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InterviewRFI (sur YouTube)· 8 novembre 2017 8 minAutoproduitActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

David Cormand, Secrétaire national d’Europe-Ecologie-Les-Verts

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 58 %Attaque 42 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:17Invité politiqueFait
    « Le gouvernement a admis hier que la France ne pourrait vraisemblablement pas tenir l'objectif de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% en 2025. »
  • 0:41Locuteur 1Fait
    « Il y a une loi qui a été votée, la loi sur la transition énergétique, qui fixe au gouvernement cet objectif. »
  • 1:08Locuteur 1Fait
    « Notre pays a beaucoup de mal à se désintoxiquer de ce sur quoi il a misé massivement il y a maintenant plusieurs décennies, à savoir le nucléaire. »
  • 2:25Locuteur 1Promesse
    « Il y a une ligne rouge qui a été franchie. »
  • 2:59Locuteur 1Promesse
    « Cette transition énergétique, on en a besoin pour des raisons écologiques, bien sûr. Mais on en a aussi besoin pour des raisons économiques. »
  • 3:53Locuteur 1Promesse
    « On doit le faire. »
  • 4:05Locuteur 1Chiffre
    « En 2030, sur les 58 réacteurs nucléaires, il y en aura 48 qui auront plus de 40 ans. »
  • 4:23Locuteur 1Fait
    « Il y a un sujet de sécurité, non seulement pour les Françaises et les Français, mais également pour nos voisins. »
  • 4:40Locuteur 1Promesse
    « La stratégie énergétique d'un pays comme la France, ce n'est pas un petit sujet. »

Temps de parole

  • Locuteur 174 %
  • David Cormand23 %
  • Présentateur3 %

3,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Une à Paris, votre invité Frédéric Rivière, vous recevez ce matin David Cormand, secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts.

0:05
Locuteur 1

Bonjour David Cormand. Bonjour M. Rivière.

0:07
David Cormand

Le gouvernement a admis hier que la France ne pourrait vraisemblablement pas tenir l'objectif de ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% en 2025. Nicolas Hulot, le ministre de la Transition énergétique, estime que ce ne serait pas faisable sans relancer la production d'électricité à base d'énergie fossile et notamment le charbon. Est-ce que vous entendez cet argument ou est-ce que vous dites qu'il s'agit d'une capitulation ?

0:34
Locuteur 1

Je n'entends pas cet argument. Je ne l'entends pas du tout. Vous savez, la production d'électricité à base de charbon dans notre pays, c'est moins de 2%. Donc ce n'est pas là que cela se joue. Ce que je trouve d'abord incroyable, c'est qu'il y a une loi qui a été votée, la loi sur la transition énergétique, qui fixe au gouvernement cet objectif. Et donc la méthode qui consiste à faire en sorte que, suite à un rapport de RTE, un réseau de transport d'électricité, un ministre dise que finalement on ne va pas respecter la loi, puisque c'est de ça dont il s'agit, c'est un peu étonnant. Je crois que dans cette affaire, il y a avant tout un problème de volonté politique.

Et on voit bien que notre pays a beaucoup de mal à se désintoxiquer de ce sur quoi il a misé massivement il y a maintenant plusieurs décennies, à savoir le nucléaire.

1:17
David Cormand

Jusqu'à maintenant, les écologistes avaient toujours été relativement prudents avec Nicolas Hulot dans le gouvernement d'Emmanuel Macron. Depuis hier, on entend que le discours change. Aujourd'hui, vous considérez que Nicolas Hulot ne fait pas son travail ? Qu'il n'est pas le rempart qu'il devrait être contre éventuellement ce qu'on appelle le lobby du nucléaire ?

1:36
Locuteur 1

Je pense qu'il n'y a pas que le lobby du nucléaire avec lequel c'est très compliqué de faire de l'écologie à ce gouvernement. Le problème de Nicolas Hulot, mais depuis le début, c'est qu'il est un écologiste sincère dans un gouvernement qui n'en a rien à faire.

1:47
David Cormand

Et donc, il s'est fourvoyé, alors, en allant dans ce gouvernement ?

1:51
Locuteur 1

C'est tout le débat. Moi, je ne suis pas juge des âmes. Je sais qu'en tant que mouvement politique, on considère, nous, à Europe Écologie Les Verts, qu'il faut être cohérent. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on était sortis du précédent gouvernement. Après, moi, je ne vais pas dire à Nicolas Hulot ce qu'il a à faire. Il essaye de faire ce qu'il peut en milieu hostile. Et c'est une crainte qu'on avait indiquée dès l'origine de ce gouvernement.

2:13
David Cormand

Mais est-ce qu'il était plus utile à l'écologie en dehors du gouvernement ?

2:16
Locuteur 1

J'en sais rien. Franchement, j'en sais rien. Après, aujourd'hui, il essaye de faire ce qu'il peut. Moi, je pense que là, il y a une ligne rouge qui a été franchie. Parce que, vous savez, cette loi de transition énergétique, le précédent gouvernement n'a pas beaucoup d'éléments écolos à son actif. C'était le seul élément un petit peu ambitieux qui avait pu être voté. Alors après, au contraire, le précédent gouvernement avait voté cette loi, mais n'avait pas mis en œuvre. Elle n'avait pas commencé à amorcer la pompe pour lancer les choses. Donc ça, c'est un reproche qu'on peut lui faire. Mais en tout cas, on pouvait déjà s'appuyer sur cette loi.

Là, en la balayant d'un revers de main, je pense qu'il y a un message politique qui est envoyé à son corps défendant, sans doute, par Nicolas Hulot, qui est de dire qu'au fond, on ne va pas réussir à changer, à faire cette transition énergétique. Et pourtant, cette transition énergétique, on en a besoin pour des raisons écologiques, bien sûr. Mais on en a aussi besoin pour des raisons économiques. Aujourd'hui, le modèle économique du nucléaire est une catastrophe avec les réacteurs de nouvelle génération appelés EPR qui sont un désastre industriel, avec une indépendance énergétique de la France qui prônait grâce au nucléaire qui ne fonctionne pas.

Aujourd'hui, il faut savoir que l'industrie nucléaire française, c'est maintenir des relations, disons, ambigües avec un certain nombre d'États, je pense notamment au Niger, pour pouvoir continuer à s'approvisionner en uranium.

3:34
David Cormand

Alors, selon Nicolas Hulot, il aurait fallu, pour atteindre cet objectif, fermer 17 centrales. Ce sont, je crois, les éléments qui lui ont été donnés dans le rapport de RTE. 17 centrales. On aurait pu le faire, ça, fermer 17 centrales à l'horizon 2025 ?

3:50
Locuteur 1

Non seulement on aurait pu le faire, mais on doit le faire. Aujourd'hui, on a un parc nucléaire français, c'est 58 réacteurs, qui ont été conçus pour durer 40 ans. En 2030, sur les 58 réacteurs nucléaires, il y en aura 48 qui auront plus de 40 ans. Donc, si on repousse l'échéance à 2030, c'est la quasi-totalité de notre parc nucléaire qui sera au-delà de sa date de péremption. Et donc, on est en train de parler de réacteurs nucléaires. Ce n'est pas un petit sujet. Il y a un sujet de sécurité, non seulement pour les Françaises et les Français, mais également pour nos voisins.

Vous savez, les Allemands et les Suisses, quand on leur parle soit de Fessenheim, soit de Buget, ils ne sont pas très rassurés. Et donc là, il y a une responsabilité, non seulement, encore une fois, au titre de la transition énergétique, mais aussi pour des raisons de sécurité, et je l'ai dit pour des raisons économiques, de passer rapidement à autre chose. Et quand même, vous savez, la stratégie énergétique d'un pays comme la France, ce n'est pas un petit sujet. Comment on peut imaginer qu'on appréhende de façon sérieuse ce sujet, alors que tous les deux ans, on change de position ? Deux ans et demi, on vote la loi de transition énergétique.

Deux ans et demi après, on dit, finalement, on ne va pas tout à fait faire ça.

4:57
David Cormand

À la décharge du gouvernement et de Nicolas Hulot, est-ce que la loi de transition énergétique n'a pas été votée sans que les dispositifs concrets de sa mise en œuvre ne soient prévues ?

5:09
Locuteur 1

Écoutez, ça, je ne crois pas, parce que vous vous rappelez, un des débats autour de ces lois de transition énergétique, c'est un débat parlementaire, mais également avec des partenaires, comme on en a parlé, EDF, RTE, pour trouver un compromis. Ça a duré un an, ces débats. Et donc, les choses étaient en œuvre. D'ailleurs, quand on lit le rapport de RTE sur lequel, Réseau de transport d'électricité, sur lequel s'appuie Nicolas Hulot pour ce recul, c'est assez intéressant, ce rapport, parce qu'il dit d'une part qu'il y a une rentabilité économique à commencer à fermer des réacteurs, ce qui n'avait jamais été dit jusqu'à maintenant, qu'il y a une possibilité de baisser la part du nucléaire.

Eux, ils ne disent pas tout à fait 50, mais 40, que c'est possible, qu'on a les capacités, qu'on a capacité de le faire, et que surtout, on a la possibilité de respecter ces 40 ans, les 40 ans de durée de vie de nos réacteurs, pour faire cette transition. Donc, le rapport de RTE, certes, est pessimiste sur l'échéance de 2025, mais le message qu'il adresse n'est pas un message de renoncement. Or, ce qu'on a entendu hier, c'est plutôt un message de renoncement.

6:07
David Cormand

– Pourquoi la production d'énergie renouvelable a-t-elle tant de mal à décoller en France ? On est quand même à un niveau très bas.

6:12
Locuteur 1

– Oui, parce que je pense qu'il y a un lobby installé, puissant, depuis plus de 40 ans, autour de nucléaire.

6:18
David Cormand

– Mais sur l'éolien, par exemple, il est évoqué régulièrement le problème des recours administratifs, parce qu'au fond, tout le monde est favorable aux énergies renouvelables, mais personne n'a envie d'avoir des éoliennes dans son jardin.

6:29
Locuteur 1

– Ce n'est pas vrai. Vous savez, en Allemagne…

6:30
David Cormand

– Ah, moi, je n'en veux pas, mais enfin… – Non, mais peut-être vous, vous n'en voulez pas.

6:33
Présentateur

– Je n'ai pas de jardin, de toute façon.

6:34
Locuteur 1

– Mais en Allemagne, par exemple, ce qui a beaucoup contribué au développement massif de l'énergie renouvelable, c'est que ce sont en grande partie des coopératives citoyennes, locales, qui initient ces projets… – Parlez de l'Allemagne, là. – Oui, oui, mais c'est aussi comme ça que ça fonctionne. Ce qu'on appelle l'acceptabilité de l'installation, comme par exemple des éoliennes ou des panneaux photovoltaïques, cela marche aussi par le fait que les gens y aient intérêt.

Donc c'est une énergie qui est plus localisée, c'est-à-dire qu'on la consomme à proximité de là où on la produit, et surtout ce sont des collectifs citoyens ou d'habitants au niveau d'une ville, d'un village, qui bénéficient ensuite de la rente que constitue la vente de cette énergie.

7:11
David Cormand

– Des auditions vont avoir lieu aujourd'hui à la Commission du développement durable de l'Assemblée nationale sur la question de la sécurité du nucléaire, notamment face à la menace terroriste, sécurité des centrales nucléaires. Si l'on en croit un très récent rapport qui a été commandé par Greenpeace, réalisé par un groupe d'experts, il y a vraiment matière à s'inquiéter aujourd'hui.

7:30
Locuteur 1

– Bien sûr, le nucléaire et les réacteurs nucléaires sont des objets, c'est la palissade de le dire, mais extrêmement dangereux. Et comme on est dans une situation de tension en termes de rentabilité du nucléaire, il y a des normes de sécurité sur lesquelles on rogne. Non seulement on rogne sur l'entretien classique de ces réacteurs, et donc les risques d'accidents en plus sur un matériel vieillissant augmentent, et aussi des événements extérieurs, et ça a été l'action qu'a menée Greenpeace, qu'on réussit à faire sauter, si j'ose dire, un feu d'artifice dans l'enceinte d'une centrale nucléaire. Donc ce sont des sujets extrêmement sérieux.

C'est pour toutes ces raisons qu'on a besoin qu'il y ait un gouvernement, qu'il y ait la volonté politique de passer à autre chose, pour des raisons écologiques, pour des raisons de sécurité, on l'a dit, pour des raisons économiques également.

8:18
Présentateur

– Merci David Cormand, bonne journée.

8:19
Locuteur 1

– Merci à vous, bonne journée à vous.

8:21
Présentateur

– David Cormand, secrétaire national d'Europe Écologie Les Verts, invité Frédéric Rivière, entretien retrouvant en audio et vidéo sur rfi.fr. L'info continue.