Emmanuel Macron et le confinement, fermeture des écoles, conséquences sur la prise en charge des cancers... Le "8h30 franceinfo" d'Axel Kahn
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:20OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'on a aujourd'hui un président épidémiologiste à l'Élysée ?
- 1:06OuverteRéponse directe
Les épidémiologistes, dit Emmanuel Macron, se sont beaucoup trompés dans leurs prédictions ces derniers mois. Est-ce qu'on peut entièrement lui donner tort sur ce point ?
- 2:58RelanceRéponse directe
Si on vous écoute Axel Kahn, Emmanuel Macron a fait une erreur de ne pas reconfiner fin janvier, et il a fait aussi l'erreur de ne pas écouter le conseil scientifique qui lui demandait de prendre des mesures plus importantes que ce qu'il a pris aujourd'hui.
- 4:25OuverteÉludée
Pourtant, une partie de l'opinion et parfois même des scientifiques avaient salué une autre décision d'Emmanuel Macron il y a quelque temps quand il n'avait pas suivi ce même conseil scientifique en décidant de rouvrir les écoles. Finalement, est-ce qu'on n'a pas un président qui fait de l'épidémiologie et parfois des médecins qui font de la politique un peu trop ?
- 5:39OuverteRéponse directe
Mais le médecin que vous êtes, Axel Kahn, grand généticien, voit aussi la forme d'exaspération qu'il peut y avoir aujourd'hui dans ce pays de la part de la jeunesse, mais pas seulement.
- 7:24OuverteRéponse directe
Et les parents sont suspendus aux décisions, alors que les fermetures de classes se multiplient à l'image de Paris, où elles ont quasiment triplé en l'espace de deux jours.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:13PrésentateurFait
« Il a acquis une vraie expertise sur les sujets sanitaires. Ce n'est pas un sujet inaccessible pour une intelligence comme la sienne. »
- 0:23Invité politiqueFait
« Si on avait élu le professeur Flao ou bien le professeur Fontanet à l'Élysée, oui, on aurait un président épidémiologiste. »
- 2:55Invité politiqueFait
« Et là, tout le monde le prévoyait. »
- 3:16Invité politiqueFait
« Selon moi, la principale erreur d'Emmanuel Macron est de n'avoir pas été fidèle à Emmanuel Macron. »
- 3:22Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron nous avait expliqué fin octobre qu'il convenait, compte tenu de la situation, de confiner de telle sorte que la circulation virale diminue beaucoup à moins de 5000 contaminations par jour et que, alors, avec la triade fameuse testée, tracée, isolée, on tiendrait ce bas niveau. »
- 9:21Invité politiqueFait
« Le taux d'incidence dans les écoles est supérieur au taux d'incidence dans la population générale. »
- 9:32Invité politiqueChiffre
« Il y a des cas où parce qu'un cas avait été détecté, on a testé toute la classe et on s'est rendu compte que 50 à 70% des enfants de la classe en réalité étaient positifs. »
- 10:41Invité politiquePromesse
« Il faut que l'on avance les vacances de Pâques d'une quinzaine de jours. »
- 12:19Invité politiqueFait
« Personnellement, ça c'est l'éthicien qui vous parle. Je n'y suis pas favorable. »
- 18:32Invité politiqueFait
« Les conséquences sont tragiques quand on regarde les statistiques, les chiffres, je voudrais y revenir tout à l'heure, mais elles sont tragiques humainement. »
- 19:36Invité politiqueChiffre
« ce qui se passe, évidemment, c'est intolérable car il y aura plus de 10 000 morts qui n'auraient pas dû mourir de leur cancer. »
- 19:53Invité politiqueChiffre
« L'évaluation la plus basse est 13 500. Elle s'est basée, si vous voulez, sur 100 000 retards de diagnostic depuis le début de la pandémie. »
- 21:24Invité politiqueFait
« Le plus dangereux pour vous, le plus grave pour vous, c'est de ne pas vous faire dépister. »
- 23:41Invité politiqueFait
« Le concept d'ARN médicaments, il va être très élargi et évidemment, notamment au cancer et notamment dans cette perspective de l'immunothérapie des cancers. »
Temps de parole
- Invité politique69 %
- Présentateur14 %
- Locuteur non identifié8 %
- Locuteur non identifié 27 %
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Bonjour Axel Kahn. Bonjour. Je voudrais vous lire tout d'abord une citation de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation dans les colonnes du Monde. Il parle d'Emmanuel Macron, j'ouvre les guillemets. Il a acquis une vraie expertise sur les sujets sanitaires. Ce n'est pas un sujet inaccessible pour une intelligence comme la sienne. Est-ce qu'on a aujourd'hui un président épidémiologiste à l'Élysée ?
Écoutez, si on avait élu le professeur Flao ou bien le professeur Fontanet à l'Élysée, oui, on aurait un président épidémiologiste. Là, on a un président qui est un homme éminemment intelligent, qui s'est intéressé, comme presque tout le monde, à l'épidémiologie. Mais voyez-vous, si ce président de la République, à un moment donné, croit en savoir assez en épidémiologie, pour prendre dans le domaine épidémiologique, des décisions, on va dire, sans le souci des avis des épidémiologistes professionnels qui modélisent. Ça, alors, ce serait un dysfonctionnement de l'État. Et on est dans ce cas de figure aujourd'hui ? J'ai parlé au conditionnel.
Les épidémiologistes, dit Emmanuel Macron, se sont beaucoup trompés dans leurs prédictions ces derniers mois. Est-ce qu'on peut entièrement lui donner tort sur ce point ?
On peut en tout cas affirmer qu'il n'a pas totalement raison. Je suis déjà venu ici, pour ce qui me concerne, en tant que spécialiste de santé publique, et qui connaît bien ces problèmes, rien de ce qui se passe ne m'était, on va dire, étranger. Je l'ai dit sur toutes les chaînes, sur tous les plateaux de France et de Navarre. Alors, la seule hésitation, c'était de savoir si le phénomène qui était lié au remplacement des souches antérieures de virus Cov2 par la souche dite anglaise surviendrait en février ou bien un peu plus tard. Ce qui change tout dans la propagation du virus, ce qui change beaucoup de choses en tout cas. C'était la seule hésitation.
Mais même en février, voyez-vous, et ça je ne comprends pas la discussion et la polémique, même en février, nous étions à 20 000 en moyenne contamination par jour, et cela correspondait à une circulation virale qui, dans la réalité, et même si elle n'avait pas connu ce décrochage avec ce nouveau pic, était intolérable, absolument intolérable, avec une pression hospitalière constante. On reparlera des conséquences de la permanence de cette tension hospitalière sur les personnes malades de maladies chroniques telles que le cancer.
Et en plus, on savait très bien que le remplacement d'une souche moins infectieuse par une souche plus infectieuse, qui était un remplacement inéluctable, allait, sur ce plateau absolument intolérable, entraîner un décrochage et une augmentation encore, et nous sommes là. Et là, tout le monde le prévoyait.
Si on vous écoute Axel Kahn, Emmanuel Macron a fait une erreur de ne pas reconfiner fin janvier, et il a fait aussi l'erreur de ne pas écouter le conseil scientifique qui lui demandait de prendre des mesures plus importantes que ce qu'il a pris aujourd'hui, à savoir quelques mesures de freinage dans 19 départements.
Selon moi, la principale erreur d'Emmanuel Macron est de n'avoir pas été fidèle à Emmanuel Macron. Je m'explique. Emmanuel Macron nous avait expliqué fin octobre qu'il convenait, compte tenu de la situation, de confiner de telle sorte que la circulation virale diminue beaucoup à moins de 5000 contaminations par jour et que, alors, avec la triade fameuse testée, tracée, isolée, on tiendrait ce bas niveau.
Mais on n'a jamais atteint les 5000 cas par jour.
Oui, mais justement, c'est ce que je vais vous dire. On a été obligés de déconfiner parce qu'il fallait bien, effectivement, laisser aux activités de Noël la possibilité de se déployer. Et tous les gens censés, je crois être quelqu'un de censé, s'attendaient à ce que, après que l'on s'est éclaté au moment des fêtes de Noël, eh bien, on en remette un coup, quoi, et qu'on finisse le boulot. Et la première erreur incompréhensible, je vais vous le dire, incompréhensible, du président de la République, selon moi, est de n'avoir pas écouté le président de la République de la fin de l'année 2020.
Pourtant, une partie de l'opinion et parfois même des scientifiques avaient salué une autre décision d'Emmanuel Macron il y a quelque temps quand il n'avait pas suivi ce même conseil scientifique en décidant de rouvrir les écoles. Finalement, est-ce qu'on n'a pas un président qui fait de l'épidémiologie et parfois des médecins qui font de la politique un peu trop ?
Écoutez, je ne sais pas. En tout cas, pour ce qui me concerne, je ne fais certainement pas de la politique. Je n'ai aucune hostilité envers le président de la République. D'ailleurs, à un double titre, en tant que président de la Ligue, comment voulez-vous que j'ai une hostilité envers le président de la République ? Et même en tant que citoyen, Axel Kahn, Axel Kahn que les gens peuvent connaître, je n'ai vraiment aucune hostilité envers le président de la République. Pour ce qui me concerne, je suis uniquement sur des positions sanitaires et voyez-vous quand même. Il faut dire les choses.
Lorsque le président de la République prend des décisions qui sont vraiment de son fait, je ne les conteste pas. Mais évidemment, quand ces décisions sont sanitaires et ont des conséquences sanitaires, qu'un médecin, président d'une grande association de personnes malades et ayant une grande expérience de ces problèmes, commente et indique ce qu'il en est, je suis totalement dans mon rôle et dans ma fonction. Et personne ne peut dire
que je fais de la politique. Mais le médecin que vous êtes, Axel Kahn, grand généticien, voit aussi la forme d'exaspération qu'il peut y avoir aujourd'hui dans ce pays de la part de la jeunesse, mais pas seulement. À dire, un troisième couvercle, c'est non.
Mais moi, je suis aussi exaspéré que vous voulez que je vous dise.
Vous auriez envie de danser, vous aussi, sans masque,
sur les bords de rône ? Oui, oui. Ou ailleurs. Comme moi, j'ai été vacciné, à la limite, je ne prendrais pas trop de risques. Mais je danse comme un tonneau autrement. Donc, c'est la raison pour laquelle, simplement, je ne danserai pas. Cela étant dit, qu'est-ce qui provoque le plus d'exaspération ? Parce qu'on n'est pas, à l'heure actuelle, dans une vie normale. On est dans une vie qui, pour l'essentiel, est limitée, même pas aux aquets, comme on dit en matière de mariage. C'est-à-dire que c'est boulot chez soi quand on est en télétravail, ce qui est fréquent, ou alors un peu à l'extérieur, et puis dodo.
Parce qu'à partir de 18 heures, souvent, on faisait des trucs, les choses qui étaient sympas, de toute façon, il y a couvre-feu. On limite beaucoup, également, les autres activités. Et cela dure, avec des périodes plus importantes, cela dure depuis le début novembre. Et on est en avril. Cela fait, par conséquent, six mois que cela dure. Eh bien, moi, je considère que d'un point de vue psychologique, d'un point de vue épuisement, d'un point de vue conséquences économiques, sans doute, cette stratégie est la pire de toutes. Le stop and go.
La pire de toutes. On va parler des écoles dans un instant. Oui, c'est très important de parler des écoles. Des hôpitaux aussi, des cancers, la question du dépistage. Oui, oui, je suis là,
parce qu'on veut parler des cancers.
Bon, il y a beaucoup de choses. Ce sera juste après le fil infos, à 8h40, avec Mélanie Delonnet.
Et les parents sont suspendus aux décisions, alors que les fermetures de classes se multiplient à l'image de Paris, où elles ont quasiment triplé en l'espace de deux jours. Fermez les établissements scolaires, c'est l'une des trois pistes discutées en conseil de défense sanitaire tout à l'heure à l'Elysée. Pour les départements les plus touchés par l'épidémie de Covid, parmi les hypothèses, il y a aussi un reconfinement strict, ou alors s'en tenir à des renforts médicaux et à des transferts de patients.
Les retraités appelés à manifester aujourd'hui mobilisation pour leur pouvoir d'achat, pour une revalorisation des pensions, mais également pour demander l'accès pour tous aux vaccins contre le Covid. C'est le dernier jour pour profiter du coup de pouce vélo. Ces 50 euros pour faire des réparations ont permis de remettre en état 1,9 million de vélos, chiffre France Info. C'est 20 fois plus que ce qui était envisagé au départ. Et puis un CV pour s'envoler dans l'espace, avis à ceux ou celles qui veulent rejoindre Thomas Pesquet. Les candidatures sont désormais ouvertes sur le site de l'Agence Spatiale Européenne qui va recruter 6 futurs astronautes. France Info
Le 8.30 France Info Salia Braquia Marc Fauvel
Toujours avec le président de la Ligue Nationale contre le cancer, le professeur Axel Kahn. Alors avec le nouveau protocole, une classe est fermée lorsqu'un seul cas est détecté. Et selon le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, 20% de classes en plus ont été fermées entre vendredi dernier et lundi. Olivier Véran a été questionné sur la situation des écoles. Hier à l'Assemblée Nationale, on l'écoute.
L'école n'est pas un foyer infectieux. Par contre, l'école, comme tous les lieux collectifs, est un lieu dans lequel le virus peut circuler. Et les choix que la nation a faits sont des choix que nous assumons. C'est le choix de pouvoir maintenir l'éducation le plus longtemps possible et dans les meilleures conditions possibles.
L'école n'est pas un foyer infectieux, dit Olivier Véran, le ministre de la Santé. Est-ce qu'il dit vrai ?
Je ne vais pas contredire mon ministre de tutelle, Olivier Véran. Cela étant dit, on a les chiffres aujourd'hui. Le taux d'incidence dans les écoles est supérieur au taux d'incidence dans la population générale. Il y a eu des tests qui ont été faits dans certaines écoles que je connais où les chiffres sont tout à fait extravagants. C'est-à-dire des taux d'incidence qui dépassent assez nettement 1000. Il y a des cas où parce qu'un cas avait été détecté, on a testé toute la classe et on s'est rendu compte que 50 à 70 % des enfants de la classe en réalité étaient positifs. La réalité aujourd'hui, c'est cela.
Mais quand je dis cela, les écoles, et là Olivier Véran a raison, posent un problème particulier. Le confinement du mois de mars à mai a été très cruel pour les enfants issus des milieux les plus modestes qui ne disposaient pas des moyens de téléenseignement les plus modernes, les plus efficaces, qui n'avaient pas les possibilités dans des domiciles surpeuplés de s'isoler comme les autres, qui n'avaient pas le soutien d'une famille ayant le même niveau culturel et de connaissances que certains autres milieux et le décrochage a été cruel. Et donc effectivement, il fallait à tout prix essayer de faire quelque chose et je comprends les hésitations pour l'école. Maintenant, il y a une solution.
Il ne faut pas qu'il y ait versé. C'est bientôt les vacances de Pâques. Il faut que l'on avance les vacances de Pâques d'une quinzaine de jours. Il faut que l'on mélange toutes les zones. Il faut que par conséquent, on aboutisse, on aurait déjà dû le faire en février. Il faut que l'on aboutisse à des vacances pour les gosses. Ce ne sera pas, si vous voulez arrêter l'enseignement, ce sera augmenter un peu les vacances pendant un mois plein réellement pour faire rebaisser la tension. Il faut être innovant. Moi, j'ai fait une proposition qui n'est pas totalement folklorique. Si les choses ne sont pas stabilisées après, on essaye de nouvelles méthodes. Il fait beau, on peut être à l'extérieur.
On fait court à l'extérieur. Ce que j'appelle la déambulation pédagogique, c'est intéressant. Ne pas laisser les gosses seuls. C'est tout à fait vrai. Mais on ne peut pas, dans la situation actuelle, si on n'a pas fait rebaisser la tension, réenfermer les gamins dans les salles de classe.
On ferme école, collège, lycée dans les 19 départements concernés ?
On ne les ferme pas. On les met en vacances. Je l'ai dit qu'il faut avancer de deux jours les vacances. De deux semaines.
Il y a une autre question, Axel Gann, qui revient aujourd'hui d'après les informations de France Info. Parmi les pistes qui sont envisagées aujourd'hui par l'exécutif qui ont fait l'objet d'une réunion hier soir entre Jean Castex et Emmanuel Macron, il y a la question des transferts de malades. On sait qu'il y en a très peu ces dernières semaines parce que, assez souvent, ce sont les familles qui s'y opposent pour des raisons assez évidentes. Elles veulent pouvoir rester au contact pas trop loin. Elles ne veulent pas qu'une personne malade soit déplacée à l'autre bout de la France. Le gouvernement envisage aujourd'hui de rendre ces transferts obligatoires.
C'est-à-dire que les familles n'auraient plus leur mot à dire. En échange de cela, elles seraient indemnisées. Elles auraient des arrêts de travail pour pouvoir aller voir leurs proches. Est-ce qu'on y va et est-ce qu'il faut le faire ?
Personnellement, ça c'est l'éthicien qui vous parle. Je n'y suis pas favorable. Je comprends bien quelle est la contrainte du ministre des Solidarités et de la Santé. Je le comprends bien. Et des hôpitaux. Mais je ne suis pas favorable parce que là, il faut voir un peu déjà quelle a été la violence faite aux familles à travers cette crise. Lorsque, malheureusement, l'évolution était défavorable, l'impossibilité de voir dans les derniers moments leurs proches, leurs très proches parfois, l'impossibilité de saluer la dépouille, voir uniquement un sac en plastique où on enfermait la personne, ça a été quelque chose de terrible.
Si maintenant, on rajoute le transfert automatique sans leur autorisation, on dépasse ce qui est tolérable. Et puis, le président de la Ligue y voit un autre inconvénient. C'est qu'aujourd'hui, les tensions sanitaires pour les personnes malades, on va en reparler, j'imagine, sont considérables. Mais lorsque vous envoyez des personnes dans le CHU de Bordeaux qui est un peu moins touchées encore que, mais qui est un peu moins touchées, vous transposez également la tension hospitalière, c'est-à-dire la difficulté pour accueillir les autres personnes malades.
C'est-à-dire que, en gros, je suis assez méfiant pour les transferts sanitaires qui ne pourront pas de toute façon avoir le même niveau qu'au printemps 2020 puisque presque tous les territoires sont touchés. Et en tout cas, je ne suis pas favorable à ce qu'on le fasse
sans l'avis des familles. Est-ce qu'il faut faire l'inverse, faire venir des médecins et animateurs des régions les moins touchées dans les régions les plus touchées ?
La réponse est oui. Sauf que, c'était possible en 2020, c'est beaucoup plus difficile aujourd'hui pour deux raisons. D'abord, parce que les équipes sont épuisées. Beaucoup de personnes, de soignants, ont contracté la Covid, peuvent être en arrêt de travail. Et que, en plus, contrairement à ce qui se passait en avril 2020, en avril 2020, il n'y avait que le Grand Est et l'Île-de-France qui étaient touchées. Et puis, en gradient, ça allait un peu autour. Et évidemment, plus on s'éloignait, c'était vraiment presque indemne. Ce n'est pas vrai du tout. Quand vous regardez la carte, à l'exception du Finistère et du Sud-Ouest, tous les départements sont au minimum roses et rougissent en réalité.
C'est-à-dire qu'il y a une tension partout. Donc ça, c'est la raison pour laquelle la crise en région Île-de-France sera plus grave qu'elle était en avril 2020. Parce que ces deux possibilités, transférer massivement des personnes malades, d'une part, et d'autre part, faire venir des équipes généreuses, ça s'est passé, c'était magnifique, ne sera pas possible au même niveau, en tout cas.
Et on apprend à l'instant par un communiqué de l'Elysée transmis à l'agence France Presque. Parce que c'est Emmanuel Macron qui s'exprimera ce soir à la radio et à la télévision à 20h précise sur ses annonces. Il y a une expression qu'on a entendue ces derniers jours, Axel Kahn, dans la bouche des médecins, c'est celle du tri des patients. Quand ils disent on arrive ou on va arriver dans les jours ou les semaines qui viennent à une situation où il nous faudra trier ceux qui ont une chance de survie et ceux qui en ont moins, est-ce que de tous les critères qui existent aujourd'hui, on parle du taux d'incidence, du nombre de personnes hospitalisées, c'est le seul, l'essentiel ?
Le problème ne se pose pas exactement comme ça pour moi parce que comme j'ai dit très souvent, la priorisation et un effort est une démarche qui est inhérente à la médecine. Tous les médecins savent que lorsqu'il y a à un moment donné une presse, de toute façon, il faut savoir quelle est l'urgence et vers quelle personne malade on va en priorité.
Donc le tri existe déjà, c'est ce que vous dites ? Le tri avant le Covid.
Je raconte que quand j'étais jeune médecin de garde interne, il m'est arrivé plus souvent que même je pourrais me le rappeler, très souvent, d'avoir 3-4 malades qui nécessitaient une intervention et j'étais seul médecin de garde et je regardais lequel exigeait une intervention la plus urgente possible. Et dans presque toutes mes gardes, je faisais un choix. On fait toujours cela en médecine. Là où ça devient dramatique, c'est lorsque le choix devient impossible.
Lorsque le choix devient impossible, en effet, on se trouve dans des conditions auxquelles on est confronté dans des catastrophes naturelles, dans des périodes de guerre et en effet, personne n'aime se rapprocher des conditions de la catastrophe naturelle et de la guerre.
Axel Kahn, vous restez avec nous, on va parler, comme c'était promis, des cancers. Dans quelques instants, on va s'adresser plus particulièrement au président de la Ligue nationale contre le cancer. On va faire d'abord le fil info à 8h50 avec Mélanie Delonnet.
L'Elysée qui annonce à l'instant qu'Emmanuel Macron prononcera une allocution ce soir à 20h. Dans une dizaine de minutes, Conseil de défense sanitaire à l'Elysée, il y a trois pistes sur la table. Réduire la pression dans les hôpitaux grâce à des transferts de malades et des renforts ou bien fermer les établissements scolaires. Troisième piste, un confinement comme il y a un an dans les départements qui sont déjà les plus touchés. C'est un rassemblement irresponsable, s'indigne la préfecture à Lyon qui veut retrouver les organisateurs de cette fête sauvage. Plus de 200 personnes sur les quais de Saône hier soir, 400 rassemblées à Lille dans l'après-midi. Là non plus, pas de PV dressé.
Au parc de la Citadelle, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit en urgence aujourd'hui au sujet de la Birmanie. Deux mois après le coup d'État militaire, la répression a fait au moins 500 morts. Les États-Unis demandent à leurs diplomates de quitter le pays. Troisième match en huit jours pour les Bleus dans les qualifications pour le Mondial 2022. L'équipe de France de football affronte la Bosnie-Herzégovine à 20h45. France Info
Le 8.30 France Info Salia Brakia Marc Fauvel
Toujours avec Axel Kahn, le président de la Ligue nationale contre le cancer. Alors on a déprogrammé dans les hôpitaux lors de la première vague, lors de la deuxième, la troisième. En Ile-de-France, cette fois-ci, on déprogramme jusqu'à 80% des soins. Quelles conséquences ça a sur les malades du cancer par exemple ?
Les conséquences sont tragiques quand on regarde les statistiques, les chiffres, je voudrais y revenir tout à l'heure, mais elles sont tragiques humainement. C'est à Bordeaux, on parlait tout à l'heure si vous voulez, des zones moins touchées. C'est à Bordeaux, je l'ai appris hier de ma vice-présidente. C'est à Bordeaux une personne qui doit être opérée d'un cancer du pancréas, encore opérable, et qui 2-3 jours avant son entrée à l'hôpital reçoit un coup de téléphone. Non, l'opération est retardée. J'ai vu la même chose pour des personnes attendant d'être opérées par un cancer de la prostate. On a vu partout cette reconstruction après un cancer de la mâchoire.
Il y a toutes ces personnes dont le corps est délabré par des lourdes interventions pour cancer qui ne vivent pas dans leur corps abîmé et à qui l'on dit que la chirurgie réparatrice est repoussée si néquier. C'est-à-dire que derrière ces chiffres, il y a des douleurs, il y a des détresses. C'est intolérable. Il faut voir que pour le président de la Ligue, ce qui se passe, évidemment, c'est intolérable car il y aura plus de 10 000 morts qui n'auraient pas dû mourir de leur cancer. Mais ce qui se passe au quotidien, dans les chairs, dans les esprits, madame, c'est intolérable.
Plus de 10 000 morts qui devraient mourir dans les années à venir alors qu'ils ne devaient pas mourir. C'est ce que vous dites ?
Absolument. L'évaluation la plus basse est 13 500. Elle s'est basée, si vous voulez, sur 100 000 retards de diagnostic depuis le début de la pandémie. Tout le monde est d'accord à peu près sur ce chiffre. Sur un article en guet qui indique quel est le prix, la perte de chance par mois de retard et sur la durée moyenne des retards. Et cela amène à ce que ces 100 000 déficits de diagnostic entraînent au minimum, si on ne prend que cela en compte, pas les déprogrammations par le reste dont on a parlé, amènent à une surmortalité par cancer par rapport à ce qui aurait dû être connu, observé, de 13 500 personnes. Alors, il y a ces drames tous les jours. Il y a cette angoisse.
Il y a cette impression d'être abandonné, d'avoir l'impression qu'on s'occupe de tout sauf de ces personnes qui souffrent de cancer. Il y a ce coût économique. Lorsque, après, avoir discuté des prises de position des uns et des autres. Je suis vraiment dans mon rôle de président de la Ligue. C'est une situation qui m'abat, qui me désole. Alors, évidemment, je suis combatif, donc je ne me laisse pas abattre longtemps.
Pour rester combatif, qu'est-ce qu'on peut dire aux personnes qui doivent se faire dépister ? Par exemple, continuer, prenez rendez-vous ?
Oui, malgré tout, malgré vos appréhensions, malgré le risque qui existe, qui n'est pas nul, c'est vrai, de contamination dans les hôpitaux. Le plus dangereux pour vous, le plus grave pour vous, c'est de ne pas vous faire dépister. C'est-à-dire que l'on ne commence pas à traiter, en temps et en heure, votre cancer. Ce que la Ligue essaye de faire, c'est que la surcharge est plus importante dans les hôpitaux généraux que dans les centres anticancéreux. C'est regarder pour certains actes, par exemple, les endoscopies coliques, pour confirmer le diagnostic d'un cancer colorectal, savoir si on ne peut pas mobiliser au maximum les services d'endoscopie des centres anticancéreux.
La Ligue, évidemment, fait flèche de tout bois. Elle est aux côtés des personnes malades.
Est-ce que vous avez l'impression qu'on ne fait pas appel, qu'on ne fait pas assez appel aux établissements privés dans cette crise sanitaire ? La pression, elle est sur les hôpitaux, mais est-ce que les établissements privés, les cliniques, ne sont pas assez sollicités ?
On fait appel cette fois-ci. C'est-à-dire, ça a été vrai tout à fait lors de la première vague. Lors de la première vague, les hôpitaux privés ont été laissés de côté. Ça a été beaucoup moins vrai lors de la seconde vague et d'après ce que je sais, c'est moins vrai aujourd'hui. Quand je parle des centres anticancéreux, c'est que certains, évidemment, sont confrontés à l'accueil et au traitement des grands hôpitaux de personnes atteintes de Covid, mais beaucoup, normalement, essayent de rester à l'écart de cela. Et donc, les soins des personnes atteintes de cancer peuvent s'y poursuivre plus facilement que dans les hôpitaux généraux.
Axel Kahn, est-ce que les formidables progrès de la science en un an contre le Covid avec la découverte de plusieurs vaccins vous donnent aussi de l'espoir dans le traitement des cancers ? Il en existe un aujourd'hui. Un seul de vaccin, c'est contre le papillomavirus. Est-ce que... Je dis une bêtise ? Non, il n'y en a qu'un seul ?
Oui, il y a le vaccin contre le papillomavirus, mais également le vaccin contre l'hépatite B. L'hépatite B aussi peut entraîner un cancer. Il y a un vaccin très efficace.
Est-ce qu'on peut imaginer le même espoir à court terme, à moyen terme contre les autres cancers ?
Alors, pas un phénomène de vaccination de même type parce que vous voyez bien que ces vaccins, c'est contre un virus qui se complique de cancer. C'est rare. Et si on regarde les autres caractéristiques des cancers, ils sont extrêmement nombreux, multiples. Il y en a des milliers et il faudrait des milliers de vaccins particuliers. Et ce que l'on peut faire en revanche, c'est, si vous voulez, un vaccin, mais surtout de l'immunothérapie, utiliser le système immunitaire pour soigner les personnes contre la tumeur particulière qui a été caractérisée chez les personnes malades. Alors ça, oui, vous avez tout à fait raison. L'ARN qui fait merveille dans la vaccination.
Les vaccins ARN, c'est un prodige de la science du début du 21e siècle. Ça restera comme cela. Ce sont des vaccins d'un nouveau type qui sont extraordinairement efficaces, plus efficaces que pratiquement tous les vaccins qu'on a connus jusqu'à présent. J'exagère, mais à peine, qui sont très, très bien tolérés et qui sont relativement faciles à fabriquer. Eh bien, le concept d'ARN médicaments, il va être très élargi et évidemment, notamment au cancer et notamment dans cette perspective de l'immunothérapie des cancers.
Je voudrais, si vous le permettez, qu'on termine par une note peut-être plus personnelle lorsque votre père, Jean Kahn, qui était un professeur de philosophie, a mis fin à ses jours en 1970. Il vous avait écrit à vous et à vos frères une lettre qui se terminait par les mots « Sois raisonnable et humain ». C'était des mots qui vous étaient adressés à vous. Être raisonnable et humain aujourd'hui dans la crise qu'on connaît mondialement depuis un an. Est-ce que finalement ce n'est pas le plus dur d'être les deux à la fois ? Raisonnable quand on a envie parfois de tout fermer, humain en entendant
parce que rien n'est manichéen. Il n'y a pas le blanc, le noir. Vous avez réussi, vous, à être raisonnable et humain ? Je ne peux pas le dire. C'est à vous de me le dire. Honnêtement, j'ai essayé. En tout cas, ce que je peux dire, ce n'est pas simplement durant cette crise. En disant, je n'ai jamais dit autre chose que ce sur quoi j'avais des informations et ce dont j'étais persuadé que cela était vrai. Jamais autre chose. Alors ça, c'est déjà une première exigence d'être raisonnable et humain.
Mais non, je n'ai pas eu beaucoup de difficultés à identifier parmi les voies possibles dans le traitement de cette crise, les voies qui étaient, on va dire, plus raisonnables et humaines, qui étaient plus dans le cadre de la voie bonne telle que je l'ai définie que les autres. J'ai connu dans ma vie des situations, notamment dans la vie politique, beaucoup plus difficiles. C'est plus difficile de savoir ce qui est bien et ce qui est mal en politique que de savoir ce qui est bien et mal dans le traitement d'une pandémie. Merci beaucoup Axel Kahn.
Merci infiniment. Très bonne journée à vous.