Didier Sicard : "Ce n'est pas parce que l'on est âgé que l'on est réduit au silence"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:48OuverteRéponse directe
Comment regardez-vous la situation dans les EHPAD aujourd'hui, au regard de la cinquième vague et d'Omicron ?
- 2:47FerméeRéponse directe
Votre tribune, c'est surtout une mise en garde ?
- 3:25OuverteRéponse directe
Les directeurs des EHPAD sont les seuls responsables. Donc, les précautions, principes de précaution ?
- 3:55OuverteRéponse directe
Est-ce que les personnes âgées résidant dans un EHPAD sont des gens que l'on ne considère plus comme des citoyens ?
- 5:02FerméeRéponse directe
Brigitte Bourguignon a répondu 'protégée, mais pas isolée'. Est-ce que c'est suffisant ?
- 5:45OuverteRéponse directe
On maltraite aujourd'hui ses vieux en France d'une certaine manière ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:21PrésentateurChiffre
« Seulement une centaine de structures sont concernées sur les 7500 que compte la France »
- 2:50InvitéFait
« Ce n'est pas parce qu'on est âgé qu'on n'a plus rien à dire. Ce n'est pas parce qu'on est âgé qu'on est réduit au silence. »
- 5:11InvitéFait
« Mais non, ce n'est pas suffisant. »
- 5:52InvitéFait
« Oui, c'est évident que par rapport à d'autres pays européens, quand il y avait des grands établissements de 500, 800 personnes atteintes d'Alzheimer ou non, ensemble, dans des conditions, quelquefois, où les repas sont réduits au minimum »
Temps de parole
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A 6h19, bonjour Didier Sicard. Bonjour. Didier Sicard, professeur de médecine, ancien président du comité consultatif national d'éthique. Vous avez signé avec d'autres personnalités une tribune dans le monde, dans laquelle vous vous autoproclamez comme faisant partie d'un conseil national de la vieillesse et vous dénoncez le retour des interdictions de visite dans les EHPAD. Alors précisons que seulement une centaine de structures sont concernées sur les 7500 que compte la France, c'est peu. Mais clairement, vous dites attention, ne revivons pas ce qu'il s'est passé lors du premier confinement, lorsqu'on en a isolé les résidents des EHPAD.
Et vous dites aussi, vous et les autres que j'ai cités, Annie Ernaud, Ariane Mouchkine ou encore Laura Adler, consultons les vieux, que leur avis soit pris en compte. Alors on va revenir à cette question Didier Sicard, mais d'abord je voudrais avoir votre avis. Vous Didier Sicard, en tant qu'ancien président du comité d'éthique, comment vous regardez la situation dans les EHPAD aujourd'hui, au regard de la cinquième vague et de l'arrivée d'Omicron ?
Elle est meilleure que la première vague, mais j'ai trouvé déjà insupportable lors de la première vague cette interdiction absolue des familles d'aller voir les personnes âgées dans leur établissement, dans la mesure où ce qui demeure dans la vie, c'est la relation affective. Dans la vie, il y a deux vies possibles. Il y a la vie organique, c'est-à-dire la vie d'être vivant comme ça, pour rien, enfin pour rien, pour vivre simplement comme une plante ou comme un animal. Et puis il y a la vie au sens bio, c'est-à-dire la vie relationnelle, la vie avec les gens qu'on aime.
Et quand on arrive à la fin de sa vie, ce qui compte le plus, c'est d'avoir le regard, la main, l'information d'un petit enfant, d'une fille, d'un fils, d'avoir ce maintien au monde de la relation qui dépasse le simple fait de vivre. J'ai trouvé lors que la première vague, l'interdiction des familles lors de la fin de vie, était absolument insupportable. Et que toutes ces personnes qui sont parties sans pouvoir dire au revoir, avec l'impression qu'on les protégeait alors qu'en fait, on les excluait, on les incarcérait. Je trouve que c'est une violence, vous voyez, des personnes âgées qui est insupportable. D'autant plus insupportable qu'on n'aura pas demandé leur avis.
Au fond, elles étaient en prison, elles étaient enfermées. Leur seul délice d'être âgées et d'être dans un établissement. Je trouve que c'est absolument insupportable et que les choses ont changé. Le gouvernement a changé de prescription. Je pense que les médecins aussi ont changé. Mais je trouve que là, il y a une relation affective qui doit être maintenue à tout prix, quel que soit le risque. Et d'ailleurs, quand on dit, mais les directeurs, oui, mais on n'a pas envie de prendre de risques. À cet âge-là, le risque de ne pas voir les enfants, ce n'est pas de mourir.
Alors, justement, Didier Sikert, finalement, votre tribune, c'est surtout une mise en garde. Une mise en garde, c'est bien ça ?
Oui, c'est une mise en garde. Et surtout le fait que ce n'est pas parce qu'on est âgé qu'on n'a plus rien à dire. Ce n'est pas parce qu'on est âgé qu'on est réduit au silence. Et on a le droit de protester. On a le droit de dire, écoutez, pas prudent, je ne veux pas recevoir mes enfants. C'est leur droit. Mais on a le droit aussi de dire, actuellement, moi, j'ai envie, à Noël, éventuellement, ou au début d'année, j'ai envie que les gens que j'aime puissent venir me voir. Certes, avec des précautions, pas dans la désinvolture, avec un masque, des gens vaccinés. Mais je ne vois pas cette interdiction qui, à mon sens, a été assez européenne et plutôt française.
Et en même temps, les directeurs des pâles sont les seuls responsables. Donc, les agences régionales de santé donnent des préconisations. Finalement, ces précautions, principes de précaution ?
Ce principe de précaution absurde, si vous voulez. On arrive à l'absurde. L'absurde, c'est-à-dire de protéger les gens contre eux-mêmes. Ce que je disais, c'est que la vie, ce qui demeure dans la vie, à ce moment, c'est la relation affective, c'est de pouvoir parler aux gens qu'on aime. Ce n'est pas simplement de vivre comme une plante.
Mais c'est ce que je posais en préambule, Didier Sicard, dans la tribune. La dernière phrase dit, il est grand temps de considérer que les personnes âgées comme des citoyens, de leur demander leur avis, de défendre leurs droits. Et je me pose la question, à l'aune de ce que vous dites, c'est ça, être aujourd'hui une personne âgée en France résidant dans un EHPAD ? Ce sont des gens que l'on ne considère plus comme des citoyens, à qui on ne demande pas leur avis ?
C'est ça, être vieux, aujourd'hui ? Non, ce sont des résidents qui sont soumis aux dictates sécuritaires des directeurs d'EVIT. Les directeurs d'EVIT, les directeurs d'EVIT ne sont pas forcément des gens qui sont coupables de voir les incarcérés, mais ils n'ont pas pensé qu'un être humain n'est pas simplement un être humain qui, à cause de son âge, doit être mis dans une situation de fermeture. Moi, ça me paraît de l'ordre de l'évidence, ce n'est même pas de l'ordre du souhait.
Et je trouve que, bon, je pense que les EHPAD ont pris conscience du drame qui s'est produit au printemps de 2020, mais maintenant, il ne faut pas que ça recommence, et que je pense qu'un EHPAD qui serait en situation serait mis en demeure de pouvoir accueillir les personnes qui viennent les voir.
Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée chargée de l'autonomie, a répondu protégée, mais pas isolée. Donc ça, c'est suffisant ? Est-ce que c'est suffisant ?
Mais non, ce n'est pas suffisant. Le problème, ce n'est pas protégé. Ce n'est pas parce qu'on est âgé qu'on doit être plus protégé que les autres. Certes, la maladie est plus grave quand elle survient chez les personnes âgées, mais encore une fois, on n'a pas besoin de spécifier des mesures particulières pour les personnes âgées dans les EHPAD. Elles font partie de l'humanité habituelle de tout le monde, et elle va avoir des mesures spécifiques. D'autant plus que l'on sait qu'au début, il y a eu pas mal de soignants qui n'étaient pas vaccinés, qui étaient contaminateurs, plus que les familles, donc ce qui était encore le plus absurde.
Mais vous trouvez, Didier Sicard, aujourd'hui, à l'aune de ce que vous dites, qu'on maltraite, que la France maltraite, aujourd'hui, ses vieux d'une certaine manière ?
Oui, c'est évident que par rapport à d'autres pays européens, quand il y avait des grands établissements de 500, 800 personnes atteintes d'Alzheimer ou non, ensemble, dans des conditions, quelquefois, où les repas sont réduits au minimum, les conditions pratiques, quotidiennes, de vie, ne sont pas celles que les personnes voudraient. Alors, on ne peut pas idéalement répondre à chaque vœu de chaque personne, mais au moins les considérer comme des personnes humaines ayant les mêmes droits que des adultes ou des adolescents, et ne pas les considérer au nom de leur sécurité, qu'il faut les protéger contre elles-mêmes.
Alors, le sujet va, Didier Sicard, mais comment on fait pour changer les choses ?
Ah, ben, vous savez, c'est un problème, c'est qu'à chaque fois, les personnes âgées, elles n'ont pas de lobbying. Et à chaque fois, il y a des grands plans, mais moi, je suis une personne âgée, et donc c'est pour ça que je me dis que, avant de disparaître de cette terre, je voudrais y participer modestement.
Oui, mais alors, modestement, comment ? On les intègre, enfin, on les réintègre à notre vie tous les jours ?
On les intègre, c'est-à-dire que, toutes les personnes âgées ne l'ont pas d'abord perdu complètement dans leur conscience, elles ont des choses à dire, et elles ont des choses à dire que les adultes ne connaissent pas, et donc qu'elles ont le droit de dire que leurs conditions de vie sont insupportables, de pouvoir les changer, comme n'importe quelle situation. Quand un salarié considère que son travail est insupportable, il a un syndicat pour le défendre. Eh bien, les personnes âgées n'ont pas de syndicat, elles ont le droit de pouvoir protester, de demander des améliorations dans tel ou tel domaine.
D'où le Conseil National de la Vieillesse.
D'où ce Conseil Autoproclamé, qui est un Conseil qui travaille, qui n'est pas un Conseil de protestation, de révolte, c'est un Conseil qui aide les pouvoirs publics à pouvoir prendre des mesures plus adaptées à l'humanité des personnes âgées.
Didier Chicard, vos recommandations pour Noël, si on veut bien faire ?
Il faut absolument que rien ne change pour Noël. Il ne faut absolument que... On ne va pas avoir mille personnes dans un EHPAD, mais il faut que les droits habituels des familles dans les conditions sanitaires que tout le monde doit adopter puissent venir normalement dans les EHPAD sans être refoulés au nom d'une fausse sécurité.
Merci beaucoup Didier Chicard, professeur de médecine et ancien président du Comité Consultatif National d'Ethique d'avoir été en ligne avec nous ce matin. Et belle journée.
Merci beaucoup. Au revoir.
France Inter