Pourquoi il faut “réarmer la France”, l’appel du général De Villiers
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 2:00OuverteRéponse directe
Vous venez de publier 'Pour le succès des armes de la France'. Pourquoi ce réarmement moral et civique?
- 4:00OuverteRéponse directe
Vous voulez dire quoi aux députés qui ont entre leurs mains le budget de la France?
- 6:00FerméeRéponse directe
Il faut aller plus vite?
- 8:00OuverteRéponse directe
F.Mandon a déclaré devant le congrès des maires: 'Il faut se préparer, accepter de perdre des enfants face aux menaces mondiales.' Vous auriez pu prononcer ces mots?
- 10:00OuverteRéponse directe
Aurait-il fallu rendre obligatoire ce nouveau service national?
- 12:00OuverteRéponse directe
Vous conseillez ce livre à tous les candidats qui vont se présenter en 2027. Est-ce le premier chapitre de votre programme électoral?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:00Gal P.de VilliersChiffre
« Un missile de croisière, c'est un peu moins de 1 million d'euros, oui. »
- 6:00Gal P.de VilliersChiffre
« Nous avons 400 milliards de dettes. C'est 117 % du PIB. »
- 8:00Gal P.de VilliersFait
« 80 ans de paix, dans les cerveaux de nos dirigeants, ça a marqué. »
- 10:00Gal P.de VilliersChiffre
« On démarre à 3000 l'an prochain et on termine à 50 000. Ce sont des volontaires qui sont censés intervenir sur le territoire national. »
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placés en Europe, 200 milliards d'euros, jusqu'à ce que la Russie cesse sa guerre d'agression et verse des réparations à l'Ukraine. - Y.Goosz: L'Europe avance cahin-caha dans les crises.
Elle progresse par à-coups. La semaine prochaine, les 27 se retrouveront à Bruxelles pendant que nous serons encore le nez dans le PLF et dans l'impasse budgétaire. Il y a décidément quelque chose qui cloche au pays du général de Gaulle. - M.Bouhafsi: Vous êtes l'ancien chef d'état-major des armées.
Vous venez de publier "Pour le succès des armes de la France". Vous avez choisi de reprendre la plume pour appeler la France à se réarmer massivement durant les 10 prochaines années. Un réarmement que vous souhaitez aussi moral et civique.
Pourquoi? - Gal P.de Villiers: La question, par rapport à ce que vous venez de dire, qui est un bon résumé, c'est: sommes-nous prêts à une éventuelle guerre?
C'est cette question qui m'a fait reprendre ma plume. Bien sûr, des efforts ont été faits depuis ma démission il y a 8 ans. Mais j'avais pressenti tout ce qui s'est passé depuis avec le retour des Etats-puissances, la Russie, la Chine, l'Iran, la Turquie, l'Arabie saoudite, l'Inde...
Le terrorisme islamiste radical continue à frapper dans le monde. En Afrique, ça descend du Nord au Sud de manière très inquiétante. Le désengagement américain, que j'avais senti...
Je raconte ça dans mon livre. Et puis, l'incapacité des stabilisateurs automatiques, c'est-à-dire les organisations internationales, à réguler cet ordre multipolaire. Tout ça nous a donné la situation actuelle où la guerre se développe.
On voit la situation en mer de Chine, au Moyen-Orient et à l'est de l'Europe, sans oublier l'Afrique. Nous, les Européens, nous avons, pendant ce temps, savouré les délices des dividendes de la paix et nous avons désarmé. - M.Bouhafsi: Vous écrivez que le prix de la paix, c'est l'effort de guerre.
Aujourd'hui, l'Assemblée nationale a voté symboliquement une hausse du budget de l'armée de 6,7 milliards. C'était voté hier par le Sénat. Vous voulez dire quoi aux députés qui ont entre leurs mains le budget de la France et donc celui des armées? - Gal P.de Villiers: J'ai envie de leur dire que j'ai écrit ce livre pour eux, pour les dirigeants d'aujourd'hui et surtout ceux de demain, puisque nous avons des échéances électorales importantes dans les mois qui viennent.
Pour la première fois depuis des décennies, je voudrais que le sujet de la défense soit au coeur des campagnes et des débats électoraux. Ce monde est dangereux. Il est beaucoup plus instable, volatil, incertain.
On ne peut pas continuer à ce rythme du réarmement. On a été capables de reconstruire Notre-Dame de Paris en 5 ans parce qu'on a pris des dispositions particulières, spécifiques. Il faut passer à cette économie de guerre et réarmer nos armées.
On a des armées magnifiques, des soldats incroyables. Il faut leur donner les moyens! - M.Bouhafsi: Notre-Dame de Paris avait été détruite par un feu.
L'armée française est détruite, aujourd'hui? - Gal P.de Villiers: Non.
Ca veut dire que, quand on se fixe un objectif, il faut s'en donner les moyens. L'économie de guerre, aujourd'hui, c'est une expression, pas une réalité. Quand on commande un armement aujourd'hui, ce sont les mêmes procédures administratives et juridiques qu'il y a 20 ans.
Rien n'a changé. - A.Bégot: Il faut aller plus vite? - Gal P.de Villiers: Oui.
Quand on a besoin d'un char pour remplacer le char Leclerc, il faut le faire en coopération européenne, et beaucoup plus vite qu'aujourd'hui. Ca n'avance pas. Les discussions n'avancent pas.
Quand on veut remplacer l'avion Rafale, il faut le faire beaucoup plus vite. Il faut reconstruire un outil européen de défense. La France doit être le moteur.
Nous sommes le seul pays en Europe à avoir une plateforme industrielle avec 9 grands groupes exceptionnels. - Y.Goosz: Ce sont des sommes colossales.
Un obus, c'est entre 5000 et 10 000 euros. Un missile, 1 million d'euros. - Gal P.de Villiers: Un missile de croisière, c'est un peu moins de 1 million d'euros, oui.
Ce sont des sommes colossales. C'est pour ça qu'en 2017, je demandais qu'on réarme beaucoup plus vite que ce qui s'était passé. Je voyais bien la situation dégénérer.
Ce sont des sommes colossales. En plus, dans un Etat ruiné. Nous sommes ruinés! - Y.Goosz: Pas ruinés, endettés. - Gal P.de Villiers: Nous avons 400 milliards de dettes.
C'est 117 % du PIB. On m'avait expliqué qu'à 100 %, l'Etat ne pouvait plus fonctionner. Il faut toujours se méfier des comparaisons historiques...
En 1870, en 1914 et en 1939, 3 cas complètement différents, mais avec un point commun: crise économique, crise politique, crise sociale, crise financière, endettement, incapacité de réarmer, défaite. Je cite "L'Etrange Défaite" 2 fois dans mon livre. Je crois qu'il est important de prendre conscience de cette situation. 80 ans de paix, dans les cerveaux de nos dirigeants, ça a marqué.
On croit que la dissuasion nucléaire va nous empêcher la guerre. Non. C'est une ligne Maginot.
La dissuasion nucléaire a gagné la guerre froide parce qu'elle s'accompagnait d'une dissuasion conventionnelle du même niveau de suffisance. - M.Bouhafsi: Vous n'êtes pas le seul à alerter sur la menace d'une guerre et sur la nécessité de s'y préparer.
Voici ce qu'a dit hier M.Rutte, le secrétaire général de l'Otan. - M.Bouhafsi: "Nous préparer à l'ampleur de la guerre que nos grands-parents et arrière-grands-parents ont connu".
M.Rutte évoque une 3e Guerre mondiale? - Gal P.de Villiers: Il évoque principalement la Russie comme menace.
J'ai une approche plus stratégique et plus large. Aujourd'hui, ce qui manque le plus, c'est la vision. Nous n'avons plus de vision.
Nous sommes sur la platitude du temps présent. Nous avons du mal à nous projeter. Nous, les militaires, on est des stratèges.
On sait que la tactique gagne les batailles, mais la stratégie gagne les guerres. Je vois au-delà de la situation de l'Ukraine et de la Russie, en espérant qu'on trouve une issue... - M.Bouhafsi: F.Mandon a déclaré devant le congrès des maires: "Il faut se préparer, accepter de perdre des enfants face aux menaces mondiales." Vous auriez pu prononcer ces mots? - Gal P.de Villiers: Les mots ont donné naissance à une certaine polémique.
Sur le fond du sujet, évidemment qu'il faut se préparer à des temps difficiles. Dans l'histoire de l'Europe et du monde... 80 ans de paix, c'est rarissime.
Quand vous voyez l'état du monde tel que je le décris dans mon livre, il paraît difficile qu'il n'y ait pas à un moment une étincelle. Ca peut provenir du terrorisme, des Etats-puissances, des migrations massives. On voit le décalage démographique entre ce qu'on appelle l'Occident, l'Europe, et d'autres zones, comme l'Afrique, 1,3 milliard aujourd'hui, 2,5 milliards en 2050. - Y.Goosz: Ca peut venir aussi de guerre de désinformation, de guerre hybride en provenance de la Russie.
L'Allemagne attribue aujourd'hui une attaque informatique et une campagne de déstabilisation pendant les dernières législatives au niveau fédéral à la Russie. Avant une guerre conventionnelle, est-ce qu'il faut se préparer à cette nouvelle forme de guerre? - Gal P.de Villiers: Nous, les militaires, on sait bien ça.
Ca s'appelle la préparation du terrain. Tout ce qui divise vos adversaires potentiels est bon à prendre. Aujourd'hui, c'est ce qui m'inquiète.
C'est pour ça que le dernier chapitre de mon livre est sur le réarmement des forces morales. Il faut retrouver notre unité. La France est un pays très fracturé, divisé.
La violence est très importante. Il faut apporter de l'unité, de la paix. - M.Bouhafsi: Vous avez d'ailleurs été victime, vous aussi, d'une "attaque" informationnelle.
On parle d'un quarteron... - Gal P.de Villiers: C'est fréquent.
Depuis que j'ai publié mon livre, des messages sur X annoncent que je prépare un putsch avec des généraux, dont les noms sont existants. Tout ça n'est pas neutre. - M.Bouhafsi: La Russie est derrière ça? - Gal P.de Villiers: Je ne sais pas, mais ce n'est pas moi. - M.Bouhafsi: On dit que vous voulez reprendre l'Etat français. - Gal P.de Villiers: C'est complètement aberrant.
Je sais encore où je suis. Je n'ai pas le don d'ubiquité. La guerre informationnelle est une réalité, aujourd'hui.
Il n'y a pas que la Russie. Mon approche est plus large. Tout ceci est global.
Il y a aussi les aspects économiques qui rentrent en jeu. Le terrorisme islamiste et les Etats-puissances sont distincts mais pas totalement disjoints. En Syrie, tous ces Etats étaient là officiellement pour lutter contre Daech et le terrorisme, mais ils avaient tous leurs objectifs et leurs stratégies.
Nous sommes dans un monde extrêmement instable. Il faut que nos dirigeants le comprennent. C'est pour ça que j'ai écrit ces pages. - A.Bégot: Vous évoquez le réarmement moral.
E.Macron a annoncé le retour du service national sur la base du volontariat. - F.Mandon: Ce que je constate, c'est que de nombreux voisins en Europe sont en train de réintroduire un service national.
On a une volonté d'engagement partagé en Europe. On a également la perception qu'il est important De travailler sur cet esprit de résistance, ce qu'on peut appeler dans un langage expert "la résilience de la nation". - A.Bégot: Aurait-il fallu rendre obligatoire ce nouveau service national? - Gal P.de Villiers: Dans un 1er temps, c'est un progrès.
Ca fait 8 ans qui il y a le service national universel. J'avais dit à l'époque, avant qu'il ne soit annoncé, au président de la République: "C'est une fausse bonne idée. C'est une bonne idée parce qu'il faut renforcer la cohésion nationale.
C'est une mauvaise idée car ça s'adresse à des jeunes mineurs, des lycéens. C'est des colonies de vacances." Ca a duré 8 ans, péniblement.
Ca a coûté beaucoup d'argent. Là, les choses sont claires. On démarre à 3000 l'an prochain et on termine à 50 000.
Ce sont des volontaires qui sont censés intervenir sur le territoire national. C'est un bon début. Ca participera au renforcement du creuset national, ce que j'appelle de mes voeux.
Encore une fois, quand on rentre dans un conflit avec d'autres pays et qu'on est soi-même affaibli, c'est un vrai sujet. Les Soviétiques, à l'époque, le savaient, par la guerre informationnelle. Ils avaient prévu des parachutistes, ce qu'on appelait les Spetsnaz, pour nous diviser.
Ce service militaire volontaire est une bonne mesure. Après, si on peut aller plus loin ou pas, c'est une décision politique. Mais je pense qu'il faut mener une réflexion pour plus d'unité nationale.
Tout ce qui divise...
La culture, c'est l'unité. - E.Eméyé: C'est à ça que vous pensez quand vous parlez de réarmement moral et civique?
Vous pensez que les Français n'aiment pas assez la France, et les jeunes en particulier? - Gal P.de Villiers: Je crois que les Français n'aiment pas suffisamment la France parce qu'on ne leur a pas appris suffisamment.
Beaucoup de Français ont soif...
Dans les 25 000 jeunes qu'on reçoit tous les ans à l'armée, on leur apprend à aimer la France. Au bout d'un mois, on leur présente ce qu'on appelle la présentation à l'étendard, le drapeau qui passe devant eux...
Ils voient "honneur et patrie". On leur explique que c'est la nuée des anciens qui sont morts pour eux et que la liberté qu'ils ont dans les mains, c'est grâce à ces anciens. Petit à petit, ils savent pourquoi ils se battent.
Notre jeunesse manque de grands espaces. Elle a soif de quelque chose de plus grand. On leur donne trop souvent des normes, des règles.
On leur parle de choses matérielles. Ils ont besoin de souffle, de tripes, de coeur. J'en suis persuadé.
Mes nouvelles activités, c'est essentiellement envers la jeunesse et l'entreprise. Je vois bien ce qui manque aujourd'hui dans notre pays. - M.Bouhafsi: Vous écrivez que cet amour de la France doit être enseigné dès le plus jeune âge.
Ca passe par quoi? Chanter "La Marseillaise" le matin? - Gal P.de Villiers: Oui.
Ca passe déjà par l'éducation familiale, par une vraie politique de fierté nationale, de sens d'appartenance. Ca m'a frappé quand j'étais chef d'état-major. Je rentrais des pays étrangers.
Je le disais au président Hollande: "La France est un grand pays. Je suis reçu comme la 2e armée du monde, à l'égal des Etats-Unis. Je rentre en France et je vois des gens avec le moral à zéro qui sont en repentance sur leur propre histoire, sur leur pays.
Alors que notre pays est incroyable, une géographie magnifique admirée par tout le monde. On est craints par nos adversaires. Nos entreprises sont extraordinaires, avec 50 % de charges obligatoires, qui arrivent encore à être compétitives...
C'est le génie français!" Il faut retrouver la fierté française. - M.Bouhafsi: Vous conseillez ce livre à tous les candidats qui vont se présenter en 2027.
Quand on lit, on se demande si ce n'est pas le premier chapitre de votre programme électoral. - Gal P.de Villiers: On me pose régulièrement cette question.
Ce livre, je l'ai écrit avec une seule finalité: mettre enfin nos dirigeants devant leurs responsabilités face à cette situation. - M.Bouhafsi: Quels dirigeants, aujourd'hui, vous inspirent le plus de confiance dans ceux que vous rencontrez?
On sait que vous n'aimez pas la langue de bois, général. - Gal P.de Villiers: Moi, j'ai l'avantage que je suis l'armée de la nation, de la République.
Je peux voir à peu près tous les dirigeants, les dirigeants politiques, les dirigeants économiques, les dirigeants associatifs. Je vois des professeurs, des étudiants. Je vois toute la France. - M.Bouhafsi: Quelle femme ou quel homme vous inspire le plus de confiance? - Gal P.de Villiers: Alors là, je suis totalement incapable de répondre à cette question. - E.Eméyé: Ca veut dire aucun? - Gal P.de Villiers: Non.
Ca veut dire que je n'ai pas choisi tel ou tel homme. Ce qu'il faudrait, chez nos dirigeants politiques, c'est parler d'unité nationale. La situation extérieure, qui est gravissime, pourrait quand même nous inciter à un peu plus de sérieux.
Quand je vois le décalage entre la gravité de la situation extérieure et les débats intérieurs...
Vous avez fait allusion à nos débats budgétaires. C'est quand même très attristant. Les 6,7 milliards que nous devons avoir pour l'an prochain, on n'est pas sûrs de les avoir.
Ca veut dire que les industriels n'auront pas les commandes, que les équipements sont décalés, d'ores et déjà, avec le retard que nous avons pris.
Philippe de Villiers