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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 30 mars 2026 7 minContradictoireActualité / polémiqueDéfense

Liban : "La Finul n'a pas vocation à s'opposer à l'armée israélienne", affirme le général Dominique Trinquand

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:43Invité politiqueFait
    « La mission doit se terminer à la fin du mois de décembre »
  • 0:57Invité politiqueFait
    « L'accompagnement de ce désarmement n'a pas eu lieu pendant de nombreuses années »
  • 2:29PrésentateurPromesse
    « Les troupes au sol ou le cessez-le-feu ? »

Temps de parole

  • Invité politique69 %
  • Présentateur31 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h21, un mois de guerre au Moyen-Orient et aucune issue en vue. Les Etats-Unis continuent de souffler le chaud et le froid. L'armée israélienne pourrait-elle se passer du soutien militaire américain ? Pour le moment, elle poursuit son offensive, notamment dans le sud du Liban, où un casque bleu a été tué hier soir. Bonjour Général Dominique Trinquant.

0:27
Invité politique

Bonjour.

0:28
Présentateur

Ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU, vous avez supervisé plusieurs opérations au Liban dans les années 90 et 2000. A quoi sert l'ONU dans cette guerre ?

0:39
Invité politique

La mission doit se terminer à la fin du mois de décembre, alors qu'elle a commencé en 1978, était là pour accompagner l'armée libanaise dans le désarmement du Hezbollah. Ça, c'est la résolution 1701 qui a été votée en 2006. Donc l'accompagnement de ce désarmement n'a pas eu lieu pendant de nombreuses années, mais il semblerait que le gouvernement libanais ait décidé, il y a un an, enfin, de prendre le taureau par les cornes et d'accompagner ce désarmement. Par ailleurs, elle est dans ce qu'on appelle une zone tampon, entre la frontière avec Israël et le Litani. C'est précisément la zone que l'armée israélienne souhaite envahir.

On se retrouve dans une situation que j'ai connue, puisque dans les années 90, c'est exactement ce qui se passait, c'est-à-dire qu'Israël occupait la zone jusqu'au Litani, en même temps que la finule était présente dans cette zone.

1:41
Présentateur

L'ONU gêne les ambitions de l'armée israélienne ?

1:47
Invité politique

Oui, non, elle n'empêche pas du tout. Je veux dire, la finule n'a pas vocation à s'opposer à l'armée israélienne. Elle a pour vocation d'accompagner l'armée libanaise. Ce qu'Israël n'a pas compris, c'est qu'elle ferait mieux, enfin c'est mon point de vue, elle ferait mieux d'accompagner l'armée libanaise plutôt que de s'opposer à l'armée libanaise.

2:10
Présentateur

Alors je le disais, les Etats-Unis soufflent le chaud et le froid depuis pas mal de jours. Maintenant, Donald Trump continue de dire qu'un accord de paix est imminent et dans le même temps, il y a des renforts américains qui sont arrivés ce week-end. D'après le Washington Post, le Pentagone a même présenté un plan d'action pour les troupes au sol à Donald Trump. Qu'est-ce qui est le plus crédible selon vous ? Les troupes au sol ou le cessez-le-feu ? On est un peu perdus avec ces informations contradictoires qui nous viennent du Pentagone ou de la Maison-Blanche.

2:37
Invité politique

Écoutez, je pense qu'on est dans la même situation qu'on était avant le 28 février. C'est-à-dire que les Etats-Unis utilisent la pression militaire pour essayer de négocier. Simplement, comme au 28 février, la pression n'avait pas suffi pour négocier, elle est passée à l'action et aux frappes qu'on voit depuis maintenant. Et donc, je pense qu'il se passe la même chose. Il y a concentration des forces pour faire pression sur la négociation. J'ai bien peur que ceux-ci ne réussissent pas. Et donc, le président Trump se voit contraint d'utiliser les forces qu'il aura concentrées dans la région.

3:17
Présentateur

Cette guerre, elle se mène forcément à deux. Est-ce que militairement, l'armée israélienne a les moyens de poursuivre seule, sans les Etats-Unis ?

3:25
Invité politique

Alors, elle a les moyens en bombardier, en munitions qui ont été fournies par les Etats-Unis, d'ailleurs. Mais en revanche, elle manque beaucoup à la fois de ravitailleurs et de missions d'observation, les AWACS. Et c'est précisément ce que les Iraniens ont frappé. Ils ont détruit un avion qu'on appelle AWACS, qui est un avion à la fois radar, reconnaissance et commandement, mais aussi des ravitailleurs. Et donc, je pense qu'Israël n'aurait pas les moyens de continuer très longtemps la guerre sans le soutien américain.

3:59
Présentateur

Malgré les rallonges, parce qu'on a vu que cette nuit, le Parlement israélien a voté une hausse massive, encore une fois, du budget de la défense, 8 milliards d'euros de plus. C'est infini ? Il y a de l'argent infini pour ce qui est du domaine de la défense en Israël ?

4:12
Invité politique

Non, je pense d'abord qu'il n'y a pas d'argent infini. En plus, l'économie est quand même marquée par le fait que beaucoup de citoyens sont réservistes et donc ont été engagés dans les opérations, en particulier au Sud-Liban et en Cisjordanie. Mais de toute façon, avoir de l'argent, c'est bien, mais il faut pouvoir acheter. Si les Américains ne vendent plus des munitions, par exemple, à Israël, il faudra bien qu'Israël s'arrête.

4:39
Présentateur

Mais les Américains ont encore des stocks ? Entre le Moyen-Orient, entre l'Ukraine, est-ce qu'il y en a encore ?

4:46
Invité politique

Alors, il y a des limites dans les munitions, j'allais dire, intelligentes, comme les missiles anti-aériens, par exemple, Patriot. En revanche, dans ce qu'on appelle les bombes lisses, les bombes qui sont beaucoup moins sophistiquées, il y a des stocks importants. Et donc, je pense que pour l'offensive au Sud-Liban et pour un certain nombre de frappes en Iran, il y a des stocks possibles. En revanche, il y a un problème sur les munitions dites intelligentes, en particulier anti-aériennes. Et les Américains ont déjà prévenu que des munitions qui étaient prévues pour aller en Ukraine pourraient aller au Moyen-Orient.

5:25
Présentateur

Et l'Iran, quelle est sa position aujourd'hui ? Est-ce qu'il a intérêt ? Est-ce qu'il souhaite que les États-Unis se retirent ? Ou est-ce qu'au contraire, ils espèrent jouer la montre pour affaiblir politiquement Donald Trump ?

5:34
Invité politique

Oui, je pense que, vous savez, le gouvernement de Téhéran est un gouvernement terroriste. Et donc, lui, il cherche à mettre le feu à toute la région. C'est une attitude un peu suicidaire, mais qu'on a un peu de mal à comprendre. Mais il faut se placer dans la mythologie du martyr. Il pense que, de toute façon, s'il meurt, il gira qu'il est en Jordi. Et donc, le grand Satan, que représentent les États-Unis, doit être combats. Et c'est le grand Satan qui pliera, parce que le détroit d'Ormuz, d'une certaine façon, pilote les marchés mondiaux. Et ainsi, M. Trump se trouve face à son électorat Maga, qui, lui, ne veut pas continuer la guerre.

Donc, je pense que c'est la carte que les Iraniens de Téhéran veulent jouer.

6:22
Présentateur

Merci beaucoup, Général Dominique Trinquant, pour vos explications. Et je renvoie à votre livre « D'un monde à l'autre », publié chez Robert Laffont. Merci, vous étiez en direct dans le 5-7 d'Inter.