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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 25 février 2019 32 minActualité / polémiqueDéfenseÉconomie & entreprisesSécuritéJustice

Conférence de presse avec Barham Saleh, Président de la République d’Irak

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 10:00OuverteRéponse directe

    L'Irak peut-il trouver un équilibre face aux tensions régionales et aux problèmes intérieurs comme la Constitution ?

  • 11:00OuverteRéponse directe

    1) Les États-Unis maintiennent des soldats en Syrie. La France va-t-elle faire de même ? 2) Le Royaume-Uni inscrit le Hezbollah sur sa liste terroriste. La France suivra-t-elle ?

  • 14:00OuverteRéponse directe

    1) Que faire des 13 jihadistes français transférés en Irak ? 2) L'Irak acceptera-t-il d'autres jihadistes détenus par les Kurdes syriens ?

  • 16:00RelanceRéponse directe

    La France privilégie-t-elle les minorités en Irak plutôt que l'État central ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15E.MacronFait
    « Un an et demi plus tard, l'Irak a repris le contrôle de l'ensemble de son territoire, montrait la vitalité de sa démocratie lors des élections législatives de mai. »
  • 3:00E.MacronChiffre
    « Nous avons pris des engagements forts pour développer notre coopération dans tous ces domaines. Je veux notamment citer la ligne de financement d'un milliard d'euros que nous venons de mobiliser pour la reconstruction du pays. »
  • 3:30E.MacronPromesse
    « Nous financerons un nouvel hôpital et nous accompagnerons à vos côtés les efforts politiques pour stabiliser pleinement la zone et permettre le retour. »
  • 5:00E.MacronPromesse
    « La France est à cet égard au rendez-vous pour être un de ses grands partenaires. Nous adopterons prochainement une feuille de route stratégique qui consacrera les grandes orientations de notre relation bilatérale. »
  • 5:30E.MacronChiffre
    « La ligne de financement d'un milliard d'euros que nous venons de mobiliser pour la reconstruction du pays. »
  • 6:00B.SalehFait
    « Une victoire importante et même historique a été remportée contre le terrorisme en Irak. Les Irakiens étaient en 1re ligne de cette bataille. »
  • 8:00B.SalehPromesse
    « La création d'emplois pour les jeunes Irakiens, la reconstruction des zones détruites, le retour des déplacés. Ce sont des défis qu'il faut absolument relever. »
  • 9:00B.SalehPromesse
    « Nous avons un programme ambitieux de réformes économiques. Nous aurons besoin de l'aide de nos amis et de nos alliés en Europe et partout dans le monde pour pouvoir le mener à bien. »
  • 17:00B.SalehFait
    « Les yézidis, les chrétiens, les autres composantes du peuple irakien ont été les victimes d'agissements terribles à cause des terroristes. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

... -E.Macron: Monsieur le président de la République, cher Barham Saleh, mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs, c'est pour moi, avant toute chose, un plaisir et un honneur de vous recevoir, monsieur le président de la République d'Irak, aujourd'hui à Paris.

Lorsque j'ai pris mes fonctions, les combats pour Mossoul faisaient encore rage. Des régions entières de Syrie et d'Irak demeuraient aux mains jihadistes. Un an et demi plus tard, l'Irak a repris le contrôle de l'ensemble de son territoire, montrait la vitalité de sa démocratie lors des élections législatives de mai tout particulièrement.

Le pays a retrouvé le chemin de la croissance économique. Il s'engage dans la reconstruction et un dialogue inclusif, en particulier un dialogue fructueux entre Bagdad et Erbil tout d'abord, qui ont su trouver des axes d'entente importante après les difficultés rencontrées en 2017. Et le relèvement de l'Irak est, à nos yeux, un signe d'espoir pour le Moyen-Orient.

Bien que les défis restent immenses, c'est avec optimisme que nous voyons s'ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire de l'Irak démocratique. Je suis heureux que le président Saleh puisse le présenter aujourd'hui à la France et aux Français. Bien sûr, les menaces auxquelles l'Irak est encore confronté restent considérables.

Face au terrorisme, et nous en avons longuement parlé, la France reste et restera aux côtés de l'Irak et des Irakiens, politiquement et militairement. Nous avons évoqué dans cette perspective le renforcement de notre coopération de défense et de sécurité. Nos soldats sont en effet avec les militaires irakiens pour vous soutenir dans votre action contre Daesh.

Et je souhaite qu'ils puissent contribuer, dans la durée, au renforcement des capacités des forces irakiennes. Nous soutenons aussi la politique régionale équilibrée de l'Irak. Ce pays doit être préservé des crises du Moyen-Orient, qu'elles soient liées à la Syrie ou à l'Iran.

Et dans ce cadre, la présence durable de la coalition internationale est un élément-clé. Et je suis sûr que l'ensemble des partenaires de la coalition internationale sont conscients du rôle absolument central que joue l'Irak dans la région et de notre présence indispensable. Face au défi du relèvement des territoires libérés de Daesh, nous sommes déterminés à aider les victimes des jihadistes à se reconstruire.

La France rend hommage à toutes ces victimes, au peuple irakien dans toutes ses composantes. Et là aussi, nous en avons longuement parlé. Nous pensons tout particulièrement au sort des chrétiens, des yézidis, des shabaks qui ont été persécutés et doivent trouver toute leur place dans le nouvel Irak.

Nous avons avec vous, Monsieur le président, discuté des nombreux projets de stabilisation que nous mettons en oeuvre pour permettre aux Irakiens de reprendre une vie normale. Dans ce contexte, la France sera à vos côtés, d'une part pour aider à la décentralisation et aux équilibres régionaux, d'autre part pour aider à la formation des jeunes Irakiens, en particulier de ceux qui étaient impliqués dans les forces paramilitaires pour retrouver une place dans la vie civile, et enfin, aux projets économiques qui sont une partie essentielle de cette stabilisation pour pouvoir donner un emploi tout particulièrement aux jeunes Irakiens. Nous avons également parlé de projets plus spécifiques mais néanmoins très importants, et la présence à nos côtés, et je vous remercie d'avoir accepté, de Nadia Murad, était aussi extrêmement importante à nos yeux pour, d'une part, contribuer à l'effort que nous avons engagé depuis plusieurs mois en soutien des yézidis.

Nous allons contribuer au fonds pour la reconstruction du Sinjar lancé par Nadia Murad à hauteur de 2 millions d'euros. Nous financerons un nouvel hôpital et nous accompagnerons à vos côtés les efforts politiques pour stabiliser pleinement la zone et permettre le retour. J'ai par ailleurs souligné lors de notre réunion l'importance d'un système démocratique inclusif en Irak où la justice est rendue pour tous et qui renforce la place des femmes sur la scène politique, et je sais combien, monsieur le président, vous y êtes vous-même engagé.

Sans cela, nous le savons, c'est-à-dire ce retour à un équilibre politique inclusif, un développement économique, les racines mêmes qui ont permis l'émergence de Daesh ne pourront être coupées. Notre engagement aux côtés de l'Irak va bien au-delà de la lutte contre Daesh. L'Irak a vocation à retrouver un rôle de 1er plan dans la région et un rôle de pivot.

La France est à cet égard au rendez-vous pour être un de ses grands partenaires. Nous adopterons prochainement une feuille de route stratégique qui consacrera les grandes orientations de notre relation bilatérale. Celle-ci s'étend désormais à tous les domaines et en particulier à ceux qui rapprochent nos peuples et bénéficient à la jeunesse d'Irak: l'économie, l'éducation et la culture.

Votre visite, monsieur le président, témoigne de cette volonté. Vous présenterez tout à l'heure votre vision de l'avenir de l'Irak à l'IFRI. Vous allez rencontrer des entreprises françaises investies dans la reconstruction de l'Irak.

Nous avons nous-mêmes parlé de nouveaux projets. Et votre délégation effectuera enfin une visite du Louvre, où la France a le privilège d'exposer des chefs-d'oeuvre du patrimoine de votre pays. Le Louvre qui travaille avec la Fondation ALIF et l'Unesco pour restaurer l'immense patrimoine de l'Irak.

Et je veux ici redire tout notre engagement en la matière et l'importance que notre coopération culturelle et éducative revêt à mes yeux. Nous avons pris des engagements forts pour développer notre coopération dans tous ces domaines. Je veux notamment citer la ligne de financement d'un milliard d'euros que nous venons de mobiliser pour la reconstruction du pays.

Elle impliquera nos entreprises et l'Agence française de développement dans l'énergie, l'eau, les infrastructures de transport ou encore la santé. Et je pense aussi à notre soutien au relèvement des 2 universités de Mossoul. Dans ce lieu de savoir hier ravagé par les barbares de Daesh, les jeunes Irakiens étudient aujourd'hui pour devenir les dirigeants, les entrepreneurs, les intellectuels de demain sur qui reposera l'amitié entre nos 2 pays.

Cette amitié ancienne a été notre rempart contre le terrorisme. Il nous faut désormais la nourrir de projets concrets pour construire ensemble une paix durable. C'est mon souhait, c'est le message que je porterai dans quelques mois en Irak lorsque je répondrai, dans le cours de cette année, à votre invitation.

Et c'est, je sais, le combat qui est le vôtre au quotidien, monsieur le président. Et je vous remercie encore pour votre présence aujourd'hui. (Propos irakiens traduits en français) -B.Saleh: Merci beaucoup, monsieur le président.

Mes collègues et moi-même sommes très heureux d'être ici, à Paris, et de vous rencontrer, monsieur le président Macron, et de rencontrer les piliers du gouvernement français. C'est une opportunité pour remercier à nouveau la France pour l'aide qu'elle nous a accordée et pour sa contribution active et efficace auprès des Irakiens dans leur bataille contre le terrorisme. Une victoire importante et même historique a été remportée contre le terrorisme en Irak.

Les Irakiens étaient en 1re ligne de cette bataille. Ils ont beaucoup sacrifié pour mettre un terme à ce prétendu califat de Daesh. Cependant, le soutien que nous avons reçu de la coalition internationale, de nos amis, de la France en particulier, a joué un rôle extrêmement important.

Et encore une fois, aujourd'hui, c'est une occasion pour vous remercier à nouveau et pour exprimer à nos alliés notre considération pour cette aide précieuse. Aujourd'hui est aussi une occasion pour rappeler que la victoire remportée en Irak, bien qu'elle soit importante, vitale, n'en reste pas moins une victoire incomplète qui a besoin d'être renforcée, qui a besoin d'être solidifiée, et cela en ne relâchant pas notre attention sur le plan de la sécurité, sur le plan de l'économie, sur le plan social également, sur le plan de la coopération régionale. Le danger du terrorisme n'est pas exclusivement celui du califat et celui des territoires contrôlés par les organisations terroristes.

Il faut travailler ensemble à partir d'Irak, avec nos alliés, avec nos voisins également, pour assécher les sources du terrorisme. A l'assécher sur le plan intellectuel et l'assécher sur le plan financier. La période qui s'ouvre exigera de nous une action davantage concertée pour mettre un terme à ce phénomène tout à fait inhabituel dans la région et dans le monde.

Mon message au président Macron et au monde est que le succès remporté en Irak est important. Nous sommes aujourd'hui dans une phase transitoire importante. L'Irak, qui a été une scène de batailles, de frictions régionales et internationales et qui nous ont conduit à ce que l'on a vu, à savoir le terrorisme de Daesh et les crimes extrêmement graves commis par Daesh contre les Irakiens, la région et le monde, ceci était un chapitre dangereux et douloureux dans notre histoire.

Il nous faut partir de là pour aller vers une nouvelle phase: rétablir la sécurité, la stabilité durable dans la région. Cela ne se fera que si l'Irak retrouve sa place dans l'équation régionale. Nous avons la reconstruction de l'Irak devant nous.

Nous avons la reconstruction de l'économie irakienne, sans oublier le développement des ressources humaines. Il s'agit là de défis qui seront difficiles, mais nous attendons de nos alliés sur la scène internationale leur aide en ce domaine. La création d'emplois pour les jeunes Irakiens, la reconstruction des zones détruites, le retour des déplacés.

Ce sont des défis qu'il faut absolument relever pour améliorer la situation politique intérieure irakienne et pour rétablir la sécurité également. Nous devons nous y atteler sérieusement. Le gouvernement irakien, présidé par le Dr Adel Abdel-Medhi, a à sa charge le redémarrage de l'économie et la reconstruction.

Nous avons un programme ambitieux de réformes économiques. Nous aurons besoin de l'aide de nos amis et de nos alliés en Europe et partout dans le monde pour pouvoir le mener à bien. Nous sommes heureux des propos que nous avons entendus dans la bouche du président Macron, qui nous a dit que la France était tout à fait disposée à rester à nos côtés et à nous soutenir, en particulier sur le plan économique.

Je voudrais rappeler que la France a toujours été un partenaire économique efficace de l'Irak. Nous espérons construire sur cette relation pour aller vers des horizons beaucoup plus vastes et des domaines beaucoup plus nombreux. La situation politique intérieure en Irak, malgré la guerre féroce menée contre le terrorisme...

Nous sommes en train de faire beaucoup. Nous avons beaucoup fait : les élections, l'alternance au pouvoir. Cela nous montre et montre au monde que nous sommes capables de dépasser cette période.

Ce que nous voulons maintenant, c'est reconstruire l'Etat en garantissant les libertés civiles et politiques. C'est le véritable défi qu'il faudra assurer en faveur de toutes les composantes du peuple irakien. Et c'est ce qui est demandé à tous les dirigeants irakiens, qui vont devoir s'atteler à résoudre les problèmes que nous avons hérités du passé.

Notre but: la stabilité, la paix et la sécurité durable. Je ne dis pas que tout va très bien en Irak. Nous avons encore des échéances politiques, économiques importantes.

Je veux juste rappeler que notre pays n'a pas connu de stabilité depuis au moins 4 décennies. Résoudre toutes ces complications, tous ces problèmes, être à la hauteur des attentes de nos citoyens, attentes tout à fait légitimes, ne sera pas facile. Mais je peux dire en toute confiance que les Irakiens sont déterminés à y travailler et à redonner à l'Irak ce qu'il mérite, à savoir un système politique stable, sûr, qui vit en paix avec son peuple et avec ses voisins.

Nous ne voulons pas que l'Irak soit une scène de batailles et de conflits entre les puissances régionales et internationales. Assez. Assez de conflits extérieurs sur notre terre.

Nous voulons que l'Irak soit une scène de retrouvailles pour les intérêts des pays de la région et de la communauté internationale. La stabilité de l'Irak, le succès de la reconstruction, le succès à faire émerger un nouveau système régional autour d'intérêts économiques ne peut qu'avoir des bénéfices pour l'ensemble de la région. Hier, j'assistais au sommet Union européenne-Ligue arabe.

Nous avons parlé des points communs entre nous, les points communs entre les pays riverains de la Méditerranée, les points communs entre l'Europe et le monde arabe, et je peux même ajouter les points communs entre les pays riverains du Golfe. Il s'agit là de 2 mers extrêmement importantes. Si nous parvenons à construire un système régional basé sur les intérêts communs, l'économie, le développement, le respect des droits de l'homme, alors nous irons bien.

Le terrorisme et l'extrémisme ne trouveront pas de place entre nous. Et donc, je suis impatient d'établir un véritable partenariat avec le président Macron, un partenariat exemplaire avec la France et l'Union européenne pour sortir de cette période extrêmement difficile, pas uniquement pour le Moyen-Orient mais aussi pour l'Europe, qui a aussi souffert du terrorisme ces dernières années. Je voudrais également rendre hommage aux efforts de la France en matière de reconstruction, et particulièrement le patrimoine de Mossoul et d'autres régions irakiennes.

Ce sont des efforts appréciables et appréciés. J'étais à l'Unesco ce matin avec ma délégation. Nous avons été informés des projets menés par l'Unesco.

Nous savons ce que vous faites. La restauration et la réhabilitation du patrimoine irakien humain et autre, le retour du patrimoine irakien pillé, la restauration de ce qui a été détruit par les terroristes de Daesh, tout cela sera important pour redonner confiance aux Irakiens. Encore une fois, monsieur le président, je voudrais vous remercier pour votre accueil.

Nous espérons pouvoir vous accueillir à Bagdad bientôt, comme nous en sommes convenu, et nous pourrons commencer à mettre en oeuvre ensemble tout ce que nous avons dit à travers des projets qui viendront concrétiser les relations d'amitié. -E.Macron: Merci, monsieur le président.

Nous allons prendre des questions. (Question d'un journaliste irakien traduite en français) (...) -La première question vous est adressée, monsieur le président.

L'Irak est en train de rechercher aujourd'hui un point d'équilibre dans ses relations extérieures, dans la région et sur la scène internationale. Est-ce qu'il va réussir à trouver cet équilibre, étant donné les tiraillements, en particulier dus à la politique américaine? Vous avez également parlé d'un certain nombre de problèmes intérieurs.

Est-ce qu'il y a de véritables discussions pour résoudre les problèmes intérieurs en Irak, en particulier concernant la Constitution? La 2e question est adressée au président Macron. Question en 2 parties. 1re partie sur la crise syrienne.

Les Américains, aujourd'hui, ont annoncé qu'ils allaient laisser des centaines de soldats américains dans l'est, le nord-est de la Syrie. Est-ce que la France va prendre une décision similaire ? Est-ce que vous allez y laisser des unités? 2e partie de ma question.

La décision britannique pour inscrire le Hezbollah, y compris son volet politique, sur la liste des mouvements terroristes. Est-ce que la France va aller aussi dans ce sens, ou est-ce que vous avez une avez une position différente? Merci beaucoup. -B.Saleh: Alors ça, c'est la presse irakienne.

Ils posent toujours beaucoup de questions en très peu de temps. -E.Macron: On a exactement la même chose avec la presse française.

On dit "une question" et en fait, on se retrouve avec plusieurs questions. -B.Saleh: Concernant la réussite de l'Irak dans ses efforts pour être un élément d'équilibre dans la région, c'est effectivement ce qu'il faut et c'est l'intérêt de l'Irak.

Nous allons donner la priorité à notre sécurité nationale, et cela exige de nous de ne pas être partisans dans les querelles régionales. Nous allons être partisans en faveur de la reconstruction de l'Irak et en faveur des intérêts de l'Irak. Nous avons de bonnes relations avec nos voisins.

A mon avis, les voisins de l'Irak, chacun de son côté, veulent que l'Irak réussisse. La communauté internationale également. Extirper le terrorisme est lié à la stabilité de la situation en Irak.

Notre devoir en tant que gouvernement irakien nous impose de nous y atteler. Et nous ne voulons pas que notre pays devienne une scène de bataille pour les autres. Nos citoyens en ont assez.

Notre pays en a assez. Il ne veut plus être victime de ces querelles régionales. En ce qui concerne les affaires intérieures en Irak, lorsque je reviendrai à Bagdad, nous en parlerons.

Mais ça, c'est la politique irakienne. Il y a toujours des complications. Il y a toujours des difficultés.

Mais tant que cela avance dans la bonne direction...

J'ai parlé au président Macron d'une chose extrêmement importante. La classe politique est toujours occupée de querelles intérieures. Il y a 2 semaines, je suis allé avec le ministre de la Culture pour inaugurer l'Exposition internationale de Bagdad. 640 maisons d'édition venant de 24 pays différents.

Voilà la vie normale. Voilà la détermination des Irakiens pour réussir. Nous, politiques, pouvons discuter, pouvons nous quereller, mais la direction générale de la vie normale en Irak, c'est la réussite, c'est l'opposition à la pensée extrémiste. -E.Macron: Merci, monsieur le président.

Je ne peux que souscrire à ce que vous venez de dire. Vous m'avez posé 2 questions. La 1re, sur la décision américaine de laisser des soldats au nord-est syrien.

Je ne peux que me féliciter de ce choix qui correspond à ce que nous avons constamment rappelé: la nécessité, en effet, de rester aux côtés, en particulier, des FDS et de ceux qui, sur le terrain, ont oeuvré à la lutte contre Daesh et à la fois la lutte contre le terrorisme et la libération de la Syrie. Comme vous le savez, la France n'a pas la même présence militaire et le même type de présence militaire. Nous sommes des partenaires de la coalition.

Et je pense que la décision militaire est une bonne chose. La décision américaine est une bonne chose et nous l'avons accompagnée politiquement, et nous continuerons, dans le cadre de la coalition, à oeuvrer dans la région. J'ai rappelé, pour ce qui est de l'Irak, notre position tout à l'heure.

Vous m'avez ensuite interrogé sur le Hezbollah. Nous avons constamment distingué 2 réalités du Hezbollah. D'une part, la branche militaire, que nous qualifions de terroriste, et d'autre part le mouvement politique qui, représenté au Parlement, peut faire l'objet de contacts et avec qui nous pouvons échanger.

Et nous continuerons à avoir ce distinguo parce que c'est ce distinguo qui permet, d'une part, de lutter contre ceux qui ont une action, justement, militaire de type terroriste et ce qui permet aussi de poursuivre cette politique dite de désassociation du Liban, c'est-à-dire d'éviter que le Liban ne soit en quelque sorte le théâtre importé de tous les conflits régionaux. Et donc, il n'appartient pas à la France comme à d'autres puissances extérieures de savoir quelles forces politiques représentées au Liban seraient bonnes ou non. C'est au peuple libanais de le faire.

Voilà. -Georges Malbrunot du Figaro. Je vais essayer d'être à la hauteur de mon collègue irakien.

Et donc je vais avoir pour chacun une question subdivisée en 2 sous-questions, mais ça ne va poser aucun problème. Monsieur le président Barham Saleh, les Kurdes syriens ont transféré la semaine dernière 13 ou 14 jihadistes français en Irak. Que comptez-vous faire d'eux ?

Est-ce que vous comptez les garder, les juger ou les renvoyer en France? 2e question: est-ce que vous êtes prêt à accueillir d'autres jihadistes français et étrangers qui sont détenus aujourd'hui par les Kurdes syriens? Au président Macron, est-ce que vous confirmez que parmi ces 13 ou 14, il y a de dangereux terroristes comme par exemple Thomas Barnouin ?

Ma 2e question: les Irakiens, lorsqu'on discute avec eux, en dépit du fait qu'ils vous répètent que la situation est excellente, etc, se plaignent un petit peu que la France, le discours français public, politique, insiste beaucoup sur l'aide aux minorités rétiennes, kurdes, yézidis, comme vous l'avez fait devant nous, et pas assez à l'Etat central. Cette remarque s'illustre aujourd'hui par la visite de votre prédécesseur, François Hollande, à Erbil, qui ne va pas aller à Bagdad, ce qui est quand même un peu étrange. Qu'est-ce que vous pensez de cette visite?

Quelle est la priorité de la France? Aider les minorités en Irak ou aider l'Etat central irakien? -E.Macron: Bien.

Je vais répondre sur les 2 points. Sur la 1re question que vous m'avez posée, les FDS ont d'innombrables prisonniers qui ont été constitués durant le conflit et qu'ils gèrent au mieux de leurs capacités dans le nord-est syrien. Et les échanges avec les forces de sécurité irakiennes font partie des relations bilatérales qu'ils entretiennent avec l'Irak dans le combat contre l'ennemi jihadiste.

Dans ce contexte-là, les décisions qui ont été prises n'ont pas à être commentées. Je n'ai pas à confirmer l'identité de tel ou tel pour les Français majeurs détenus ou qui seraient transférés. Ils relèvent d'abord des autorités de ce pays à qui il revient de décider souverainement s'ils doivent faire l'objet de procédures judiciaires sur place, et le président y reviendra.

Et ces personnes ont le droit de bénéficier de la protection consulaire. A ce moment-là, notre réseau diplomatique sera mobilisé en ce sens, et c'est à ce moment-là que je pourrai vous confirmer l'information nominale que vous avez soulevée sur M. Barnouin.

Pour ce qui est de votre 2e question, je n'ai absolument pas à commenter un déplacement privé, même si nous en assurons la sécurité comme il se doit pour un ancien président de la République, mais qui ne saurait engager en rien les choix diplomatiques français actuels. La diplomatie française d'aujourd'hui, elle marche de manière cohérente sur une approche que nous avons longuement discutée avec monsieur le président et que j'ai restituée, et qui n'est pas le choix de l'un contre l'autre. Et je ne souscris pas à cette approche.

Notre partenaire, notre interlocuteur, c'est l'Etat irakien. C'est le président qui est là aujourd'hui, le Premier ministre que j'ai eu au téléphone pendant qu'il constituait son gouvernement. Mais la réussite, la stabilité de cet Etat, elle passe par la politique, qui d'ailleurs est en train d'être conduite, aussi bien par le président de la République que par le Premier ministre, c'est-à-dire la capacité à construire une solution politique inclusive avec toutes les composantes de l'Irak.

Il n'appartient pas à la France de construire sa diplomatie en s'appuyant sur une composante contre un Etat souverain. Jamais je n'ai fait ça et vous savez bien que ça n'est pas dans la ligne de la diplomatie à laquelle je crois. De la même façon que je ne crois pas que la réussite de l'Irak puisse se construire aujourd'hui ou demain en négligeant une de ces composantes.

Et donc, on parle parfois de minorités, nous en avons longuement parlé pendant le déjeuner. Moi, je préfère parler de toutes les composantes de ce qu'est aujourd'hui l'Irak, qu'elles soient d'ailleurs musulmanes, chrétiennes, yézidis ou autres. Ce sont toutes ces composantes qui constituent ce peuple souverain que nous voulons aider.

Et donc, mon interlocuteur est à mes côtés. Et après, nous avons des projets concrets que nous souhaitons mener, et d'ailleurs, nous les menons ensemble. C'est pour ça qu'autour de la table avec nous, il y avait le prix Nobel Nadia Mourad, par exemple.

Mais il n'y aurait pas le choix de l'un contre l'autre. -B.Saleh: 13...

éléments de Daesh ont été attirés dans le cadre d'opérations militaires et ils ont été remis aux autorités irakiennes. Ils sont accusés d'avoir commis des crimes contre des Irakiens, des installations irakiennes en Irak. Ils seront jugés selon la loi irakienne, et c'est ce que le droit international reconnaît.

Et c'est dans ce cadre que nous agissons pour traiter ce problème actuellement. Concernant ceux que vous avez appelés les "minorités", je refuse l'utilisation de ce terme. Il s'agit de composantes essentielles des peuples de notre région.

Je suis kurde et on m'appelait "minoritaire". Le mot "minorité" ou "minoritaire", c'est comme si on ne me mettait pas sur le même plan que les autres. Dans le nouvel Etat irakien, nous nous sommes donné une Constitution qui, dans son chapitre 2, fixe les droits et les devoirs de l'Etat irakien envers chacune des composantes du peuple irakien sur la base d'un traitement équitable et juste.

Les yézidis, les chrétiens, les autres composantes du peuple irakien ont été les victimes d'agissements terribles à cause des terroristes et de cette pensée extrémiste. Notre devoir en tant que gouvernement, mon devoir en tant que musulman également est d'être à leurs côtés, de les soutenir, de les aider, parce que les dangers qu'ils ont traversés ont été terribles. Et tout cela a été commis au nom de ma religion, et ma religion en est innocente.

On ne peut pas lui attribuer ces actes terribles qui ont été commis. L'Irak, je dirais même l'Orient ne retrouvera pas de situation normale, ne retrouvera pas la paix si le chrétien n'est pas respecté, considéré, si sa place n'est pas préservée avec sa culture, sa religion, ses valeurs. De même pour les yézidis.

Vous allez peut-être dire que ce sont de belles paroles difficiles à traduire dans la réalité comme on le souhaite à cause des circonstances que nous venons de traverser. Mais je veux insister sur un fait. De par mon appartenance intellectuelle et de par mon devoir constitutionnel, je dois le faire.

Mon frère, Adel Abdel-Mehdi, Premier ministre irakien qui a passé de très longues années en France et que vous connaissez peut-être, a également un rôle. Et tous les deux, nous sommes sur la même longueur d'onde, nous sommes d'accord. Nous avons parlé de ce sujet avec le président Macron.

Tout ce que nous pourrons faire pour rétablir la sécurité et la stabilité dans le Sinjar, reconstruire le Sinjar, reconstruire Mossoul, reconstruire les villes et les villages qui ont été détruits par le terrorisme, c'est notre devoir. Nous pouvons coopérer avec la communauté internationale pour le faire. (Question inaudible posée par un journaliste) "Accepter" n'est pas le mot.

Toute personne accusée d'avoir commis des crimes en Irak contre le peuple irakien, contre les installations irakiennes, nous la recherchons pour la juger. Est-ce que cela vous donne l'impression que nous sommes tout à fait prêts à les accueillir? Non.

Il ne s'agit pas d'accueil. Il s'agit de criminels contre des Irakiens, contre des institutions irakiennes, des installations irakiennes, qui ont violé la loi irakienne. Evidemment, nous les recherchons pour les juger devant les tribunaux irakiens.

Mais cela dépendra de nos agences de sécurité. Est-ce qu'elle réussiront à mettre la main dessus ou pas ?