Les relations difficiles de E. Macron avec la presse, avec Laurence Benhamou - C à Vous - 20/01/2022
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Questions et réponses
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Juste avant d'entrer dans les coulisses de la présidence de la République, cette manifestation de mauvaise humeur des journalistes à Strasbourg, ça vous surprend ?
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Pourquoi était-il si important de préserver la salle de presse à cet endroit-là ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Dès le début, les rapports sont assez tendus entre la présidence et les médias. Pouvez-vous nous donner un exemple ?
- 3:40ComplaisanteRéponse partielle
Donc la proposition que je vous fais, c'est que vous vous mettiez à l'extérieur.
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Au départ, Emmanuel Macron ne veut plus des traditionnels journalistes politiques. Pourquoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« La salle de presse installée dans l'Elysée, elle existe depuis 40 ans. Elle est ouverte jour et nuit aux accrédités permanentes des 4 agences de presse internationales. »
- 1:30InvitéFait
« En fait, l'Elysée, c'est une forteresse militaire. Personne d'autre n'entre que les gens qui travaillent pour le président. »
- 3:37InvitéFait
« C'est le 18 mai 2017 dans la cour de l'Elysée. »
- 4:06InvitéFait
« En l'occurrence, vous décrivez un pouvoir qui ne se laisse pas regarder. Et ça, c'est un symbole désastreux, dites-vous. »
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« Les images pour eux à l'époque, notamment pour les trentenaires qui ont accompagné Emmanuel Macron, sont importantes, mais elles doivent être maîtrisées. »
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« Au départ, Emmanuel Macron ne veut plus des traditionnels journalistes politiques. Il demande à être interrogé par des journalistes spécialistes. »
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« On cloisonne. Et quand on morcelle, on n'a plus de vision d'ensemble et on n'a plus de vision politique. »
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Bonsoir Laurence Benhamouf, journaliste à l'agence France Presse, accréditée à l'Elysée où vous avez un bureau qui donne sur la cour d'honneur. Pendant 5 ans vous avez suivi les moindres faits et gestes du président Macron, vous avez tout vu, tout noté, vous le racontez dans le solitaire du palais. Juste avant d'entrer dans les coulisses de la présidence de la République, cette manifestation de mauvaise humeur des journalistes à Strasbourg, ça vous surprend ? On a déjà assisté à pas mal de retards dans les plannings présidentiels qui sont quand même assez bourrés. Ce jour-là il avait cette session au Parlement européen, suivi des vœux aux armées.
Il y a des soldats qui attendaient depuis 3 heures dans le froid qu'il arrive, il n'a pas voulu les faire attendre. Mais en l'occurrence c'était aussi la présidente du Parlement européen qui a prévu de jeûner avec lui. C'est elle qui en fait organisait, c'est elle qui a fait annoncer l'annulation de cette conférence de presse. Les journalistes sont partis, c'est rare quand même que ce soit complètement annulé. Ils l'ont interpellé dans le couloir à la sortie et il a montré sa montre, etc. Non, ça a pu arriver, pas à ce point-là. La salle de presse installée dans l'Elysée, elle existe depuis 40 ans.
Elle est ouverte jour et nuit aux accrédités permanentes des 4 agences de presse internationales, l'AFP, l'AP, Associated Press, Bloomberg et Reuters. Une salle de presse que la présidence a d'abord songé à fermer pour la déménager quelques rues plus loin, un projet finalement abandonné. Pourquoi c'était si important pour vous et pour les journalistes en général de préserver ce lieu à cet endroit-là ? En fait, l'Elysée, c'est une forteresse militaire. Personne d'autre n'entre que les gens qui travaillent pour le président.
Ce petit enclos-là, vous avez les touristes qui se dévissent le cou pour regarder un peu les graviers, un petit bout de fenêtre, parce que le président est là, personne ne peut rentrer. Sauf un seul catégorie d'intrus. Un seul corps étranger. Un seul corps étranger, vraiment. Un seul des seuls infiltrés qui sont les agenciers permanents. Donc les agences de presse, elles donnent les infos aux autres médias. C'est pour ça que nous avons ce privilège qui est effectivement la possibilité d'être dans cette petite salle qui n'est pas sur le bâtiment où travaille le président. Sur le côté.
Qui est sur le côté, mais ça permet quand même non seulement de croiser les conseillers, mais aussi quand on part un cortège à l'improviste pour aller saluer la veuve de Maurice Audin, ou parce qu'il y a eu un attentat, on peut quelquefois se glisser dedans, ou parce que Notre-Dame brûle, et c'est ce qui nous est arrivé. Nous sommes deux à l'AFP qui faisons ça. Nous l'alternons pour lui coller au basque, on va dire, pour ne pas quitter Emmanuel Macron d'une semelle à l'intérieur et à l'extérieur. Voir qui l'invite à l'Élysée, qui sort. Ça, on n'observe pas ça tellement parce que ça ne sert pas à grand-chose. Il peut rentrer de l'autre côté. Ce n'est pas un travail de concierge.
En revanche, quand vous assistez à tous les événements à l'intérieur et à l'extérieur, et que comme c'est souvent très fermé à la presse, et qu'il n'y a souvent que l'AFP, l'AFP, c'est le journal des journaux. Donc s'il y en a un seul, ça va être quand même nous, à la fin. Coup de chance. Cette fermeture nous a permis de rester toujours au plus près. Ce n'est pas toujours le cas. Vous voyez la continuité de ce boulot, ce boulot incroyable du président. Tous les fils qu'ils essayent de tenir. Et vous voyez se dégager une personnalité qui, évidemment, fait le travail. Vous n'avez pas mode d'emploi quand vous devenez président. Et lui le fait à sa façon.
Et du coup, on essaye nous-mêmes de suivre tous les fils. L'international, national, enfin voilà. Dès le début, les rapports sont assez tendus entre la présidence et les médias. Notamment avec Sibeth Ndiaye, alors conseillère presse et communication à l'Elysée. Exemple de cette scène que les caméras de cet avoué avaient capté à l'époque. C'est le 18 mai 2017 dans la cour de l'Elysée.
Donc la proposition que je vous fais, c'est que vous vous mettiez à l'extérieur. Les ministres sortiront à pied, leurs voitures les attendront à l'extérieur. Donc vous pouvez avoir, ce que je comprends, votre photo dont vous avez besoin de la photo des ministres à l'extérieur. Enfin, la photo des ministres. Moi, je ne souhaite pas que pendant qu'on fait une photo dans le vestibule là, vous soyez ici. Donc c'est pour ça que la cour, elle a été fermée. Ça n'a pas vocation ni à vous censurer, ni à vous empêcher de faire votre travail.
En l'occurrence, vous décrivez un pouvoir qui ne se laisse pas regarder. Et ça, c'est un symbole désastreux, dites-vous. C'était quand même assez inattendu. Ça, c'est vraiment les premiers jours du quinquennat. En fait, eux aussi viennent de débarquer dans ces bureaux vides et choisissent des points de vue de communication. Ils se laissent regarder, mais ils ne veulent pas qu'ils soient interpellés. Et regardez les images pour eux à l'époque, notamment pour les trentenaires qui ont accompagné Emmanuel Macron. – Sont importantes, mais elles doivent être maîtrisées. – Complètement maîtrisées et si possible, pas d'interpellation.
Non seulement les photographes se sont priés de ne pas photographier, mais les journalistes, presse écrite, télé, radio, ne peuvent pas parler aux ministres. Et ça, c'est inédit. On a toujours pu interroger les ministres à la sortie du Conseil. Donc, ces scènes-là, les photographes vont refuser. Il va y avoir un bras de fer, un bon quart d'heure, si je me rappelle bien. Ils vont finir par les photographier à l'extérieur. C'était un peu bancal parce qu'on ne pouvait pas quand même s'opposer complètement. – Mais ça va plus loin. Au départ, Emmanuel Macron ne veut plus des traditionnels journalistes politiques.
Il demande à être interrogé par des journalistes spécialistes, priés de poser des questions techniques pour lutter contre les fameuses petites phrases. – Oui, alors toujours dans les premiers jours, ce n'est pas pour lutter contre les petites phrases. C'est finalement pour qu'il n'y ait pas un regard global qui interroge, qui fasse des connexions entre différentes… – On cloisonne. – On cloisonne. Et quand on morcelle, on n'a plus de vision d'ensemble et on n'a plus de vision politique. Parce que c'est ça la vision politique, c'est l'ensemble. Et nous, accréditer, comme j'essaye de le raconter dans ce livre, c'est l'ensemble qui est intéressant.
C'est ça qui permet de comprendre une présidence. Et c'était complètement impossible que des rubricards se plient aux horaires, aux imprévus, etc. Il faut vraiment des gens qui ont l'habitude. Et d'ailleurs, ils sont revenus là-dessus assez vite. – Sous-titrage Société Radio-Canada –