Jean-Pascal van Ypersele : "Nous sommes en train de bousiller l'habitabilité de la seule planète habitable"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:24OuverteRéponse directe
Ces phénomènes qui semblent plus nombreux aujourd'hui et extrêmement violents sont-ils en train de s'accélérer ? Y a-t-il encore moyen de les freiner ?
- 1:15OuverteRéponse directe
Racontez-nous ce que vous avez vu, ce que les gens ont vécu là-bas et ce que vous avez perçu.
- 3:07OuverteRéponse partielle
Donc les gens sont déjà en train de changer, ils sont déjà en train de s'adapter, vous diriez ça, vous diriez jusque là ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Alors phénomène inverse, c'était il y a une semaine en Europe avec des pluies torrentielles, 216 morts au total, beaucoup de personnes qui sont encore portées disparues. Comment est-ce que vous avez réagi à ces inondations Jean-Pascal Fanny Percel ?
- 6:05OuverteRéponse directe
Alors ce qu'on aimerait vraiment savoir, Jean-Pascal, Fanny Percelle, c'est est-ce qu'on peut vraiment scientifiquement lier les événements extrêmes qu'on est en train de vivre cet été au changement climatique ?
- 7:53OuverteRéponse directe
Alors, on a tenté de poser le constat. Maintenant, la question qu'on a devant nous, c'est qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on essaie d'atténuer le problème ? Est-ce qu'on apprend à vivre avec ? Ou est-ce qu'on accepte de souffrir régulièrement et même, j'ai envie de dire, de plus en plus souvent ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:08Invité politiqueFait
« ça fait 40 ans que je travaille sur les changements climatiques, ça fait 30 ans que le GIEC n'arrête pas de tirer le signal d'alarme. »
- 5:18Invité politiqueFait
« Dans le premier rapport du GIEC publié en 1990, on lisait déjà que le réchauffement allait s'accompagner d'une intensification des extrêmes du cycle hydrologique, donc à la fois plus de sécheresse et des précipitations plus intenses. »
- 6:57Invité politiqueChiffre
« Un degré Celsius en plus, c'est 7% de vapeur d'eau en plus. »
- 7:32Invité politiqueChiffre
« nous avons augmenté maintenant de 50% la concentration en CO2 depuis le temps pré-industriel, donc avant qu'on invente la machine à vapeur »
- 10:38InvitéFait
« l'Agence internationale de l'énergie dit qu'il ne faudrait plus une seule nouvelle infrastructure d'énergie fossile sur la planète à partir de ce jour. »
- 10:59InvitéChiffre
« On est à plus 1,1 degré sur la planète. »
- 11:19InvitéFait
« Le Haut Conseil pour le Climat vient de rendre à nouveau un rapport en disant qu'on n'était pas dans les rails pour atteindre nos objectifs de moins 40% d'ici 2030. »
- 11:34InvitéChiffre
« la France, avec d'autres pays européens, vient même de rehausser ses ambitions en disant qu'il faudrait être à moins 55%. »
- 11:57InvitéFait
« le gouvernement français est coupable de carences fautives, c'est-à-dire de ne pas suffisamment mettre sa population à l'abri et la protéger de tous ces dangers. »
- 12:26InvitéChiffre
« tout ce qui est envisagé comme tact, évolution technologique, etc., ne pourra être actif, pas avant 2050, auquel il faut ajouter quitte à 20 ans. »
- 19:49InvitéChiffre
« une étude qui avait été faite par Oxfam qui montrait que 70% des émissions de gaz à effet de serre venaient d'une centaine d'entreprises dans le monde. »
- 20:07InvitéChiffre
« l'impact des actions individuelles sur l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre, c'était à peu près 25%. »
- 20:50InvitéChiffre
« il y a encore des milliards et des milliards et des milliards d'euros et de dollars qui sont investis par les plus grandes banques dans l'énergie fossile. »
Temps de parole
- Invité37 %
- Invité politique33 %
- Présentateur22 %
- Invité 24 %
- Invité 32 %
- Auditeur2 %
≈ 1,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Le 6-9 Deux invités ce matin dans le grand entretien sur France Inter pour faire le point sur notre situation climatique. Tous les voyants semblent être passés au rouge avec ces vagues de sécheresse cet été, notamment au Canada, mais pas seulement en Iran et en Inde également. Ce qui n'empêche pas dans le même temps d'impressionnants phénomènes d'inondation dans bien d'autres régions, en Belgique et en Allemagne évidemment, mais aussi en Chine actuellement. Ces phénomènes qui semblent plus nombreux aujourd'hui et extrêmement violents sont-ils en train de s'accélérer ? Y a-t-il encore moyen de les freiner ?
Ce sont ces questions que nous allons poser au climatologue Jean-Pascal Fanny Percel, ancien vice-président du GIEC, le groupe d'experts sur l'évolution du climat qui se réunit d'ailleurs à partir d'aujourd'hui et pour 15 jours avant son prochain rapport publié début 2022. Bonjour monsieur.
Bonjour.
Et nous sommes ravis que vous ayez accepté notre invitation. Je précise que vous êtes en direct de Bruxelles. Et bonjour également à Cyril Dion. Bonjour. Réalisateur de films documentaires, militant écologique. Vous avez été également l'un des garants de la Convention citoyenne sur le climat. Et j'ajoute que vos réactions, vos témoignages, vos observations sont comme chaque matin. Les bienvenus sur France Inter au 01 45 24 7000. Je me tourne vers vous pour commencer Cyril Dion parce que vous rentrez tout juste de Portland. Vous venez de tourner plusieurs documents pour Arte sur le dôme de chaleur que l'Amérique du Nord vient d'affronter.
Racontez-nous ce que vous avez vu, ce que les gens ont vécu là-bas et ce que vous avez perçu.
En fait j'étais à Portland et en Californie qui sont deux endroits qui sont en train d'être impactés de façon très grave par le changement climatique. Portland, ils ont vécu trois événements climatiques en une seule année. L'été dernier, ils ont eu des incendies monstres comme ça a été le cas aussi en Californie. Au mois de février dernier, ils ont eu le plus grand orage de glace qu'ils avaient jamais connu qui a privé de l'électricité des millions de foyers pendant plus d'une semaine. Et là ils viennent de vivre ce dôme de chaleur, donc plus de 46 degrés à Portland et quasiment jusqu'à 50 degrés au Canada juste au-dessus.
Avec des difficultés qui se sont croisées avec les difficultés sociales, puisqu'il y a de plus en plus de personnes à la rue, à la fois à la cause du Covid et à la fois à cause des émeutes qu'il y a eu à Portland, qui se sont retrouvés les premiers vulnérables face à ces vagues de chaleur. Il a fallu ouvrir des gymnases comme on le fait parfois l'hiver pour protéger du froid, mais là pour protéger du chaud. Plus de 115 morts dans cette ville qui commencent à se dire qu'il va falloir qu'on s'adapte très sérieusement. C'est la même chose en Californie qui vit des sécheresses terribles et des incendies terribles depuis plusieurs années.
On a été obligé de faire venir de l'eau d'autres états, de creuser un canal pour faire descendre cette eau dans la vallée de la Californie pour alimenter les villes. Les agriculteurs sont en train d'arracher des arbres et notamment des amandiers qui sont très gourmands en eau parce qu'ils ne sont plus capables de les irriguer. Et ils sont finalement en train de se dire que le changement climatique, ce n'est pas pour dans dix ans, ce n'est pas l'apocalypse qu'on nous promet d'ici la fin du siècle, c'est déjà en train de se produire aujourd'hui.
Donc les gens sont déjà en train de changer, ils sont déjà en train de s'adapter, vous diriez ça, vous diriez jusque là ?
Ils ont une vraie difficulté à le faire, ce que nous ont dit les autorités de Portland qu'on a rencontré et qu'on a interviewé, c'est malheureusement on n'est pas prêt, on ne pensait pas que ça irait aussi vite. On voit bien qu'on n'est pas encore en ordre de marche pour isoler les logements comme il faudrait le faire, pour justement les protéger de la chaleur et particulièrement pour les plus vulnérables. On n'est pas encore capable de sécuriser justement l'accès en eau pour les décennies qui viennent et on voit bien là aussi qu'on a un vrai sujet.
Ils sont en train, ça depuis plusieurs années, d'essayer de débitumer une partie de leur trottoir, de faire des toits végétaux pour récolter les pluies d'orage qui sont particulièrement importantes et pour éviter justement le type de phénomène comme on a pu les voir en Belgique ou en Allemagne où on a des crues énormes et où on ne sait pas gérer les afflux d'eau qui arrivent en trop grande quantité.
Mais là vous parlez technique, j'ai envie de dire les gens, il y a eu un déclic, je ne sais pas comment l'appeler, moral, psychologique. Vous avez le sentiment qu'il y a eu une bascule cet été ou pas ?
Il y a une bonne partie d'entre eux qui disent que maintenant le changement climatique c'est devenu quelque chose d'émotionnel, quelque chose qu'ils vivent, qu'ils ressentent et plus simplement une idée. Et c'est sans doute grâce à ça que quelque chose peut changer puisqu'on voit bien que nous les humains on a tendance à réagir à partir du moment où on est impacté et où on est impacté dans nos chairs et c'est ce qui est en train de se produire malheureusement.
Alors phénomène inverse, c'était il y a une semaine en Europe avec des pluies torrentielles, 216 morts au total, beaucoup de personnes qui sont encore portées disparues. Comment est-ce que vous avez réagi à ces inondations Jean-Pascal Fanny Persel ? Je précise que vous êtes belge et surtout je rappelle que vous êtes climatologue. Donc est-ce que cet épisode finalement, vous vous doutiez qu'il finirait par arriver là où il est arrivé ?
Oui, mais vous savez, ça fait 40 ans que je travaille sur les changements climatiques, ça fait 30 ans que le GIEC n'arrête pas de tirer le signal d'alarme. Dans le premier rapport du GIEC publié en 1990, on lisait déjà que le réchauffement allait s'accompagner d'une intensification des extrêmes du cycle hydrologique, donc à la fois plus de sécheresse et des précipitations plus intenses. Et bon, ce qui se passe aujourd'hui, c'est la concrétisation de ce sur quoi les scientifiques alertent depuis si longtemps.
Donc il n'y a pas eu de surprise de votre part ? Parce que je disais comment vous avez réagi. Ça vous a fait mal ? Ça vous a touché ? Vous avez été vraiment scientifique ?
Évidemment, ça m'a touché encore plus. Mais ça me touche aussi, comme les événements de ce genre me touchent aussi quand il se passe au bout du monde. Mais c'est vrai que quand ce sont des endroits que l'on connaît, des personnes que l'on connaît parfois, ça touche encore plus. C'est clair, donc j'étais à la fois choqué, triste, ému et encore une fois très frustré qu'on n'ait pas davantage écouté les signaux d'alarme des scientifiques.
Alors ce qu'on aimerait vraiment savoir, Jean-Pascal, Fanny Percelle, c'est est-ce qu'on peut vraiment scientifiquement lier les événements extrêmes qu'on est en train de vivre cet été au changement climatique ? Parce qu'il y a toujours les sceptiques qui veulent ne pas y croire. Il y a les intuitifs qui en sont persuadés. Est-ce que la science peut nous permettre aujourd'hui de mettre tout le monde d'accord ?
Alors écoutez, il y aura une étude publiée en bonne et due forme dans le courant du mois d'août par ceux qui cherchent justement à quantifier la force du lien entre les changements climatiques et les événements qui viennent de se produire en Allemagne, en Belgique, etc. Mais je pense qu'on ne doit pas attendre ce moment-là pour rappeler qu'il y a une loi de la physique contre laquelle personne ne peut rien. C'est que quand l'air se réchauffe, il peut contenir plus de vapeur d'eau. Personne ne conteste ça. Un degré Celsius en plus, c'est 7% de vapeur d'eau en plus.
Ça veut dire que quand les conditions sont réunies pour qu'il pleuve ou éventuellement qu'il neige, s'il fait encore assez froid pour neiger, eh bien les précipitations peuvent être 7% plus importantes. Et bon, il y a d'autres facteurs qui peuvent amplifier encore cet effet-là, mais ce facteur-là, personne ne le conteste. Donc je crois que la question n'est plus tellement est-ce que tel événement particulier est influencé par les changements climatiques ?
Je pense que dans un climat qui est déréglé par le fait que nous avons augmenté maintenant de 50% la concentration en CO2 depuis le temps pré-industriel, donc avant qu'on invente la machine à vapeur, eh bien dans ce climat-là, sous cette cloche de gaz à effet de serre sous laquelle nous sommes tous à la surface de la Terre, forcément tout ce qui se passe dans le système climatique ne peut qu'être influencé par ce changement de contexte.
Alors la question qu'on se pose aussi beaucoup, Cyril Lyon, c'est est-ce qu'on va vivre une accélération de tous ces phénomènes, une accélération, j'ai envie de dire, continue, régulière ? Ou est-ce qu'ils auront, est-ce qu'ils vont continuer à avancer par à coup, l'impression qu'on a plutôt aujourd'hui, avec certaines arnées qui seront plus marquées que d'autres ? Comment les choses risquent de se passer ? Est-ce qu'on sait ?
On ne sait pas avec certitude. J'avais cette conversation-là avec Christophe Cassou qui est climatologue, membre du GIEC, qui est l'un des auteurs du rapport qui va sortir. J'avais aussi ces conversations-là avec plusieurs climatologues aux Etats-Unis, notamment Anthony Barnowski qui a fait plusieurs études sur les tipping points, c'est-à-dire sur des points de bascule possibles. Et qui me disaient, c'est un scénario parmi d'autres, mais qui n'est absolument pas impossible. Et d'une certaine manière, il faudrait nous caler sur le scénario du pire.
C'est-à-dire que ce que les scientifiques redoutent le plus, c'est qu'on aille vers ces points de bascule qui sont des moments de rupture dans les phénomènes physiques. C'est-à-dire qu'on peut avoir une certaine progressivité, une certaine gradation, c'est-à-dire que ça se réchauffe, ça se réchauffe, ça se réchauffe, ça se réchauffe. On continue à voir les choses se transformer de façon, on va dire, régulière, jusqu'au moment où il y a un point de rupture. Le point de rupture sur le plan climatique pourrait être ces fameuses boucles de rétroaction positive, c'est-à-dire des cercles vicieux.
Plus ça se réchauffe et plus ça se réchauffe, et le changement climatique finit par s'alimenter lui-même. Par exemple, ces méga-incendies qui sont favorisés en Californie par le fait qu'il fait de plus en plus chaud et de plus en plus sec. Des gaz énormément dans l'atmosphère de carbone et de gaz à effet de serre quand les forêts brûlent, ce qui aggrave encore le réchauffement, ce qui fera peut-être dans le futur qu'il fera encore plus chaud et plus sec et qu'il y aura encore plus d'incendies, etc.
Si on parvenait à ce type de phénomène, qui pourrait arriver selon un certain nombre d'études, à partir de plus de degrés, là, il pourrait y avoir une sorte d'emballement où le réchauffement s'accélérerait et où il deviendrait de plus en plus difficile pour nous, les êtres humains, de revenir en arrière, enfin, quasiment impossible de revenir en arrière, mais très difficile de le contrôler.
Alors, on a tenté de poser le constat. Maintenant, la question qu'on a devant nous, c'est qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on essaie d'atténuer le problème ? Est-ce qu'on apprend à vivre avec ? Ou est-ce qu'on accepte de souffrir régulièrement et même, j'ai envie de dire, de plus en plus souvent ? Cyril Dion, le plus objectivement possible, que fait la France ? Quelle est sa stratégie aujourd'hui ?
On a besoin de faire tout en même temps. C'est-à-dire que là, on a besoin de faire en sorte de réduire drastiquement nos émissions. Il faut réduire le plus possible, dès maintenant.
Nos émissions de sérieux ?
Même l'Agence internationale de l'énergie dit qu'il ne faudrait plus une seule nouvelle infrastructure d'énergie fossile sur la planète à partir de ce jour. Or, ce n'est absolument pas ce que font nos pays. Total est encore en train de construire un énorme pipeline en Ouganda. On voit qu'il y a toujours des forages qui sont en train d'être faits. Donc ça, il faudrait arrêter, totalement. En même temps, on a besoin de s'adapter parce qu'on a déjà dépassé un certain nombre de seuils. On voit là, on est à plus 1,1 degré sur la planète. On voit qu'il y a déjà des conséquences. Il faut se préparer à ce qu'il y en ait d'autre. Et on a besoin d'engager des processus de régénération.
C'est-à-dire de faire en sorte que les écosystèmes nous aident à amortir ces chocs. Aujourd'hui, la France, clairement, ne remplit pas ses objectifs climatiques. Le Haut Conseil pour le Climat vient de rendre à nouveau un rapport en disant qu'on n'était pas dans les rails pour atteindre nos objectifs de moins 40% d'ici 2030. Alors que la France, avec d'autres pays européens, vient même de rehausser ses ambitions en disant qu'il faudrait être à moins 55%. On a là aussi le Conseil d'État qui a donné neuf mois au gouvernement pour prouver que la politique du gouvernement allait permettre d'atteindre ses objectifs. Ce qui veut bien dire que pour l'instant, nous n'y sommes pas.
Parce que vous avez saisi la justice, effectivement.
Absolument. Et on attend le jugement du tribunal administratif de Paris, qui a été saisi par l'affaire du siècle, par quatre grandes ONG, qui en première instance a dit, oui, le gouvernement français est coupable de carences fautives, c'est-à-dire de ne pas suffisamment mettre sa population à l'abri et la protéger de tous ces dangers.
Alors je voudrais qu'on accueille au standard Daniel. Vous êtes le bienvenu, Daniel. On vous écoute. Bonjour.
Oui, bonjour. Alors, bien sûr, tout à fait en phase avec ce qui vient d'être dit. Et j'ajoute peut-être que tout ce qui est envisagé comme tact, évolution technologique, etc., ne pourra être actif, pas avant 2050, auquel il faut ajouter quitte à 20 ans. Ma proposition, c'est simplement de jouer sur la décarbonation, et en particulier la décarbonation des achats publics ou investissements publics. La méthode, tout le monde parle de décarbonation, mais comment faire ?
Il suffit d'utiliser le levier des achats publics, qui se montrent à 200 milliards d'euros en France par an, et d'introduire des achats des critères qui seront sélectifs, évidemment, pour les entreprises, mais qui les pousseront à avancer au point de vue technologique, pour décarboner durant toutes les phases de construction des biens ou services qu'ils proposent de fournir, et de sélectionner les meilleurs, évidemment, sur ces faits.
On vous a bien compris, Daniel, la liaison n'est pas très bonne en plus, mais on a compris effectivement cette idée de décarboner les achats publics au moyen de critères de sélection. Qu'est-ce que vous en pensez, Cyril Dion ?
On a besoin de décarboner l'ensemble de notre économie, par tous les moyens possibles.
Mais ça, c'est une bonne idée ou pas, ce qu'il propose ?
Oui, oui. De toute façon, les achats publics, tout comme nos achats privés, on sait que la moitié, par exemple, de notre empreinte carbone, en tant que Français, ce sont nos achats.
Mais je suis surpris, ce n'est pas déjà le cas, en fait ? Nos achats publics, faits par l'État, les collectivités ?
Ce n'est pas du tout à la mesure de ce qu'il faudrait faire. Il faudrait le faire beaucoup plus que ça.
Alors, je voudrais qu'on parle aussi de l'Europe, avec son Green New Deal, des États-Unis, depuis l'élection de Joe Biden. La question climatique, on a le sentiment qu'elle a été quand même remise au cœur de l'agenda politique. Jean-Pascal Fanny Percel, est-ce que tout cela vous semble aller dans le bon sens ? Est-ce que vous vous sentez, j'ai envie de dire, rassuré ?
Non, c'est trop tôt pour être rassuré. Alors, ça va dans le bon sens, oui, mais ça va beaucoup trop lentement et pas assez loin, il faut le dire. D'abord, les propositions qui ont été faites il y a une semaine par la Commission européenne ne sont encore que des propositions. On s'attend à ce qu'il faille probablement deux ans pour qu'elles soient mises en œuvre. la proposition de réduire les émissions de 55%, mais par rapport à la nécessité, rappelée par le GIEC, nombre de fois d'arriver à moins 100% le plus vite possible. Et au plus tard, à l'échelle mondiale, en 2050, c'est insuffisant.
Mais on parle quand même de dizaines, de centaines de milliards d'euros. Il faut mettre combien sur la table, en fait, pour s'en sortir ?
Mais vous savez, quand on pose ces questions-là, oui, c'est vrai que décarboner, ça va coûter cher, mais laisser les choses aller comme on le fait, ça coûtera encore plus cher. Ça fait 15 ans qu'on sait, après le fameux rapport Stern, que prévenir coûte beaucoup moins cher que guérir, qu'attendre de voir guérir. C'est-à-dire prévenir en réduisant les émissions pour empêcher que le climat ne se détériore bien davantage qu'aujourd'hui. Ça coûterait beaucoup moins cher que de voir payer en argent et surtout en vie humaine les dégâts dont on voit aujourd'hui le tout début seulement. On n'a encore rien vu par rapport aux impacts des changements climatiques.
Je pense que beaucoup de gens ne se rendent pas compte de l'ampleur des changements parce que le lien est simple entre les émissions cumulées de CO2 et la température. Chaque milliard de tonnes que l'on rajoute dans l'atmosphère rajoute une fraction de degré. Mais par contre, chaque fraction de degré que l'on rajoute ne rajoute pas la même fraction d'impact et de gravité des impacts. Je veux dire par là que la gravité des impacts augmente plus vite que la température.
Et donc il y a une partie de l'accélération dont vous parliez tout à l'heure qui est là dans les prévisions, dans les projections du GIEC et c'est déjà quelque chose qui se trouve dans les rapports du GIEC depuis longtemps aussi.
Bien sûr. Alors ce qu'on perçoit, ce qu'on comprend surtout c'est qu'il va falloir changer nos modes de vie, changer nos modes de consommation. Jean-Pascal Fanny Hipercel, quelles sont les trois mesures urgentes par exemple qu'il faudrait tout de suite commencer à appliquer par les états et par nous les habitants de ces états ?
Alors d'abord, ce n'est pas seulement les modes de vie et les modes de consommation, c'est aussi les modes de production. C'est toute l'économie qui doit changer. On doit quitter le plus vite possible notre dépendance aux combustibles fossiles. Alors, un des premiers grands principes, c'est le principe du pollueur-payeur. Mais il faut faire très attention quand on l'applique et trop souvent on ne fait pas attention à cela. Il faut éviter, bien sûr, que ce soit les plus pauvres, les plus vulnérables qui soient affectés les premiers.
Parce que ça, c'est la taxe carbone chez nous, c'est ça ?
C'est la taxe carbone, ce sont les échanges de quotas d'émissions que les entreprises doivent acheter pour pouvoir émettre des gaz à effet de serre. Mais on a trop peu fait attention à deux choses. D'une part, au niveau d'ambition qui est nécessaire pour vraiment décourager les émissions à tous les niveaux. Et aussi, on a trop peu cherché à éviter les effets sociaux. Et alors, le résultat, ce sont des manifestations de personnes comme les gilets jaunes qui sont affectées d'abord par ces hausses de prix. Donc, il faut vraiment allier la protection de l'environnement et les aspects sociaux tout en faisant payer les pollueurs progressivement de plus en plus cher.
Ça, c'est vraiment la mesure numéro un parce qu'elle est transversale. Votre auditeur parlait des achats à faire par les autorités publiques. Il est évident que si l'ensemble de l'économie est affecté par une augmentation du prix de la pollution associée à des biens qui sont produits, mais presque automatiquement, des biens qui sont produits plus proprement vont être progressivement moins chers que ceux qui sont produits en émettant beaucoup de pollution. Et donc, une mesure transversale comme celle-là, c'est la plus efficace à l'échelle de l'ensemble de l'économie.
Je vous soumets la question d'un auditeur qui se fait appeler Chevalier. Est-ce qu'on ne culpabilise pas plus le citoyen lambda et de son mode de vie plus que les entreprises qui polluent selon lui beaucoup, beaucoup plus ?
Mais c'est ce que je viens de dire. Ce n'est pas seulement les modes de vie et les modes de consommation. C'est aussi la production, la manière dont les entreprises tiennent compte ou pas de l'environnement.
Je voulais vous faire réagir sur le mot culpabiliser. Est-ce que vous avez le sentiment qu'on culpabilise ?
Il y a une part de ça et je pense que la culpabilisation ne fait pas forcément bouger dans le bon sens. Les gens, ça peut avoir un effet paralysant aussi. Mais je crois qu'il est important qu'aussi bien les citoyens que les entreprises et que les acteurs publics travaillent ensemble pour faire un petit peu comme si on était en mode de survie. On doit vraiment lutter tous ensemble pour maintenir l'habitabilité de la seule planète habitable du système solaire. Il faut quand même le rappeler, il y a des gens qui pensent, qui rêvent d'aller sur Mars. Mais la seule planète vraiment habitable du système solaire pour tout le monde, c'est la Terre.
Et nous sommes en train de bousiller son habitabilité, notamment en bousillant le climat, mais aussi en érodant la biodiversité.
Cyril Lyon, vous vouliez rebondir ?
Oui, ce que je voulais dire, c'est que si on regarde différentes études qui ont été faites ces derniers temps, par exemple, il y a une étude qui avait été faite par Oxfam qui montrait que 70% des émissions de gaz à effet de serre venaient d'une centaine d'entreprises dans le monde. Il y a une autre étude qui a été faite par un cabinet qui s'appelle Carbon4, qui montrait que l'impact des actions individuelles sur l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre, c'était à peu près 25%. Donc on voit bien qu'on a un problème qui est structurel.
Par exemple, la crise des gilets jaunes, c'était le signe que quand on demande à des gens qui vivent dans un monde où l'urbanisme a été fait de telle façon qu'on n'a pas le choix que de prendre sa voiture, qu'on est relégué en dehors des grands centres-villes parce que ça devient trop cher, parce que c'est gentrifié, on n'a pas d'autres solutions. Là, en l'occurrence, on n'a pas non plus d'autres propositions accessibles pour avoir des voitures qui ne sont pas thermiques. Donc c'est pour ça, notamment qu'avec la Convention citoyenne, on a travaillé pour faire des propositions qui soient mises en œuvre par les États.
C'est pour ça qu'une autre des mesures les plus importantes, c'est que les investissements soient dirigés vers une économie décarbonée et beaucoup plus soutenable. Aujourd'hui, il y a encore des milliards et des milliards et des milliards d'euros et de dollars qui sont investis par les plus grandes banques dans l'énergie fossile. Tant qu'on a ça, chacun d'entre nous peut prendre son vélo, ça ne changera pas le fond du problème.
Mais vous êtes en train de dire que finalement, il faut absolument en passer par une politique décroissanciste. Et on n'aime pas utiliser ce mot-là, mais il faudrait peut-être le dire, non ?
En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il faut qu'on aille vers une certaine sobriété, notamment une certaine sobriété énergétique, qu'on aille vers moins mais mieux.
C'est-à-dire acheter moins de choses inutiles, mais faire en sorte que ces choses-là soient plus durables, fabriquées avec des matériaux qui soient ou recyclables ou qui viennent des déchets du XXe siècle, et qu'on arrête en fait cette politique extractiviste, c'est-à-dire qu'on aille arrêter de taper dans la croûte terrestre, à la fois pour chercher du pétrole, du gaz, des métaux, et qu'on trouve le moyen, à la place, de créer des emplois, qui soient des emplois qui régénèrent à la fois nos économies, mais qui régénèrent aussi nos écosystèmes.
Il y a des millions d'emplois à créer, il y a des millions d'activités qui sont à la fois absolument passionnantes, là je viens de terminer un film qui s'appelle Animal, qu'on a projeté au Festival de Cannes la semaine dernière, où on montre finalement qu'on est capable, on peut le faire, on peut faire revenir des espèces, on peut ré-ensauvager le Costa Rica par exemple, en l'espace de 40 ans, à transformer des pâtures en forêts, en créant une économie avec ça, il faut aller vers ce type de solution.
Au standard, j'aurais qu'on accueille Alain, vous êtes le bienvenu, on vous écoute, bonjour Alain.
Oui, bonjour, j'écoute les propos de vos invités, mais moi j'ai l'impression qu'on veut nous culpabiliser tous, consommateurs que nous sommes, mais on oublie une chose, c'est que pour que nous écoutons bien tout ce qui se dit, quand je vois qu'il y a des gens qui se permettent de passer une après-midi récréative dans une fusée pour passer 11 minutes dans l'espace, comment on peut expliquer à tout le monde, et au lambda, aux gens qui n'ont pas trop, excusez-moi, de réflexion, qu'il faut faire attention, mais de l'autre côté on voit qu'il y a des gens qui partent dans l'espace se promener.
Alors on a bien compris. Merci beaucoup Alain, le temps file. Cyril Dion, ça vous choque, le voyage de Jeff Bezos ?
Évidemment, tout ce que fait Jeff Bezos, ça choque en règle générale. Non mais, monsieur a tout à fait raison, mais c'est ce que je viens de dire à l'instant. C'est très important qu'on comprenne maintenant que le problème est structurel, c'est très important qu'on comprenne qu'on ne peut plus voter aujourd'hui pour un candidat ou une candidate s'il ne propose pas des mesures absolument drastiques pour limiter le changement du climat.
On ne peut plus continuer à acheter des choses à des entreprises qui font ce type d'absurdité qui est d'envoyer des touristes dans l'espace et finalement d'émettre l'équivalence que nous on va émettre en un an ou en plusieurs années juste pour 10 minutes récréatives.
Alors dans les solutions, il y a Christian également qui est au standard. On vous écoute, Christian, bonjour.
Oui, bonjour. Oui, ma question est la suivante. Face à l'urgence climatique, je trouve que les propositions effectivement de changement pour réduire les émissions de CO2 sont tout à fait intéressantes, mais ce sont des solutions à moyen terme, je dirais défensives. Qu'est-ce qu'il en est au niveau de la recherche scientifique pour des solutions ? Je dirais offensives en quelque sorte et notamment en géoingénierie, c'est-à-dire pour réellement intervenir aussi pour récupérer du CO2. Sinon, il y a un problème de temporalité entre les propositions qui sont vraiment à moyen terme alors qu'on a des problèmes à court terme.
Donc il faut aussi agir sur le court terme et notamment au niveau de la géoingénierie. Donc qu'est-ce qu'on pense vous inviter ?
Merci Christian. Je soumets cette question à Jean-Pascal Fanny Percel. Bonne idée ?
Oui, alors écoutez, géoingénierie, il y a deux types de techniques. D'une part, essayer de récupérer le CO2 qu'on a mis dans l'atmosphère. Alors il faut d'abord se dire que ça va être aussi facile que d'aller récupérer une goutte d'encre qu'on a mise dans un verre d'eau. C'est quand même beaucoup plus facile de ne pas mettre la goutte d'encre dans le verre d'eau que d'essayer de la récupérer après. Et l'autre, et donc ce sont des techniques effectivement à propos desquelles il y a des recherches, etc. Mais ça va coûter extrêmement cher et ce serait beaucoup plus facile quelque part de limiter les émissions elles-mêmes de CO2 et d'autres gaz à effet de serre.
L'autre catégorie, c'est essayer d'accroître la réflexion d'une partie de l'énergie solaire vers l'espace pour créer un effet d'ombrage. Et ça, c'est vraiment jouer à l'apprenti sorcier parce que ça risque d'avoir des conséquences par exemple sur la dynamique des moussons qui est quand même très importante pour l'agriculture en Asie et en Afrique. et donc ce sont des techniques vraiment dont on devrait essayer de ne pas en avoir besoin un jour. Donc je crois que la priorité, c'est vraiment diminuer les émissions de gaz à effet de serre le plus vite possible et aussi de se préparer à la partie des changements qu'on ne peut plus éviter.
On vous a bien entendu tous les deux. Merci infiniment et je vous souhaite une bonne journée quand même. À suivre le 6-9 de l'été avec André Manoukian. Thomas Chauvineau et Jean-Philippe Ballas restent avec nous.