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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 29 octobre 2021 24 minContradictoireActualité / polémiqueNumériqueEurope & internationalSolidarités & famille

Dominique Cardon : "Les responsabilités sont partagées" entre Facebook et ses utilisateurs

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:10OuverteRéponse directe

    Êtes-vous surpris par ce grand déballage sur Facebook ?

  • 2:04RelanceRéponse directe

    Qu'avez-vous appris finalement de ces révélations ?

  • 4:19OuverteRéponse directe

    Comment fonctionne un algorithme Facebook ?

  • 6:30RelanceRéponse directe

    Le contenu haineux est-il plus valorisé par l'algorithme ?

  • 6:56RelanceRéponse directe

    En Inde, des vidéos pornographiques ont été mises en avant sans explication. Pourquoi ?

  • 8:50OuverteRéponse partielle

    Quel est l'impact d'Instagram sur les adolescentes ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:15InvitéFait
    « Une grande partie de ces difficultés, de ces problèmes de Facebook sont des choses qui étaient déjà connues, qui ont été établies par des chercheurs. »
  • 3:17InvitéChiffre
    « Si vous consacrez que 0,5% de votre bénéfice à payer des modérateurs ce n'est pas suffisant. »
  • 5:38InvitéFait
    « Facebook donnait plus de poids au contenu qui avait cette petite image émoticône de la colère par rapport au cœur. »
  • 20:40InvitéFait
    « C'est un peu la direction dans laquelle le métaverse voudrait nous emmener. »
  • 20:52InvitéFait
    « Les plateformes de réseaux sociaux sont plus fragiles qu'on ne l'imagine. »

Temps de parole

  • Invité75 %
  • Présentateur21 %
  • Auditeur2 %
  • Auditeur 22 %

2,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Invité du grand entretien ce matin, un spécialiste des questions numériques et des réseaux sociaux, directeur du Medialab de Sciences Po et auteur entre autres en 2019 de Culture Numérique. Bonjour Dominique Cardon.

0:10
Invité

Bonjour.

0:11
Présentateur

Merci d'être avec nous ce matin. Marc Zuckerberg, le patron de Facebook, a annoncé hier soir dans une courte vidéo le changement de nom de son groupe qui va s'appeler désormais Méta. Autant vous dire que l'annonce suscite ces dernières heures sarcasmes et critiques sur les réseaux car ce qui continue d'alimenter les débats, ce sont les révélations sur les dérives de Facebook.

Réseau social au plus de 3,5 milliards d'usagers, ces algorithmes devenus incontrôlables, ces effets sur la santé des jeunes, ces fausses nouvelles répandues à grande vitesse, menaces pour les démocraties, tout cela sans quasiment aucun contrôle, ce que la lanceuse d'alerte et ex-salariée du groupe Frances Hogan résume par la formule suivante. Facebook place le profit avant l'humain, Frances Hogan qui sera entendu dans un peu plus de 10 jours à l'Assemblée Nationale par les députés français. Auditeurs de France Inter, j'attends vos questions pour Dominique Cardon au 01 45 24 7000 ou via les réseaux sociaux précisément, l'appli France Inter.

Question sur Facebook mais aussi sur le débat public en France, l'éducation aux médias dont Dominique Cardon est également un fin connaisseur. Pour commencer par Facebook donc, vous qui travaillez depuis des années sur les réseaux sociaux, êtes-vous surpris par ce grand déballage ?

1:16
Invité

Facebook est dans l'œil du cyclone, l'intensité des critiques ne cesse de se renforcer, mais en réalité Facebook est au cœur, dans l'œil du cyclone depuis maintenant des années, on pourrait dire depuis les années 2015-2016 et l'élection de Donald Trump, le Brexit et toute une série d'événements. Donc en fait c'est une accumulation de scandales, de révélations à propos de Cambridge Analytica, à propos des campagnes présidentielles...

1:42
Présentateur

Ces millions de données qui avaient fuité de Facebook...

1:44
Invité

Voilà absolument, à propos des pannes de Facebook, aussi des crises à propos de l'utilisation de Facebook, puisqu'en réalité les usagers de Facebook eux-mêmes sont en train un petit peu de s'amaigrir et notamment la jeunesse est en train de disparaître de Facebook et puis il y a toute une série de scandales. Alors ce que nous dit Francis Hogan est à la fois évidemment important...

2:04
Présentateur

Oui, qu'est-ce que vous avez appris finalement ?

2:05
Invité

Mais on n'apprend pas énormément de choses de nouvelles parce qu'en réalité une grande partie de ces difficultés, de ces problèmes de Facebook sont des choses qui étaient déjà connues, qui ont été établies par des chercheurs et une partie d'ailleurs des révélations qu'amènent ces papiers sortis de Facebook étaient des choses qui étaient en partie publiques. Mais quand même voilà, ça ajoute une nouvelle pièce au dossier.

2:29
Présentateur

Là c'est quelqu'un qui était en charge de la régulation justement, qui prend la parole.

2:32
Invité

Oui, mais elle intervient dans une liste où vous aviez Sophie Zhang qui était elle dans l'équipe intégrité de Facebook aussi qui avait déjà fait toute une série de révélations. Mais bon, on voit que ça dysfonctionne fortement. Non pas que Facebook ne fasse rien, mais qu'en réalité Facebook essaye de résoudre un certain nombre des difficultés qui apparaissent de façon de plus en plus massive dans un contexte et avec des moyens qui sont très largement insuffisants compte tenu en fait de la taille et de l'ampleur qu'a pris aujourd'hui Facebook, aujourd'hui.

Et en réalité chaque fois c'est très très difficile à gérer et on voit bien, pour prendre le débat sur la modération en réalité la modération ce sont des millions de commentaires qu'il faut arriver à regarder. Et ces millions de commentaires, vous êtes une grande entreprise comme Facebook mais si vous consacrez que 0,5% de votre bénéfice à payer des modérateurs ce n'est pas suffisant et même des humains sont un petit peu insuffisants pour arriver à résoudre ce genre de tâches.

Facebook découvre que le monde est compliqué en réalité et beaucoup de naïveté politique avait été faite c'est des gens de technologie, ils sont venus avec l'idée que la société finalement était assez sympathique et qu'on allait encourager la société à se connecter, à échanger, à partager des informations.

Ils découvrent que la société c'est compliqué, qu'il y a des tensions qu'il y a des conflits, qu'il y a des guerres, qu'il y a des rapports sociaux qui sont tumultueux et que tout ça s'enregistre dans Facebook et qu'eux ils ne savent pas très bien le contrôler et que sans doute leurs responsabilités sociales et politiques aujourd'hui doivent être très importantes et qu'ils n'en ont pas complètement assumé les rôles.

4:07
Présentateur

Ils ne savent pas tout contrôler, voire plus du tout il y a la question des algorithmes au cœur de ces révélations ce sont les programmes qui déterminent les contenus que vous voyez arriver sur votre compte, algorithmes qui sont secrets est-ce que vous pouvez nous expliquer, Dominique Caradon comment fonctionne un algorithme Facebook ? C'est quoi le principe ?

4:26
Invité

Alors, c'est important de dire d'abord il a beaucoup changé et une partie des troubles sont liés au fait

4:31
Présentateur

Ça évolue en permanence ?

4:32
Invité

Ça bouge en permanence puis surtout Facebook modifie son orientation Dans ce débat sur les algorithmes on a une tendance à dire qui est assez fautive de dire que c'est de la faute de l'algorithme à cause de Facebook et l'algorithme qui est une manière à bon compte qu'on a société de dire finalement on réparerait l'algorithme et puis on réparerait Il y a un point dans le moteur, il suffit de réparer le moteur Facebook et puis on aurait réparé la démocratie Bon, c'est plus compliqué que ça parce que l'algorithme, évidemment il y a des intentions et des objectifs que Facebook donne à son algorithme et parmi ces objectifs et ces intentions il y a celui d'optimiser une variable et cette variable c'est le temps que nous passons à consulter Facebook Donc en fait ils ont énormément de signaux ou de variables sur ce que font les utilisateurs qui sont des enregistrements de nos actions de nos activités, de nos clics du temps qu'on passe à regarder tel ou tel contenu et ils vont chercher à trouver quels sont les meilleurs contenus pour nous faire rester le plus longtemps Donc il y a une sorte de coproduction entre les traces données par les utilisateurs et les choix que font Facebook Je voudrais prendre juste un exemple pour essayer d'être concret Allez-y Les révélations de Francis Hogan ont fait apparaître que Facebook donnait plus de poids au contenu qui avait cette petite image émoticône de la colère par rapport au cœur Alors pourquoi Facebook fait ça ?

Facebook fait ça parce qu'il a observé nos comportements et il a observé nos comportements et prenez votre cas prenez mon cas on a notre fil d'actualité sur Facebook on voit passer plein d'informations intéressantes Le Monde sort une grande enquête sur la France en 100 articles différents tel ou tel journal fait ou telle information on trouve ça intéressant puis on se dit ça a l'air vraiment passionnant mais je ne vais pas le lire je passe puis tout d'un coup il y a un haineux qui interpelle un autre haineux et ils sont en train de se disputer et là tout d'un coup mon attention s'arrête et je vais commencer à cliquer puis je vais regarder les commentaires puis je vais regarder les raisons de la dispute etc mon clic mon attention le temps que je passe dessus je donne à Facebook un signal que ça m'intéresse

6:29
Présentateur

ce que dit Francis Hogan c'est qu'au delà de ça le second contenu dont vous parlez le contenu Eneux va être plus valorisé que le premier contenu avec du fond avec de l'enquête c'est l'algorithme qui le valorise ce ne sont pas les utilisateurs en l'approuvant

6:44
Invité

alors ce que je cherche à vous dire c'est que nous le faisons ensemble parce que si Facebook le fait

6:48
Présentateur

les responsabilités sont partagées c'est ce que vous nous dites Dominique Carbone

6:50
Invité

les responsabilités sont partagées et si Facebook le fait c'est parce qu'il sait que nous sommes plus attentifs à ce type de contenu

6:56
Présentateur

mais tout de même dans ces révélations notamment on a constaté qu'en Inde des vidéos pornographiques se sont retrouvées mises en avant et personne n'a su expliquer pourquoi du côté de Facebook est-ce que la machine a échappé à son créateur

7:10
Invité

c'est une chose qui apparaît beaucoup Facebook c'est une entreprise américaine on pilote en partie depuis Menlo Park dans la Silicon Valley un système qui se prétend mondial et d'une certaine manière qui voudrait échapper à la territorialité des différents états et donc ce qui apparaît c'est que Facebook a une très très grande incapacité à contextualiser dans chaque dans chaque pays dans chaque continent la gestion et la modération de ces contenus ils ont trois personnes qui parlent birman pour contrôler les contenus en birmanie trois personnes voilà alors évidemment du coup les décisions qui sont prises à la fois par l'algorithme qui est très instable et qui peut produire des effets chaotiques qui ne sont contrôlés par personne et qui ne sont pas non plus perceptibles ou interprétables par les ingénieurs même de Facebook mais si en plus vous n'avez pas une sorte d'ancrage territorial de compréhension de la nature des rapports sociaux et politiques du pays vous commettez toute une série d'erreurs ce qui apparaît très bien dans les travaux de Francis Hogan mais les ONG des droits de l'homme l'avaient déjà fait apparaître depuis très longtemps c'est qu'en réalité sur la langue arabe sur toute une série de pays il n'y a pas de régulateur en Inde aux Philippines etc il y a un petit peu de personnel de Facebook mais vous voyez cette idée que la société est dense qu'elle est complète et que du coup il y a besoin d'une responsabilité sociale et politique qui engage Facebook réellement parce que Facebook a pris une importance décisive dans la vie politique dans la vie sociale dans la vie culturelle de ces pays ça Facebook n'a pas mis assez de moyens et sans doute aussi l'idée d'avoir un système monde comme ça est quasiment ingérable voilà

8:49
Présentateur

ce qui a beaucoup frappé aux Etats-Unis au-delà de ces dérives et ce manque de régulation à l'étranger c'est l'impact du réseau social Instagram filiale de Facebook sur les adolescentes obsédées par leur image au point de développer des troubles alimentaires et psychologiques voire des dépressions là encore Facebook savait il y a eu un rapport interne de fait mais il n'y a eu aucune action d'engager

9:10
Invité

oui là je ne suis plus il faut beaucoup de nuances sur ces affaires on a plein d'enquêtes des travaux de psychologues qui nous disent ça mais vous savez les psychologues nous disent ça pour plein d'autres contenus que nous pouvons utiliser consommer ils l'ont dit pour le cinéma ils l'ont dit pour la violence dans les émissions etc effectivement dans les enquêtes il apparaît clairement mais là on n'a pas besoin des révélations de Francis Hogan beaucoup d'enquêtes sont publiées montrant qu'effectivement il peut y avoir en termes d'estime de soi sur certaines personnes dans des comportements addictifs à Facebook cette idée que finalement qu'est-ce que c'est qu'Instagram c'est une société de la comparaison des visibilités et des notoriétés dans lesquelles chacun se compare aux autres et que ça peut avoir évidemment sur les adolescents des effets qui peuvent être néfastes voire toxiques mais là aussi la question est de savoir pourquoi nos sociétés le font pourquoi nous passons autant de temps sur Facebook et pourquoi cette quête assez vaine de la notoriété ou de la visibilité est parfois encouragée elle aussi par les plateformes et leurs algorithmes

10:10
Présentateur

Facebook a les moyens de réguler 9,2 milliards de dollars de bénéfices nets au troisième trimestre de cette année 17% de plus en un an alors quoi toujours plus de profits un aveuglement vis-à-vis des risques pourquoi ce refus d'investir davantage dans la régulation vous nous disiez 0,5% c'est ça de leurs bénéfices

10:33
Invité

pour les modérateurs bon depuis la crise de 2016 en réalité cette crise elle date elle a vraiment commencé même avant 2016 mais en 2016 Facebook a mis en place toute une série de mesures et certaines certaines sont très bonnes sur certains effets de l'algorithme publicitaire sur d'autres aspects mais en réalité vous voyez c'est un peu le tonneau des Danaïdes c'est à dire qu'en réalité c'est jamais assez et puis Facebook on pourrait dire c'est une entreprise un peu bicéphale vous savez et d'ailleurs les chercheurs nous on rencontre qu'une seule partie de l'entreprise qui est l'équipe Integrity donc ils s'occupent effectivement ils sont sympas ils sont chargés

11:11
Présentateur

de la modération

11:12
Invité

oui non ils sont surtout chargés de développer des nouveaux produits d'aider la société civile d'encourager parce que c'est aussi le cas ces réseaux sociaux ont favorisé des mouvements politiques la vitalité du débat public ils ont encouragé toute une série de choses qui sont plutôt très positives pour nos démocraties mais vous avez une autre équipe à l'intérieur de Facebook qui s'occupe de la croissance Grosse et cette équipe qui s'occupe de la croissance elle, elle est obsédée par l'optimisation du temps que nous allons passer sur les réseaux sociaux son seul objectif c'est d'augmenter le nombre d'utilisateurs de Facebook ils sont manifestement très performants vous voyez les chiffres et les bénéfices trimestriels de Facebook sont considérables et il est probable et il est même certain qu'ils ont une influence bien plus considérable que l'autre équipe au sein de Facebook donc c'est en fait une tension qui est dans notre société mais c'est aussi une tension qui est à l'intérieur même de l'organisation d'où les fuites régulières d'une partie des acteurs de cette organisation qui y sont venus pour essayer de l'ancrer beaucoup plus concrètement dans nos sociétés et qui évidemment ont rencontré les difficultés internes au sein de Facebook et qui du coup sortent avec les documents

12:15
Présentateur

vous insistez beaucoup Dominique Cardon sur la co-responsabilité finalement il y a les algorithmes de Facebook il y a Facebook qui veut propager peut-être des contenus haineux parce que ça permet d'avoir plus de trafic en quelque sorte mais il y a aussi notre propre responsabilité Théophile nous écrit sur France Inter.fr à partir du moment où utiliser Facebook c'est accepter de donner un certain nombre de nos données personnelles demander à Facebook de ne pas les utiliser alors que nous sommes sur les réseaux n'est-ce pas hypocrite et puis remarque de Paul l'algorithme ne fait que révéler nos propres comportements ne faudrait-il pas commencer par nous accepter nous-mêmes ?

12:50
Invité

Alors ça n'enlève aucune responsabilité à Facebook mais nous donnons des informations et des traces à Facebook et moi je voudrais le prendre gardant mon exemple sur la haine c'est que si nous étions moins intéressés par toutes ces veines polémiques qui sont présentes sur les réseaux sociaux on verrait la véritable diversité de l'information sur le web on s'intéresserait à autre chose que ces polémiques constantes qui viennent d'une certaine manière polluer le débat public qui du coup fabriquent une sorte d'agenda médiatique qui nous concentre sur certains types de débats ou de discussions qui sont amenées par des acteurs qui y ont intérêt et c'est là que Facebook a découvert que nos sociétés sont plus dures que ce qu'ils imaginent il y a des acteurs politiques il y a des intérêts économiques il y a toute une série de fabrications notamment par l'extrême droite on l'a vu aux Etats-Unis et on le voit aussi beaucoup dans la production de ce qu'on appelle les fake news c'est-à-dire vous avez toute une série d'acteurs qui savent très bien comment fonctionnent les algorithmes qui savent très bien comment les manipuler qui savent très bien comment faire monter un hashtag et qui savent très bien du coup comment tout d'un coup on va polluer et prendre en otage la conversation dans le débat public avec des polémiques qu'on a fabriquées avec l'aide des algorithmes mais vous voyez que c'est bien une co-responsabilité entre nos sociétés et les algorithmes

14:06
Présentateur

renvoyer à la responsabilité individuelle n'est-ce pas comme dire à des fumeurs on ne va pas légiférer on ne va pas augmenter le prix du paquet de cigarettes vous n'avez qu'à arrêter de fumer finalement personne ne vous oblige à aller acheter des cigarettes

14:18
Invité

non il faut réguler Facebook c'est un grand débat un débat qui a aujourd'hui pris sa forme depuis longtemps aux Etats-Unis mais qui devient très important aujourd'hui dans le débat public il y a une question de régulation de position dominante sur le marché il est évident que Facebook et Google et quelques entreprises occupent aujourd'hui trop de place dans l'économie numérique et bloquent l'innovation c'est ce qu'une partie du débat américain notamment sur l'idée de démanteler et de couper Facebook, Instagram et WhatsApp on pourrait l'imaginer c'est compliqué à faire mais on pourrait l'imaginer il y a des débats sur la régulation dans lesquels Facebook aussi essaye de dire bah écoutez on voit bien que moi j'ai une charte privée d'utilisation elle est privée je peux faire ce que je veux mais je vais quand même demander à une sorte de cour suprême que Facebook vient d'inventer et une cour suprême auprès de laquelle je déposerai toute une série de cas problématiques et puis ces juges internationaux grands militants des droits de l'homme me diraient les contenus que je dois retirer ou que je ne dois pas retirer c'est une solution qui est un peu hypocrite parce que quand Facebook a créé cet oversight board cette cour suprême il a aussi dit il n'a pas dit en tout cas qu'il allait appliquer de façon automatique les décisions qu'elle allait lui donner et puis il y a un enjeu fort qui est là je pense pour les autorités de régulation c'est de prendre en compte le fait qu'aujourd'hui on est face à une telle abondance de contenus qu'il va falloir aussi utiliser les algorithmes pour modérer les contenus sur Facebook c'est ce que fait déjà massivement sur Facebook pour la propriété intellectuelle pour la pédopornographie pour toute une série de contenus et aussi sans doute pour le discours de haine c'est-à-dire de se dire on a besoin de comprendre comment Facebook essaye de mettre en place des conditions de limite de certains types de discours pour arriver à les enlever de sa plateforme mais pour ça il faut absolument que l'autorité de régulation puisse surveiller auditer et accéder aux données de Facebook pour voir ce que fait Facebook

16:17
Présentateur

Justement on a une question de Michel Jean qui nous dit pensez-vous que les territoires et acteurs locaux peuvent faire quelque chose contre les gens du numérique est-ce qu'on peut réguler ?

16:25
Invité

Vous voyez bien que c'est assez difficile parce que là la régulation les grands enjeux de régulation ils passent plutôt par des actes c'est des rapports de force vous voyez Facebook c'est maintenant c'est une sorte d'empire d'Etat qui crée son métaverse aujourd'hui et que pour ça c'est plutôt au niveau de la commission européenne qui à travers deux textes importants qui sont sortis l'année dernière le Digital Service Act et le Digital Market Act sont en train de mettre en place les cadres d'une régulation où effectivement Facebook serait redevable de la possibilité pour les acteurs publics de leur fixer des cahiers des charges précis et de pouvoir vérifier en entrant dans Facebook et en entrant dans ses bases de données et ses algorithmes si Facebook met bien en oeuvre tous les moyens possibles pour éviter les accidents dont on parle

17:12
Présentateur

Question de Benjamin au standard de France Inter 01 45 24 7000 Bonjour Benjamin

17:17
Auditeur

Oui bonjour je voudrais vous poser une question j'ai 47 ans je me suis inscrit sur Facebook il y a 10 ans je suis resté 3 mois je me suis rendu compte que ça n'avait aucun intérêt on vit très bien sans Facebook dans la vraie vie et le métavers que nous propose Facebook est-ce que ça va pas nous générer des générations d'ados obèses et fous finalement avec un casque à 900 euros sur la tête qui s'imagineront être des superstars dans un univers qui n'existe pas et c'est on peut très bien vivre sans Facebook simplement Whatsapp c'est compliqué mais Facebook on vit très bien sans

17:51
Présentateur

les bons et les mauvais réseaux sociaux nous dit Benjamin le métaverse dont Mark Zuckerberg a parlé hier soir c'est ce monde parallèle numérique dans lequel on pourra avec un casque de réalité virtuelle faire nos cours savoir des relations sociales jouer etc Facebook vise un milliard d'utilisateurs d'ici 10 ans Dominique Cardon

18:11
Invité

c'est la stratégie d'aujourd'hui elle est à vrai dire très très étrange c'est à dire que c'est une vraie diversion finalement Facebook a des problèmes avec nos sociétés il a des problèmes avec nous les terrestres on ennuie Facebook on critique on n'est pas content on pense que les algorithmes devraient être mieux réglés on pense aussi que Facebook nous prélève trop de données et qu'est-ce que nous dit Mark Zuckerberg il nous dit les terrestres c'est trop compliqué je vais vous emporter ailleurs dans un métaverse ça fait partie de l'imaginaire d'internet cette idée des mondes virtuels depuis très longtemps c'est à dire que soit sous la forme de réalité augmentée ça avait été une expérience menée par Google qui a complètement échoué qui s'appelait les Google Glass soit à travers une réalité qui est vraiment virtuelle et qu'on pourrait équiper c'est à dire qu'effectivement il faut porter un casque pour se transporter au bureau dans les lieux de divertissement dans les commerces Facebook n'oublie jamais les commerces dans son univers virtuel pour faire du sport pour faire la fête etc etc on essaye de fabriquer non seulement Facebook a pris une emprise sur nos sociétés certains la comparent je ne suis pas entièrement d'accord avec cette comparaison mais à une sorte d'état qui a sa propre souveraineté qui exerce son emprise sur nous on a des rapports de force qui sont entre Etats-Unis Chine et puis Facebook comme si c'était un continent il est en train de nous dire en fait moi je vais vraiment construire mon état et mon monde ça va être ce métaverse et je vais vous projeter dedans c'est un petit peu bizarre parce que cette idée est présente depuis très longtemps on a eu une expérience dans les années 2000 qui s'appelait Second Life qui marche très bien pour les jeux vidéo mais pas pour le reste mais c'est un tout petit peu bizarre voilà à l'époque où on sort du confinement de nous dire finalement je vais vous reconfiner derrière un casque où vous allez être chez vous parce qu'en réalité vous allez être chez vous mais vous allez avoir vos réunions de travail vos discussions avec vos amis vous allez aller au concert à travers des lunettes virtuelles

20:00
Présentateur

vous parliez de l'influence de Facebook question d'Albert bonjour Albert

20:04
Auditeur

oui bonjour on vous écoute j'ai eu l'occasion de lire il y a quelques années un rapport de la CIA qui prévoyait que Facebook Google et quelques autres sociétés allaient devenir en fait les maîtres du monde en surpassant les états et en devenant en fait le fait économiquement politiquement moralement et ça fait les dirigeants de Facebook qui prendraient le pouvoir est-ce qu'il s'agit d'un fantasme ou est-ce qu'il y a vraiment avoir à craindre que cela puisse devenir effectivement le cas

20:36
Présentateur

merci Albert pour votre question Dominique Cardon réponse rapide j'ai beaucoup d'autres questions

20:40
Invité

vous voyez c'est un peu la direction dans laquelle le métaverse voudrait nous emmener moi je ne crois vraiment pas que ce soit un état je pense qu'en réalité vous savez que les plateformes de réseaux sociaux sont plus fragiles qu'on ne l'imagine le nombre d'utilisateurs de Facebook sont en train de se déplacer on a beaucoup de réseaux sociaux qui sont morts dans l'histoire des réseaux sociaux qui est pourtant très très très courtes Friendster MySpace ont disparu donc en réalité il y a beaucoup plus de fragilité et vous voyez bien que la crise est actuelle sur Facebook la crise de réputation est très forte

21:09
Présentateur

moyenne d'âge de Facebook des utilisateurs aujourd'hui

21:11
Invité

je ne saurais pas vous dire mais ce qu'on disait tout à l'heure c'est très vieillissant c'est très vieillissant parce que les jeunes ont déserté Facebook mais vous voyez c'est là qu'est le problème c'est que les jeunes ont déserté Facebook pour aller sur Instagram et sur WhatsApp qui appartiennent au groupe Facebook

21:25
Présentateur

question de Thomas avec ce qui est dit dans cet entretien avez-vous des conseils pour limiter notre usage de Facebook et des réseaux sociaux en général ?

21:33
Invité

Moi je voudrais un chercheur n'a pas à donner des conseils aux gens mais moi ce que je voudrais dire c'est le constat que je fais

21:41
Présentateur

En creux vous nous en avez donné quand même

21:43
Invité

En creux j'en donne c'est bon sens Faites attention quand vous relayez Non c'est d'éviter parce que vous voyez dans le débat le débat qui a lieu actuellement sur l'agulation sur Facebook il y a des gens qui voudraient refermer la boîte de Pandore du numérique qui disent on a donné la parole à tout le monde l'information circule ces plateformes sont là elles ne contrôlent pas leur algorithme il faudrait refermer Moi je pense qu'il faut réouvrir il faut réouvrir les capacités du numérique et notamment dans le monde de l'information vous avez plein d'autres sources d'informations qui existent et l'idée que comme ça on se focalise en réalité Facebook est redevenu une sorte de média de masse qui nous redirige vers les mêmes types de contenus et les mêmes types d'informations et il faut respirer donner de l'air réouvrir l'espace informationnel dont on bénéficie dans le numérique

22:28
Présentateur

Dernière question Dominique Cardon vous expliquez ici même en 2019 que les fake news s'étaient propagés aux Etats-Unis car le monde des médias là-bas s'était déchiré vous disiez ça n'est pas le cas en France est-ce que vous diriez la même chose aujourd'hui en 2021 6 mois de la présidentielle ?

22:42
Invité

On a en France on le voit très bien une stratégie qui se met progressivement en place de mettre en oeuvre quelque chose qui ressemble à l'opération Fox News aux Etats-Unis vous savez que la désinformation elle vient par le haut et elle a été relayée massivement par une chaîne d'informations télévisées massive qui était Fox News donc vous voyez qu'autour on voit bien des entreprises de Bolloré sur les grands médias et donc là c'est toujours la même chose la désinformation elle passe par le relais que lui donnent les grands médias on a quelque chose qui se joue et c'est pour ça que je voudrais souligner l'importance de soutenir la diversité des médias on a aujourd'hui moi je suis membre du fonds pour la presse libre qui mène actuellement une grande campagne pour essayer de soutenir les médias indépendants l'alternative aux médias cette diversité elle est là elle est déjà présente et arriver à soutenir cette idée 64 médias viennent de la montrer de lancer un appel pour que on aille regarder un tout petit peu ailleurs que les espaces un peu pollués que nous produisent les grandes plateformes de réseaux sociaux et certains médias

23:49
Présentateur

médias indépendants nationaux mais aussi locaux merci à vous Dominique Cardon sociologue spécialiste des questions numériques je renvoie à Culture Numérique votre ouvrage paru en 2019

23:59
Invité

France Inter Merci à mes Tipeurs

24:02
Locuteur

Merci à mes Tipeurs et sous-titrage

Dominique Cardon : "Les responsabilités sont partagées" entre Facebook et ses utilisateurs · Pourquijevote