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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 9 février 2021 27 minContradictoireFond programmatiqueDéfenseEurope & internationalÉconomie & entreprisesSécurité

Bernard Cazeneuve et Nicolas Baverez : "L’ordre international est mis à rude épreuve"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 20 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:51OuverteRéponse directe

    Quelle nouvelle menace pèse aujourd'hui sur la France et sommes-nous capables d'y faire face ?

  • 1:23OuverteRéponse directe

    Pourquoi vous êtes-vous penché sur ces questions ? Pourquoi vous et quelle était l'urgence ?

  • 2:26OuverteRéponse partielle

    Vous vous êtes affronté sur quoi avec Nicolas Bavré ?

  • 2:57FerméeRéponse directe

    Est-ce qu'on peut dire que de nouvelles menaces pèsent sur nous et que la France et l'Europe ne sont pas bien préparées ?

  • 4:40OuverteRéponse directe

    L'épidémie de Covid est-elle une répétition générale de ces crises possibles ?

  • 6:50OuverteRéponse directe

    Si on regarde le monde tel qu'il est avec ses nouvelles puissances, est-ce qu'on peut craindre une guerre à l'ancienne ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:51Invité politiqueFait
    « J'ai suivi plusieurs présidés et été rapporteur de plusieurs missions d'information parlementaire. »
  • 5:32Invité politiqueFait
    « L'utilisation du droit par les Américains de façon unilatérale et extraterritoriale pour défendre leurs intérêts de puissance. »
  • 10:50Invité politiqueChiffre
    « Je me souviens d'avoir à plusieurs reprises lorsque j'étais membre de la commission de la défense exprimer les inquiétudes sur la diminution de près de 54 000 effectifs dans les armées. »
  • 11:24Invité politiqueChiffre
    « Il a été diminué de 50% dans la programmation pluriannuelle de l'Union européenne qui sera déclinée pendant l'actuel mandat de la commission. »
  • 12:10Invité politiqueChiffre
    « François Hollande avait souhaité qu'on y consacre 6 milliards de plus, 3,8 milliards en 2015, rehaussé de 2,2 milliards en 2016. »
  • 12:20Invité politiqueChiffre
    « L'actuel président de la République a souhaité dans la loi de programmation militaire 2019-2025 qu'on fasse un effort de 1,7 milliard par an jusqu'en 2023 et à partir de 2023 qu'on rehausse à 3 milliards. »
  • 23:23InvitéChiffre
    « Ces 295 milliards peuvent paraître extrêmement importants quand on les rapporte au PIB, même avec la diminution du PIB, ça n'est pas si important. »

Temps de parole

  • Invité politique47 %
  • Invité27 %
  • Présentateur12 %
  • Présentateur 211 %
  • Auditeur2 %

1,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons deux invités dans le grand entretien de la matinale. L'un fut Premier ministre et ministre de l'Intérieur de François Hollande, l'autre est avocat essayiste, chroniqueur au Point et au Figaro. Tous deux publient pour l'Institut Montaigne un rapport intitulé « Repensez la défense face aux crises du XXIe siècle » dont on va parler ce matin et sur lequel vous pourrez réagir, amis auditeurs, au standard 01-45-24-7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bernard Cazeneuve, Nicolas Bavré, bonjour. Bonjour. Bonjour. Et merci d'être sur Inter ce matin.

Ce rapport technique dans ses différentes propositions pose au fond une question simple. Quelle nouvelle menace pèse aujourd'hui sur la France et sommes-nous capables d'y faire face ? Vous évoquez des menaces très différentes, du terrorisme aux manipulations de l'information, des pandémies aux retours en force de ces puissances militaires au sens classique que sont par exemple la Chine, la Russie et la Turquie. Quel rôle dans ce contexte donc pour la France, mais aussi pour l'Europe ? On va y venir en détail. Dites-nous pour commencer, pourquoi vous êtes-vous penché sur ces questions ? Pourquoi vous et quelle était l'urgence ? Bernard Cazeneuve.

1:25
Invité politique

Bon, d'abord, moi j'ai toujours eu un intérêt pour ces questions qui touchent à la sécurité et à la défense nationale. Depuis très longtemps, j'ai été pendant 20 ans maire d'une ville où on fabrique la force océanique stratégique, les SNLE, les sous-marins nucléaires d'attaque. J'étais pendant 10 ans membre de la commission de la défense à l'Assemblée nationale, rapporteur du budget de la coopération militaire. J'ai suivi plusieurs présidés et été rapporteur de plusieurs missions d'information parlementaire.

Donc, c'est un sujet qui m'intéresse et comme nous sommes dans un contexte géopolitique particulier qui est décrit de façon précise dans le rapport, que nous sommes confrontés à des défis considérables, face auxquels il faut prendre des décisions en France et en Europe, j'ai accepté volontiers la proposition de l'Institut Montaigne de participer à une réflexion collective où chacun est venu avec sa sensibilité politique, ses connaissances, ses centres d'intérêt et nous nous sommes affrontés, nous avons discuté et nous avons fait consensus parce que sur les questions de défense, il faut à la fin faire consensus.

2:26
Présentateur

Vous vous êtes affronté sur quoi avec Nicolas Bavray ?

2:29
Invité politique

Je ne crois pas faire offense à Nicolas Bavray en disant qu'il est sans doute plus libéral que je ne le suis, moins socialiste assurément, donc nous n'avons pas nécessairement sur tous les sujets le même point de vue. Mais nous avons le sens de l'intérêt national et lorsque l'essentiel est en jeu, et notamment sur les questions de défense, on doit pouvoir converger.

2:47
Présentateur

Alors Nicolas Bavray, l'idée force de ce rapport, c'est au fond de dire attention, de nouvelles menaces pèsent sur nous et la France et l'Europe ne sont peut-être suffisamment pas bien préparés pour y répondre. Est-ce qu'on peut dire des choses comme ça ?

2:59
Invité

Oui, c'est un excellent résumé. Donc, comme il a été dit, ce rapport, il est parti de l'idée qu'on ne doit pas faire l'armée pour l'armée, comme le disait le général de Gaulle, on doit la faire pour la nation. Donc d'abord, il est légitime que les citoyens s'intéressent à ces questions de défense, même si ce n'est pas très habituel et que la société civile prenne position.

Donc, ce qui nous est apparu, ça a été rappelé, c'est une évolution très rapide et dangereuse du contexte international, le djihadisme, vous avez rappelé les États puissances, de nouveaux espaces de confrontation, dans l'espace lui-même, dans le cyber, et le fait qu'on le sous-estime, mais ce continent européen, finalement, quand on va de la Baltique à Gibraltar, il est cerné par les crises. Et tout ce qu'on avait mis en place pour les gérer, s'est désintégré. Alors, ça a été accéléré par la présidence de Donald Trump, mais les alliances, les traités, tout le système européen de sécurité, on avait les Russes qui violaient les traités et les Américains qui s'en retiraient.

Donc, ça fait vraiment une nouvelle donne. Et face à cette nouvelle donne, c'est vrai que la France et l'Europe sont très exposées. Et finalement, notre idée, c'est de se dire, quand on regarde ce qui s'est passé avec le Covid, finalement, on pensait que la santé était un atout français, on pensait qu'on avait une industrie, un système fort. Aujourd'hui, c'est vrai que ce système de défense, à la fois les armées, mais aussi l'industrie, c'est un atout et normalement un actif pour notre pays. Mais il faut quand même tenir compte de ce qui s'est passé et se demander s'ils ne sont pas aussi aujourd'hui en risque.

4:36
Présentateur

L'épidémie de Covid, Bernard Cazeneuve, c'est une répétition générale de ces crises possibles, c'est ça ? Et de nos impuissances.

4:48
Invité politique

C'est une crise nouvelle qui vient s'ajouter à des crises que nous avons déjà subies. Je pense à la crise économique et financière à laquelle il est fait état dans le rapport dans les années 2008-2010. La crise terroriste qui est arrivée très brutalement par les attentats qui ont constitué un choc considérable pour les sociétés européennes et la société française. Nous avons désormais cette crise sanitaire. Et comme le disait Nicolas Bavré à l'instant, nous sommes dans un contexte géopolitique qui a considérablement changé. Avec un ordre international qui est soumis à rue d'épreuve du fait de l'effacement du multilatéralisme.

On l'a vu à travers des décisions unilatérales prises par les Américains de remettre en cause des accords, je pense au GCPOA, auxquels ils avaient eux-mêmes participé. L'utilisation du droit par les Américains de façon unilatérale et extraterritoriale pour défendre leurs intérêts de puissance. On l'a vu également en Iran. Nous constatons qu'il y a des puissances hybrides. Vous avez évoqué tout à l'heure la Turquie, la Russie, qui font prévaloir leurs intérêts également de puissance avec l'utilisation de moyens très divers. Et très inédits.

La Chine, bien entendu, qui elle aussi entend faire prévaloir ses propres intérêts dans un monde où la relation sino-américaine devient comme le fut jadis la relation américano-soviétique structurante des relations internationales. Donc des crises qui se précipitent, un contexte géopolitique qui change. Et pour la France et pour l'Europe, des décisions à prendre. Pour la France, quel modèle d'armée et quel choix budgétaire ? Et nous avons fait d'ailleurs sur ces questions un inventaire et des propositions.

Et sur le plan européen, que faisons-nous en Europe au moment où arrive une nouvelle présidence aux Etats-Unis pour que l'Europe soit le lieu de la construction d'une autonomie stratégique et d'une ambition de protection du continent ?

6:47
Présentateur

Vous allez nous donner vos propositions justement pour la France et pour l'Europe. Mais Nicolas Bavray, si on regarde le monde tel qu'il est avec ses nouvelles puissances, avec ses nouveaux rapports de force, avec la montée de la Chine qui devient aussi une puissance politique et pas seulement économique, son bras de fer avec les Etats-Unis, ce qui se passe en Europe, dans le sud de l'Europe, avec la Turquie, ce que veut Poutine également, est-ce que vous craignez une guerre à l'ancienne ? Est-ce qu'on peut imaginer un conflit qu'on ne voit pas pour l'instant mais que ça puisse, en une étincelle, basculer dans une guerre à l'ancienne ?

Est-ce que c'est un scenario qui est possible dans un an, dans cinq ans, demain ?

7:24
Invité

Alors d'abord, des guerres à l'ancienne, on en a aujourd'hui partout dans le monde et y compris proche de l'Europe.

7:33
Présentateur

Oui, mais je parle d'un conflit planétaire.

7:34
Invité

Si vous regardez le Moyen-Orient, il y a un degré de conflictualité qui est très élevé. Donc, ce qui est certain, c'est qu'après la chute de l'Union soviétique, on avait eu l'impression que, de fait, les grandes guerres appartenaient au passé. Aujourd'hui, on peut avoir des scénarios de conflit entre puissance et entre grandes puissances. C'est ce qu'aux États-Unis, on a appelé, avec la rivalité avec la Chine, le syndrome de Thucydide, qui avait expliqué comment Sparta et Athènes étaient voués à se confronter. On a eu la situation au début du XXe siècle avec, sous les problèmes franco-allemands, en fait, la rivalité entre l'Angleterre et l'Allemagne pour le leadership en Europe.

Donc, aujourd'hui, des grandes confrontations sont aujourd'hui possibles. On voit, si vous prenez, vous avez rappelé la Chine, la Chine, quand on regarde ce qui se passe, il y a eu la prise en main de Hong Kong, il y a les menaces sur Taïwan, il y a les affrontements avec l'Inde, il y a la prise de contrôle avec les îlées de la mer de Chine du Sud. Si on regarde un pays comme la Turquie, quand même, en quelques années, il y a eu la Syrie, il y a eu la Libye, il y a eu le Haut-Karabakh, il y a la poussée en Méditerranée orientale, il y a la ré-islamisation des Balkans. Il y a eu des volontés de conquête, en tout cas, clairement, chez ces deux pays-là.

Ça, ce n'est pas des volontés, c'est des faits. Si vous regardez la Russie en Crimée et en Ukraine, la présence de la Russie en Baltique, ce sont des faits. Si on regarde aujourd'hui la projection de puissance des Turcs, on l'a rappelé, la litanie entre le Moyen-Orient, la Méditerranée, y compris en Libye, ou la présence maritime dans la Méditerranée orientale, si vous voulez, là, on n'est pas dans les risques, on est dans... La réalité actuelle. Le réel.

9:23
Présentateur

Et intellectuellement, la France est préparée à ça parce que vous dites que les réflexions stratégiques et le modèle d'armée française doivent réintégrer l'hypothèse d'un conflit armé de haute intensité. C'est une idée qu'on avait balayée, Bernard Cazeneuve ?

9:39
Invité politique

Lorsque l'on regarde ce qu'a été la séquence qui va de la fin des années 80 jusqu'à aujourd'hui, c'est-à-dire de ce constat exprimé par un certain nombre de responsables politiques français qu'il fallait percevoir les dividendes de la paix après l'effondrement du mur de Berlin, toute la réflexion sur la fin de l'histoire, cette idée partagée par un très grand nombre de politiques et d'intellectuels à la fin des années 80 que le libéralisme et la démocratie avaient finalement triomphé de tout et que nous étions dans un mouvement finalement d'apaisement généralisé qui justifiait qu'on baisse la garde, cette période est terminée. Elle est terminée pour tout.

10:19
Présentateur

Est-ce que les Européens l'ont compris ça ? Que l'époque est terminée ? Est-ce qu'on est prêt ?

10:22
Invité politique

Je pense que les Européens n'ont pas saisi et les Français n'ont plus, je ne parle pas du gouvernement, je parle de l'opinion publique que nous étions confrontés à la situation qui a parfaitement décrit Nicolas Bavray sur de multiples fronts et dans de multiples régions. Nous avons, pour des raisons qui tenaient à cette idée qu'il était temps de percevoir les dividendes de la paix dans un contexte géopolitique qui avait changé, baissé la garde et diminué les efforts de défense.

Je me souviens d'avoir à plusieurs reprises lorsque j'étais membre de la commission de la défense exprimer les inquiétudes sur la diminution de près de 54 000 effectifs dans les armées, ce qui est quand même une politique qui met en cause notre capacité de projection de force, d'autant plus que cette diminution d'effectifs ne s'est pas traduite par une maîtrise des frais de fonctionnement permettant un rehaussement de notre niveau d'équipement.

Lorsqu'on voit la difficulté que nous avons en Europe à maintenir le Fonds européen de défense à un niveau significatif par rapport aux prévisions initiales de la commission, il a été diminué de 50% dans la programmation pluriannuelle de l'Union européenne qui sera déclinée pendant l'actuel mandat de la commission. Tout cela ne va pas dans la bonne direction et c'est la raison pour laquelle nous nous pensons face à ce constat lucide qui n'est pas destiné à diffuser une pensée anxiogène mais qui est destiné à regarder le monde tel qu'il est dans sa complexité, dans ses tensions, dans ses multiples lieux de conflits.

C'est le cas dans la bande sahélienne, c'est le cas au cas, c'est le cas en Méditerranée orientale. Notre volonté c'est de faire en sorte que notre appareil de défense soit à la hauteur.

12:01
Présentateur

Ça veut dire de l'argent ?

12:02
Invité politique

Ça veut dire prendre des décisions budgétaires. Il y a eu depuis 2015 un rehaussement des moyens budgétaires consacrés à la défense. François Hollande avait souhaité qu'on y consacre 6 milliards de plus, 3,8 milliards en 2015, rehaussé de 2,2 milliards en 2016. L'actuel président de la République a souhaité dans la loi de programmation militaire 2019-2025 qu'on fasse un effort de 1,7 milliard par an jusqu'en 2023 et à partir de 2023 qu'on rehausse à 3 milliards. Mais 2023 c'est dans le mandat suivant et tout l'équilibre dépend de la capacité dans laquelle on doit obtenir ces engagements. Est-ce que vous craignez

12:38
Présentateur

qu'avec la crise économique qui arrive, avec les déficits budgétaires qu'on connaît, avec cette dette qui dépasse les 120 %, est-ce que vous craignez que du coup, le budget de la défense soit l'oublié de l'argent des prochains budgets ? Et qu'on revienne sur cet objectif fixé par Emmanuel Macron qui est de porter les dépenses militaires à 2% du PIB d'ici 2025.

13:02
Invité politique

Il faut être scrupuleusement honnête par rapport à ces sujets. Le président Macron a pris la décision de faire 1,7 milliard par an après que son prédécesseur avait fait plus 6. Il a tenu ses engagements jusqu'à présent. La question est de savoir si en 2023 la marge de 3 milliards sera tenue conformément aux objectifs que la loi de programmation militaire s'était signée à elle-même. C'est fondamental si on veut parvenir à avoir un bon niveau d'équipement pour nos armes. Je vais prendre quelques exemples très concrets en deux mots.

Pour ce qui concerne le renouvellement de la flotte d'avions de combat on a 185 Rafales si j'ai bonnes souvenances qui sont prévenues dans la loi de programmation militaire mais en 2008 nous avions 450 ou 420 avions de combat donc voyez un petit peu ce que serait la conséquence d'un décrochage dans notre capacité à projeter des forces si nous n'étions pas en situation de maintenir les engagements qui ont été pris.

14:02
Présentateur

Alors précisément il y a eu et puis on va aller au standard d'Inter un changement géopolitique aux Etats-Unis politique et géopolitique parce qu'avec son style brutal Donald Trump Nicolas Bavré avait mis les Européens au pied du mur débrouillez-vous pour votre défense on ne va pas la financer ad vitam aeternam est-ce que l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche ne risque pas d'endormir à nouveau les Européens de différer à nouveau la prise en main de leur destin

14:31
Invité

Le risque existe assurément vous voyez le paradoxe et c'est pour ça qu'on a travaillé sur les deux plans c'est que la France a de vrais actifs avec sa dissuasion son modèle d'armée complet une vraie expérience du combat mais se pose la question du financement et va se poser pour le prochain président de la République le problème notamment du réinvestissement pour la dissuasion l'Europe c'est l'inverse c'est-à-dire que l'Europe il y a une vraie capacité d'investissement théorique il y a une prise de conscience mais il y a une difficulté à passer à l'action on l'a vu avec la division par deux de ce fonds de défense et c'est vrai qu'il y a une tentation avec Joe Biden l'élection de Joe Biden puisque la présidence Trump a été un cauchemar pour les Européens une tentation de croire qu'on va revenir à l'Amérique de 1945 et qu'on va revenir à un système européen où on avait une garantie de sécurité des Etats-Unis pratiquement inconditionnelle or il faut être clair y compris avec Biden ce retour à l'Amérique de 1945 n'existe pas et donc vous voyez il faut travailler sur les deux c'est-à-dire comment est-ce qu'on pérennise et modernise l'outil français qui est un bien commun pour l'Europe et comment du côté européen on se mobilise pour faire la bascule d'une union qui a été conçue autour du droit et du marché pour qu'elle prenne en main des questions de sécurité et ça ça passe par en haut par la culture stratégique et par en bas par des projets concrets qui peuvent être des opérations communes qui peuvent être aussi au milieu par une volonté ou une capacité

16:03
Présentateur

à se poser et à se penser comme une puissance l'Europe est-ce que vous la voyez vous est-ce que vous le voyez ce désir de se penser comme puissance

16:13
Invité

on a vu quand même des évolutions positives mais c'est vrai que l'Europe comme toujours c'est ce qu'on voit pour les si vous voulez ce qu'on a vu pour les vaccins c'est-à-dire que la gestion de crise ça ne s'invente pas quand en juin dernier tout d'un coup on dit à la commission vous allez acheter des vaccins on s'aperçoit qu'elle l'a fait avec sa manière à elle et qui n'était pas sur le mode de la gestion de crise donc l'Europe doit intégrer la gestion des crises c'est sa raison d'être pourquoi parce que face aux grands risques planétaires qui soient climatiques qui soient stratégiques il y a une vraie plus-value à pouvoir réagir à 27 mais pour ça c'est vrai que c'est une révolution

16:49
Présentateur

des mentalités oui

16:50
Invité

est-ce que on a eu quand même des discours positifs rappelez-vous vous voyez par exemple que Mme Merkel disent que les Européens doivent prendre en main leur destin c'est une formule du général de Gaulle dans la bouche de Mme Merkel ça n'allait quand même pas de soi certes

17:04
Présentateur

mais quand même Bernard Cazenave y a-t-il une difficulté culturelle pour l'Europe de se penser en puissance et d'une certaine manière on a le sentiment que encore malgré les déclarations d'Angela Merkel ou la volonté d'Emmanuel Macron elle ne se pense que comme un marché et pas comme une puissance forte et militaire

17:20
Invité politique

vous avez raison je vais d'ailleurs compléter en même temps que je réponds à votre question ce que vient de dire Nicolas Baverez avec quoi je suis bien entendu en accord premier point même lorsque Donald Trump a été extrêmement brutal vis-à-vis des Européens les incitant à prendre en main leur propre destin la vision d'un certain nombre de pays européens à l'égard des Etats-Unis n'a pas fondamentalement changé et leur attachement à l'OTAN ne s'en est pas trouvé altéré et lorsque le président de la République française a eu cette formule du coma dépassé de l'OTAN il y a eu une réaction dans un certain nombre de pays de l'OTAN en dépit de la présence de Donald Trump qui a conduit ces pays à réaffirmer leur attachement à l'OTAN bon premier point deuxième point ce n'est pas parce qu'on a une nouvelle présidence américaine que tout d'un coup tout ce qui nous opposait aux Etats-Unis lorsque Trump était là va s'effacer et que les Américains vont se mettre à regarder subitement l'Europe là où ils étaient le regard fixé vers le grand large et donc il faut que nous prenions notre destin nous-mêmes que nous apprenions à créer les conditions d'une défense européenne qui soit plus efficace et pour cela il faut changer de méthode et comment est-ce qu'on peut changer de méthode d'abord en faisant avec ceux qui veulent et de ce point de vue là l'initiative européenne d'intervention qui a permis par exemple au Sahel de faire intervenir davantage les Européens que cela a été le cas auparavant est-ce que c'est suffisant Florence Parly

18:45
Présentateur

dit par exemple sur le Mali pardon question précise puisqu'on a déjà perdu beaucoup beaucoup de soldats français 50 soldats français tués au Mali le cap des 50 soldats français a été tué beaucoup de gens se demandent qu'est-ce qu'on fait encore au Mali à se faire tuer à faire tuer nos soldats est-ce que c'est un test Bernard Cazeneuve pour l'Europe

19:03
Invité politique

le cas du Mali et de Barkhane moi j'ai une position sur le Mali qui est extrêmement claire on juge la situation au Mali à l'aune de ce qui s'est passé depuis 2013 mais personne ne se pose la question de ce que serait la situation au Mali si nous n'étions pas intervenus aujourd'hui pour stopper l'avancée des terroristes qui commençaient à mettre sous le joug des populations au nord Mali donc aujourd'hui l'opération doit changer de nature et de dimension on a raison de préconiser le retrait progressif du Mali à condition que dans le cadre du G5 Sahel d'autres pays puissent mettre à disposition des moyens pour assurer la sécurité de la zone et que les Européens eux-mêmes à travers l'initiative européenne d'intervention soient capables de s'organiser partout où la France s'est trouvée seule par le passé et ça c'est extrêmement concret de la même manière que sur des programmes très importants comme le programme d'avions du futur système de combat aérien du futur où nous sommes avec les Allemands en discussion il faut que les sujets se débloquent nous apportions la démonstration de faire ensemble en pensant à l'Europe davantage qu'aux intérêts nationaux c'est ce que le Président de la République et la Chancelière ont demandé à leur ministre de la Défense de faire à l'occasion du dernier Conseil franco-allemand

20:12
Présentateur

énormément d'auditeurs au standard et sur l'application de France Inter donnons leur la parole bonjour François oui bonjour bienvenue

20:21
Auditeur

bonjour à tous

20:23
Présentateur

on vous écoute

20:25
Auditeur

oui ma question porte sur la capacité de l'armée française à intervenir pour mettre en échec une attaque susceptible d'être perpétrée sur le territoire national par des éléments étrangers armés un exemple concret en juin dernier à Dijon le quartier d'une ville française a été attaqué par quelques 150 tchétchènes armées pour certains de fusils d'assaut et ceci pendant deux à trois jours en toute impunité et en toute tranquillité est-ce que l'armée française si elle avait reçu l'ordre pas plus que la police et la gendarmerie en l'occurrence aurait pu intervenir

20:59
Présentateur

merci François pour cette question qui souhaite répondre Nicolas Bavray je pense que c'est plutôt l'ancien ministre de l'intérieur moi j'ai une position

21:06
Invité politique

très claire sur ce sujet qui est une position républicaine je pense que partout il y a des troubles à l'ordre public il appartient aux forces de sécurité intérieure sous l'autorité du pouvoir politique et notamment du ministre de l'intérieur de prendre des dispositions pour intervenir et rétablir l'ordre public et même s'il y a des tensions dans des quartiers avec des événements qui appellent une intervention rapide des forces de l'ordre on constate que ces forces interviennent globalement avec efficacité et pour ce qui concerne les événements de Dijon qui ont choqué à juste titre un grand nombre de nos compatriotes les forces de l'ordre ont pu faire leur travail d'investigation d'interpellation et d'élucidation des faits Nicolas Bavray deux mots

21:51
Invité

juste deux mots pour dire que si vous voulez c'est une tentation permanente de vouloir utiliser la défense et les armées pour suppléer des failles d'un certain nombre d'administrations que ce soit des problèmes de sécurité intérieure ou des problèmes d'éducation ou des...

22:07
Présentateur

ou de sanitaire quand on a dit on va utiliser l'armée

22:10
Invité

pour vacciner ou on a déployé parfois des moyens de transport qui étaient vraiment plutôt faits pour de la communication que pour de l'opération et donc il faut y faire attention l'armée ne peut et ne doit pas servir à tout le couteau suisse dont vous parlez elle a des moyens et des compétences rares il faut les utiliser pour ce qu'elles sont mais pas comme le couteau suisse vous voyez par exemple en matière d'ordre public

22:32
Invité politique

enfin de difficulté de sécurité intérieure nous avons été amenés à utiliser dans le cadre de l'opération sentinelle 10 000 soldats en renforce des forces de sécurité intérieure précisément parce que pour des raisons qui tenaient à la révision générale des politiques publiques nous n'avions pas pu faire face avec les forces de sécurité intérieure mais ce que nous disons avec Nicolas Bavray ensemble c'est que cette stratégie couteau suisse qui consiste à utiliser les armées sur tous les fronts à tout moment n'est pas la meilleure manière de garantir leur projection sur des théâtres d'opération ou leur intervention si nous étions confrontés à une conflictualité plus classique

23:04
Présentateur

question rapide sur la plie inter Laurent question à Nicolas Bavray est-il normal logique décent de dépenser ce fric de dingue pour la défense et si peu pour nous prémunir des crises écologiques ou sanitaires

23:15
Invité

alors j'allais dire que la question qui se pose et ce sur quoi on insiste c'est que c'est vrai que ces 295 milliards peuvent paraître extrêmement importants quand on les rapporte au PIB même avec la diminution du PIB ça n'est pas si important et surtout l'idée c'est de préparer notre pays ce qu'on a vu avec cette crise sanitaire c'est une résilience qui était insuffisante donc il ne s'agit pas de même qu'il ne s'agit pas de mettre tous les efforts sur le sanitaire et d'oublier le stratégique il ne s'agit pas d'oublier que oui il est bien vrai que le risque du changement climatique est un des risques majeurs mais là encore faisons attention c'est à dire que qu'on parle de climat ou qu'on parle de numérique ça c'est les deux grands défis de l'adaptation de notre système économique donc il faut adapter notre système économique mais il n'empêche que par ailleurs il faut se préparer et qu'une des conditions d'ailleurs parce que si vous voulez tout ça contribue à la même chose c'est assurer la sécurité des citoyens et la sécurité c'est la première condition de la liberté

24:16
Présentateur

alors dernière question il nous reste une minute on ne vous laissera pas partir Bernard Cazeneuve sans vous faire réagir vous l'ancien premier ministre ancien ministre de l'intérieur qui a eu à gérer toute la vague d'attentats qu'on a connu le projet de loi séparatisme à vous faire réagir sur le projet de loi séparatisme en discussion à l'Assemblée nationale propose une batterie de mesures imams, enseignements à domicile polygamie, certificat de virginité et j'en passe ce texte est-il bon est-il utile est-il nécessaire ?

24:40
Invité politique

ce texte contient il concerne la neutralité dans les structures qui sont délégataires de services publics etc.

et puis qui déjà prévoit la pénalisation des comportements violents inspirés par des considérations religieuses à l'égard de citations finalement qu'on réclame à travers ce texte qui serait une excellente manière d'affirmer les prérogatives de la République face à l'islamisme puisqu'en réalité ce texte il est destiné à lutter contre l'islamisme il faut lire les choses telles qu'elles sont et j'en profite d'ailleurs pour dire que la lutte contre l'islamisme n'est pas la stigmatisation des musulmans parce que les musulmans eux-mêmes sont victimes de l'islamisme lorsque des musulmans qui ont une vision apaisée de leur religion qui la pratiquent dans l'esprit de ce que fut l'islam sophiste modéré et qui subissent la pression des salafistes ils sont victimes eux-mêmes de ce qu'est l'islamisme les femmes musulmanes sont victimes de ce qu'est l'islamisme lorsque j'entends un certain nombre de responsables politiques dire que lorsqu'on lutte contre l'islamisme on stigmatise les musulmans de France non on les protège et lutter contre l'islamisme aujourd'hui c'est protéger la république et dans la république protéger les musulmans qui ont une approche de leur religion respectueuse de la laïcité qui est une conception de leur religion apaisée qui subissent la violence des islamistes

26:04
Présentateur

donc il n'y a pas besoin d'un texte supplémentaire il n'y a pas besoin d'une loi supplémentaire

26:08
Invité politique

j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur ce sujet je trouve que la méthode sur ce texte n'est pas la bonne si on veut un texte qui permette de lutter contre l'islamisme en complétant le droit existant de ce qui manque dans le droit il faut faire un groupe interparlementaire et par le consensus trouver les moyens de compléter la législation actuelle il y a dans ce texte beaucoup de dispositions qui relèvent du positionnement politique et parmi ces dispositions certaines ne sont pas utiles et je regrette qu'elles soient de surcroît clivantes

26:39
Présentateur

je renvoie nos auditeurs à votre rapport messieurs repensez la défense face aux crises du 21ème siècle rapport publié par et pour l'institut Montaigne Bernard Cazeneuve Nicolas Bavré merci d'avoir été à notre micro ce matin et d'avoir dialogué avec les auditeurs France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada

Bernard Cazeneuve et Nicolas Baverez : "L’ordre international est mis à rude épreuve" · Pourquijevote