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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 7 novembre 2020 30 minContradictoireActualité / polémiqueCulture, médias & sportÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Aurore Bergé, députée LREM : "Le livre est un bien essentiel !"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:06OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous êtes une grande lectrice ?

  • 2:24OuverteRéponse directe

    Avez-vous fait des stocks en prévision du reconfinement ?

  • 3:27RelanceRéponse directe

    Le gouvernement a-t-il fait une erreur en fermant les librairies ?

  • 6:20OuverteRéponse partielle

    Le monde des librairies est-il organisé pour concurrencer Amazon ?

  • 8:01OuverteRéponse directe

    N'individualise-t-on pas le lien social des librairies ?

  • 8:40RelanceRéponse directe

    Quelle réponse aux critiques sur la mobilisation pour les librairies ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:36PrésentateurFait
    « Le livre n'est pas un produit comme un autre. C'est un bien qui doit être défendu par la nation en toutes circonstances et en tout lieu. »
  • 5:09Invité politiqueFait
    « J'ai fait partie de ceux qui ont plaidé jusqu'au dernier moment pour que nos libraires puissent rester ouverts parce que je considérais qu'en effet, il y avait à la fois un caractère extrêmement symbolique et puissant de dire que le livre était bien un bien essentiel, comme l'alimentation peut l'être. »
  • 9:35Invité politiqueChiffre
    « Il y a à peu près 340 quartiers prioritaires de la ville où vous n'avez pas de bibliothèque. »
  • 24:22Invité politiqueFait
    « C'est vrai que ça a été difficile parce que c'est une expérimentation et qu'il a fallu tout construire. »
  • 29:17Invité politiqueChiffre
    « Du fait de la crise, on a aussi voté une augmentation exceptionnelle de 70 millions d'euros pour l'ensemble de l'audiovisuel public. »

Temps de parole

  • Aurore Bergé62 %
  • Présentateur28 %
  • Invité5 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:17
Présentateur

Bonjour, bienvenue dans Politique. Notre invité aujourd'hui, Aurore Berger. Bonjour Aurore Berger. Je ne sais pas si vous m'entendez, mais en tout cas, normalement, vous êtes en ligne. Vous êtes députée... Je suis là. C'est parfait. Vous êtes députée La République En Marche de la 10e circonscription des Yvelines, membre de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation à l'Assemblée nationale. Vous avez notamment remis un rapport en février dernier au Premier ministre, rapport consacré à l'émancipation par les arts et la culture et qui contenait 60 propositions. Alors, le français est un être paradoxal.

S'il lit encore beaucoup, il lit de moins en moins en moyenne, comme en témoigne la dernière enquête décennale sur les pratiques culturelles de la population. Mais qu'on le prive d'accès à ses librairies. Et voilà qu'il se révolte. La décision du gouvernement de placer celle-ci dans la catégorie des commerces non essentiels à la faveur du reconfinement ne passe décidément pas, d'autant que cette entrave devrait profiter aux plateformes de vente en ligne, à commencer par la plus vilaine d'entre toutes, Amazon. Or, si le livre souffre de la crise sanitaire, que dire des autres secteurs du monde de la culture ?

Manifestations annulées, activités au ralenti, les 2 milliards d'euros obtenus par la ministre Roselyne Bachelot dans le plan de relance gouvernementale ne suffiront sans doute pas à traverser cette crise sans dégâts. Mais il ne s'agit pas d'une crise qui touche seulement les professionnels. L'accès à la culture est aussi une des conditions de la citoyenneté. La crise sanitaire, de ce point de vue, se présente comme un obstacle supplémentaire. Alors, comment faire vivre la culture ? Malgré tout, bien voilà quelques-unes des questions dont nous allons discuter d'ici 12h30 en votre compagnie, Aurore Berger. La première question, est-ce que vous êtes, Aurore Berger, une grande lectrice ?

2:11
Aurore Bergé

Alors oui, j'essaye au maximum. Après, comme à mon avis beaucoup de Français, j'ai beaucoup de livres en retard. Et donc, je profite, si on peut dire ça comme ça, de ce reconfinement pour au moins consacrer mes week-ends à la lecture.

2:24
Présentateur

Est-ce que vous aviez fait des stocks en prévision de ce reconfinement ? Et de quelle manière ? Est-ce que vous êtes précipité chez votre libraire ? Est-ce que vous vous êtes dit que, de toute manière, vous pourriez commander en ligne ? Ou bien que vous pourriez faire la technique du click and collect et aller chercher vos commandes chez votre libraire ?

2:40
Aurore Bergé

Alors, la veille du reconfinement, comme beaucoup de Français, il n'y a que qu'il y avait en librairie. Je suis allée chez un libraire. Alors, j'étais à Paris parce que j'étais à l'Assemblée nationale, donc ce n'est pas mon libraire habituel. Mais on était très nombreux. Et c'est vrai que voir cette affluence chez les libraires, plutôt que dans d'autres boutiques dont on savait qu'elles allaient fermer, ça avait quand même un caractère assez réconfortant en pleine crise sanitaire. C'était en plus le jour de l'attentat à Nice.

Et c'est vrai que se dire que finalement, le premier bien qu'on voulait acquérir avant de devoir rentrer chez soi, que ce soit un livre, je crois que c'est un caractère en effet très français et très rassurant.

3:14
Présentateur

Alors, ça a été un caractère réconfortant de courte durée pour les libraires, pour les auteurs et pour les éditeurs, puisque les librairies ne sont donc pas considérées pour l'instant, en tout cas comme des commerces essentiels, qui justifieraient qu'elles puissent être à nouveau ouvertes. Les grandes surfaces ont été sommées de condamner leurs rayons livres. Et depuis une semaine, ce sont des mesures qui ne passent pas.

3:37
Invité

D'habitude, à cette époque de l'année, à l'approche des fêtes de Noël, les achats ont commencé. Donc, c'est énorme. On passait de très belles journées de vente en biens culturels à zéro. Cette décision est profondément injuste. Injuste et en plus, qu'est-ce que ça coûte au final de faire respecter une équité entre les différentes structures de vente de livres ? J'ai pensé que j'allais fermer définitivement, même pas une angoisse, un découragement. C'est plus possible là. C'est un gouvernement aussi où ce sont des décisions qui sont quand même surprenantes. C'est injuste. Vous vous rendez bien compte qu'à notre époque où nous vivons, fermer les librairies, c'est presque criminel.

La culture, l'éducation, l'éveil au sens civique, c'est dans nos livres.

4:19
Présentateur

Voilà, quelques-unes des réactions des libraires qu'on a pu entendre depuis une semaine. Aurore Berger, il y a tout juste une semaine, justement, vous avez publié un message sur Twitter dans lequel vous repreniez un extrait d'un appel qui a été lancé par les éditeurs, les écrivains et les libraires. Enfin, en tout cas, certains d'entre eux au président de la République. L'extrait, c'est le suivant. Le livre n'est pas un produit comme un autre. C'est un bien qui doit être défendu par la nation en toutes circonstances et en tout lieu. Est-ce que vous considérez que le gouvernement a fait une erreur en fermant les librairies ?

4:48
Aurore Bergé

J'ai fait partie de ceux qui ont plaidé jusqu'au dernier moment pour que nos libraires puissent rester ouverts parce que je considérais qu'en effet, il y avait à la fois un caractère extrêmement symbolique et puissant de dire que le livre était bien un bien essentiel, comme l'alimentation peut l'être. Et je crois que ça aurait eu une puissance symbolique extrêmement forte. Et puis aussi parce que la situation de nos libraires, elle est évidemment souvent très précaire. Nos libraires de centre-ville ont souvent malheureusement peu de trésorerie et donc des grandes difficultés à pouvoir se projeter vers l'avenir.

Après, la situation, elle est malgré tout très différente dans ce deuxième confinement. Dans le premier confinement, ce qui a aussi été très compliqué, c'est que les libraires avaient du mal à continuer à être alimentés en termes de stock, ils nous l'ont dit. Et finalement, les dispositifs dits de click and collect, de commandes, et puis de venir récupérer son ouvrage, ont été beaucoup plus compliqués à mettre en œuvre. Là, ils ont su quand même le faire. Moi, j'étais encore avec une de mes libraires hier. Elle me dit que rien que dans sa seule journée d'hier, elle a eu une centaine de commandes de livres parce qu'il y a aussi eu, je pense en ce moment-là, beaucoup plus de solidarité.

Que ce qui a pu exister au premier confinement, il y avait une forme de sidération dans le premier confinement. Là, finalement, malheureusement, quelque part, on s'est habitué au fait qu'on puisse être à nouveau confiné. Et donc, on s'est habitué aussi à des nouveaux modes de vie qui sont liés à ça. Et le libraire, malgré sa fermeture, finalement, reste ouvert par la capacité qu'il a à nous permettre de continuer à commander. Et les maisons d'édition ont permis aussi que finalement, les librairies continuent à être alimentées.

6:20
Présentateur

Est-ce que vous considérez, Aurore Berger, que le monde des librairies et le monde de l'édition est suffisamment bien organisé aujourd'hui pour faire face à ce genre de situation de crise sanitaire, mais plus largement pour concurrencer cette fameuse plateforme dont on entend si souvent parler qui est Amazon et qui vend notamment des livres ? Est-ce qu'on ne manque pas aussi peut-être d'un outil plus performant qui permettrait aux gens dans ce genre de situation, quand ils veulent acheter un livre, plutôt que de le faire sur Amazon, qu'ils le fassent sur des plateformes tout aussi performantes ?

6:49
Aurore Bergé

On a des plateformes qui existent, comme les libraires indépendants, et qui vous permettent d'essayer d'arriver à commander. La difficulté, c'est que quand vous avez un libraire qui est un libraire de quartier, il est tenu par une personne, éventuellement avec un ou deux salariés, mais donc la personne n'a pas forcément le temps, de toute façon, de gérer en plus de tout ce qu'elle a à gérer, aussi sa partie de numérisation, d'aller sur les plateformes, de faire sa communication. Et c'est souvent ça qui manque.

Donc le travail qu'on doit faire, nous, c'est comment on fait en sorte que nos libraires de quartier, qui sont au cœur de la vie de nos villes, notamment de taille moyenne, nos villes de 20 000, 30 000 habitants, si vous enlevez le libraire, au-delà de l'enlever un commerce essentiel, vous enlevez aussi une grande part du lien social qui se crée autour des rencontres que le libraire organise, que ce soit pour les scolaires, que ce soit pour les enfants, que ce soit avec les rencontres des auteurs. Les auteurs ont particulièrement besoin de nos réseaux de libraires pour exister et pour maintenir un lien avec le public.

Et notre travail, c'est de les accompagner dans cette démarche aussi de numérisation, parce que sinon, en fait, on multiplie les micro-plateformes. Or, évidemment, ce qui est beaucoup plus simple, c'est d'aller sur une plateforme connue, identifiée, ergonomique et rapide.

8:01
Présentateur

Est-ce qu'on n'indalise pas un petit peu ce lien social que représentent les librairies Aurore Berger ? Dans le rapport que vous aviez rendu en février dernier au Premier ministre, vous évoquiez notamment le fait qu'il y avait, alors je ne sais pas si c'était dans ces termes-là, mais enfin, il pouvait y avoir une forme d'auto-censure de la part d'une partie de la population, dans le fait d'aller vers les librairies.

Et on a pu voir poindre, là aussi, depuis quelques jours, notamment sur les réseaux sociaux, des critiques disant, mais attention, cette mobilisation pour laisser ouvrir les librairies, c'est aussi le monde intellectuel, le monde des bobos parisiens qui se mobilisent, mais finalement, qui fait peu de cas peut-être d'autres commerces. Qu'est-ce que vous répondez à ce genre de critiques ?

8:40
Aurore Bergé

Il y a plusieurs choses. Déjà, la première, c'est oui, il y a encore une intimidation qui existe dans l'accès à certains lieux qui sont des lieux culturels, où finalement, ce n'est pas si naturel, si évident d'en franchir la porte. Ça, c'est une certitude. Après, la librairie, par aussi les rencontres qu'elle permet, par les animations qui sont mises en place, elle permet justement de créer ces espaces qui sont des espaces de mixité et de lien social. Et on a besoin d'avoir ces librairies qui sont des points aussi de proximité.

Mais oui, vous avez raison, à la fois dans le rapport que vous avez mentionné au tout début sur les pratiques culturelles des Français, on voit bien que la pratique culturelle, qui était finalement la plus facile, qui était celle de lire, elle est en net recul. Donc on a une vraie question sur la manière avec laquelle on peut reconquérir les Français et faire en sorte que le livre ne disparaisse pas de leurs pratiques culturelles. C'est notamment, moi, ce que j'avais proposé, de dire qu'on doit avoir un programme important de création de nouvelles bibliothèques, en particulier dans les quartiers politiques prioritaires de la ville, où pour l'instant, il n'y en a pas.

Il y a à peu près 340 quartiers prioritaires de la ville où vous n'avez pas de bibliothèque. Or, la bibliothèque, pour le coup, on le voit bien, ce n'est pas un truc de bobo, si tant est que la librairie, d'ailleurs, le soit. C'est au contraire un espace qui est, quand on parle beaucoup de tiers-lieux, finalement, les bibliothèques sont souvent devenues les premiers tiers-lieux. Ce sont des lieux, justement, qui ont tout fait pour essayer de se moderniser et pour essayer de casser cette intimidation qui peut exister encore sur certains lieux culturels.

Ce sont des lieux où vous pouvez venir découvrir, vous pouvez venir évidemment lire, mais vous pouvez venir visionner des films, vous pouvez venir écouter, vous pouvez venir parfois jouer de la musique, vous pouvez venir vous restaurer. Donc, l'idée, c'est d'arriver à donner mille et un prétextes, autre que celui de juste emprunter un livre ou venir lire, pour que déjà, on franchisse le seuil de la bibliothèque. Et je crois que dans ces quartiers, on doit évidemment, prioritairement, amener évidemment la culture et amener le lien avec un objet culturel et le lien social que ça peut générer.

10:37
Présentateur

Mais justement, Aurore Berger, il me semble, mais peut-être que je me trompe, que la mobilisation de ces derniers jours, elle a essentiellement porté en faveur des librairies et on n'a pas beaucoup entendu parler des bibliothèques.

10:50
Aurore Bergé

Les bibliothèques, elles ont finalement pu rester ouvertes dans les mêmes conditions qui sont celles des librairies, c'est-à-dire toujours le principe que vous pouvez réserver un livre et venir le chercher. Toutes les médiathèques, après ça dépend des collectivités locales, mais la plupart des médiathèques ont pu rester ouvertes, y compris celles, moi je le vois, de plus petits villages, moi, dans mon territoire, où ils ont tout fait pour maintenir l'ouverture et maintenir en tout cas la possibilité de venir accueillir, chercher un ouvrage. Et puis après, il y a évidemment le lien important avec les scolaires.

Mais oui, la bataille, on va dire, de ces derniers jours, elle portait sur la question des commerces. Et donc, c'est normal qu'elle ait porté plus sur la question des librairies que sur celle des bibliothèques.

11:31
Présentateur

J'ai vu sur votre page internet, et j'ai oublié de le mentionner en vous présentant, que vous étiez par ailleurs membre titulaire du CNL, le Centre National du Livre. Vous y faites quoi dans ce CNL en tant que députée ?

11:44
Aurore Bergé

En fait, le CNL, le Centre National du Livre, un conseil d'administration, et il y a à chaque fois au sein de ce conseil d'administration des parlementaires, et donc en tant que membre de la Commission des Affaires Culturelles, ce qui permet notamment d'avoir à la fois les réflexions sur l'avenir des artistes-auteurs. C'est un sujet important. Est-ce que oui ou non, il faut qu'il y ait une unicité de statut ou pas ? La crise, elle a finalement révélé, ou en tout cas mis à jour, toutes les difficultés qui pouvaient exister dans le monde de la culture, par aussi la fragmentation du monde de la culture.

Les difficultés à avoir des interlocuteurs qui permettent de représenter, ici les artistes, ici les auteurs. Et cette fragmentation, elle joue souvent aussi contre le monde de la culture, dans la capacité à mobiliser, et dans la capacité aussi à mobiliser même budgétairement. Moi, je le vois en tant que députée. Le budget de la culture, c'est toujours un budget qui finalement est celui sur lequel on doit le plus se battre, où on doit le plus justifier l'utilisation des fonds qui sont faits, comme c'était parfois à fond perdu. Parce que comment vous mesurez l'efficacité d'un certain nombre d'éléments budgétaires qui sont liés à la culture ?

Comment vous mesurez l'efficacité de la création d'une bibliothèque ? Les indicateurs ne sont absolument pas les mêmes que dans d'autres secteurs.

Et donc, le fait d'être dans ces instances-là, c'est aussi permettre d'avoir des lieux qui sont des lieux non seulement de réflexion, mais aussi des lieux d'action, puisque le CNL, notamment dans la crise pendant la première partie du confinement, a permis d'avoir un soutien direct envers les auteurs, mais aussi envers nos réseaux de libraires, et y compris d'ailleurs nos réseaux de libraires à l'étranger, c'est-à-dire nos libraires francophones, qui parfois n'avaient aucune aide, aucun soutien, et qu'on a pu venir soutenir grâce au CNL et grâce à des fonds de l'État.

13:25
Présentateur

Est-ce que ça veut dire, si je suis votre logique, Aurore Berger, que si la profession ou le monde de la culture était davantage organisé, était mieux structuré, il aurait obtenu bien plus que, alors par exemple, les 3,8 milliards d'euros du budget 2021 de la culture, qui est quand même en hausse de 4,8%, ça c'est ce qu'a obtenu Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, et qui l'aurait obtenu davantage que 2 milliards d'euros dans le plan de relance du gouvernement ?

13:54
Aurore Bergé

Alors, si on est honnête, on a déjà obtenu plus. Déjà parce que la seule année blanche pour les intermittents, c'est près d'un milliard d'euros pour permettre à tous les intermittents dans notre pays de garder leur statut, qui n'est pas un privilège, qui est uniquement la capacité qu'ils ont au regard de la manière avec laquelle leur métier s'organise, de pouvoir bénéficier d'une solidarité dans les périodes pendant lesquelles ils ne peuvent pas travailler.

Et donc évidemment, pendant ces périodes particulières de confinement, de couvre-feu, d'arrêt des salles de spectacle en particulier, d'arrêt ou en tout cas de diminution assez forte des tournages, évidemment il fallait qu'on ait une solution. Donc vous avez aussi eu d'abord une action qui était sur l'emploi culturel, parce que la première urgence, elle est là dans la crise. C'est comment on sauve l'emploi culturel.

14:41
Présentateur

Par ailleurs, c'est quand même très loin de compenser les pertes, puisqu'il y a eu un rapport du ministère de la Culture en juillet, je crois, qui prévoyait une perte de 25% de l'activité du secteur pour l'année, c'est-à-dire 22 milliards d'euros. 22 milliards d'euros quand on compare aux 2 milliards d'euros du plan de relance. Alors évidemment, tous les secteurs ont besoin de quelque chose, mais quand on compare par exemple au plan d'aide à l'aéronautique, qui fait une quinzaine de milliards d'euros, on voit quand même qu'on n'est pas du tout dans la même échelle, et que la culture n'est pas autant aidée peut-être que d'autres secteurs, Orberger.

15:12
Aurore Bergé

La vraie difficulté, c'est qu'encore une fois, vous avez à la fois le budget du ministère de la Culture, et vous avez aussi dans énormément d'autres budgets, des actions en matière culturelle. Déjà, les premiers financeurs de la culture sont les collectivités locales. Avant d'être l'État, ce sont les collectivités locales qui financent le plus la culture.

Et donc, il faudrait déjà agréger tous les budgets qui sont ceux de nos collectivités, et qui, pendant cette période-là, n'ont pas baissé leur budget, alors même que les compagnies ne pouvaient pas se produire, mais ont accepté de venir quand même financer les compagnies qui auraient dû être présentes, qui auraient dû faire des représentations, de manière, encore une fois, à ce que l'emploi culturel ne soit pas mis à mal. Le principal risque qu'on a dans la crise, ce n'est pas uniquement la question de soutien aux structures, de soutenir ici un théâtre, ici un cirque, ici une salle de cinéma, ici un libraire, dans la diversité des différentes disciplines.

C'est d'arriver à soutenir l'emploi culturel, pour faire en sorte que celles et ceux qui sont les artistes aujourd'hui ne se sentent pas dans la contrainte de devoir se reconvertir, parce qu'ils n'auraient pas de perspectives, et parce que l'absence de ces perspectives et l'absence d'un soutien immédiat les contraindraient, pour des raisons évidentes, juste de pouvoir vivre ou survivre, à trouver une autre activité. Et le principal risque, il est là. Comment on fait en sorte que les soutiens qui sont octroyés arrivent bien ici à une compagnie artistique, mais qui n'est pas une compagnie en résidence, dans un théâtre ou dans une scène nationale, mais des compagnies itinérantes.

Parce que ceux-là, c'est ceux qui font la vie culturelle de notre pays. C'est ceux qui font que dans toutes les communes de France, vous avez des équipes artistiques qui tournent dans les festivals, que vous avez des équipes qui viennent se produire, que vous avez des équipes qui viennent faire de l'éducation artistique et culturelle, et qui permettent à nos enfants, non seulement de rencontrer des œuvres, mais de rencontrer des artistes et de se confronter à eux. Et donc, il faut qu'on arrive à aider les deux. Il faut qu'on arrive à aider les structures, parce que ce sont des structures qui peuvent être fragilisées par la crise.

Le Louvre, le Château de Versailles, quand vous perdez tous les touristes internationaux qui font la majeure partie des entrées dans ces grandes institutions qui font notre rayonnement, il faut les aider.

Quand vous avez un opéra de Paris dont vous savez qu'il a subi des grandes difficultés ces dernières années, mais que vous ajoutez ce qui s'est passé avec la grève, et que vous ajoutez le confinement, puis le couvre-feu et le reconfinement, donc c'est aider les grandes institutions, aider toutes les structures, qu'elles soient publiques, mais aussi privées, parce que votre théâtre privé qui n'arrive plus à payer son loyer à la fin du mois, c'est aussi un risque de disparition, mais aider surtout celles et ceux qui font vivre la culture, et donc l'emploi culturel en priorité.

17:42
Présentateur

Voilà, et ça ne passe pas uniquement, effectivement, par les grandes structures, mais ça peut aussi passer par des associations très locales et qui sont très actives dans le domaine culturel. Il ne vous aura pas échappé, Aurore Berger, que le quinquennat n'est pas encore terminé, mais il a quand même suffisamment, disons, duré pour faire quelques bilans. Quel bilan vous porteriez, vous feriez sur la politique culturelle qui est celle d'Emmanuel Macron depuis le début du quinquennat ?

Alors, je vais notamment évoquer sa dernière intervention qui est celle du 28 octobre, où là encore, un certain nombre d'acteurs du monde culturel ont été surpris qu'il ne parle pas de culture dans son allocution.

18:21
Aurore Bergé

Oui, je sais qu'il y a pu y avoir ce questionnement, et pourtant, vous l'avez bien vu, on a une ministre de la Culture qui a obtenu des arbitrages qui sont liés évidemment au président de la République et qui font que non seulement vous avez un budget du ministère de la Culture qui n'a jamais augmenté dans ces proportions-là, près de 5%, et que vous avez aussi un budget complémentaire de 115 millions d'euros qui va probablement encore être augmenté d'ailleurs, puisqu'il était prévu avant même le reconfinement.

Et donc, ce que j'évoquais sur la question de l'intermittence en particulier, forcément, cette année blanche, elle va devoir être prorogée parce que la plus grande difficulté qu'on a aujourd'hui, c'est de donner de la visibilité au secteur. Ce qu'ils nous demandent, c'est quand est-ce qu'ils pourront reprendre et reprendre de manière pérenne, et c'est la réponse la plus difficile à leur apporter.

19:07
Présentateur

Mais alors, qu'est-ce qui s'est passé ? C'est quoi ? Il y a un malentendu entre le monde de la culture et le président de la République ?

19:13
Aurore Bergé

Je ne crois pas qu'il y ait de malentendu, parce que je crois qu'on a réussi quand même à démontrer non seulement un appui qui était un appui extrêmement fort de la part de l'État. Et ce que vous évoquiez au tout début, en disant que finalement, les Français pouvaient être parfois un peu contradictoires, peut-être lire moins, mais se précipiter dans leur librairie, ça montre aussi que vous ne pouvez pas avoir un président de la République, vous ne pouvez pas avoir un État dans notre pays qui ne serait pas aux côtés du monde de la culture en période de crise, même si les Français, spontanément, ce n'est pas forcément le premier secteur auquel ils pensent.

Quand on fait le grand débat, par exemple, ce n'est pas la culture qui ressort dans les préoccupations principales des Français. Ça ne veut pas pour autant dire que ça ne fait pas partie de leur vie, que ça ne fait pas partie de notre identité et que ça ne justifie pas que l'État soit extrêmement présent et que l'État soit aussi stratège. L'État, il n'est pas là pour être juste un porte-monnaie pour le budget du ministère de la Culture ou en soutien des collectivités locales. Il est là pour être stratège aussi sur des grands projets. Des grands projets, évidemment, patrimoniaux. C'est Villers-Cotterêts, c'est le Grand Palais.

Il suffit d'aller voir le Grand Palais pour vous rendre compte de la nécessité absolue qu'il y avait à faire cette rénovation complète parce que vous marchez juste dans des flaques d'eau immenses et donc il y avait un péril extrêmement important. Donc cette partie patrimoniale, elle est évidemment essentielle.

C'est tout l'avenir aussi du secteur audiovisuel, cinématographique, sur lequel moi j'ai beaucoup travaillé, qui fait que la France a été particulièrement moteur pour faire en sorte qu'au niveau européen, pour la première fois, on ait enfin une législation qui permette que les grandes plateformes dont on parle et qui elles aussi sont les grandes gagnantes du confinement malheureusement et de la crise parce qu'il y a une facilité d'usage, des catalogues qui sont assez impressionnants et qui vous permettent d'avoir accès à des séries et à des films et bien que ces grandes plateformes contribuent au financement de la création en France et on a été moteur non seulement dans la manière avec laquelle ces directives ont été adoptées de manière définitive mais on est en plus les premiers à les transposer et donc à donner le la sur la manière avec laquelle on envisage que ça puisse être mis en place.

Et puis il y a tout le volet d'éducation artistique et culturelle qui pour moi est essentiel, je vous le disais dans votre introduction, sur la capacité à devenir citoyen, c'est évidemment lié à la culture, je crois que c'est même le point de départ.

21:26
Présentateur

Et à ce sujet, je voudrais juste, je voudrais si vous le permettez, Aurore Berger, qu'on aborde un ou deux points parce que l'émission évidemment passe très vite mais qui me semble très intéressant dans les 60 propositions que vous faisiez en février dernier, notamment le fait, alors même si ça peut paraître quelque chose de symbolique, mais d'inscrire le principe de droit culturel dans la constitution et puis autre mesure là aussi qui peut paraître symbolique, mais d'inscrire la notion de santé culturelle dans les carnets de santé des enfants. Pourquoi est-ce que vous aviez proposé ces deux pistes-là parmi une soixantaine d'autres ?

22:03
Aurore Bergé

Le ministère de la Culture, c'est non seulement le ministère des artistes, c'est non seulement le ministère qui vient protéger justement la capacité à continuer à créer, quel que soit le type de création et à assurer la diffusion artistique de cette création, mais c'est aussi un ministère qui doit avoir du sens et qui doit être celui des droits humains. Moi j'y crois profondément, c'est-à-dire quand on parle d'émancipation, quand on parle de citoyenneté, quand on parle d'égalité, évidemment c'est le premier des ministères qui doit permettre que ce soit possible.

Et les droits culturels, c'est cette rencontre-là, c'est-à-dire faire en sorte que non seulement évidemment les artistes puissent continuer à créer et que la diffusion artistique, elle irrigue l'ensemble des territoires, mais aussi encore une fois que dans nos propres droits, dans les droits qu'on doit pouvoir exercer, l'accès à la culture et aux œuvres, elles soient vraiment inscrites et considérées comme essentielles.

Sur la question de la santé culturelle, c'est notamment des échanges avec des psychologues, des psychiatres qui ont beaucoup travaillé sur ces enjeux-là, sur la question de la manière avec laquelle l'enfant, on parle beaucoup des mille premiers jours de la vie de l'enfant, Boris Cyrulnik a rendu un rapport sur ces questions-là, dans les mille premiers jours de la vie de l'enfant, il y a aussi la question du rapport à la culture, parce que c'est le rapport au mouvement, c'est le rapport au geste, c'est le rapport au son, c'est le rapport à l'image, c'est la construction aussi que vous avez de parentalité quand vous lisez un livre à votre enfant.

Et bien tout ça aussi, ça fait partie d'un enjeu de santé. L'idée, c'est pas de faire un petit singe savant parce qu'on lui aura mis un violon dans les mains à deux ans, c'est évidemment pas ça l'enjeu de la santé culturelle, c'est de considérer que dans la santé de l'enfant et du tout jeune enfant, le rapport aux arts, le rapport encore une fois au son, aux gestes, à l'image, et bien ça fait partie de l'environnement qu'il doit pouvoir acquérir dès le plus jeune âge.

23:53
Présentateur

Un des leviers d'accès à la culture, Aurore Berger, c'était, enfin ça devait être, ça doit être, je ne sais pas comment il faut le dire d'ailleurs, le pass culture, qui était le grand projet, qui était annoncé en matière d'accès à la culture par le gouvernement et par le président de la République, il est aujourd'hui disponible dans 14 départements, il concerne 150 000 jeunes de 18 ans, le premier bilan de ce pass culture, en tout cas dans votre rapport, bilan, on va dire, globalement négatif ?

24:22
Aurore Bergé

C'est vrai que ça a été difficile parce que c'est une expérimentation et qu'il a fallu tout construire et essayer de construire différemment de ce que d'autres pays européens avaient fait parce que ça n'avait pas forcément été une grande réussite parce que finalement, notamment en Italie, ça avait accentué un certain nombre de pratiques culturelles qui n'étaient pas forcément celles que l'on voulait encourager ou que ça avait prioritairement soutenu justement des grandes plateformes.

Ce qui est quand même très intéressant dans l'expérimentation, 150 000 jeunes de 18 ans qui sont concernés, par exemple la Bretagne qui a été vraiment une des régions pilotes, les premiers justement qui bénéficient du pass culture, c'est les libraires. C'est-à-dire qu'il y a eu à nouveau une habitude culturelle qui a été prise, qui a été de venir chez son libraire, de venir être conseillé par son libraire plutôt que d'aller justement sur une plateforme. C'est aussi un levier qui permet de lutter, par exemple, contre le piratage.

Moi, ça me rassure quand on a, par exemple, en effet, des jeunes qui préfèrent avoir un abonnement sur des plateformes musicales françaises comme Deezer, qui sont respectueuses des droits d'auteur et qui permettent aussi de financer la création plutôt que de prendre le risque de s'habituer à pirater des œuvres. Donc, on a aussi des habitudes culturelles qui peuvent évoluer. Ce qui est intéressant aussi, parce qu'on s'est dit, de toute façon, les jeunes vont immédiatement tout dépenser. Non, parce que pour beaucoup de jeunes, déjà, 500 euros, c'est beaucoup d'argent à 18 ans. Donc, ce n'est pas si évident de dépenser 500 euros. D'ailleurs, la moyenne est plutôt vers 300 euros.

Justement, parce que vous avez dans le pass culture un certain nombre d'offres qui sont des offres gratuites. Et finalement, les jeunes ne sont pas précipités sur des offres payantes, ne sont pas précipités dans une logique consumériste. ils sont allés aussi bénéficier d'offres qui étaient gratuites.

26:01
Présentateur

Et dans votre rapport, d'ailleurs, Aurore Berger, vous préconisiez que l'accès à ce pass puisse s'étendre sur une durée de deux ans plutôt que simplement une année. Alors, est-ce que ce pass culture, en tout cas, favorise la défense de ce qu'on appelle l'exception culturelle ? Bonjour, Antoine Dulster. Bonjour. Votre chronique, justement, est consacrée ce matin à cette notion qui fait un certain consensus dans la vie politique française.

26:24
Invité

Oui, on pourrait même parler d'un œcuménisme culturel et ce, depuis les origines. Alors, précisons tout d'abord qu'au sens strict, cette notion d'exception culturelle n'a pas de valeur juridique réelle, mais elle désigne bien une spécificité française pensée et mise en œuvre pour le financement de la culture. On peut faire remonter les origines de ce système à des temps très anciens. L'après-guerre, avec la création du CNC en 1946. La Ve République, avec la création du ministère des Affaires culturelles, sous l'autorité d'André Malraux. Mais le grand combat de l'exception culturelle à la française remonte au début des années 90.

Et c'est un combat qui rassemble toute la classe politique française, du RPR Jacques Toubon, alors ministre de la Culture, au Parti Socialiste et la présidence de la République. Nous sommes donc, en 1993, en pleine renégociation du GATT, l'accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, des renégociations qui aboutiront à la création de l'OMC. La France fait pression pour que le cinéma et les œuvres audiovisuelles soient exclues de ce grand accord commercial. Tentez l'oreille, car l'archive que vous allez entendre est de qualité moyenne, mais c'est un document historique important.

François Mitterrand, en déplacement en Pologne, s'exprime sur la place particulière que doivent occuper les œuvres de l'esprit, à côté, ou plutôt en dehors, des logiques du libre-échange. Les créations de l'esprit ne sont pas des marchandises. Les services de la culture ne sont pas de simples commerces. Le pluralisme des œuvres et la liberté de choix des publics est un devoir. Ce qui est en jeu, c'est l'identité culturelle de nos nations. C'est le droit pour chaque peuple à sa propre culture. C'est la liberté de créer et de choisir nos images.

Une société qui abandonne à d'autres ses moyens de représentation, c'est-à-dire les moyens de se rendre présente à elle-même, est une société asservie. François Mitterrand, donc en 1993, dans un combat, donc on l'entend, très politique. Aujourd'hui, cette notion d'exception culturelle ne fait plus vraiment débat. On débat plutôt désormais de ces modalités, y compris et surtout dans les négociations menées avec les géants du numérique de Disney. à Netflix.

28:44
Présentateur

Merci, merci beaucoup Antoine Dulcière. Un tout dernier mot, rapidement, si vous voulez bien, Aurore Berger. Pour défendre cette exception culturelle, il y a notamment l'audiovisuel public et par exemple France Culture. Il se trouve que hier, l'Assemblée nationale a voté, alors c'est ton première lecture, mais un projet de budget de l'audiovisuel public pour 2021 en baisse de moins 68 millions. Pourquoi est-ce que les députés français votent une baisse du budget de l'audiovisuel public ?

29:16
Aurore Bergé

C'est un peu plus compliqué que ça parce que du fait de la crise, on a aussi voté une augmentation exceptionnelle de 70 millions d'euros pour l'ensemble de l'audiovisuel public. Pour compenser les effets de la crise. Et pour permettre aussi le fait que France 4 continue à exister, qui était aussi un combat qu'on avait mené. Après, oui, il y a eu une trajectoire budgétaire qui a été décidée et qui a demandé à être en effet maintenue. Mais il se trouve en tout cas en période de crise, il a été rendu nécessaire de continuer à maintenir finalement à l'équilibre ces budgets puisqu'encore une fois, on a voté 70 millions d'euros de ressources supplémentaires pour l'audiovisuel public.

29:53
Présentateur

Merci beaucoup, Aurore Berger, d'avoir été notre invité. Les politiques, c'est une émission préparée par Antoine Dulster, réalisée par Thomas Jost, avec, à la prise de son, Nasser Moussaoui.