Royaume-Uni : le temps des crises
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France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent. Bonjour à tous. Ingouvernable, ce pays est ingouvernable. On pensait en France, depuis le général de Gaulle, que ce qualificatif nous était réservé. Et bien voilà qu'il revient sans cesse au Royaume-Uni, plongé depuis une semaine dans une crise politique majeure, aux racines multiples, qui n'est pas sans rappeler ce qui se passe en France et dans d'autres démocraties européennes. Le sort du Premier ministre, Keith Starmer, ne tient plus qu'à un fil, ou plutôt au rapport de force au sein de son propre parti, ébranlé par une défaite massive aux élections partielles de la semaine dernière.
Deux ans après leur victoire sur le Parti conservateur, épuisé par cinq premiers ministres en dix ans, les travaillistes bénéficient au Parlement d'une très large majorité, sans parvenir à satisfaire les attentes d'un électorat qui désormais reporte ses espoirs sur les extrêmes. À droite, avec le mouvement réforme de Nigel Farage, et à gauche avec les Greens, les Verts de Zak Polanski. Malgré le mode de scrutin majoritaire à un tour, favorisant traditionnellement les deux grands partis, l'offre politique se fragmente avec cinq, sinon sept partis, si l'on compte les indépendantistes écossais et gallois. Autre évolution, le système parlementaire se présidentialise.
La personnalité du Premier ministre est ouvertement mise en cause, et d'abord par les siens, qui dénoncent son absence de vision, son manque de charisme, comme si les Britanniques lassés du chaos à la Boris Johnson avaient opté pour le sérieux, l'honnêteté, et maintenant déplorait l'ennui. Pays ingouvernables ou pays mal gouvernés ? Les promesses du gouvernement Starmer étaient claires. Restaurer les services publics et d'abord le système de santé, réduire l'immigration, relancer la croissance, le logement, ranimer le tissu industriel. Eh bien, le bilan est maigre. Les erreurs de jugement, les dissensions au sommet ont été trop nombreuses.
Au Royaume-Uni comme ailleurs, l'opinion veut des solutions rapides, sans toujours en accepter le prix. Le pouvoir louvoie, le court terme l'emporte, les obstacles s'accumulent, les fractures sociales et géographiques entre le nord et le sud du pays s'accentuent. Une majorité de Britanniques estiment aujourd'hui que le Brexit, voté il y a dix ans, était une erreur. Comment expliquer alors le succès dans les urnes de Nigel Farage, son promoteur ? En principe, les prochaines élections législatives auront lieu en 2029. Mais dans l'immédiat, le Parti travailliste doit résoudre la crise interne, désormais grande ouverte. Le Premier ministre actuel peut-il tenir ?
Qui sont les prétendants à sa succession ? Quel sera le processus de sélection ? Pour réduire la facture du Brexit et l'isolement commercial du Royaume, Starmer avait entrepris un rapprochement avec l'Union européenne. Qu'en sera-t-il de son successeur ? Face à l'Ukraine et à la crise d'Hormuz qui se prolonge, l'étroite coordination entre Londres et Paris sera-t-elle maintenue ? Quelles conséquences pour la cohésion des Européens dans le désordre géopolitique ambiant ? Eh bien, c'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous, Pauline Schnapper. Vous êtes professeure de civilisation britannique à l'Université Sorbonne-Nouvelle.
Catherine Mathieu, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques. Marie-Claire Considère-Charon, professeure honoraire à l'Université Marie-Louis Pasteur de Franche-Comté. Et depuis Londres, Georgina Wright, qui est la conseillère spéciale de la présidente du Journal Marshall Fund. Georgina, je commence avec vous. Quelle est l'ambiance, ce matin à Londres en tout cas, dans la presse ? Est-ce que Keith Starmer fait toujours la une des journaux et des radios ou plutôt ses successeurs éventuels ?
Je pense que Starmer aimerait beaucoup ne plus faire la une des journaux britanniques. L'ambiance est franchement, je dirais, un partage entre la fatigue, la fatigue de l'électoral, la lassitude, et des journalistes qui, eux aussi, fatiguent des scandales et des revirements politiques. On sent un peu un pays qui est en pause, qui attend de voir ce qui va se passer. On pourrait tout à fait se retrouver d'ici la fin de l'été avec le septième et nouveau premier ministre britannique en dix ans. Ça fait beaucoup de changements. Et pourtant, l'électorat a l'impression que le pays ou que la situation politique ne change pas. Et que c'est de crise en crise depuis dix ans.
et qu'en fait, il n'y a aucun parti dit traditionnel, donc les Tories ou l'autre parti travailliste, qui est capable de restaurer la stabilité. Je pense que c'est quand même important de comprendre comment on en est arrivé là. Comme vous l'avez dit dans votre introduction, le parti travailliste que dirige Starmer a vraiment remporté une victoire écrasante aux dernières législatives en 2024. Il promet le retour de la stabilité. Après 14 ans de Tories au pouvoir, c'est les adultes qui sont au sein de la pièce. A priori, ça devrait être très facile pour un gouvernement avec une telle majorité d'exercer son mandat.
Mais en fait, sa majorité a été un peu une malédiction pour Starmer parce qu'il a beaucoup, beaucoup de mal à concilier et rassembler les différentes ailes de son parti, que ce soit l'aile centriste ou plutôt l'aile très à gauche. Il y a eu beaucoup de revirements et volte-face ces derniers mois, notamment sur des questions de fiscalité. Et puis, je pense que l'électorat, mais le parti aussi, travailliste, considère que Starmer est trop prudent, a du mal à vendre les réussites du gouvernement à l'électorat. Et puis, évidemment, la grande défaite du parti travailliste aux élections locales qui ont eu lieu le 7 mai.
Les élections locales, ici, c'est un peu à chemin entre des municipales et des régionales. On a vraiment vu le parti travailliste faire face à une énorme défaite. Et les Verts et surtout Reform, donc le parti de Nigel Farage, qui ont vécu des démontées spectaculaires.
Pauline Schnapper, on a vu que ce gouvernement, en fait, a commencé à vaciller quand différents ministres, pas les plus importants, d'ailleurs, ont démissionné. Et puis, le ministre de la Santé, qui, lui, est plutôt, ce qu'on appelle là-bas, un Blairite, donc plutôt, dans la tradition de Tony Blair, plutôt l'aile centriste, disons, du parti travailliste. Mais ils sont tous très prudents. Une fois qu'ils ont ébranlé durement leur premier ministre, personne n'y va franchement, maintenant.
Alors, personne n'y va franchement, pour des raisons différentes, d'ailleurs. D'abord, la première chose qui fera prendre, c'est qu'on parle toujours de personnalité et très peu de ligne politique. C'est-à-dire que là, depuis quelques jours, on est vraiment dans ce qu'on appellerait en France la petite cuisine politique et que personne ne parle vraiment des sujets de fond. Et puis, parmi les principaux prétendants dont on parle, aucun, jusqu'à présent en tout cas, ne s'imposait de façon évidente. West Streeting, l'ancien ministre de la Santé qui a démissionné il y a deux jours, est un tenant, d'un point de vue idéologique, de la ligne de Starmer. Il est proche, finalement, sur le fond.
Et il ne semble pas qu'il ait vraiment une popularité si forte que ça au sein du parti. Les journalistes disaient méchamment qu'ils n'avaient probablement pas atteint les 81 soutiens nécessaires au sein du groupe parlementaire pour pouvoir se présenter officiellement contre le leader sortant. Et que ça expliquerait sa prudence. Quant aux autres prétendants principaux, alors Andy Burnham, qui est le maire du grand Manchester, n'est pour l'instant toujours pas élu à la Chambre des communes, donc ne peut pas se présenter pour l'instant.
Oui, Pauline, pardon, je vous interromps. Il faut souligner ce facteur qui nous différencie, nous, en France. C'est qu'au Royaume-Uni, vous ne pouvez prétendre au poste de premier ministre que si vous êtes vous-même élu. Et en fait, Starmer avait bloqué un précédent retour au Parlement de ce maire de Manchester qui semble être très populaire dans l'aile gauche du Parti travailliste. Mais là, l'un de ses camarades est prêt à démissionner pour lui laisser une circonscription. Donc, ça veut dire que Burnham pourrait revenir, si cette élection très partielle a lieu en juin, il pourrait revenir au Parlement et donc briguer ouvertement la succession. C'est ça.
D'une part, il faut être élu au Parlement et par ailleurs, il n'y a pas de cumul des mandats. Autre différence avec la France. Donc, comme maire du Grand Manchester, Burnham ne peut pas être député. Donc, il faut qu'il démissionne de Manchester. Et en effet, il a un camarade qui va lui laisser la place. A priori, cette fois-ci, sous pression, Starmer n'empêchera pas Burnham de se présenter. Il n'est plus en position de force pour cela. Mais il reste quand même un point non négligeable, c'est que dans la circonscription en question, c'est Reformed qui est en tête pour l'instant.
Et Reformed va mettre tout son poids pendant la courte campagne qui va se produire dans les semaines qui viennent pour essayer d'empêcher Burnham d'être élu. Donc, cette élection partielle va être cruciale non seulement pour le leadership du parti travailliste, mais va aussi donner une indication très forte de la force du parti Reformed au Royaume-Uni. Donc, ça va être extrêmement intéressant. Et on va voir si Burnham peut être élu et donc se présenter à la direction du parti.
S'il remporte cette élection, il y a toutes les chances, a priori, avec la prudence quand même nécessaire, mais il y a quand même de fortes chances qu'il devienne leader du parti puisqu'il est aussi très populaire au sein du parti.
Catherine Mathieu, le paradoxe vu d'ici, mais aussi, honnêtement, vu de là-bas, c'est que Nigel Farage, donc le patron de réforme, qui est, disons-le, le parti d'extrême droite ouvertement soutenu par le mouvement MAGA, même si certains MAGA trouvent que Farage est un peu mou, il gagne des élections locales et néanmoins, il y a maintenant 55% de Britanniques, d'après un sondage YouGov du mois dernier, qui voudraient retourner au sein de l'Union européenne. Comment s'explique cette contradiction ?
C'est très difficile d'expliquer cette contradiction parce qu'effectivement, on a vu la montée de Farage maintenant, en fait, il faut rappeler que Farage a été député britannique au Parlement européen, a œuvré énormément pour que les Britanniques votent en faveur du Brexit, donc là, on est avant 2016 et en 2016.
Aujourd'hui, comme vous le dites, les Britanniques, en majorité, et ça fait déjà plusieurs années, disent dans les sondages qu'ils regrettent, en majorité, d'avoir voté pour ce Brexit, mais malgré tout, Farage continue à progresser dans les élections et on aurait pu penser au début que c'était surtout Farage lui-même qui attirait peut-être un certain nombre de Brexiteurs, mais comme on l'a vu lors des élections locales, il arrive vraiment maintenant à s'implanter un peu partout au Royaume-Uni et s'en arrive
dans les bastions du Parti de France dans le nord désindustrialisé de l'Angleterre.
Tout à fait.
Il a réussi à gagner sur deux plans, à la fois chez les conservateurs traditionnels qui se sont déportés plus vers l'extrême droite qui trouvaient peut-être que les conservateurs du type qu'on avait eu par exemple comme Thérèse Hamet ou d'autres étaient un peu trop au centre de l'échiquier donc se sont déportés vraiment vers Réformuca et même certains d'entre eux ont quitté le parti conservateur pour aller pour soutenir et pour entrer chez Réformuca donc d'un côté il y a des conservateurs traditionnels qui sont très hostiles sur les questions migratoires à l'ouverture du Royaume-Uni et puis de l'autre côté il y a les personnes dans les bastions travaillistes ceux qui ont souffert de la désinstrualisation britannique qui sont aujourd'hui encore dans des situations très difficiles et qui voient dans cette question de l'immigration une raison pour voter pour Farage en disant que ça fait des années et c'était déjà un élément très au cœur du vote du Brexit cette montée de l'immigration au Royaume-Uni qui en fait s'est poursuivie depuis le Brexit on n'a pas eu de baisse de l'immigration on a aujourd'hui par contre plus d'immigration en provenance des pays hors Union Européenne alors qu'il y a beaucoup moins de citoyens de l'Union Européenne qui viennent travailler au Royaume-Uni
Oui il n'y a plus le plombier polonais Il n'y a plus
le plombier polonais les gens il y a dix ans Exactement mais quand on voit les statistiques on voit qu'en fait en termes de nombre de travailleurs étrangers qui viennent officiellement au Royaume-Uni en fait on a une compensation de la baisse des travailleurs de l'Union Européenne par des pays hors Union Européenne qui sont venus de façon assez nombreuse avec une nouvelle politique d'immigration à point qui a été mise en place par le Royaume-Uni Donc en fait Et ça c'est l'Empire C'est l'Empire
C'est le Commonwealth en tout cas ce qui explique d'ailleurs qu'il y a nombre de ministres du gouvernement actuel issus de ce qu'on appellerait chez nous l'immigration Donc ça c'est un vrai contraste C'est un vrai contraste
et on peut remarquer que par exemple pour le précédent gouvernement conservateur il y avait des personnes issues de l'immigration des anciennes colonies britanniques qui étaient très dures en matière de politique migratoire
La patronne Breveman la patronne du parti conservateur maintenant
on est un parfait exemple Tout à fait Et donc il y a cette position qui est devenue très dure sur les questions d'immigration du côté à la fois de conservateurs et de déçus des travaillistes dans les régions les plus pauvres et puis cette question de l'immigration clandestine des fameux petits bateaux qui traversent la Manche et ça fait des années que les gouvernements essayent de limiter ces flux
qu'un accord avec la France moyenne en finances
Moyenne en finances mais dont on voit qu'en fait on n'a pas de résultats clairs en termes de chiffres et donc on a toujours en moyenne entre 30 et 50 000 personnes par an qui entrent au Royaume-Uni par la Manche et ça c'est une question aussi qui cristallise les mécontentements au Royaume-Uni
Marie-Claire considère Charon parmi les positions les plus précises si j'ose dire les plus avancées du Premier ministre qui reste en place ce matin donc Keir Starmer il y a eu cette volonté de reset sinon de rapprochement avec l'Union Européenne au point que lundi dernier dans le discours au Parlement après le choc encore une fois de la défaite aux élections locales Starmer devait faire un grand discours pour galvaniser ses troupes ça n'a pas franchement marché mais au centre de ce discours il y avait cette phrase il faut je veux mettre le Royaume-Uni au coeur de l'Europe est-ce que ça ça a fonctionné jusqu'à un certain point ce reset
alors c'est très compliqué Starmer est confronté à un gros problème c'est-à-dire qu'il y a une crise économique des grosses difficultés dans les échanges commerciaux qui incitent un certain nombre d'éléments qui le pousseraient à vouloir opter pour soit un retour à l'union douanière soit un retour au marché unique seulement ce sont c'était des lignes rouges que Starmer a initialement conservé comme il a repris en fait au début de son mandat il a repris les lignes rouges de ses prédécesseurs conservateurs en disant c'est exclu pas de retour pas de retour à l'union douanière pas de retour au marché unique oui pour ne pas
provoquer à nouveau une éruption
ne pas rouvrir les divisions provoquées par le Brexit sachant qu'il y a encore un noyau dur de Brexiteurs par exemple comme David Frost qui a écrit une lettre cinglante à l'encontre du ministre chargé de la constitution et des affaires européennes qui avait osé parler d'alignement en disant que c'était la trahison du peuple le peuple avait voté pour le Brexit on ne pouvait pas aller à l'encontre du désir du peuple
oui mais à la manière anglaise disons-le il y avait il y a aussi cette tradition que madame Thatcher avait illustrée oui
de des opt-outs crispée sur son sac à main
oui on va prendre ce qui nous arrange et pour le reste on vous laisse tranquille entre vous continentaux oui donc le cherry picking oui comme on dit et là évidemment à Bruxelles on est resté extrêmement méflant
c'est-à-dire que les lignes rouges on revit le Brexit les lignes rouges britanniques se heurtent aux lignes rouges européennes et la ligne rouge européenne qui est infranchissable c'est l'indivisibilité déjà du marché unique là et puis bon pour l'union douanière il y a de plus en plus de travaillistes et puis bien sûr d'experts économiques qui disent ce serait bien de revenir à l'union douanière c'est vrai que cela générerait une meilleure fluidité des échanges bien sûr beaucoup plus de facilité pour l'échelle
d'approvisionnement voilà d'autant que la fameuse relation spéciale avec les Etats-Unis alors certes elle est en banque de cohérence oui oui comme beaucoup d'autres aspects mais donc Donald Trump qui est toujours charmé par le roi qui a d'ailleurs fait un discours admirable au congrès américain tout en nuances mais néanmoins sur le plan des droits de douane les britanniques ont un tarif un peu meilleur que l'union européenne mais pas tellement que ça pas tellement que ça
comme vous dites l'accord de libre-échange qui leur était promis c'était un accord très alléchant il n'a pas eu lieu donc ils ont eu un petit avantage mais les relations entre Starmer et Trump se sont dégradées et heureusement que Starmer avait son atout majeur c'est-à-dire le roi je ne sais pas dans quelle mesure il y aura un impact sur les futures relations entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis mais c'est vrai que c'était le roi a très bien a fait un très beau discours il a de façon très habile très implicite rappelé les grands principes des démocraties l'importance de l'OTAN le soutien à l'Ukraine le multilatéralisme etc mais est-ce que cela va avoir un impact je ne sais pas toujours est-il que pour l'union douanière si ils revenaient dans l'union douanière ça supposerait qu'ils ne pourraient plus avoir l'autonomie commerciale et s'ils reviennent dans le marché unique ils seront obligés de prendre aussi la liberté des personnes et ça ils n'en veulent pas
précisément Pauline Schnapper parmi les candidats éventuels à la succession est-ce que cet enjeu européen qui est quand même central à la fois en termes de défense et en termes économiques est-ce que ce rapprochement avec le continent avec l'union européenne serait un critère selon vous alors ce qui est intéressant de voir
en effet c'est que la question européenne revient comme un enjeu de politique intérieure au sein du parti travailliste le parti travailliste bien sûr en 2016 était à une très large majorité opposée au Brexit vous voulez rester dans l'union européenne mais ce qui était assez étonnant c'est que alors pour des raisons différentes d'abord sous Corbyn parce que lui-même n'était pas très pro-européen mais même ensuite sous Starmer dans l'opposition le parti travailliste a été extrêmement prudent sur la question européenne on y a fait allusion tout à l'heure en parlant de ces lignes rouges qui ont été inscrites dans le programme électoral en 2024 c'est-à-dire on ne reviendra pas sur le Brexit on ne rentrera pas dans le marché unique ni l'union douanière alors que ni l'un ni l'autre n'était sur le bulletin de vote de 2016 donc on aurait pu penser que les travaillistes seraient favorables à un retour dans le marché unique même en disant et en restant fidèles à l'idée du Brexit donc très prudent jusqu'à maintenant et aujourd'hui dans l'espèce de rejet général qu'il y a du gouvernement Starmer et de la prudence de Starmer il y a aussi ces questions européennes qui reviennent et en fait il y a maintenant une poussée pro-européenne au sein du parti travailliste qui est assez récente mais qui est vraiment intéressante et on voit les principaux prétendants à la succession de Starmer ceux dont on a déjà parlé mais d'autres aussi potentiels comme Angela Reiner dire il faudrait il faut aller plus loin il faut peut-être même promettre pour les prochaines élections européennes un retour dans le marché unique voire pourquoi pas à terme un retour dans l'Union Européenne et ça c'est vraiment des choses qu'on n'entendait pas jusqu'à présent l'intérêt électoral de faire de telles propositions c'est une façon de vraiment marquer sa différence à la fois vis-à-vis de la droite nationaliste de réforme voire du parti conservateur mais aussi d'essayer de récupérer des voies qui sont parties ces derniers temps vers les verts voire vers les libéraux-démocrates dans une moindre mesure deux partis qui sont clairement pro-européens et qui marquent leurs différences par rapport aux travaillistes là-dessus
alors vous vous venez Pauline vous venez de parler de deux partis dont un relativement neuf et un très ancien qui sont les libéraux-démocrates qui servent toujours en gros de béquille dans ce système jusqu'à présent vraiment bipartisans puisque le scrutin majoritaire à un tour a fait que conservateurs et travaillistes ont alterné en quelque sorte au pouvoir et aujourd'hui on a plus deux parties disons trois avec les libdèmes on en a cinq et donc les verts ils sont assez différents de nos verts à nous si j'ose dire
oui le parti vert récent je ne parle pas de ce qui a précédé puisque c'est un parti qui existe quand même depuis les années 80 même fin des années 70 donc c'est un parti ancien mais qui n'avait pas beaucoup de résultats notamment en raison du mode de scrutin mais depuis l'élection de ce nouveau leader Zach Polanski les verts ont pris un tournant qu'ils appellent eux-mêmes c'est pas c'est pas moi éco-populistes et les questions environnementales restent évidemment dans son programme mais on les voit surtout parler de tout à fait autre chose et adopter des positions très à gauche ce que nous on appellerait quasiment d'extrême gauche peut-être proche de ce qu'on connaît avec LFI sur des sujets divers comme la redistribution en matière économique Gaza etc la question
palestinienne
est très importante extrêmement
comment dire venimeuse tout à fait dans la rue britannique on ne s'attendait pas à des manifestations aussi considérables des attentats antisémites il y en a eu encore dans un quartier de Londres il n'y a pas si longtemps et là Pauline c'est un changement de climat en quelque sorte dans l'exercice qu'on considère toujours vu d'ici en tout cas comme étant plus pacifié et ce n'est pas vrai du tout tout à fait
il y a un climat de violence le terme est peut-être un petit peu fort mais en tout cas de polarisation y compris dans la rue ce qui n'est effectivement pas du tout dans la culture politique britannique traditionnelle avec d'un côté des manifestations régulières de mouvements pro-palestiniens avec des dérives antisémites très claires dans les slogans de ces manifestations et de l'autre côté non moins inquiétant on a des manifestations d'extrême droite attisées par les réseaux sociaux et des personnalités plus que sulfureuses dans les rues de Londres et aussi au-delà de Londres dans l'ensemble du territoire anglais avec ces espèces de levées de drapeaux enfin des drapeaux anglais et britanniques qui sont accrochés aux lampadaires et aux poteaux électriques dans beaucoup de villes et de villages anglais et qui sont des manifestations de xénophobie anti-immigrés tout ça ce sont des phénomènes auxquels on n'était pas habitué au Royaume-Uni et qui sont à des degrés divers et pour des raisons différentes assez inquiétants
Georgina Wright il y a ces innovations en quelque sorte préoccupantes troublantes violentes et puis il y a la tradition et alors mercredi dernier on pouvait voir cette scène tout à fait hallucinante du roi couronné bien évidemment la reine couronnée vêtue de blanc le roi avec un lourd manteau d'hermine l'huissier portant le black rod donc le le bâton noir en quelque sorte pour aller chercher les députés à la chambre des communes et le lord chancelier qui en l'occurrence c'est David Lamy qui est d'origine guyanaise qui est très très grand alors évidemment en perruque en costume et remettant au roi le discours du trône c'est-à-dire en fait le discours du premier ministre Starmer lequel très secoué mercredi dernier pour les raisons qu'on vient d'évoquer et le grand chancelier marchant en reculant avec une certaine difficulté il faut bien le dire parce qu'il n'est pas question de tourner le dos au roi et donc Georgina comment peut-on vivre cet extraordinaire contraste entre ce folklore royal magnifique et un gouvernement chancelant et donc un premier ministre qui annonce par la bouche du roi un certain nombre de projets de loi qui sans doute ne verront pas le jour
oui tout à fait c'est vraiment un moment solennel quand le monarque présente le programme du gouvernement pour la session parlementaire qui s'ouvre aux membres du parlement et donc de facto à l'électorat ce moment il est dans le ancré dans la tête des Britanniques effectivement on voit le roi vêtu de sa couronne etc il présente un projet assez ambitieux pour le gouvernement et puis quelques jours plus tard on est en train de parler du fait que en fait Kirstenmer peut-être à l'été ne sera plus premier ministre et cette ambiance et surtout cette incertitude fait qu'il est très très difficile pour le gouvernement de livrer quoi que ce soit en termes de changement parce que tant qu'on n'est pas sûr et qu'on n'a pas cette certitude qu'effectivement Starmer sera toujours au pouvoir que le gouvernement sera toujours au pouvoir d'ici la fin de l'année il est très difficile de promettre des réformes et de vraiment agir donc il y a vraiment ce contraste entre ce moment solennel où il y a une présentation du programme et puis la réalité qui est en fait beaucoup d'incertitudes et pas du tout de restauration de la stabilité du retour de la stabilité qu'avait promis Starmer en 2024
Mais quels sont Georgina les reproches qui sont faits à Keir Starmer à commencer par ceux émis par les membres de son propre gouvernement
En fait il y a deux sortes enfin deux paniers de critiques je dirais il y a des critiques du gouvernement Starmer et puis des critiques de Keir Starmer lui-même quand on regarde le gouvernement de Starmer on reproche au gouvernement de ne pas vraiment avoir de vision donc ils ont présenté un projet électoral pendant la campagne qui était très ambitieux mais finalement pendant les six premiers mois ils n'ont rien fait et donc il y a un peu ce reproche d'inaction de manque de vision et puis il y a vraiment aussi une critique de Starmer qui est c'est quelqu'un qui est très prudent qui veut bien faire les choses et qui donc prend le temps de vraiment réfléchir aux réformes qui ensuite a du mal à les vendre et donc il y a eu quelques réussites par exemple quand on pense au système de santé maintenant le temps d'attente pour une opération a fortement diminué la croissance elle reste très modeste mais elle est réelle et pourtant on voit Starmer comme quelqu'un qui n'a pas de connexion avec l'électorat il faut rappeler
qu'il était procureur général spécialiste des droits de l'homme éminemment respecté et en fait c'est l'affaire Epstein qui l'a fait trébucher une première fois avec la nomination de ce personnage sulfureux brillant et très contesté qui avait fait partie du gouvernement de Tony Blair qui avait été commissaire à Bruxelles avant le Brexit donc Peter Mandelson et là Georgina la nomination de Mandelson comme ambassadeur à Washington et puis son rappel ça a été en fait un premier gros obstacle pour Starmer
tout à fait en fait parce que justement Starmer n'a pas ce charisme de Boris Johnson ou même on en a parlé tout à l'heure de Farage c'est peut-être pas quelqu'un avec qui on veut aller boire un verre justement il se présentait comme je suis l'adulte je suis quelqu'un de sérieux j'étais un procureur du roi je suis un juriste je sais ce que je fais et pourtant il y a eu des choix de son personnel politique donc que ce soit son choix d'ambassadeur pour les Etats-Unis ou bien même son chief of staff où en fait quelques mois plus tard on les rappelle on se rend compte qu'il y a eu des problèmes et donc même là où il devrait finalement pouvoir nommer des gens respectueux qui sont capables de bien mener leurs fonctions il n'y arrive pas et donc en fait aux yeux de l'électorat c'est bon Starmer il n'est pas du tout à même de mettre en place les réformes nécessaires pour ramener vraiment avoir un retour de stabilité au sein du pays en plus il est un peu ennuyeux et puis là où il promet d'être un adulte il n'est même pas capable de reconnaître ses erreurs quand il y en a eu donc je pense qu'il y a une vraie lassitude et une vraie crainte qu'en fait Keir Starmer n'est pas capable de mettre en oeuvre son programme électoral et par ailleurs que lors de la prochaine élection si elle se tient en 2029 il ne sera pas capable de garantir la victoire du parti travailliste et donc vraiment au sein du parti même si comme Pauline Schnapper a dit il n'y a aucun aucun député pour l'instant qui vraiment s'est présenté comme alternative on sent qu'il y a des discussions qui sont réelles et qui sont et qui se demandent qui pourra remplacer Keir Starmer et qui pourra vraiment porter le parti travailliste au cours des prochaines années
Marie-Claire considère Charon vu de Paris surtout avec manifestement une bonne alchimie entre Keir Starmer et le président de la république en fait l'action la performance dirait-on en franglais de Starmer sur le plan international a été assez remarquable que ce soit sa manière de traiter Trump on en a parlé vis-à-vis de l'Ukraine où là il y a un consensus britannique de soutien au pays face à l'invasion russe vis-à-vis du détroit d'Hormuz là aussi alignement des positions et donc là en fait ça ne suffit pas à maintenir en quelque sorte le prestige d'un premier ministre alors pour les populations
qui habitent dans des zones défavorisés comme le mur rouge au nord et au centre de l'Angleterre ces messages ne passent pas ce qu'ils voient c'est que leur situation n'a pas changé depuis le retour des travaillistes ils attendaient beaucoup enfin beaucoup je pense qu'ils attendaient au moins un changement et pour eux le changement n'a pas eu lieu alors c'est pour ça que Farage continue sa percée et élargit même son assise électorale parce que dans l'esprit des britanniques les deux partis de gouvernement conservateurs et travaillistes sont à égalité dans le sens qu'ils ne font pas grand chose qui n'améliorent pas leur quotidien donc on se tourne vers Farage qui lui représente une voie qu'on n'a pas encore essayé mais ça veut dire
aussi par rapport au tourment de difficultés des politiques d'intégration en France on a longtemps opposé le modèle communautariste britannique mais qui ne fonctionne pas non plus et dont on voit aussi les conséquences encore une fois
bien sûr parce que la question d'immigration est centrale et c'est toute l'habilité de Farage il a réussi à transformer son parti pro-Brexit en un parti de protestation anti-immigration anti-élite et anti-centralisation parce qu'il faut voir aussi la percée de Farage dans les régions périphériques avec l'Ecosse et au Pays de Galles ce qui est tout à fait surprenant il y avait une domination travailliste depuis des décennies et là il a réussi à percer alors le plus surprenant c'est quand même en Ecosse où le parti indépendantiste écossais est talonné par Reform et vraiment c'est assez et au Pays de Galles et au Pays de Galles bien sûr c'est encore plus marquant puisque au Pays de Galles le Ploy de Combray a obtenu 43 sièges et le Reform 34 donc voilà donc c'est vraiment un fait très surprenant et qui montre que les partis nationalistes sont maintenant dominants dans les trois régions que ce soit l'Ecosse le Pays de Galles ou l'Irlande du Nord bon il n'y avait pas d'élection en Irlande du Nord elle aura lieu plus tard
Catherine Mathieu venons-en maintenant au nerf de la guerre si j'ose dire c'est la situation économique et là on voit quand même avec des chiffres peut-être un peu meilleurs que chez nous mais enfin une dette publique un taux d'intérêt et là ça monte parce qu'avec les inquiétudes les incertitudes politiques la livre a légèrement baissé l'inflation le chômage enfin la situation n'est quand même pas brillante et tout cela accompagne en quelque sorte la morosité dont Georgina Wright nous parlait en tout début de cette conversation
oui peut-être je commencerais par dire que par rapport au programme de Kirstarmer le programme qui avait porté les travaillistes qui a porté les travaillistes au pouvoir il y a presque deux ans maintenant il y a un élément que les travaillistes ont essayé de faire c'est d'assurer la stabilité budgétaire de mettre en place des règles budgétaires strictes donc pour faire baisser les déficits pour faire baisser la dette à terme avec des niveaux de déficit public et de dette publique qui sont à peu près les mêmes surtout le déficit le même que ce qu'on a en France aujourd'hui un niveau de dette publique un peu plus faible puisqu'on est autour du 100% du PIB au Royaume-Uni et plutôt 115-120 en France mais bon des situations qui ne sont pas si différentes que cela et donc un des éléments importants dans la campagne de Kirstarmer c'était de dire on va ramener du sérieux budgétaire dans notre gestion au Royaume-Uni et c'est ce qu'ils ont commencé à faire mais pour moi une difficulté ou peut-être je dirais une erreur qu'ont fait les travaillistes en arrivant au pouvoir en revenant au pouvoir en 2024 c'est de commencer par mettre en place des mesures de baisse de prestations sociales notamment pour la location chauffage des retraités que les retraités touchaient donc ça c'était une mesure qui a été prise très tôt après l'arrivée au pouvoir dès la fin 2024 et forcément qui a mécontenté la population évidemment en particulier les retraités qui a mécontenté une partie des nouveaux parlementaires travaillistes qui avaient eu qui venaient d'arriver en poste à Westminster et la deuxième deuxième erreur c'est qu'ensuite le gouvernement a dit on va plafonner les allocations familiales pour les familles qui ont plus de deux enfants et qui ont des revenus modestes et ça ça a fait aussi ça a provoqué un tollé chez les parlementaires travaillistes qui n'ont pas osé aller jusqu'au bout de l'opposition par rapport à Kirstarmer et ça ça a beaucoup coûté je pense aussi à la popularité du gouvernement actuel qui finalement est revenu là-dessus en disant ok on ne va pas plafonner ces allocations familiales on va revenir dessus mais ça veut dire qu'au cours des premiers mois déjà ils ont commencé à accumuler des griefs auprès d'une base importante de leur électorat
et tout ça dans un climat économique qui est sans ressort qui est sans ressort comme chez nous avec une désindustrialisation encore plus massive
c'est à peu près similaire je dirais et on a une croissance au Royaume-Uni qui est de l'ordre de 1,4% en moyenne par an depuis une dizaine d'années les tout dernières statistiques le mois dernier étaient un peu meilleures là le premier trimestre 0,6% de croissance au Royaume-Uni sur le trimestre 0% en France donc là le trimestre semble avoir été très bon dans les statistiques actuelles mais on a une situation en termes de croissance qui n'est pas très dynamique effectivement au Royaume-Uni on a un taux de chômage qui est plus faible qu'en France on est autour de 5% mais ça c'est vrai depuis très longtemps on a un taux de chômage historiquement qui est plus faible au Royaume-Uni que chez nous et donc une situation économique qui n'est pas pour moi un des éléments pour lesquels qui fait voter ou qui ferait voter les Britanniques contre le gouvernement
mais il y a quand même le coût du Brexit alors il y a des chiffres qui circulent le Brexit aurait coûté entre 6 et 8 points de croissance oui
vous vous êtes plus mesuré oui il y a une étude effectivement par des économistes qui est sorti en fin d'année dernière qui annonce effectivement cet impact de 6 à 8% sur le PIB moi quand je regarde les différentes composantes de la croissance depuis 2016 effectivement on constate un tassement de l'investissement donc on a vraiment eu un effet l'investissement les entreprises ont attendu avant d'augmenter leurs investissements de savoir quel type de sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne serait organisée donc ça ça a coûté un ou deux points de croissance je pense on a eu comme c'était mentionné tout à l'heure plus de difficultés pour exporter les marchandises vers l'Union Européenne puisque même si on a un accord sans droit de douane et sans quota maintenant il faut respecter un certain nombre de formalités pour exporter les marchandises du Royaume-Uni vers l'Union Européenne ce qu'on appelle les barrières non tarifaires mais en même temps on a vu que les exportations de services se portaient très bien elles augmentent et la Citi est en pleine forme toujours très bien et donc en fait pour arriver à 6 ou 8 points de croissance il faut vraiment prendre comme référence la situation américaine actuelle mais on sait qu'aux Etats-Unis depuis plusieurs années on a eu une politique très différente de celle menée par le Royaume-Uni l'Union Européenne notamment en matière énergétique on drill baby drill on for énormément aux Etats-Unis et d'ailleurs Donald Trump
dans l'avion rentrant de Pékin hier on lui a posé une question sur le sort du premier ministre britannique avec qui il a eu quand même quelques frictions récentes et alors il a dit en gros il est cuit tant qu'il ne résout pas le problème de l'immigration oui les deux éléments
l'élément énergie en disant Starmer est assis sur une mine d'or il suffit qu'il rouvre les champs pétroliers et gaziers en mer du nord et il y aura de l'activité puis la question de l'immigration donc on a effectivement ces deux éléments là qui ont été mis en avant mais juste pour finir sur les Etats-Unis donc en fait une croissance qui a été particulièrement soutenue depuis plusieurs années aux Etats-Unis par cet effet production énergétique à bas coût et baisse des coûts de l'énergie qui va complètement à l'opposé de ce dont on a besoin dans la lutte pour éviter le réchauffement climatique et là le Royaume-Uni pour l'instant tient sur cette ligne mais Farage bien sûr est pour renoncer à tous ses objectifs environnementaux et d'une part et d'autre part aux Etats-Unis on a ce développement d'intelligence artificielle de l'innovation qu'on n'arrive pas à avoir au Royaume-Uni ni dans l'Union Européenne et ça ça nous fait un grand écart de croissance avec les Etats-Unis
Georgina Wright revenons au scénario politique dans les semaines qui viennent même si on ne va pas entrer évidemment dans la cuisine comment dire à Londres néanmoins ce qui est singulier encore une fois par rapport au système français c'est que c'est au parti travailliste qui n'a pas à retourner devant les électeurs au niveau national c'est au parti travailliste avec un processus interne de décider de la suite
donc ça on ne va pas rentrer dans toute la cuisine la procédure qui reste quand même assez complexe et risquée en fait la voie la plus facile serait pour Kirsten de démissionner et que un candidat donc un député se présente il remporte plus au moins 81 voix de député et tout et puis ensuite il y a un candidat qui reçoit le soutien des militants et des syndicats voilà ça ce serait la façon la plus facile de remplacer Kirstenmer et s'il ne démissionne pas qu'est-ce qu'il fait ?
s'il ne démissionne pas là ça devient plus compliqué et Kirstenmer cette semaine a quand même livré un discours où il montre très bien qu'il s'accroche à Downing Street il semble redoubler sur son mandat sur sa capacité à ramener la stabilité au Royaume-Uni donc pour moi pour l'instant en tout cas on n'a pas l'air d'avoir un Premier ministre qui est prêt à céder sa place donc ça c'est très important si Kirstenmer refuse de céder sa place ben là il faudrait que plusieurs députés se présentent les députés doivent au moins avoir le soutien de 81 députés pour ensuite se présenter puis il y a une élection interne au parti et pendant ce temps-là comme je le disais tout à l'heure il est très difficile pour le gouvernement d'avancer et de tenter de faire passer des lois mais pardon
je vous interromps mais ça veut dire une élection interne au niveau du parti ça veut dire qu'en fait le sort du pays reposerait sur les militants travaillistes ça représente combien de personnes
alors c'est difficile aujourd'hui de savoir mais en tout cas quelques milliers et vous avez tout à fait raison on a un système parlementaire au Royaume-Uni c'est comme ça et d'ailleurs pendant des centaines d'années ça a toujours été le premier ministre c'est le primus inter pares c'est-à-dire le premier parmi les peurs il est le porte-parole du parti qui a remporté la majorité au sein du Parlement ce n'est pas sa vision ou son programme électoral mais c'est bien le programme électoral et la vision du parti et ça on a l'impression
que c'est en train de changer et qu'en fait il y a une demande presque néo-présidentielle si j'ose dire c'est-à-dire qu'on demande au premier ministre d'avoir une vision et il faut dire qu'avec Boris Johnson on s'en souvient au moment du Covid et des beuveries au number 10 là on avait véritablement un personnage c'est d'ailleurs pour ça qu'il avait été élu
tout à fait depuis quelques années on voit vraiment le pouvoir qui se personnalise vous l'avez dit avec Johnson c'était le cas aussi avec Lise Truss qui la majorité de l'électorat ne l'aimait pas mais elle avait une certaine personnalité ah oui là on l'a comparé à la durée de vie d'une laitue on se souvient
oui ça c'était quand même assez
mais voilà mais elle avait une certaine connexion qu'elle soit positive ou négative avec l'électorat et puis on peut comparer Johnson et Lise Truss avec Richie Sunak et aujourd'hui Kier Starmer qui sont des premiers ministres voilà qui ont moins de connexion avec l'électorat avec je parlais à quelqu'un l'autre jour qui me disait oui bon bah Johnson c'est vrai qu'il y avait plein de problèmes il n'était pas tout à fait riglo mais c'est quelqu'un avec qui j'irais boire un verre et donc voilà c'est quelqu'un qui est drôle et je comprends je comprends ses idées je comprends ce qu'il a envie de faire aujourd'hui Kier Starmer je ne comprends pas du tout donc c'est vrai qu'on a une tendance au Royaume-Uni de voir le pouvoir qui se personnalise et donc comme le disait Pauline Schnapper je pense plutôt dans l'émission Andy Bonham qui est aujourd'hui le maire de Manchester s'il remporte cette partielle et qu'il devient député lui pourrait tout à fait je pense devenir premier ministre parce qu'il a une certaine reconnaissance et une connexion avec l'électorat qui va bien au-delà de Manchester et donc en fait les deux sont très importants un de pouvoir diriger le parti de pouvoir concilier les différentes ailes du parti et deux de pouvoir avoir une connexion une vraie connexion avec l'électorat un électorat qui est fatigué de ces crises permanentes politiques et qui a vraiment envie de voir de changements
Pauline Schnapper on arrive presque à la conclusion très provisoire de cette conversation mais ce que l'on vérifie et il me semble qu'il y a ce parallélisme avec ce qui se passe dans beaucoup de démocratie du continent européen à commencer par la France une fragmentation de l'offre politique au sein même des grands partis traditionnels
Oui tout à fait Juste un mot avant de revenir sur cette fragmentation sur ce que vient de dire Georgina il faut quand même garder en tête que l'idée de personnalisation de la figure du Premier ministre n'est pas récente ça ne date pas de Boris Johnson ou de ses dernières années on reprochait dès les années 70 on reprochait au système britannique d'être présidentiel et de ressembler de plus en plus par exemple à la France et si on repense à Margaret Thatcher par exemple c'est une figure extrêmement puissante et forte à qui a déjà été appliqué ce reproche donc il faut je crois il faut relativiser cette nouveauté et un mot aussi sur peut-être sur ce qu'on a dit sur l'élection au sein du parti travailliste oui ce sont quelques centaines de milliers de militants qui vont choisir le Premier ministre en choisissant leur leader c'était aussi le cas pour le parti conservateur depuis toujours c'est-à-dire que ce sont les leaders des partis qui deviennent Premier ministre quand ils ont une majorité au Parlement oui c'est le processus normal c'est pas nouveau c'est un processus normal ce qu'il est moins et j'en reviens à ce dont vous parliez c'est en effet cette fragmentation c'est-à-dire qu'on avait deux grands partis et demi j'allais dire avec les libdèmes en troisième partie traditionnelle mais qui peinaient à se faire élire à cause du mode de scrutin aujourd'hui on a cinq partis qui sont sinon dans un bouchoir de poche en tout cas entre 15 et 25% des intentions de vote et dans un mode de scrutin uninominal à un tour on est incapable de dire à quoi à quelle majorité peut aboutir un tel paysage politique et c'est ça vraiment la grande nouveauté de ces dernières années et est-ce qu'il y a
une réflexion justement sur un système à la proportionnelle qui est aussi un serpent de mer en France
c'est ça c'est un serpent de mer au Royaume-Uni c'est-à-dire qu'à différentes périodes historiques par exemple en 2010 quand il n'y a pas eu de majorité au Parlement la question revient sur le tapis est-ce qu'on ne devrait pas introduire un peu de proportionnel le problème c'est que les parties au pouvoir quels qu'ils soient ont tout intérêt à garder le mode de scrutin actuel donc en général quand ils sont dans l'opposition et que le mode de scrutin joue contre eux ils sont pour la réforme et puis quand ils approchent du pouvoir quand ils bénéficient du système actuel ils reviennent dessus et comme ce sont eux qui sont majoritaires et bien il n'y a pas de changement et il y a fort à craindre que cette situation perdure malgré toutes les limites de ce mode de scrutin sur le plan démocratique
et donc ce qui en ressort comme le disait Georgina il y a quelques minutes il y a cette sensation de fatigue démocratique que l'on invoque très souvent évidemment aussi en France que les sociologues mesurent et qui semble accabler une autre grande démocratie parlementaire comme l'Allemagne où le chancelier Mertz est maintenant ouvertement défié y compris au sein de son propre parti donc Pauline Schnapper on a l'impression au niveau du continent où il ne reste je crois que trois pays qu'on peut situer disons à gauche pour simplifier l'Espagne en premier lieu on a l'impression que ces systèmes parlementaires marquent le coup oui
c'est clair plus généralement il y a une espèce de défiance généralisée et de ce qu'on appelle en France le dégagisme enfin les électeurs semblent se détourner de plus en plus rapidement des partis ou des personnalités qu'ils ont élus et ça c'est un signe de défiance démocratique qui est peut-être plus inquiétant que les méandres de la vie partisane chez les uns ou chez les autres c'est ce point commun à toutes nos démocraties européennes et probablement au-delà aussi de mécontentement général auquel aucun parti classique n'arrive à répondre et qui amène au développement et au succès de ces partis populistes un peu partout
alors un tout dernier tour de table il nous reste quelques minutes et comme évidemment les britanniques adorent faire des paris et donc les bookmakers s'en donnent à coeur joie donc Marie-Claire considère Charon en deux mots votre pari sur la durée de vie de Starmer de Starmer à Downing Street
alors je ne veux pas m'aventurer dans ce genre de paris tout ce que je peux dire c'est que la procédure va être très longue d'abord il faut que son successeur éventuel gagne un bonhomme qui gagne l'élection partielle ce qui n'est pas du tout acquis l'élection qui peut avoir lieu en juin et alors qui peut avoir lieu mais après il y a donc ce qu'on appelle les hostings et il faut que d'après les experts ça devrait arriver avant le congrès du parti travailliste qui aura lieu fin septembre donc on a quand même et là l'inconnu je pense que pour moi l'inconnu c'est vraiment le résultat de cette élection partielle parce que s'il arrive très juste ou s'il est battu alors on revient enfin j'ose pas dire
à la case départ mais en tout cas ça se complique à nouveau
ça se complique oui ça se complique
alors Georgina Wright vous êtes à Londres donc vous êtes bien placée quel est votre pari ?
franchement c'est très très très difficile de savoir ce qui va se passer très clairement on a un premier ministre qui est affaibli qui s'accroche qui semble redoubler dans ses discours sur son mandat etc mais il a vraiment perdu la confiance de l'électorat ça c'est clair et d'une majorité de ses députés donc on a un premier ministre affaibli maintenant comme on vient de le dire tout dépend si Andy Burnham remporte la partielle s'il remporte la partielle je pense qu'on peut être assez certain que Andy Burnham sera le prochain premier ministre mais s'il la perd alors là on verra bien la tradition au Royaume-Uni montre très bien que celui ou celle qui prend l'initiative de contester ouvertement l'autorité du patron enfin du chef du parti finit rarement par le remplacer donc par exemple c'était la démission de Richie Sunak qui a fait tomber Boris Johnson pourtant c'était Lys Strauss qui avait remporté sa place de premier ministre donc il y a beaucoup d'incertitudes la seule certitude que je vois c'est un premier ministre qui est vraiment affaibli
et donc tous les regards Catherine Mathieu vont se tourner vers cette circonscription qui si j'ai bien compris est tout près de Manchester donc Manchester une ville véritablement renovée par cet Andy Burnham de façon très remarquable et donc cette circonscription là on va toute la découvrir
en quelque sorte Oui tout à fait alors on dit quand on regarde les sondages actuels elle est gagnable par Andy Burnham mais comme ça a été dit plus tôt aussi dans l'émission ReformUK va mettre tout ce qu'il peut dans la balance pour essayer d'éviter la victoire d'Andy Burnham et donc effectivement on va regarder de près ce qui se passe dans le grand Manchester dans cette circonscription
Je cherche son nom et j'ai trouvé
Makerfield Makerfield et ensuite effectivement mais tout est ouvert parce qu'aujourd'hui on a tout de même 400 députés travaillistes 150 se sont exprimés en soutien à Starmer 80 contre et donc vous voyez il y a beaucoup d'incertitudes
Alors Pauline Schnapper le mot de la fin encore une fois vraiment très très provisoire quel est votre pari à vous ?
Rien de plus que ce qui vient d'être dit y compris dans la dimension d'incertitude un calendrier a priori en effet d'ici septembre on voit mal comment Starmer pourrait survivre au-delà mais comme ça a été dit aussi tout peut arriver et en particulier avec le mot de scrutin en vigueur au sein du parti travailliste il peut y avoir des surprises comme il y aura des secondes des troisièmes choix il n'est pas non plus totalement exclu que Starmer arrive à remporter une élection surtout si ses compétiteurs sont divisés entre eux donc beaucoup d'incertitudes et des choses à regarder entre juin et septembre
mais cela veut dire quand même Pauline qu'au sein même du parti travailliste les fractures se reconstituent entre disons les centristes façon Tony Blair une aile gauche qui se reconnaît manifestement dans Burnham donc voilà d'un mot un parti plus divisé qu'avant non il a toujours été
divisé il le sera toujours il y a toujours eu ces plusieurs ces factions diverses donc c'est une coalition le parti travailliste et ça ça va continuer
et bien voilà après après 58 minutes très précisément d'immersion dans la vie politique britannique en fait pas tellement d'exotisme puisqu'il me semble qu'on y a retrouvé quand même beaucoup de caractéristiques qui nous préoccupent aussi en France donc je vous remercie toutes les quatre une émission très féminine ce matin à l'exception bien sûr de Luc Jean Reynaud à la réalisation et de Paul Guig à la technique que je remercie au passage mais Pauline Schnapper je rappelle votre ouvrage La politique au Royaume-Uni paru à la découverte en 2022 Catherine Mathieu vous avez contribué au dernier rapport de l'OFCE publié le mois dernier sur les perspectives de l'économie européenne et mondiale qui ne sont franchement pas très réjouissantes Marie-Claire considère Charon vous avez publié vous venez de publier un livre sur la géopolitique du Royaume-Uni ça vient de paraître au PUF et Georgina Wright sur le site de Carnegie Europe un papier sur le rapprochement entre le Royaume-Uni et l'Union Européenne Théa Corler m'a aidé à préparer cette émission en même temps que la documentation de Radio France et voici bien sûr Marina Carrère-Dancos et ses carnets de santé très bon week-end et à samedi prochain Sous-titrage Société Radio-Canada