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Discours / meetingyoutube.com· 17 novembre 2025 22 minFond programmatiqueInstitutions & électionsBudget & impôtsTransportsEurope & international

21ème Congrès des Régions-Discours d'ouverture de Carole Delga

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  • 0:57Carole DelgaChiffre
    « au nom des 18 présidentes et présidents de région de France »

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Présentateur

Bonjour à toutes et bonjour à tous. Monsieur le maire de Versailles, cher François de Mazière, madame la première vice-présidente de la région Île-de-France, mesdames et messieurs les présidents de conseils régionaux, mesdames et messieurs les conseillers régionaux, mesdames et messieurs les présidents et membres de Césaire, mesdames et messieurs les partenaires de région de France, mesdames et messieurs, c'est en effet un lieu historique et certainement un moment historique. C'est pour moi un plaisir, un honneur de vous accueillir au nom des 18 présidentes et présidents de région de France pour ce 21e congrès.

Nous étions hier après-midi, quai de Grenelle, pour débuter notre congrès avec l'attention toute particulière et la priorité pour nos territoires d'outre-mer. Puis nous étions hier soir à Saint-Ouen, à l'hôtel de région d'Île-de-France, à l'invitation de la présidente Valérie Pécresse. Et je remercie bien sûr Valérie Pécresse pour son accueil, pour l'accompagnement de ses équipes, pour l'organisation de ce congrès. Les équipes de région de France ont beaucoup travaillé dans un excellent partenariat. Je tiens aussi à les remercier. Et bien sûr, merci à Florence Portelli de nous avoir accompagnés. et Valérie Pécresse va nous rejoindre d'ici quelques minutes.

Donc nous étions quai de Grenelle, Saint-Ouen, et puis aujourd'hui Versailles. Dans ce centre de congrès, nous sommes à mi-chemin, à mi-chemin entre ce magnifique château voulu par le roi Soleil, l'Occitane que je suis a toujours une relation forte avec Phébus, avec Soleil, et bien sûr à mi-chemin à côté de la salle du serment du jeu de pomme. L'histoire de France, mesdames et messieurs, n'est jamais un simple décor. L'histoire de la France, c'est notre patrimoine, ce sont nos fondations, et c'est ce qui nous permet de rester solides et ancrés.

L'histoire de France, c'est un levier, un rappel puissant de ce que nous sommes, à savoir un peuple profondément politique, ayant la passion de l'égalité et qui déteste qu'on le méprise, qu'on le prenne de haut, qu'on le courtise ou qu'on ignore ces cris de détresse ou de désespoir. En mai 1789, la convocation des États généraux devait répondre à une impérieuse nécessité, trouver une réponse à la banqueroute du royaume. Mais la dynamique de cette réunion, ces États généraux, échappa rapidement à ses initiateurs. Le tiers État, fort de sa légitimité et de son ancrage dans les territoires, réclama l'égalité, une nouvelle constitution et de nouvelles institutions démocratiques.

Le pouvoir royal ne sut ni répondre, ni s'adapter à la colère du peuple et choisit de s'enfermer dans ses palais. De cette surdité naquit, un mois plus tard, comme vous le savez, le serment du jeu de pomme, puis la prise de la bestie, la fin des privilèges, la naissance de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, et puis une constitution. Cette analogie avec l'actualité ne relève pas de la pure coïncidence ou de la simple anecdote. En cet automne 2025, les passions tristes se répandent dans notre pays, dans notre République. La défiance se propage dans tout l'Hexagone. Le peuple gronde. La France réclame un sursaut. Et ce sursaut ne pourra venir et doit venir des territoires.

Le sondage réalisé par l'IFOP que nous avons rendu public à l'occasion de ce congrès, nous en offre un témoignage éclatant. 76% des Français souhaitent qu'à l'avenir, les pouvoirs de décision se situent dans les régions. 86% des personnes interrogées font davantage confiance à leur région qu'à l'État. 90% sont favorables à un renforcement des compétences des régions, comme favorables à un renforcement des compétences pour les autres strates de collectivité, départementales, intercommunales ou communales. Et les deux tiers des Français vont même jusqu'à se dire favorables à une évolution vers un fédéralisme régional où chaque région pourrait créer ses propres lois dans certains domaines.

C'est tout simplement inédit. Dans ce contexte de double crise, crise de confiance politique et crise budgétaire, la passivité n'est plus de mise et nous n'avons pas les moyens de nous payer une crise territoriale. Notre modèle institutionnel fondé et renforcé ces dernières années sur le centralisme et le jacobinisme se fissure de toutes parts et appelle une refondation. Il serait irresponsable de l'ignorer. Il faut en finir avec les mesurettes, les demi-reformes, les actions cosmétiques illisibles, incompréhensibles, la communication sans aucune réalité tangible.

C'est notre modèle institutionnel qu'il nous faut changer radicalement avec plus de souplesse, de capacité d'adaptation, d'expérimentation, de différenciation pour mieux tenir compte des territoires et du vécu quotidien de nos concitoyens. Parce que la France a des ressources, parce que la République, elle est solide. Et nous avons une maturité politique pour justement donner plus de moyens aux collectivités locales et faire que l'État se renforce sur ses missions régaliennes. À l'évidence, la Bretagne n'est pas la Guyane. La Corse n'est pas Mayotte. Les Hauts-de-France et le Grand Est, pourtant voisins, peuvent rencontrer des enjeux très différents.

La Nouvelle-Aquitaine ne ressemble pas à la Bourgogne-Franche-Comté, en dépit de l'amour des vignes qu'elles ont en partage, cher Alain et cher Jérôme. Mais le principe d'égalité auquel nous sommes tous très attachés n'impose pas de traiter uniformément les territoires comme des blocs monolithiques. Cette nouvelle décentralisation des compétences et des pouvoirs est aussi une occasion pour l'État de se réformer, de se concentrer sur ses fonctions régaliennes, de supprimer les nombreux, les trop nombreux doublons administratifs, source de coûts et d'inefficacité. Oui, nous avons besoin d'un nouvel acte de décentralisation comme le propose M.

le Premier ministre parce que nous avons besoin de restaurer la confiance avec le peuple parce que nous avons besoin aussi que tout argent public utilisé soit efficace. Et nous savons qu'avec les collectivités locales, nous en avons fait la preuve et que nous sommes à portée d'engueulade. et que c'est pour ça que nous avons une obligation de résultat confrontée au terrain en relation avec nos concitoyens. Nous avons besoin absolument de la décentralisation. C'est le moment. Soyons confiants, confiants dans les ressources de notre pays. Nous connaissons des difficultés. Eh bien, c'est cela, la vie. C'est surmonter les épreuves.

C'est savoir faire Pâques, être collectif, être conscient de ses difficultés, de ses faiblesses, mais être confiant, confiant dans l'avenir et absolument déterminé pour notre idéal républicain qui nous réunit, qui nous rassemble dans nos diversités, mais dans notre unité, dans notre unité républicaine et au service de notre devise républicaine liberté, égalité, fraternité. L'année 2026 marquera un double anniversaire, celui des 10 ans des nouvelles régions issues de la loi NOTRe, mais aussi les 40 ans de la première élection au suffrage universel des conseils régionaux.

Ce sera l'occasion pour nous de dresser des bilans, mais surtout des perspectives, des perspectives d'avenir pour nos collectivités locales. parce que les régions portent de grandes ambitions, des ambitions en matière de mobilité, en matière de formation, d'éducation, d'emploi, de développement économique, de soutien à l'agriculture et à la pêche, parce que tout cela est un continuum. Elles sont à l'avant-poste des solutions pour lutter contre les déserts médicaux, pour trouver des solutions de mobilité décarbonée au quotidien que l'on sache s'adapter à la grande densité aussi bien qu'à l'hyper-ruralité.

Pour assurer la réindustrialisation, parce que, oui, les présidentes et les présidents de régions veulent une France forte, une France souveraine. Et nous avons besoin de la réindustrialisation, nous avons besoin d'une souveraineté aussi alimentaire, avec la France qui soit de nouveau une terre de production agricole durable. Nous avons besoin de souveraineté énergétique dans un contexte international particulièrement complexe. La France doit retrouver de la souveraineté au sein d'une Europe forte et puissante. Nous avons besoin de renforcer la sécurité des parcours de vie de nos concitoyens, trop souvent démunis face à la complexité, face parfois à la violence des événements de la vie.

Et puis, nous sommes aussi pour la sécurité républicaine. Et les régions, fortes de leur crédibilité, de leur expérience, humbles dans le partenariat, humbles dans le service à la population, les régions revendiquent des compétences pleines et entières en matière d'orientation, de formation professionnelle, d'aide aux entreprises, de transition écologique et énergétique. Nous évoquerons tout cela dans les débats de cette journée et je remercie tous nos invités d'avoir répondu présent.

Nous aborderons plus précisément les questions de décentralisation, de transport, de ruralité, de compétitivité économique ou de portage des grands projets structurants comme les Jeux olympiques et paralympiques de 2030 dans les Alpes françaises. Je salue Fabrice Pannecouc. Et j'excuse Renaud Muselier qui ne peut pas exceptionnellement être à nos côtés mais qui vous transmet à toutes et à tous ses amitiés et bien sûr son absolu détermination pour une nouvelle étape de la décentralisation au service de la République. Mais à vrai dire, cette journée de débat, nous l'avons anticipée parce que cette séance plénière elle est précédée de nombreuses réunions de travail pour y réfléchir.

Mardi matin, se tenaient les premières assises des régions de France de l'intelligence artificielle et de la cyber présidées par Louis Chenet-Girard qui ont été une vraie réussite. Hier matin, notre commission agriculture se réunissait à Bruxelles parce que oui, nous sommes tous et toutes profondément européens et nous avons besoin que l'Europe investisse, que l'Europe redevienne un continent de production et pas uniquement de libre-échange. Et nous avons besoin d'avoir des moyens financiers et qu'il y ait aussi une souplesse qui soit régionalisée pour l'utilisation des crédits européens.

Parfois, il y a des petites musiques dans une maison que je connais bien, que j'ai même habité en tant qu'assienne ministre à Bercy. Il y avait une petite musique comme quoi les régions ne consommaient pas les crédits européens dans les volumes suffisants. Donc, j'ai demandé une étude flash. Une étude flash parce qu'en fait, la réalité, elle est très rapide à obtenir. C'est que les régions françaises consomment plus les crédits européens que les autres régions des autres pays d'Europe. Nous avons vraiment un taux d'utilisation qui est très, très important.

Et là, nous sommes en cours de parcours et le taux d'utilisation des crédits européens par les régions françaises est supérieur à nos homologues espagnols, italiens ou allemands. Et c'est pourquoi nous avons en effet la volonté que ces crédits européens soient présents sur le territoire français, sur tous les territoires de France. Et l'avenir des Outre-mer dépend également de ces crédits européens. Et c'est pourquoi, hier après-midi, nous avons débattu avec de nombreuses personnalités sur l'avenir des Outre-mer en présence des présidents Gabriel Serville pour la Guyane, mais aussi Ben Nisan Ousseini pour Mayotte. Je les salue à tous les deux.

Hier soir, un groupe de travail sur l'égalité femmes-hommes se tenait encore juste avant d'échanger avec nos partenaires économiques et institutionnels parce que, oui aussi, le combat pour l'égalité femmes-hommes doit être mené avec détermination, avec constance et avec victoire. Nous avons donc de nombreux partenaires pour réaliser cette mutation profonde du système institutionnel français que j'appelais de mes voeux il y a quelques instants et cela suppose du courage, de la détermination, du bon sens et vous l'avez compris, à Région de France, nous ne manquons ni de courage, ni de détermination, ni de bon sens. Les pieds ancrés dans la glaise mais la tête toujours tournée vers les étoiles.

Oui, j'aurai l'occasion de rappeler cela à M. le Premier ministre dans la séance de travail qu'il nous accorde tout à l'heure de plus de deux heures parce qu'on ne peut pas vouloir une grande relance de la décentralisation, absolument indispensable et dans le même temps, priver les collectivités territoriales de leurs moyens d'agir. Aujourd'hui, nous sommes sur un projet de loi des finances avec un prélèvement de 4,7 milliards d'euros hors séméritatuel pour l'ensemble des collectivités locales.

Au niveau des régions de France, nous défendons un prélèvement de 2 milliards d'euros à l'onde de celui qui a été fait sur l'année 2025 parce que nous avons toujours indiqué les présidentes et les présidents de régions de France que nous devrions toutes et tous prendre part aux nécessaires efforts pour le redressement de notre pays mais que cet effort il devait être juste et proportionné et que dans tous les cas nous ne devions pas rajouter une crise territoriale aux crises démocratiques, aux crises budgétaires ou aux crises climatiques que nous connaissons. Nous devons donc avoir les moyens d'agir et cela aussi c'est du bon sens.

Alors que les régions constituent de pôles de stabilité politique et de confiance économique pour des citoyens comme pour les entreprises comme pour les forces sociales il y a urgence à revenir sur ces mesures mortifères pour nos territoires. Pour les régions diminuer les dotations puisque je le répète nous n'avons quasiment plus de pouvoir fiscal nos recettes fiscales représentent 5% 5% de la totalité de nos recettes. Et donc si nous n'avons pas les moyens d'agir ce sera l'investissement qui en pâtira dans des proportions énormes. Ce n'est pas une menace c'est un constat. Nous avons accompagné la relance du pays après la pandémie de 2020.

En 5 ans les régions ont augmenté de 36% leur investissement. nous sommes passés à plus de 10 milliards à près de 15 milliards d'euros chaque année. Si nous avons ce prélèvement dans ces proportions-là d'ici 2 ans les régions baisseront leurs investissements de plus de 30%. C'est 4 milliards d'euros de moins de commandes publiques. C'est 4 milliards d'euros de moins au service de nos entreprises au service de la formation au service de l'emploi. Nous avons doublé notre budget sur les infrastructures de transport en 5 ans et ce sera aussi les formations sanitaires et sociales qui ne pourront pas être maintenues en termes de nombre de places de formation.

Nous avions signé un contrat un contrat je dis bien avec l'État pour que nous augmentions de plusieurs milliers sur l'ensemble de la France. C'était 4 000 places de formation de plus infirmiers, infirmières, aide-soignants, accompagnants sociaux, éducatifs. Si nous n'avons pas le respect de cette contractualisation ce seront dans quelques semaines plusieurs milliers de places de formation qui vont manquer pour ces métiers indispensables pour la dignité humaine, pour nos maisons de retraite, pour nos hôpitaux comme pour nos associations. Et Valérie Pécresse l'a rappelé.

Cela veut dire aussi que le partenariat auquel nous sommes toutes très attachés avec le soutien aux projets communaux et intercommunaux ne pourra plus se réaliser. Alors nous devons avoir des réponses rapides sur la question des formations sanitaires et sociales, sur le pilotage des fonds européens et puis sur les financements des mobilités. nous sommes pragmatiques et nous sommes réalistes. Pour la plupart, nous sommes d'anciens ministres. Nous connaissons, nous comprenons la situation budgétaire de la France et nous avons des propositions qui d'ailleurs ont été reprises par le rapport de France Ambition Transport présidé par Dominique Busserot.

Nous pouvons investir massivement dans notre pays, dans les infrastructures de mobilité sans avoir recours à la dette. C'est la proposition d'avoir un prélèvement sur les concessions autoroutières, c'est la taxe sur les poids lourds en transit international, c'est aussi la deuxième génération des quotas carbone appelée ETS2. Donc nous avons des solutions, il faut les mettre en oeuvre, il faut investir pour créer de la croissance et donc de la richesse fiscale et savoir mieux la partager. Donc j'appelle le gouvernement avec respect mais avec force, avec détermination, avec argument, vous l'avez compris, à nous considérer comme des coéquipiers d'une même équipe de France.

Vous connaissez mon attachement aux valeurs du rugby. Dans une équipe, chacun doit prendre ses responsabilités en fonction de ses talents pour faire gagner le collectif. L'État et les régions doivent être des piliers solides pour faire avancer la France. vous pouvez compter sur nous pour faire gagner cette équipe. Nous voulons la réussite du pays, nous voulons le bonheur de notre peuple et bien sûr le redressement politique et financier de la République. Concentrons-nous sur les vrais sujets, la stabilisation des ressources des collectivités, la simplification des procédures et les services pour nos concitoyens.

J'espère que ce congrès nous offrira l'occasion de pouvoir échanger sur ces questions mais surtout d'être enfin entendue, d'être une vraie équipe de France rassemblée, déterminée et donc à l'issue victorieuse. Je souhaite donc à toutes et à tous une excellente journée de débat, de réflexion, de rencontre entre le prestigieux château de Versailles et le souvenir et surtout la fidélité du serment du jeu de pomme. Je vous remercie.