Julien Rancoule, député "Rassemblement National" de l'Aude | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il est pompier volontaire depuis l'âge de 16 ans et il a travaillé comme vigile. Mon invité s'est engagé au Front national de la jeunesse alors qu'il était encore au lycée et il siège au sein du groupe Rassemblement national depuis 2022. Générique Bonjour Julien Rancoule. -Bonjour. -Le quatre mai 2023, le président de séance Sébastien Chenu a dû interrompre les débats dans une certaine confusion.
On va réentendre ce qui s'est passé juste avant la suspension et puis voir ce qu'il y a eu après au moment de la reprise. -Chers collègues, je vous demande de laisser faire les services. S'il y a un médecin parmi nous.
Je vous demande de l'appeler. Dégagez les voies, s'il vous plaît. -Notre agente du service du compte-rendu nous fait un malaise grave dans l'exercice de sa mission.
Grâce à l'intervention de M. Julien Rancoule, qui est pompier volontaire, de Mme Stéphanie Rist, notre collègue qui est médecin, elle a pu être réanimée très rapidement. -Donc ce jour-là, une fonctionnaire de l'Assemblée a fait un malaise cardiaque dans l'hémicycle.
Alors à partir de ce moment-là, c'est logique, les caméras ont été coupées. Est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui s'est passé ? -Alors moi, je devais passer dans dix minutes au pupitre de l'hémicycle pour prendre la parole sur un texte.
Et donc j'ai observé cette rédactrice de l'Assemblée qui est en bas du pupitre se lever, se raidir et faire un malaise, basculer sur le côté. On ne se rend pas compte de la gravité du malaise. Je vois les huissiers l'amener au sol rapidement et on se rend compte que c'est grave.
Je me suis rendu sur place et je me rends compte qu'elle fait un arrêt cardiaque. On a commencé une réanimation cardiopulmonaire. -Avec Stéphanie Rist, votre collègue médecin. -La salle... l'hémicycle est évacué et Stéphanie se porte volontaire également pour m'assister dans cette action.
Parallèlement, les huissiers vont chercher le défibrillateur, alertent les secours, les sapeurs-pompiers de l'Assemblée ainsi que le médecin. Et donc on entame cette réanimation qui portera ses fruits au bout de quelques minutes. -Et vous avez eu des nouvelles de cette fonctionnaire depuis ? -Oui tout à fait, elle a repris le travail dans un premier temps partiellement et aujourd'hui on la revoit dans l'hémicycle donc c'est quand même réjouissant. -Qu'est-ce qui vous a amené à vous engager en tant que pompier volontaire dès l'âge de 16 ans, je crois ? -Je ne sais pas ce qui m'a amené à ça parce que personne dans ma famille n'est pompier volontaire, n'est pompier.
Donc j'ai eu ce déclic assez jeune, en sixième. Donc à 16 ans, rapidement, je me suis engagé comme pompier volontaire et donc je le suis toujours. C'est vraiment une vocation et je n'arrive pas à m'en passer. -Vous avez fait le choix de rester actif chez les pompiers volontaires tout en étant député, ça a quelles conséquences sur votre agenda, votre emploi du temps ?
Vous voyez, là, on est mercredi, vendredi soir, je prends ma garde. Jusqu'à lundi matin, je serai en caserne. -C'est-à-dire que vous êtes bloqué à la caserne ? -En journée, oui, on est bloqué en caserne et la nuit, on est en astreinte, donc je suis chez moi.
Forcément, c'est compliqué, j'ai réduit le volume. Je prends un week-end de garde toutes les cinq semaines, si on me demande, et quand je peux, selon mes dispositions. -Vous n'êtes pas sur le terrain en tant que député ? -Un week-end sur cinq. -On ne vous le reproche pas ? -Non, je pense qu'on le comprend. -Alors cet engagement chez les pompiers, il s'est traduit aussi par un engagement politique à l'Assemblée pour défendre le statut des pompiers volontaires et plus globalement le modèle français de sécurité civile.
C'est quoi la spécificité de ce modèle ? -C'est un modèle très particulier. En France, on gère toutes les interventions.
Chez nos voisins européens, par exemple, ils ne font que l'incendie et éventuellement tout ce qui est accidentologie, etc. Donc nous, c'est quand même 80 % de l'activité, le secours à personne, ce qui fait que c'est une activité qui est quand même très prenante en termes de volume horaire. Et c'est ce qui nous rend vulnérables par rapport à cette directive européenne.
Ca fait des années que cette directive veut reconnaître les sapeurs-pompiers volontaires comme des travailleurs. Et donc, qui nous obligerait à respecter des temps de repos, à limiter les gardes postés, etc. Ce qui aurait des conséquences désastreuses, notamment dans les zones rurales où on rallongerait drastiquement les délais de secours. -L'intervention.
Alors, pompier volontaire, c'est un engagement, pas un métier. Pendant plusieurs années, vous avez été agent de sécurité dans un supermarché. C'est un métier qui confronte à des situations compliquées à gérer.
Quelles sont les situations les plus compliquées que vous avez eu à faire face ? -Souvent la violence. -Souvent la violence.
J'étais agent de sécurité sur la partie malveillance et également agent de sécurité incendie. Mais les violences, tout à fait. A la fois, cette partie-là, j'ai déposé plainte. je ne sais combien de fois, pour des agressions.
On a fait une interpellation, par exemple, de 7 000 euros, des personnes qui étaient sorties avec des ordinateurs du supermarché. J'ai été gazé, mes collègues ont été gazés, et on s'est rendu compte après interpellation, que ces personnes-là avaient des couteaux de boucher dans leur sac, par exemple. Après coup, on... on se sent vulnérable.
C'est aussi pour ça que je me suis engagé d'abord dans le syndicalisme, d'ailleurs, en tant que professionnel. Je m'étais mis représentant du personnel et j'ai essayé de tirer cette branche professionnelle vers le haut parce qu'elle est dévalorisée aujourd'hui, contrairement à d'autres pays européens. En Espagne, par exemple, on voit que les agents de sécurité sont vraiment intégrés dans ce fameux continuum de sécurité dont on parle beaucoup en France, mais dont on ne voit pas beaucoup la couleur. -Vous vous êtes intéressé à la politique assez jeune, au même moment où vous êtes engagé chez les pompiers.
Dès le lycée, vous avez pris votre carte au Front national de la jeunesse. Et vous expliquez qu'à l'époque, ça n'a pas du tout plu à votre mère. -Oui, j'ai eu l'impression de lui annoncer que j'avais une maladie grave quand je lui ai annoncé ça. -Parce que ce n'était pas ses idées ? -Du côté de ma mère, on est plutôt, effectivement, de gauche.
Petit, elle me faisait chanter "L'Internationale". Ça n'a pas marché, visiblement. Mais voilà, elle était plutôt dans cette optique-là.
Moi, je suis d'une famille très populaire. Ma mère était commerçante, artiste. Et voilà, ce n'était pas du tout notre culture. -Ca a créé des tensions dans la famille ?
C'était compliqué à gérer ? -Après, elle a compris aussi mon positionnement et force est de constater aujourd'hui que pour moi, la gauche ne défend plus les classes populaires. Ils les ont abandonné au bénéfice d'autres populations. -C'est ça qui vous a fait choisir le FN plutôt que la gauche à l'époque ? -J'ai retrouvé, dans le RN, le Front national à l'époque, à la fois ces valeurs patriotes, mais cet aspect social aussi qui est, pour moi, indissociable.
Si on aime notre peuple et notre pays, on doit aussi s'intéresser à nos compatriotes en difficulté. -Pendant votre campagne pour les législatives, vous vous êtes présenté comme le candidat de la ruralité. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? -Il y a un vrai sentiment d'abandon chez nous, dans ma circonscription, mais dans la ruralité française en règle générale, où on parle en permanence de la politique de la ville, où on voit dès qu'on a des émeutes, c'est parce qu'on n'a pas versé assez d'argent dans les banlieues, etc.
Oui, d'accord, mais chez nous, on est le troisième département le plus pauvre de France métropolitaine. Qu'est-ce qu'on a eu ces 30 dernières années à notre endroit ? Rien.
J'ai vu mon territoire se désindustrialiser, on a vu l'insécurité grimper, on a une vague migratoire qui existe et on a les conséquences de cette immigration des villes qui vient jusqu'à notre ruralité. -"Sentiment d'abandon", c'est aussi ce qu'on appelle la France des oubliés ? -La France des oubliés, c'était d'ailleurs un slogan de Marine Le Pen, à l'époque, qui m'avait beaucoup touché.
La France des oubliés, la France déclassée, la France périphérique. -Et vous, en tant que député d'opposition, qu'est-ce que vous pouvez faire pour changer les choses, concrètement ? -Déjà, faire remonter les problématiques locales à Paris, j'ai eu l'occasion de prendre plusieurs fois la parole sur le sujet, mais j'ai parfois le sentiment que le Gouvernement ou certains de mes collègues sont déconnectés de la réalité.
Quand j'entends Mme Rousseau, par exemple, parler de l'interdiction des véhicules thermiques, réduire ce flux de véhicules, les ZFE, etc. Mais que ces gens viennent dans la ruralité, voir ce que c'est. Nous, si a 18 ans, vous n'avez pas le permis de conduire, si vous n'avez pas la possibilité d'avoir un véhicule, vous ne pouvez pas faire vos études, travailler.
Je suis désolé, on n'a pas encore...
J'ai entendu Mme Hidalgo dire que les ZFE, c'était très bien parce qu'il fallait développer les transports en commun. Chez moi, dans les Corbières, par exemple, vous ne verrez pas de métro pour relier à la banlieue toulousaine pour aller faire vos études, aller travailler ou vous faire soigner. Donc qu'ils se raccordent un peu à la réalité des choses. -J'aimerais qu'on évoque une polémique que vous avez déclenchée avec vos deux autres collègues députés de RN de l'Aude.
En janvier 2024, vous avez participé à une manifestation de viticulteurs sur votre circonscription. Ce jour-là, avec les deux autres députés de la circo, vous avez posé devant une pancarte sur laquelle on pouvait lire : "Va faire la soupe, salope !".
C'était une insulte lancée par un agriculteur contre Sandrine Rousseau, que vous évoquiez, et de Marine Tondelier quand elles étaient venues dans votre département. On voit tout sourire sur la photo avec le pouce levé. C'est-à-dire que vous avez trouvé cette pancarte marrante ? -C'était provocateur.
Avec du recul, peut-être que c'était le message...
Comme j'ai dit, on n'aurait pas du tout tenu les mêmes propos. Pour remettre dans le contexte, c'était un agriculteur, un viticulteur, qui a reçu dans son secteur Mme Rousseau, qui était venue, justement, expliquer un petit peu le travail des viticulteurs à ces passionnés, à ces personnes qui travaillent nuit et jour, toute l'année, qui ont des graves difficultés, notamment chez moi. On a cette crise viticole, on a un problème d'accès à l'eau.
Ils sont vraiment dans une situation de détresse. Et quand on voit des Parisiens arriver qui ne connaissent pas du tout, encore une fois, la réalité du terrain, leur expliquer leur travail, les traiter... -Mais est-ce que ça vaut une insulte et un message misogyne comme ça ? -Pour le coup...
Ce viticulteur, quand il a dit ça, comme j'ai dit, moi je ne cautionne pas du tout à ce qu'on insulte une femme ou un homme, d'ailleurs... -Mais en posant devant, vous vous cautionnez. -Je comprends la détresse de ce viticulteur qui a des difficultés, qui a la corde autour du cou et qui se fait insulter de pollueurs, d'assassins en permanence par ces gens et on va leur donner des leçons. -En gros, elle l'a bien cherché, elle l'a mérité. -Oui, je comprends.
Mais encore une fois, moi, je n'aurais pas tenu ce genre de discours. -Elle méritait d'être insultée comme ça ? -Elle ne méritait pas d'être insultée.
Mais je comprends la détresse de ces viticulteurs. Et quand je vois qu'il va passer au tribunal très prochainement, il y a toujours deux poids, deux mesures. Nous, on se fait insulter en permanence dans l'hémicycle par l'aile gauche de l'hémicycle.
On se fait traiter de tous les noms. Là, ça passe, il n'y a même pas de sanctions de l'Assemblée, même mineures. Par contre, quand un viticulteur en détresse, en véritable détresse sociale, qui pète un plomb parce qu'il se fait expliquer la vie par une personne qui ne connaît pas son métier, je comprends ça, je n'aurais pas tenu ces propos-là, mais que ces personnes-là comprennent qu'ils sont dans une situation sociale catastrophique, et malheureusement, ils se sentent bien seuls. -On va conclure l'émission avec notre quiz habituel.
Le principe est simple, je vais vous proposer des débuts de phrases et vous, vous allez devoir les compléter. "Je reconnais un ancien pompier à..." -Sur le jargon, on a toujours un jargon très développé. -Par exemple ? -On a fait un bon riff, on a fait un bon feu. -Riff, c'est un feu ? -C'est un feu, exactement. -Ça décale...
On a plein de mots comme ça. On se reconnaît assez vite. -"Quand il y a le feu dans l'hémicycle..." -Il rit Quand il y a le feu à l'hémicycle, parfois...
ça me désespère parce qu'il y a des sujets sur lesquels on devrait s'entendre et on devrait... avoir des discussions plus constructives, ce qui arrive parfois, heureusement.
Et parfois, ça fait partie du débat. Je pense qu'il faut trouver le juste milieu. -"Si je devais boire un verre avec un député LFI, je choisirais..." -Je choisirais... -On a compris que vous n'étiez pas très copain-copain avec la gauche. -Je dirais Ugo Bernalicis parce qu'il est quand même, somme toute, assez sympathique dans ses airs.
Bon, des fois, c'est un petit peu déplacé dans le cadre de l'hémicycle, je trouve. On se croirait un petit peu au compteur du coin. Mais justement, ce serait peut-être sympathique.
Je n'ai pas de difficulté à boire un coup et discuter avec des personnes qui n'ont pas les mêmes idées que moi. Je trouve ça, au contraire, assez intéressant de confronter les idées et dans un cadre assez détendu. -Donc, l'invitation est lancée. -C'est ça.
Ugo, si tu m'entends. -Merci, Julien Rancoule, d'être venu dans "La politique et moi". -Merci à vous.
Générique
Julien Rancoule