Production de médicaments : les relocalisations sont "faisables" mais demandent "un accompagnement important"
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Peut-on lutter contre les pénuries de médicaments ?
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Quelles sont les autres causes des pénuries ?
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Quels sont les médicaments les plus touchés par les pénuries ?
- 2:28OuverteRéponse directe
Quel est le but de la liste des médicaments essentiels ?
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Est-ce techniquement et économiquement faisable de fabriquer des médicaments de A à Z en France ?
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Les prix des médicaments sont réglementés en France. Est-ce un problème ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« C'est des médicaments dont on ne peut pas se passer. »
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« Aujourd'hui, il y a 15 000 spécialités en France. »
- 1:05InvitéFait
« La plupart d'entre eux sont produits à l'étranger, en particulier en Asie. »
- 1:35InvitéChiffre
« Ça représente à peu près 15% des pénuries, donc ce n'est pas la totalité. »
- 1:56InvitéFait
« Les injectables aujourd'hui manquent en termes de capacité de production au niveau mondial. »
- 2:01InvitéChiffre
« Il y a une croissance mondiale de l'ordre de 15% en besoin de médicaments. »
- 3:20InvitéFait
« C'est faisable, bien sûr, techniquement, mais ça va demander un accompagnement important. »
- 3:50InvitéPromesse
« Ça va prendre des années. Déjà, pour le paracétamol, on parle de 2026. »
- 4:02InvitéFait
« Oui, c'est un vrai problème. »
- 4:17InvitéFait
« Un certain nombre de produits vont être retirés du marché cette année parce qu'économiquement, ça n'est plus rentable. »
- 4:51InvitéFait
« Il y a dix ans, la France était le premier producteur européen de médicaments. »
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« Je pense que c'est encore une fois pour une raison économique. »
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Il est 6h20, peut-on lutter contre les pénuries de médicaments ? On se pose la question ce matin alors qu'Emmanuel Macron effectue un déplacement en Ardèche sur le thème de la souveraineté sanitaire. Le président vient parler de la relocalisation en France de la production de certains médicaments. Bonjour Bruno Bonnemain. Bonjour. Vous êtes le président de l'Académie nationale de pharmacie. Le chef de l'État va se rendre notamment dans un laboratoire de l'entreprise Aguétan qui est spécialisé entre autres dans les produits injectables en anesthésie, en réanimation. Il doit aussi dévoiler une liste de 300 médicaments dits essentiels. C'est quoi un médicament essentiel ?
C'est des médicaments dont on ne peut pas se passer. Effectivement, ça fait de très longtemps, depuis plus de 3 ou 4 ans, que l'Académie de pharmacie demande à ce qu'on fasse une liste des médicaments essentiels de telle façon qu'on se concentre sur les plus importants. Aujourd'hui, il y a 15 000 spécialités en France. On ne peut pas travailler sur 15 000 produits en même temps. Ce n'est pas possible.
Et ces médicaments essentiels, ils sont pour la plupart produits en France ou à l'étranger ?
La plupart d'entre eux sont produits à l'étranger, en particulier en Asie.
En Asie, un des Chines, parce que c'est là-bas qui fabrique les principes actifs, les éléments essentiels de ces médicaments.
Exactement. Les principes actifs sont pour la plupart produits dans ces pays-là pour des raisons de coût, mais aussi pour des raisons d'environnement. Et donc la plupart des industriels ont décidé de délocaliser cette production il y a déjà plusieurs années. Et nous, on a alerté depuis plus de 10 ans sur le risque justement de cette délocalisation.
Et ce sont ces médicaments qui sont les plus touchés par les pénuries aujourd'hui ?
Oui, alors ça n'est pas la seule cause des pénuries. Ça représente à peu près 15% des pénuries, donc ce n'est pas la totalité. Mais c'est quand même une partie importante des pénuries qu'on constate aujourd'hui.
Et les autres causes, c'est quoi ?
Les autres causes sont très diverses. S'il peut y avoir des causes d'abord de capacité de production, par exemple dans le domaine des injectables, puisque vous parliez d'Aguétan, les injectables aujourd'hui manquent en termes de capacité de production au niveau mondial. Il y a une croissance mondiale de l'ordre de 15% en besoin de médicaments. Et là, on manque de capacité de production justement sur les injectables.
Et pour qu'on soit très concret, quels sont les médicaments les plus touchés par les pénuries, pour le dire à nos auditeurs ?
Alors, il y a de très nombreuses classes thérapeutiques, pratiquement toutes sont touchées, mais les plus importantes, c'est les anticancéreux, c'est les antibiotiques, et c'est aussi les anti-inflammatoires.
Alors, vous nous disiez que c'était très important, et que vous réclamiez ça depuis longtemps, à faire une liste de ces médicaments essentiels. Et le but, c'est quoi ? Une fois qu'on a cette liste, on fait quoi ? Le but, c'est de les produire au maximum en France ?
Pas forcément, parce que certains d'entre eux sont déjà...
Alors, d'augmenter la production ?
Non. Alors, le plus important, c'est de regarder sur ces produits-là quel est le cycle de production depuis le principe actif jusqu'au produit fini, et de voir les points de fragilité. Par exemple, pour les anti-inflammatoires, certains produits sont produits par plusieurs entreprises, mais la matière première est produite par une seule entreprise en Chine. Donc, évidemment, c'est un facteur de risque. Donc, il faut regarder pour chaque étape quels sont les risques de pénurie, et à ce moment-là, prendre les mesures en conséquence, que ce soit des investissements industriels en Europe, ou que ce soit des augmentations de capacités.
Mais est-ce qu'il est techniquement et économiquement... Enfin, techniquement faisable et économiquement intéressant de fabriquer des médicaments de A à Z en France ?
Alors, c'est faisable, bien sûr, techniquement, mais ça va demander un accompagnement important, à la fois pour avoir le personnel compétent, bien sûr, mais aussi pour, quelquefois, retravailler les processus de production pour que ça soit acceptable sur le plan de l'environnement. Un certain nombre de ces produits ont été délocalisés parce que, justement, il y a des problèmes d'environnement. Donc, il va falloir retravailler dessus. D'une façon générale, il va falloir travailler les conditions pour que ça soit faisable, en particulier les conditions de prix. Donc, ça va prendre du temps ? Ça va prendre des années. C'est évident que ça va prendre des années.
Déjà, pour le paracétamol, on parle de 2026, mais pour les autres produits, ça va être encore plus long.
Vous avez évoqué les prix. Les prix, il faut le dire, les prix des médicaments sont, pour la plupart, réglementés en France. Pour vous, c'est un problème, ça ?
Oui, c'est un vrai problème. Parce que, d'une part, la plupart des produits ont des prix plus bas en France par rapport aux autres pays. Donc, il y a des transferts de produits d'un pays à l'autre à cause de ça. Et, en plus, il y a des produits qui ne sont plus viables. Un certain nombre de produits vont être retirés du marché cette année parce qu'économiquement, ça n'est plus rentable.
Et pourquoi ils sont si peu chers ? C'est parce que ce sont des génériques, ce sont des vieux médicaments dont les brevets sont tombés dans le domaine public ?
Oui, et je dirais qu'il y a eu une politique depuis des années de baisser les prix systématiquement pour accepter les nouveaux produits très chers. Et je pense que cette politique a une limite. C'est qu'au bout d'un certain temps, on ne peut plus baisser les prix. Et ça fait déjà plusieurs années qu'on n'aurait pas dû continuer à baisser les prix.
Bruno Bonnemain, je rappelle que vous êtes le président de l'Académie Nationale de Pharmacie. La pharmacie, elle a autant été un secteur phare de notre industrie en France. Il y a dix ans, la France était le premier producteur européen de médicaments. On est désormais cinq ou sixièmes selon les années. Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment se fait-il qu'on dépende aujourd'hui à ce point de l'Asie ?
Je pense que c'est encore une fois pour une raison économique. On a baissé les prix des produits anciens au fur et à mesure des années. Et donc les industriels, pour arriver quand même à maintenir ces produits sur le marché, ont été obligés de trouver des solutions pour baisser les prix de production de ces produits. Une des façons de faire, ça a été de sous-traiter. Sous-traiter en Asie ou ailleurs, mais sous-traiter globalement la production, ce qui a complexifié considérablement le processus de production et de distribution. Et cette complexification fait que le moindre grain de sable prend un temps fou pour être réglé. Donc c'est un des problèmes qu'on a aujourd'hui.
Mais est-ce que cette fabrication de médicaments, elle peut vivre sans aide publique ?
Bien sûr, je pense que ce n'est pas forcément une bonne idée d'imaginer que le public doit supporter cette production ou la faire. Par contre, il faut trouver les conditions économiques pour que n'importe qui puisse le faire. Que ce soit le public ou le privé, il faut qu'il y ait des prix suffisants pour investir chaque année dans les produits de production.
Donc c'est vraiment le nœud du problème pour vous, le prix.
Oui, le prix est un élément essentiel.
Alors, il y a certaines biotech françaises qui disent tout simplement que ça, c'est un combat d'arrière-garde et qu'il faut se battre non pas pour relocaliser en France certaines productions et notamment pour ces vieux médicaments dont on parlait tout à l'heure, mais ces biotech, elles disent non, non, il faut mettre le paquet maintenant sur les médicaments innovants. C'est ça ce qu'il faut faire. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Moi, je pense que c'est une erreur. Pourquoi ? Parce que je crois qu'il faut effectivement favoriser l'innovation, c'était une évidence, mais il faut se rendre compte que la plupart des médicaments anciens indispensables sont réellement importants pour les patients. Et c'est ça qui nous guide, qui doit nous guider.
Est-ce qu'il n'y a pas de nouveaux médicaments qui peuvent les remplacer aujourd'hui ?
À des prix beaucoup plus élevés souvent, mais en tout cas, pas forcément, non. Pas forcément. Il y a des produits qui sont nouveaux, qui sont intéressants, mais pour une toute petite partie de la population. Or, la plus grande partie, c'est avec des produits anciens qu'on les traite aujourd'hui.
Merci Bruno Bonnemain, président de l'Académie nationale de pharmacie. Vous étiez l'invité du 5-7. Sous-titrage Société Radio-Canada
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