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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 18 novembre 2022 8 minComplaisantActualité / polémiqueEnvironnement & énergieEurope & internationalÉconomie & entreprises

Fanny Petitbon : à la COP27, "la course contre la montre est enclenchée"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    La COP 27 doit s'achever aujourd'hui. Où en est-on des discussions ?

  • 0:05OuverteRéponse directe

    Cette conférence pour le climat va-t-elle aboutir à des mesures concrètes ?

  • 0:18RelanceRéponse directe

    À quelques heures de la fermeture, quelle est la réponse ?

  • 1:01OuverteRéponse directe

    Antonio Guterres met la pression à tous les pays. Ça veut dire qu'il n'arrive pas à inciter les pays à faire davantage ?

  • 1:55OuverteRéponse directe

    À ce sujet des pertes et dommages, est-ce qu'il y a encore une chance que ça aboutisse ?

  • 2:17OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on sait si la réduction de toutes les énergies fossiles figurera dans le communiqué ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:24InvitéFait
    « On sent que la course contre la montre est enclenchée. »
  • 0:42InvitéFait
    « Il y a un seul pays, le Mexique, qui a mis un nouveau plan climat sur la table. »
  • 0:51InvitéChiffre
    « les émissions devraient augmenter de plus de 10% d'ici 2030. Alors qu'elles devraient diminuer de moitié. »
  • 3:01InvitéChiffre
    « d'ici 2030, il faudrait jusqu'à 580 milliards de dollars par an pour aider juste les pays du Sud à faire face à ces impacts irréversibles. »
  • 5:18InvitéFait
    « Pour l'instant, elle n'y est pas. Et ça, c'est un gros problème parce que ça veut dire qu'on n'est pas du tout raccord avec l'accord de Paris. »
  • 5:41InvitéChiffre
    « Ils représentaient à eux seuls autant de personnes que les délégations des dix pays les plus vulnérables. »
  • 7:01InvitéFait
    « le pari qui avait été lancé par l'Écosse à la COP26 l'année dernière, de montrer qu'il était possible de financer les pertes et dommages, ce pari, il a payé »

Temps de parole

  • Invité81 %
  • Présentateur19 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h19, la COP 27 doit s'achever aujourd'hui. Où en est-on des discussions ? Cette conférence pour le climat va-t-elle aboutir à des mesures concrètes pour lutter contre le réchauffement climatique ? Bonjour Fanny Petitbon.

0:11
Invité

Bonjour.

0:12
Présentateur

Vous êtes responsable plaidoyer de l'ONG CARE France. Vous êtes sur place depuis le début à Charmelsher en Égypte. Alors à l'ouverture, tout le monde se demandait si cette COP allait servir à quelque chose. À quelques heures de la fermeture, quelle est la réponse ?

0:24
Invité

On sent que la course contre la montre est enclenchée. Pour l'instant, on est très très loin du compte pour avoir une COP qui va répondre enfin aux besoins des populations les plus vulnérables. Il y a beaucoup d'inquiétudes, notamment sur la question de est-ce que les pays vont enfin respecter l'accord de Paris et tout faire pour rester sous 1,5 degré de réchauffement climatique. À cette COP, il y a un seul pays, le Mexique, qui a mis un nouveau plan climat sur la table. Donc pour l'instant, la réduction des émissions n'est pas du tout en bonne voie parce que les émissions devraient augmenter de plus de 10% d'ici 2030. Alors qu'elles devraient diminuer de moitié.

Donc sur ce sujet-là, on est très très loin du compte.

1:01
Présentateur

Et on a vu qu'Antonio Guterres, là, ces dernières heures, le secrétaire général des Nations Unies, disait vouloir un accord ambitieux et crédible. Il mettait la pression à tous les pays. Ça veut dire que même lui, même le patron de l'ONU, n'arrive pas à inciter les pays à faire davantage ?

1:15
Invité

Le processus de la COP, c'est un processus vraiment entre pays, de la bonne volonté. Et donc c'est vraiment à eux, en fait, de sortir du bois et de se montrer à la hauteur. Là, en fait, la première semaine, c'était des négociations entre des représentants de ministères. Là, maintenant, c'est les ministres humains qui ont repris les dossiers en main, notamment les dossiers les plus difficiles, les plus épineux, en particulier sur la question de la solidarité envers les pays du Sud.

Et on sait, là, très clairement, les petits États insulaires ont mis un ultimatum sur la table cette semaine en disant que s'ils n'obtenaient pas enfin un fonds pour les aider à faire face aux pires impacts du changement climatique, les pertes et dommages, ils risquaient de bloquer l'adoption d'un accord à cette COP.

1:55
Présentateur

Alors, justement, à ce sujet des pertes et dommages, il y avait quand même de l'espoir, parce que c'était la première fois dans l'histoire des COP que ce sujet était mis à l'agenda, cette histoire de compensation pour les pays du Sud qui subissent des catastrophes liées au réchauffement climatique, réchauffement qui, lui, est en particulier notamment dû aux pays du Nord. Est-ce qu'il y a encore une chance que ça aboutisse ? Est-ce que vous y croyez ?

2:17
Invité

Écoutez, là, il y a beaucoup de rebondissements sur les dernières, même les dernières 12 heures, puisque ce sujet du financement des pertes et dommages qui avait toujours été rejeté en bloc par les pays du Nord a été mis à l'ordre du jour. Mais les pays du Sud ont clairement dit, en fait, ça ne suffit pas. Nous, on veut un mécanisme financier. Et jusqu'à il y a très peu de temps, jusqu'en début de semaine, en fait, que ce soit les États-Unis, l'Union européenne, étaient contre la création de ce fonds. Pour l'instant, les États-Unis restent vent debout.

Mais par contre, l'Union européenne, hier soir, a mis une proposition sur la table, la création d'un fonds pour les pays les plus vulnérables, donc pas tous les pays en développement. Et donc maintenant, il reste à savoir aujourd'hui si cela va suffire aux pays du Sud ou pas. Combien il faudrait ? Alors, les montants sont faramineux. En fait, d'ici 2030, il faudrait jusqu'à 580 milliards de dollars par an pour aider juste les pays du Sud à faire face à ces impacts irréversibles. Donc, c'est des sommes énormes.

Mais c'est des sommes que l'on peut trouver, notamment en allant taxer les plus pollueurs, en allant taxer les entreprises des énergies fossiles, qui font des super profits, qui eux aussi dépassent des records, en allant taxer les émissions des secteurs aériens et maritimes, qui ne sont pas pour l'instant couverts par l'accord de Paris, en mettant une taxe sur les transactions financières. Donc, cet argent, on peut le trouver. Mais ça, il faut que les États soient prêts à bouger là-dessus. Et quelle est la position de la France dans ce dossier des pertes et dommages ? Eh bien, la France, pendant des années, a été très, très récissante. Elle se cachait, notamment, derrière les États-Unis.

Là, on sent qu'avec les acteurs européens, ils ont vraiment envie de créer un pont, d'être un intermédiaire entre ces positions extrêmement polarisées, d'un côté des États-Unis et des pays vulnérables. Donc, clairement, ce qui s'est passé, on peut penser que la France a joué un rôle dans cette main tendue par l'Union européenne hier soir. Maintenant, on verra dans les dernières heures si ce sera suffisant. Pour le moment, qu'est-ce qui existe aujourd'hui pour aider les pays du Sud ? Alors, pour l'instant, il y a, notamment, quand il y a des ouragans, des cyclones, il y a de l'aide humanitaire qui permet d'apporter une réponse dans les premières heures.

Il y a des mécanismes d'alerte précoce qui permettent de donner un peu une culture du risque aux populations, savoir où, comment se protéger pour éviter, notamment, de décéder. Et puis, il y a aussi des mécanismes assurantiels pour aider les personnes à être indemnisées. Mais tout ça, en fait, c'est vraiment une goutte d'eau dans l'océan. Il y a beaucoup d'angles morts dans les financements climat parce qu'en fait, c'est souvent une aide à très court terme. Mais il n'y a pas de financement pour aider les personnes à se remettre sur pied après, notamment, un cyclone.

Mais aussi, il n'y a pas de financement pour aider les personnes qui font face à des phénomènes qui s'installent de manière insidieuse dans leur vie. Donc, la montée du niveau des mers, la salinisation des terres, les populations qui se retrouvent forcées de se déplacer. Il n'y a pas d'argent d'aide pour eux à ce stade.

5:04
Présentateur

Fanny Petitbon lira, bien évidemment, avec une grande attention la déclaration finale. Est-ce qu'on sait si la réduction de toutes les énergies fossiles, et pas seulement le charbon, figurera dans le communiqué ?

5:15
Invité

Ça, c'est le gros enjeu. Pour l'instant, elle n'y est pas. Et ça, c'est un gros problème parce que ça veut dire qu'on n'est pas du tout raccord avec l'accord de Paris. Pour l'instant, le texte est presque plus faible que celui de la COP26. Il faut absolument que l'ensemble des États s'engagent à sortir du charbon, du pétrole et du gaz. Donc ça, ça va être très important. Malheureusement, ce qu'on a vu ici à l'œuvre à la COP27, c'est une présence très forte des lobbyistes des énergies fossiles. Ils représentaient à eux seuls autant de personnes que les délégations des dix pays les plus vulnérables.

Et clairement, ils ont réussi à entendre leur voix puisque dans le projet de décision, pour l'instant, il n'y a pas de sortie de l'ensemble de ces énergies fossiles.

5:53
Présentateur

Mais vous nous dites donc que ça pourrait être un accord plus faible que la COP26. Donc ça veut dire qu'à chaque COP, il n'y a pas un effet de cliquet. Ce qui est écrit n'est pas écrit dans le marbre définitivement.

6:02
Invité

Non, malheureusement, ce n'est pas le cas. On peut avoir des retours en arrière.

6:05
Présentateur

Et l'objectif de limiter le réchauffement à 1,5 degré par rapport à l'air pré-industriel, est-ce qu'il sera réaffirmé ? On le sait ou toujours pas ça non plus ?

6:12
Invité

Pour l'instant, on ne le sait pas. Il y a eu un signal très très fort de la part des pays du G20 cette semaine qui l'ont mis dans leur communiqué, donc vraiment en rappelant. Et les pays du G20, c'est à la fois des émetteurs historiques, comme les Etats-Unis, l'Union Européenne, mais aussi des pays émergents. Donc on peut penser que ce sera dans la dernière version du texte, mais c'est encore en suspens. Est-ce qu'il y a quand même eu des avancées lors de cette COP ? Alors oui, il y a eu des avancées. Il y a notamment eu la reprise des discussions entre les Etats-Unis et la Chine qui étaient au point mort depuis cet été.

Donc ça, c'est important que ces deux énormes émetteurs arrivent à reprendre leur coopération, leur discussion, parce que si eux, ils bougent, ce sera absolument critique pour nous remettre sur la bonne voie. Et puis, ce qu'on a vu aussi, c'est que le pari qui avait été lancé par l'Écosse à la COP26 l'année dernière, de montrer qu'il était possible de financer les pertes et dommages, ce pari, il a payé, puisque l'Écosse a été rejointe par une douzaine de pays, dont la France, mais aussi l'Union Européenne qui a mis de l'argent sur la table pour les pertes et dommages, alors qu'il y a un peu plus d'un an, c'était totalement impensable.

Fanny Petibon, dernière question, il nous reste 30 secondes. Une COP, finalement, est-ce que ça sert encore à quelque chose ? Une COP, c'est très utile, parce que vous avez l'ensemble des pays autour de la table pour parler de la lutte contre le réchauffement climatique. C'est des progrès très lents, mais c'est des progrès très importants. Dans la COP, on a réussi à faire entendre notamment les voix des populations les plus vulnérables. On est à deux doigts d'obtenir un accord sur la création d'un fonds. On n'est pas encore sûr qu'on va l'avoir, mais c'est quelque chose qui était inimaginable il y a encore quelques mois. Donc oui, ça sert à quelque chose.

7:49
Présentateur

Et donc, vous irez à Dubaï dans un an pour la COP28 ?

7:52
Invité

Ça, c'est sûr qu'on va rester mobilisés. C'est sûr que la COP à Dubaï, dans un pays qui effectivement défend énormément les énergies fossiles, on peut se poser des questions sur est-ce qu'une COP arriverait à avancer ? Mais il faut croire en ce processus multilatéral, parce que c'est une question de survie pour les pays les plus vulnérables.

8:08
Présentateur

Merci beaucoup Fanny Petitbon, responsable plaidoyer de l'ONG CARE France. Vous étiez en direct de cette COP27 à Charmelsher en Égypte.