aujourd'hui pour nous soutenir. Pour moi aussi, c'est une interpellation à suivre ses pas et à transmettre notre héritage commun pour la cause des femmes aux générations futures qui doivent continuer la chaîne des défenses des droits des femmes et des filles. Toute ma gratitude à Monsieur le président de la République française, son Excellence M.
Macron, pour ce beau geste, cette belle initiative et ce projet de reconnaissance des luttes des femmes, de la place de la femme comme être humain à part entière. Je remercie infiniment le jury d'avoir porté son choix sur ma modeste personne et d'avoir reconnu le travail des femmes, à la base loin d'ici, loin de cette contrée. Merci infiniment aux membres du jury.
Je fais également un clin d'oeil à mon époux pour sa générosité, sa patience d'avoir continué l'éducation d'une adolescente qui lui avait été confiée par ses parents, à mes enfants et à ma camarade amie de lutte, Mme Billé Siké, qui n'est pas aujourd'hui ici avec nous. Je remercie également toute notre équipe de l'association de lutte contre les violences faites aux femmes, les associations de dénonciations, les membres des clubs de filles, les femmes leaders, les filles leaders, qui sont la chaîne qui va continuer le combat que nous menons en ce moment. En tenant ce prix entre mes mains, il me revient à l'esprit toutes les histoires et tous les discours que j'ai écoutés auprès des femmes qui viennent tous les jours dans nos centres pour solliciter des appuis.
C'est l'histoire de cette petite que je pourrais nommer Adou, dont le mariage avait déjà été organisé à la veille de son entrée en classe de sixième. A peine, elle avait 12 ans. Et grâce aux actions de notre organisation, on a réussi à annuler ce mariage-là.
C'est également l'histoire de cette jeune dame, à peine 20 ans, qui, à cause des exactions des insurgés Boko Haram, a vu l'un de ses fils égorgé, ainsi que son époux où le sang de ces derniers a été recueilli dans un récipient et on l'a obligée à le boire. Et grâce aux interventions que nous avons menées, au bout d'une année, cette personne a pu reprendre goût à la vie et je suis très heureuse de ces petites histoires que je raconte, mais la question des violences faites aux femmes continue toujours, malgré les efforts qui sont faits par les gouvernements, à cause de plusieurs choses que nous allons relever ici. Mais je reconnais également que je me définis comme une militante née, parce que toute petite, j'ai déjà senti la différence et le traitement qu'on accordait à la petite fille que j'étais comme on le ferait aux garçons.
Et plus tard, lorsque j'ai été mariée, j'ai refusé de rentrer dans le schéma classique qui était destiné aux filles de mon âge, c'est-à-dire devenir ménagère, mère, épouse, au service de tous, sans penser à soi-même. J'ai refusé cela et j'ai continué mes études et je me suis engagée pour qu'aucune autre fille, aucune autre femme ne vive de la violence et ne soit obligée de faire la volonté de quelqu'un d'autre juste par pression, juste parce qu'elle est née femme. Je viens d'une contrée où les pesanteurs socioculturelles, le non-respect des droits des femmes ou la méconnaissance de ces derniers amène les femmes à vivre beaucoup de discriminations, dont certains clichés sont le viol, le mariage précoce et forcé, l'utilisation des filles et des femmes comme bombes humaines, avec la question sécuritaire qui s'impose par les coups.
C'est un sujet terroriste. Et ce que nous faisons tous les jours dans les espaces de prise en charge, dans les centres de vie de femmes, c'est de redonner goût à la vie, de restaurer tous les pouvoirs que ces dernières ont perdu à travers des actions de soutien, à travers des actions de sensibilisation, de renforcement de capacités et le plaidoyer pour que la situation socio-juridique des femmes soit reconnue en tant que telle. A toutes ces survivantes, les rescapées de Boko Haram, les femmes et les filles du monde entier, je dédie ce beau prix.
Il est le mien et il est aussi le vôtre. M. le Président de la République française, honorables invités, je profite de cette tribune pour faire passer 3 messages.
Le 1er, c'est que la violence faite aux femmes et le mariage précoce et forcé sont intolérables et qu'il faudrait faire tout pour que ça cesse à travers des actions de prévention et tout le monde doit s'y mettre. Le 2d message concerne la réponse pour pouvoir atténuer ou éliminer ces violences. Pour moi, le travail doit être fait de manière multisectorielle et holistique.
On doit pouvoir travailler à la fois sur les questions de santé, les questions d'éducation, les questions d'infrastructure, les questions de sécurité, toutes ces choses-là doivent être faites de manière holistique et globale, afin d'apporter une réponse complète. Et le 3e message, c'est par rapport au financement des activités et des actions en faveur des droits des femmes et des filles. Nous reconnaissons tous que ce secteur-là reçoit moins de ressources et il faudra que les gouvernements et toutes les personnes qui sont concernées par ce sujet-là s'impliquent pour qu'il y ait plus de financement pour ces activités-là.
Je souhaite vivement que cette initiative qui est née ici soit reprise par les gouvernements des autres pays pour que la cause des femmes, la lutte contre les violences faites aux femmes, soient érigées en cause nationale par tous les gouvernements du monde entier parce que le cliché qui vient de ma loi, de ma contrée, de mon pays, le Cameroun, est le même qu'on retrouve à travers toutes les parties du monde à des degrés très différents. Peut-être que je pourrais dire quelques mots sur le mariage précoce et forcé, parce que c'est une problématique sur laquelle nous travaillons depuis très longtemps et pour moi, ce n'est pas juste et ce n'est pas normal qu'un protecteur, qu'une famille, que la communauté décide de confier des charges qui sont plus élevées, à porter par une petite fille, de l'obliger à rentrer dans une union où elle n'est pas encore préparée, parce que si elle y va, elle sera détruite, et les conséquences sont tellement énormes, qu'on ne pourrait pas toutes les citer même si on passait toute une journée ici. Je termine mon propos en formulant un rêve, celui d'un monde sans violence, où toutes les filles et les femmes, tous les hommes et les garçons, pourront vivre ensemble en toute égalité et dans le respect mutuel, où ils pourront exprimer leur libre-arbitre sans être réprimés juste parce qu'ils sont des êtres humains, sans être jugés, sans être considérés comme étant une fille ou un garçon.
Ce prix que nous avons reçu nous permettra de réaliser les actions de notre plan de travail, de poursuivre nos projets en faveur de la mise en place des textes de loi spécifiques aux violences faites aux femmes qui n'existent pas encore dans notre pays. Et nous allons travailler avec tous les réseaux qui sont mis en place pour pouvoir avancer cette cause-là. Nous allons également construire un centre pour les femmes parce que l'espace dans lequel nous travaillons n'est pas assez grand, mais il produit des miracles et des grandes choses.
Nous allons avoir assez de ressources pour pouvoir construire un centre complet de prise en charge des cas de violences faite aux femmes et aux filles. Et nous allons continuer tous nos projets de recherche qui nous permettront d'améliorer nos méthodes d'intervention et d'apporter de la joie, de restaurer tous les pouvoirs aux femmes et aux filles qui vivent les situations de violence. Je vous remercie. (Applaudissements) (...) -E.
Macron : Chère Aissa Doumara, mesdames, messieurs les ministres, mesdames, messieurs les parlementaires, mesdames, messieurs les ambassadeurs, chère Delphine Horvilleur, chers membres du jury du prix Simone Veil, cher Jean, cher Pierre-François, chère famille, mesdames et messieurs. Je suis très heureux que nous ayons aujourd'hui l'occasion, en effet, de nous retrouver pour ce 1er millésime et cette 1re remise du prix Simone Veil de la République française. Et merci d'avoir rappelé l'émotion des Invalides, en effet, à l'été 2017.
Je me souviens, celle, vibrante, brûlante, de juillet 2018 au Panthéon et tout un pays qui vibrait à la mémoire des combats de Simone. Et ce visage qui est derrière moi, on retrouve tout à la fois une forme de conviction dure et de mélancolie profonde, qui est cette espèce d'alliage unique qu'elle portait à mes yeux. C'est celui d'une femme, d'une voix, qui n'a jamais voulu céder.
Qui n'a pas cédé au silence lorsque quelques-uns purent revenir des camps et qui toute sa vie s'est battue pour la mémoire, contre l'antisémitisme et pour un combat sans fin, malheureusement. Qui, jamais, n'a décidé de se résigner lorsque la bêtise sous toutes ses formes s'élevait. Et qui, après et en même temps, si je puis dire, qu'elle se battait pour la mémoire de la Shoah et la lutte contre l'antisémitisme, s'est battue constamment pour le progrès de notre Etat de droit comme ministre, comme juge, qui s'est battue pour la condition de détention dans les prisons, l'accompagnement du handicap, la protection de l'enfance, qui s'est battue avec force pour notre Europe, constamment, au nom de ces mêmes valeurs et qui s'est battue, oui, vous l'avez rappelé, pour les femmes. "Ce que les femmes peuvent et doivent espérer", disait-elle, "c'est la liberté de choix".
Alors, cher Jean, je veux d'abord vous rassurer, chacun d'entre nous, chaque jour, mérite à coup sûr, à plusieurs reprises, cette carafe d'eau sur la tête. (Rires) Moi le premier. Parce qu'il y a quelque chose d'un combat qui ne s'arrête jamais et qui ne cède devant aucun détail, c'est ce que vous avez rappelé en utilisant l'anecdote.
Et elle a quelque chose d'innocent lorsqu'on parle d'un déjeuner de famille et peut-être y a-t-il d'autres membres de la famille plus exemplaire que d'autres, si j'ai compris le dissensus familial qui s'installe en gestes sous mes yeux. Mais indépendamment de cela, ce que le combat de Simone Veil et de tant d'autres présentes et présents ici dans cette salle aujourd'hui a...
Au fond, d'irréductible, d'intraitable, c'est que c'est un combat pour la dignité. Pour la dignité des femmes et avec elle, comme vous l'avez rappelé, la dignité des hommes. Un combat consistant à faire comprendre que, quand la dignité de l'une est altérée, réduite, méprisée, sous-estimée, c'est la dignité de l'autre qui alors ne peut plus vivre.
Et il y a dans l'intransigeance, en quelque sorte, du combat qu'elle portait, cette part de vérité qui est que, dans le moindre détail, la part de négation, de réduction de l'autre, peut resurgir. Et c'est aujourd'hui avec beaucoup de reconnaissance pour le combat qu'elle a porté, que beaucoup après ont porté, que je veux ici remettre ce prix. La légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, le remboursement de la pilule, la dénonciation des inégalités professionnelles et du sexisme qui empreignent la société, la revendication de l'indépendance financière et de l'autonomie conjugale des femmes, la reconnaissance et la condamnation des viols massifs en ex-Yougoslavie dans les années 90, le combat pour la parité...
Il y a tant et tant de combats qu'elle a, sans relâche, menés pour cette cause. Et puis, ce symbole, qu'elle a porté, réconciliant 2 luttes : être la 1re femme présidente du 1er Parlement que l'Europe se donna. Alors, pour toutes ces raisons, ce combat qu'elle a porté, je veux remercier les membres du jury d'avoir examiné ces 100 propositions et d'en avoir choisi une.
Mais derrière toutes ces propositions que vous avez examinées, c'est évidemment un travail de reconnaissance, mais aussi, bien souvent, de protection que vous avez conduit. Parce que s'intéresser à telle ou telle femme qui se bat dans tel ou tel pays ou à telle ou telle association, ou tel homme pour ce même combat, c'est lui apporter out à la fois la reconnaissance que nous lui devons dans la filiation du combat de Simone Veil et la protection, celle de l'intérêt porté par la communauté internationale par un prix tel que le nôtre. Ce qui est essentiel.
Et il fallait, pour cette 1re édition du prix Simone Veil de la République française, une personnalité emblématique qui ouvre avec éclat la lignée des femmes qui, chère Aissa Doumara, vous succéderont comme lauréates de ce prix. Et vous vous inscrivez, aujourd'hui, dans cette filiation de combat que je viens de rappeler. Votre combat, pour lequel vous venez de témoigner avec humilité, celui contre les mariages forcés et précoces, contre les violences sexuelles faites aux femmes, c'est un engagement de plus de 20 ans au service des femmes dans une région où l'aide que vous leur apportez est bien souvent une question de survie.
C'est un combat qui a été mené pendant des décennies dans le silence, parfois l'opprobre. Parce que, vous aussi, vous vous êtes indignée et vous n'avez pas cédé. Et à cet égard, votre combat et votre personnalité, aujourd'hui reconnue, c'est, je dois le dire, pour nous tous un exemple.
Un exemple de courage, d'abord. Courage de remettre en cause le poids des héritages, d'affronter les préjugés et la réprobation de la société. Tout ce que vous avez dit est d'évidence dans cette salle.
Tout ce que vous avez fait était un combat contre les évidences, là où vous l'avez fait, au moment où vous l'avez commencé. Et c'est là où votre courage est un signe. Courage de dénoncer l'injustice, de briser le silence.
Silence qui est chargé de beaucoup de complicité. Courage malgré les menaces, malgré la terreur, d'accueillir les victimes de la barbarie de Boko Haram. Puis, c'est un exemple de persévérance car, oui, il faut une infinie persévérance pour lutter comme vous l'avez fait, comme vous le faites, au milieu des dangers, au mépris des risques depuis tant d'années.
Oui, il faut une inépuisable détermination pour accompagner les survivantes des viols, des mariages forcés, pour les aider à se reconstruire, à retrouver l'estime d'elles-mêmes après avoir vécu le pire, à leur permettre cette résilience dont vous nous avez parlé, pas à pas, dans le temps, à retrouver le chemin d'une vie ensemble. Et puis, un exemple de lucidité. Lucidité de comprendre que tout se tient, que si l'on veut mettre fin à ce fléau des violences contre les femmes, il faut éduquer, sensibiliser, prévenir, ce que vous venez à l'instant de nous rappeler.
Qu'il faut s'attaquer à des représentations profondément enracinées dans l'histoire, la culture, la religion. Lucidité de comprendre que le meilleur rempart contre les mariages précoces des jeunes filles consiste à leur donner des opportunités, des moyens construire leur autonomie, que c'est un combat qui passe par la santé. La santé des mères, par l'éducation.
L'éducation des jeunes filles. Par l'ensemble de ces actions tout au long de la vie. Le prix qui vous est remis, madame, et qui, à travers vous récompense toutes celles et ceux qui travaillent à vos côtés, permettra à votre association, par sa dotation, de multiplier ses actions au bénéfice de plus de femmes et d'accéder à ces quelques rêves simples d'action que vous venez d'évoquer.
De promouvoir votre modèle de lutte contre les violences et les mariages forcés à d'autres territoires d'Afrique, au moment même où tant de ces territoires sont en train d'être bousculés par un obscurantisme qui revient. Aussi la France est-elle fière que vous soyez, chère Aissa Doumara, la première lauréate de ce prix Simone Veil de la République française. Mais je veux ici, comme en écho à vos interpellations et à ce que vous avez dit, Mme la présidente du jury, vous dire combien ce combat que nombre d'entre vous et que vous-même portez prend, sans doute aujourd'hui, encore plus de sens, de force, et implique de notre part encore plus d'engagement.
Les forces conservatrices, la violence totalitaire sont de retour. Et l'obscurantisme, dans nombre de régions du monde, renaît ou reconquiert du territoire. Il nous faut à la fois mener la lutte indispensable contre les préjugés, les culturalismes qui conduisent au pire et, dans le même temps, résister, reconquérir ces territoires qui basculent.
Aujourd'hui, dans le monde, dans 41 Etats, l'homme continue d'être reconnu comme l'unique chef de famille. Dans 27 d'entre eux, la loi exige l'obéissance de la femme à son mari. Dans plus de la moitié des pays de la planète, l'accès des femmes à certains emplois demeure interdit.
Et même quand l'égalité est de droit, elle n'est que très rarement de fait. 94% des hommes dans le monde participent à l'activité économique. Seulement 63% des femmes.
Et cette proportion n'évolue plus depuis quelques années. L'écart de rémunération reste quant à lui considérable. 23% en moyenne dans le monde.
Dans de nombreuses régions du monde, les filles ont un accès moins grand à l'éducation que les garçons. Seuls 2/3 des pays ont ainsi atteint la parité entre les sexes dans l'enseignement primaire. Moins de la moitié dans l'enseignement secondaire.
Avec cette conséquence insupportable : près de 150 millions de filles, aujourd'hui, ne sont pas scolarisées. Mais le symptôme le plus intolérable de l'inégalité entre les sexes, le coeur de votre bataille, c'est la violence qui frappe les femmes partout dans le monde. Une violence qui se déchaîne dans les zones de conflit où, parce que les interdits et les digues morales disparaissent, le viol et l'esclavage sexuel deviennent une barbarie ordinaire où l'on s'attaque au corps des femmes pour terroriser la population, briser les familles, détruire les communautés, changer la composition ethnique ou religieuse d'un territoire, aujourd'hui, maintenant.
Ce sont les territoires ravagés par Boko Haram ou Daesh, ce sont d'autres territoires à l'autre bout du monde, comme la Birmanie. En ce moment même, plusieurs centaines de milliers de femmes sont victimes de ces violences sexuelles en temps de guerre. C'est aussi une violence qui fait rage par temps de paix.
Plus d'1 femme sur 3 a été victime de violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. 137 femmes, chaque jour, meurent sous les coups de leurs proches, le plus souvent leur conjoint. 200 millions vivent en ayant subi des mutilations sexuelles. 12 millions chaque année sont mariées de force avant leur 18e anniversaire.
Cette chronique que je fais là dit simplement une chose : tout cela, c'est maintenant. Et tout cela, ce sont dans des pays en guerre, dans des pays basculés par l'obscurantisme et dans nos pays. Dans nos pays.
Parce que votre combat, c'est un combat à dupliquer, répliquer, adapter à chacune de nos sociétés où le silence s'était installé, où la complicité s'était installée. Mais derrière ces chiffres, il y a des visages, des vies, des prénoms, des traumatismes comme ceux que vous avez rappelés. Il y a des vies.
Beaucoup de femmes sont en 1re ligne dans ce combat et beaucoup sont ici présentes dans cette salle. Mais c'est la société tout entière qui doit s'y mobiliser. C'est toute la société et en particulier les hommes qui doivent rejoindre les rangs de cette bataille morale, politique, profonde.
Il y a quelques jours ici, nous recevions le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, l'un des 2 prix Nobel avec Nadia Murad, et il rappelait lui-même, il exhortait les uns et les autres en disant que ce combat ne serait gagné que si nous arrivions à construire une nouvelle masculinité plus respectueuse de l'autre, c'est-à-dire une conversion profonde dans chacune et chacun. Ce combat, c'est une série d'actions que nous devons conduire et pour lesquels nous devons nous mobiliser. La France sera, comme elle l'est depuis plus de 2 siècles, de ce combat parce que la vocation de la France, c'est celle de l'universel, de l'émancipation et c'est pourquoi j'ai décidé que ce combat pour les femmes serait le nôtre et serait la grande cause de ce quinquennat.
Ce combat pour l'égalité des droits entre les femmes et les hommes, ce combat contre les violences faites aux femmes, ce combat d'égalité et de dignité. Pour cela, nous agissons au niveau national. Je suis fier que nous ayons le gouvernement et l'Assemblée la plus féminine de l'histoire de notre pays.
Fier que nous ayons adopté une loi qui impose des amendes aux entreprises qui refusent de mettre fin aux écarts de salaires. Fier de mener, avec les ministres ici présents, une action déterminée, résolue contre toutes ces formes de violence grâce à la création du délit d'outrage sexiste, menacer, suivre ou intimider des femmes dans la rue est désormais passible de lourdes sanctions. Avec l'allongement des délais de prescription pour les crimes sexuels sur les mineurs, nous faisons reculer l'impunité.
Depuis août 2018, nous sommes aussi entrés en guerre contre le cyber-harcèlement et nous ne lâcherons rien de l'application ferme et rigoureuse de ces textes. Ce sont des actions qui engagent tout le gouvernement dans tous les domaines. Et pourtant.
Et pourtant, en France, aujourd'hui, il y a encore tant et tant à faire. Il y a encore, et l'actualité récente l'a montré, le pire de ces violences qui s'exercent dans notre pays. Est-ce la loi qui est là à changer à nouveau ?
Non. Ce sont des habitudes, des silences, des dysfonctionnements profonds, mais qui derrière, conduisent au féminicide, au pire. Et donc, sans relâche, nous continuerons dans notre pays à mener cette action et je veux le dire, ici, à chacune et chacun, il n'y aura plus de silence, plus de passe-droits, plus d'habitudes parce que ce dont nous avons besoin dans notre pays comme partout, c'est de ce ressaisissement moral que vous portez, madame, et que beaucoup, avec vous, portent aujourd'hui.
Ce combat, c'est aussi celui que nous voulons conduire au plan international. En effet, il est au coeur de notre action. Le ministre ici présent également et je l'en remercie, a ainsi élaboré une feuille de route pour nos ambassades et augmenté la contribution de la France à ONU Femmes.
La moitié de notre aide au développement qui connaît une hausse historique doit désormais contribuer à la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes et je veux vous annoncer ici que va être créé un fonds doté de 120 millions d'euros afin d'aider les mouvements en faveur des droits et de la condition des femmes. C'est la décision que la diplomatie française porte en l'honneur de cette 1re édition du prix Simone Veil. Ce fonds, qui sera la traduction internationale de la grande cause du quinquennat, permettra tout particulièrement de soutenir la lutte contre les violences et les discriminations, d'accompagner des actions comme la vôtre partout dans le monde.
Parce que je veux, à cette occasion, ici, très solennellement et avec force, dénoncer le calvaire de nombre de féministes emprisonnées parce qu'elles défendent simplement le droit des femmes. Dire ici avec force que nous prenons nos responsabilités à chaque fois qu'une militante féministe est menacée et que nous devons continuer de le faire en rappelant les noms, les visages, les causes. C'est ce que nous avons fait le 19 février dernier en intégrant symboliquement au Conseil consultatif pour l'égalité entre les femmes et les hommes du G7 l'avocate Nasrin Sotoudeh.
Avocate iranienne qui paye de sa liberté son combat courageux et nécessaire en faveur des droits des femmes. Sa chaise était vide mais son nom était là. Et je pense, en ce jour, à Loujain Al-Hathloul, en prison depuis 18 mois en Arabie Saoudite. (Applaudissements) (...) En prison simplement parce qu'elle avait critiqué le système qui place les femmes sous la tutelle des hommes, et qui est victime d'une campagne de dénigrement dans tous les médias de son pays.
Et j'exprime ici fortement l'espoir de sa libération prochaine. Nous prenons nos responsabilités et nous continuerons à les prendre. Nous les prenons aussi dès que l'agenda diplomatique nous le permet.
Comme vous le savez, depuis le 1er janvier, la France préside le G7. Eh bien, nous avons décidé de faire de cette année une année utile pour faire progresser le droit des femmes. Le 19 février dernier, j'ai ainsi demandé au Conseil consultatif pour l'égalité entre les femmes et les hommes réuni ici-même d'identifier les lois les plus favorables aux droits des femmes à travers le monde.
Ce travail effectué, une trentaine de bonnes lois sera proposée aux pays du G7 et à d'autres Etats de bonne volonté. Je ne veux pas de déclaration du G7 sur l'égalité des droits. Plus personne ne les lit.
Il se pourrait même que certains refusent de les signer. Non. Ce que j'ai demandé à ce Conseil consultatif, c'est, de manière très pragmatique, de réunir ce bouquet législatif et je demanderai alors à chacun de s'engager à adopter au moins l'une d'entre elles.
Je proposerai ensuite à tous les pays qui le souhaitent de s'engager eux aussi et, chaque année, nous nous réunirons pour vérifier que les engagements ont été pris parce que des luttes que vous portez, des luttes que Simone Veil a menées, nous avons retenu une chose : la constance, l'endurance, la capacité à tenir. En somme, par ce projet, c'est une véritable dynamique internationale en faveur des droits des femmes que nous entendons impulser, qui permettra de tirer les standards et les normes vers le haut et de mettre chaque pays face à ses responsabilités. C'est Gisèle Halimi, une autre grande figure du féminisme français à qui je veux rendre hommage qui, depuis longtemps, porte cette idée.
Nous n'avons fait que la reprendre. (Applaudissements) (...) Et je veux juste dire combien la France est fière de reprendre à son compte cette idée et simplement de l'appliquer.
Il paraît qu'on vit toujours plus vieux quand on cite ses sources. Au cours de cette année utile pour les droits des femmes, je veux aussi lancer des initiatives très concrètes qui seront portées au niveau du G7 au plus près de la vie des femmes les plus vulnérables. Contre les violences, nous soutenons le projet de fonds mondial de réparation pour les victimes de violences sexuelles dans les conflits que portent les prix Nobel Nadia Murad et Denis Mukwege.
Il est temps, sur ce sujet, de sortir des incantations, de rompre le mur de l'indifférence. Nous nous sommes engagés à le financer et il a été présenté à Paris. Je soutiens également le projet d'une charte avec les GAFA pour contenir les discours de haine et le harcèlement qui se déverse quotidiennement dans l'espace numérique.
Ils peuvent tuer et nous venons une nouvelle fois le constater, malheureusement. Pour l'éducation des filles, en particulier en Afrique, nous mobiliserons de nouveaux financements. Il y a un an, à Dakar, nous avons contribué à la reconstitution du pacte mondial pour l'éducation en mobilisant de nombreux pays et de nombreux financements, avec une priorité : l'éducation des jeunes filles, principalement en Afrique et tout particulièrement au Sahel.
Partout où l'obscurantisme gagne, c'est la scolarisation des jeunes filles qui progresse. Partout où la déscolarisation des jeunes filles progresse, c'est le mariage forcé qui s'installe, c'est l'impossibilité de choisir sa vie. Pour l'accès des femmes à l'emploi et à l'autonomie économique dans le monde en développement, nous porterons la création d'une banque pour l'entreprenariat féminin sur le continent africain.
Et j'ai annoncé à ONU Femmes que j'étais prêt à accueillir à Paris, en 2020, la conférence Pékin+25. Ce sera un moment décisif. Nous passerons en revue les progrès de la condition des femmes depuis la conférence historique de Pékin en 1995 et nous tracerons une nouvelle feuille de route internationale.
Sur tous ces sujets, le gouvernement français est mobilisé et il continuera à l'être. Et je veux remercier les 3 ministres ici présents pour leur action au quotidien et la force de cet engagement. Et nous poursuivrons sur le plan international cette lutte pour approfondir, compléter le droit international tel qu'il doit protéger davantage la dignité des femmes.
Nous porterons l'objectif d'une nouvelle convention internationale sur ce sujet. Voilà, mesdames et messieurs, ce que je voulais, en cette occasion, rappeler, dire, en écho à votre engagement et votre action, en hommage à l'action et l'engagement de Simone Veil et pour dire ce que la France fait et fera face aux défis multiples qui sont les nôtres. "Les chances pour les femmes procèdent trop du hasard et pas assez de la loi ou plus généralement de la règle du jeu.
Réciproquement, la société ne peut que bénéficier de l'apport spécifique pour elles de la réduction des inégalités dont souffrent les femmes." Ces mots, vous l'avez compris, sont ceux de Simone Veil. Et ils disent beaucoup de votre ambition, de notre ambition.
Changer la règle du jeu. C'est ce que vous êtes en train de faire, c'est ce que nous sommes collectivement en train de faire. Et vous avez évoqué ces voix féminines en écho à Shéhérazade.
Et je veux dire ici combien nous avons besoin de ces voix. La voix de Shéhérazade et l'histoire qu'elle raconte est une histoire pour éviter ou repousser la violence. Et l'histoire est là pour éviter le couperet et d'un seul coup que le jour et avec lui la cruauté ne reprenne ses droits.
Nous avons trop tendance à ne parler, chez nous, que de la lumière en positif et de la voix masculine comme celle qui saurait s'installer. D'autres que nous, Italiens, Orientaux, ont pensé cette voix de la nuit. La voix de la nuit, c'est la voix de Shéhérazade.
Et c'est celle qui, parce qu'il fait nuit, a gardé plus de discernement. C'est celle qui rappelle à la voix masculine que le soleil peut parfois rendre aveugle, absurde. Que la voix du plus fort peut conduire à l'absurdité, comme le soleil chez Camus.
Mais que la voix de la nuit, celle de Shéhérazade, parce que peut-être elle s'est habituée à être insuffisamment entendue, a gagné un discernement que l'autre n'a plus, une capacité à s'indigner, à dire les choses que l'autre a perdu, des mots que l'autre n'a plus. Je ne souhaite pas que cette voix de la nuit ressemble à la voix du jour. Je veux que cette voix de la nuit, nous puissions l'entendre et que cette voix de Shéhérazade dont vous avez magnifiquement parlé tout à l'heure puisse prendre de plus en plus la parole avec ses mots, sa force, son engagement, son humilité, son discernement.
Je le dis de là où je suis, nous en avons besoin. J'en ai moi-même besoin chaque jour. Et donc, merci à toutes ces voix de Shéhérazade.
Ce combat n'est pas fini. Mais j'ai compris qu'il serait aussi le mien et qu'il serait le nôtre. Je vous remercie.
Vive la République et vive la France. (Applaudissements) (...) Merci à vous. (...) ...
Emmanuel Macron