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interviewFrance Inter (sur YouTube)· 23 juillet 2025 12 min

François Ruffin : "Avant une censure parlementaire, je souhaite qu'il y ait une censure populaire"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Notre invité et député de la Somme, président de Debout, avec un point d'exclamation, parti qui l'a créé et qui vient de changer de nom en vue de la présidentielle. François Ruffin, bonjour. Bonjour. Nous allons parler des économies demandées par François Bayrou aux Français et de la censure, puisqu'on ne vous a aucunement pas entendu sur ce sujet depuis une semaine. Mais d'abord, question sur la ministre de la Culture, Rachida Dati, renvoyé en correctionnel pour corruption et trafic d'influence. Vous l'appelez à démissionner ?

0:26
François Ruffin

Écoutez, jusqu'à Emmanuel Macron, il y avait une tradition dans ce pays qui était que tout ministre mis en examen démissionnait. Et je crois que jusqu'alors, la démocratie ne s'en portait pas plus mal. Et avec sa république irréprochable, Emmanuel Macron est revenu sur cette tradition. Je pense qu'elle doit s'appliquer. Et évidemment, il doit se poser des questions, comme il a eu 26 ministres mis en examen, il doit se poser des questions, s'il applique cette règle-là, qui a valu quand même pendant des décennies, comment il va continuer à former des gouvernements. Mais je pense que là, il y a quand même un grand souci de rapport des gens à la politique.

Ça participe, quand il y a la mise en cause judiciaire, ça participe à une désagrégation du lien avec les politiques.

1:07
Présentateur

Mais là, l'argument selon lequel les politiques, justement, sont de plus en plus sous le feu de plaintes, de règles de transparence de plus en plus exigeantes, ça, on ne peut pas l'entendre, d'après vous ?

1:17
François Ruffin

Dans le cas, là, en l'occurrence, et puis même quand il y a mise en examen, ce n'est pas juste une plainte, c'est que ça a déjà été observé par un juge d'instruction et qui considère qu'il y a matière à qualification pénale. Donc, je pense que, oui, irréprochable, personne ne l'est. Mais en revanche, se dire que quand on est ministre, on a une responsabilité particulière, on représente une partie du pays et des citoyens, et qu'à ce titre-là, quand on est mis en cause, quand on est mis en examen, quand on va avoir un passage pour corruption devant le tribunal correctionnel, juste la décence voudrait qu'on se mette en retrait de la vie publique pendant ce temps-là.

1:52
Présentateur

Tout autre sujet, François Ruffin, on l'entendait dans le journal de 7h30, il y a quelques minutes, on était avec un betteravier. Vous savez combien il y a de betteraviers, en tout cas d'agriculteurs, qui travaillent dans cette filière en France ? Il y en a des 7000... C'est 23 000 ?

2:05
François Ruffin

23 000, excusez-moi. Il y en a beaucoup chez vous dans la Somme. Il y en a beaucoup dans la Somme, oui. Qu'est-ce que vous leur dites, vous qui vous opposez à la loi Duplon ? D'abord, ce que je leur dis, c'est que moi je suis conscient de la difficulté du métier d'agriculteur, de la difficulté à en tirer un revenu, et moi j'en ai beaucoup à péter de leur rentabilité.

2:21
Présentateur

Vous faites référence à votre collègue députée Sandrine Rousseau, qui a dit au débouté, au détour d'une réponse, j'en ai rien à péter de la rentabilité des agriculteurs, je la cite.

2:30
François Ruffin

Moi je pense que la question du revenu des agriculteurs est une question centrale. Et ça fait le lien avec la question du libre-échange, qui a été discuté auparavant par notre collègue Béatrice Mathieu dans l'édito éco. Tout à fait, parce que, qu'est-ce qui se passe en vérité aujourd'hui pour la betterave ? L'Union Européenne a dérégulé complètement le secteur de la betterave, elle a fait exploser les quotas de production, elle a fait exploser les quotas d'importation, là on va avoir une multiplication par 5 du sucre importé d'Ukraine par rapport à avant la guerre. Et évidemment, dans ce contexte-là, dans un contexte de libre-échange, qu'est-ce qui se passe ?

Il y a une pression au dumping, il y a une pression au dumping environnemental. Et donc j'entends moi très bien la voix des agriculteurs qui viennent dire « Mais attendez, c'est pas juste par rapport à la Belgique, c'est pas juste par rapport à l'Allemagne, c'est pas juste par rapport à l'Italie, et c'est pas juste par rapport à l'Ukraine, ou à demain par rapport au Brésil ou au Mercosur. » Maintenant, quelle doit être notre attitude à nous ? Elle ne doit pas être une attitude de venir baisser les normes environnementales, les normes de protection des Français, de la santé des Français. Ça doit être de tout faire pour qu'en Europe, on relève ces normes.

3:33
Présentateur

Mais eux disent « On a besoin de ce pesticide qui est réautorisé par cette loi parce que c'est le seul qui est efficace contre les ravageurs de culture. »

3:42
François Ruffin

Dans la betterave, en l'occurrence, et je connais moins la cerise ou la noisette, mais dans la betterave, ils ont fait face. Par contre, en effet, ça a un coût comparé à les produits qui peuvent être importés. Donc il faut se dire que le libre-échange est une machine à dumping environnemental, à dumping fiscal, on va en venir sur le terrain du budget, et donc il doit y avoir un moyen de protéger cela. Maintenant, ce dont on parle quand même, c'est d'une part de la santé des gens. Je veux dire, il est prouvé que l'acitamipride maintenant...

4:13
Présentateur

Et on était avec des scientifiques hier, on en parlait justement.

4:15
François Ruffin

L'acitamipride entre dans le plasma du fœtus, entre dans le cerveau des enfants. On le retrouve à cet endroit-là. Il doit y avoir un principe qui est de dire, quel est le rôle d'un gouvernement ? C'est de protéger. Son premier rôle, c'est de protéger. Je l'ai dit, de protéger les agriculteurs contre le dumping, mais surtout de protéger la santé des Français. Aussi de protéger la démocratie. Parce qu'on a quand même eu, dans un premier temps, un vote sans débat. Là, ce qu'on nous promet pour la rentrée, c'est un débat sans vote. Ce n'est pas possible que ça fonctionne comme ça. Donc d'une part, on peut faire confiance.

Moi, j'ai l'imité dans le président de la République pour dire qu'il doit y avoir une nouvelle délibération. Mais moi, j'aimerais qu'on ait de nouveaux outils démocratiques. Quand il y a un million de personnes qui prennent leur carte d'identité, qui font cet effort-là en ligne, il doit y avoir un référendum d'initiative citoyenne.

4:59
Présentateur

Le budget, donc, François Ruffin. Dernière piste lancée par le gouvernement. L'allongement du délai de carence pour les arrêts maladie de 3 à 6 jours. Inacceptable pour vous, comme le reste ? D'abord, vous dire à quel point cette mesure est nulle.

5:10
François Ruffin

Mais on va venir sur quelque chose de plus général. J'ai rendu un rapport, moi, sur le plan de financement de la sécurité sociale. 80% des frais de l'assurance maladie, ce sont sur des arrêts longs. Ce n'est pas sur des arrêts de quelques jours. Ce sont sur des arrêts de plus d'un mois. C'est 12 milliards par an, l'arrêt maladie. Donc, vraiment, ce sont des économies de bout de chandelle et qui ne traitent pas la question centrale, qui est la question du mal-travail.

Quand on a 100 000 personnes qui, en France, partent pour inaptitude, c'est-à-dire sont évacuées de leur métier, mais vont avoir bien du mal à en retrouver un derrière parce qu'ils sont brisés, brisés psychiquement ou brisés physiquement. La moitié, c'est des troubles musculo-squelettiques. L'autre moitié, c'est des burn-out. Que ça a doublé en 10 ans et qu'on est sur un record d'Europe. On est dans la queue de peloton pour ce qui s'agit du mal-travail, accident du travail, maladie professionnelle et ainsi de suite. Là, il y a un énorme sujet qui pourrait rapporter... Vous savez, c'est Xavier Bertrand qui était ministre du Travail, de droite, et qui disait que ça représentait 4% du PIB.

Donc, ça se chiffre à 50 milliards d'euros, le coût de ce mal-travail chaque année. Évidemment, le gouvernement n'a aucune intention de s'y attaquer.

6:14
Présentateur

Ça, ce sont des réformes structurelles. Dans l'urgence, comment vous trouvez des milliards ? Alors, 44 milliards, c'est le chiffre donné par François Bayrouk. Où est-ce que vous trouvez les économies si vous n'acceptez pas les mesures proposées par le gouvernement ?

6:28
François Ruffin

D'abord, la question n'est pas celle des économies, la question est celle des recettes. Qu'est-ce qui s'est passé ces 8 dernières années ? Pourquoi ? On a un déficit qui est abyssal, et je le dis, il est grave. Si la gauche avait fait ce déficit public, on parlerait tous les jours de Titanic. Il y aurait mille idéalistes qui se releraient là-dessus. Pourquoi ? Parce qu'Emmanuel Macron a baissé de 56 milliards d'euros les impôts. Les impôts notamment pour les grandes sociétés, notamment pour les grandes fortunes de ce pays. Donc, il faut faire la taxe Zuckman ? Il y a un impératif aujourd'hui, c'est d'aller chercher de l'argent là où il se trouve.

Dans le dernier classement de challenge, là, des 500 fortunes françaises, il est montré que sur 30 ans, elles ont été multipliées par 14, quand le SMIC, lui, ne doublait pas dans le même temps. On a eu une explosion de ce côté-là. Ils appellent ça les 30 prodigieuses. On a eu les 30 glorieuses, c'était pour les salariés. Les 30 prodigieuses, c'est désormais pour les actionnaires et les grandes fortunes. Comment on doit répliquer aux Etats-Unis ? Mais que Jeff Bezos, Amazon, paye des impôts en France. Comment ça se fait que le président... Ça se fait au niveau européen, la taxe sur les multinationales.

Écoutez, aujourd'hui, l'impôt sur les sociétés, c'est un principe qui est un principe français. Quels efforts sont faits pour que Amazon et tous les GAFAM payent des impôts en France ? Il n'y a aucun effort. Et comment ça se fait qu'on a un chef de gouvernement qui intervise à la télévision sur les questions fiscales et qui ne posent pas ça au cœur de la table ? En disant, oui, les GAFAM vont avoir à payer des impôts et ils auront à payer des impôts sur les sociétés de notre pays. Mais de la même manière que McDonald's, que tous les franchisés

7:56
Présentateur

et évidemment que les grandes fortunes. Et les 1800 ménages les plus riches, à partir de 100 millions d'euros de patrimoine, c'est donc cette taxe Zuckman, 2% d'impôt planché. Vous la remettez sur la table. Est-ce que c'est bien pertinent, de la part de la gauche, d'en faire une sorte de totem à partir du moment où le gouvernement a dit on n'en veut pas, on ne le fera jamais ?

8:15
François Ruffin

Donc vous savez, le gouvernement a décidé de protéger une chose. Il n'a pas décidé de protéger la santé des Français. Il n'a pas décidé de protéger nos intérêts économiques. Il a décidé de protéger les intérêts très particuliers qui sont les intérêts des grandes fortunes de ce pays. Donc maintenant, à un moment, il faut aller chercher l'argent là où il se trouve. Donc évidemment, cette proposition qui est une proposition mesurée. Et moi, je veux dire que je ne mets pas tous les entrepreneurs, tous les start-upers, tous ceux qui réussissent dans la vie, tous les millionnaires dans le même panier.

est intervenu à l'Assemblée nationale Marc Batty, qui est l'un des co-signataires, avec 113 autres, une tribune qui est parue dans les échos pour dire « taxez-nous, taxez-nous sur nos héritages, taxez-nous sur nos patrimoines ». Simplement qu'on ait le souci dans notre pays que les petits payent petit et que les gros payent gros. Le chemin de la justice est là. Est-ce qu'on va résoudre la crise fiscale ? C'est une crise fiscale profonde dans laquelle se trouve notre pays. Est-ce qu'on va les résoudre par deux années de retraite en plus ? Est-ce qu'on va les résoudre par deux jours fériés à travailler en plus ? Ou est-ce qu'on va les résoudre par 2% sur les patrimoines ?

Il est évident que tout le monde devra à la fin faire des efforts, mais qu'on commence quand même par ceux qui se sont le plus enrichis ces dernières années. Et oui, cette mesure de 2% du patrimoine me paraît autre chose que symbolique. Ça représente 20 à 25 milliards d'euros par an.

9:27
Présentateur

Vous venez, je le disais, de renommer votre mouvement de Picardie Debout à Debout tout court, avec plutôt la présidentielle en ligne de mire. Est-ce que vous êtes prêt en cas de censure à repartir en campagne législative dès l'automne ?

9:38
François Ruffin

Je suis toujours prêt à me présenter devant le peuple, vous savez. Donc c'est vraiment pas le souci aujourd'hui. Mais je veux dire le moment dans lequel on se trouve. Vous savez, normalement l'été, on part en vacances, on est sur le transat, on pense à autre chose. On voit là comment il y a un dérèglement, et y compris un dérèglement politique. Au cœur de l'été, on a deux sujets qui agitent profondément le pays. Les jours fériés, comment ça se fait qu'un chef de gouvernement peut imaginer d'écraser et sacraliser le 8 mai, le jour où on a vaincu la barbarie nazie.

Et en même temps, la loi Duplomb, avec une pétition qui va atteindre sans doute les 2 millions, je pense qu'il y a là un sujet profond qui a un désaccord avec l'orientation choisie pour notre pays. Et moi ce que je souhaite, je ne viens pas là pour préparer la présidentielle, je viens pas là pour préparer une rentrée, où je souhaite qu'avant une censure parlementaire, il y ait une censure populaire, il y ait les gens qui viennent exprimer dans la rue leur colère.

10:32
Présentateur

Puisque vous parlez du peuple, tout dernier mot, en quelques secondes, François Ruffin, vous avez dit au moment de lancer ce parti, en tout cas de le renommer, que vous vouliez représenter la France qui pue un peu sous les bras, je vous cite. Est-ce que vous regrettez ces termes qui vous ont valu des accusations de mépris de classe ?

10:47
François Ruffin

Ce que j'ai dit, c'est que je veux représenter la France de la sueur et du labeur, et tant pis si parfois elle puce un peu sous les bras, voilà ce que j'ai dit. Et oui, je veux représenter la France du travail, je veux représenter la France des Français qui se lèvent tôt, la France des Français qui vont au boulot, et la France des Français qui aujourd'hui tiennent notre pays debout.

Parce que vous savez, notre pays ne tient pas par le haut, il ne tient pas par le gouvernement, il ne tient pas par les ministres aujourd'hui, il tient par le bas, il tient par les agents des collectivités, il tient par les auxquillères de vie, il tient par les gens dans les hôpitaux et à la rentrée dans les écoles. Notre pays tient profondément par le travail, le travail, le travail qui est fait par en bas. Je définis notre parti comme étant un parti travailliste, et un parti travailliste climatique, parce que le changement climatique impose qu'on fasse beaucoup d'efforts et beaucoup de travail dans notre pays. Merci beaucoup François Ruffin. Merci.

11:33
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci.

François Ruffin : "Avant une censure parlementaire, je souhaite qu'il y ait une censure populaire" — François Ruffin · Pourquijevote